• Lot 149

    HERGÉ

    Price Realised  

    Estimate

    HERGÉ
    TINTIN
    COKE EN STOCK (T.19), CASTERMAN 1958
    Planche originale n°26, prépubliée dans Le Journal de Tintin belge n°17 d’avril 1957. Encre de Chine sur papier
    33,5 X 49,5 CM (13,19 X 19,49 IN.)

    Il s’agit de la planche 26 de l’album Coke en stock, la dix-neuvième en date des Aventures de Tintin, dont l’album est paru en 1958. Il s’agit aussi d’une des 4 planches, sur les 62 que compte l’épisode, qui ne fait pas partie du patrimoine du Musée Hergé de Louvain-la-Neuve.
    Ce récit a été imaginé par Hergé au début de l’année 1956, alors que se termine la prépublication de L’Affaire Tournesol dans l’hebdomadaire Tintin. Il l’a découpé et esquissé à son rythme au cours des années 1956 et 1957, sans avoir recours à ses collaborateurs.
    La planche 26, ici présentée, a été réalisée au cours du premier trimestre 1957, et fut prépubliée dans l’hebdomadaire Tintin le 24 avril 1957. Non seulement elle permet au capitaine Haddock d’exprimer, auprès de Tintin et en compagnie de Milou, toute l’étendue de ses potentialités expressives, mais elle consacre un rapprochement aussi caché qu’inattendu entre Georges Remi dit Hergé et son frère cadet Paul, cavalier émérite.

    Alors que Le Journal de Tintin n’en était pas encore à la moitié de la prépublication de L’Affaire Tournesol, la lecture d’un article intitulé « Il y a encore des marchands d’esclaves », publié le 25 juin 1955 dans Paris-Match, avait retenu l’attention d’Hergé. Son auteur, Georges de Caunes, y rapportait le témoignage d’un Noir originaire de Bamako, musulman, qui était passé du statut de serviteur à celui d’esclave, avant d’être revendu comme tel à La Mecque, et avait réussi à s’évader après dix ans de servitude. L’idée de confronter Tintin à un trafic d’esclaves avait depuis lors cheminé dans l’esprit du dessinateur. Durant les premières semaines de l’année 1956, Hergé couche sur papier le premier synopsis d’une nouvelle histoire, qu’il intitule d’emblée Coke en stock.

    Cherchant à rejoindre l’émir Ben Kalish Ezab, qui se cache dans les montagnes, Tintin et Haddock ont trouvé refuge à Wadesdah, chez cette vieille connaissance d’Oliveira da Figueira. Leur tête étant mise à prix, ils se sont déguisés en femmes arabes pour échapper aux soldats de Bab El Ehr. Une autochtone vient fortuitement de mettre au jour leur stratagème, et court donner l’alerte. Conservés en archives, les premiers brouillons d’Hergé montraient les fugitifs rejoindre le guide qui les attendait, et monter à cheval. Une case présentait le capitaine, hébété, agrippé au cou de sa monture, et répondant à Tintin qui s’inquiétait de sa tenue en selle : « J’ai toujours beaucoup… aimé… le cheval… » Ce n’était qu’une première approche. En compulsant sa documentation, le dessinateur remet la main sur une vieille lettre de son frère Paul, émaillée de croquis de sa main. Il l’avait reçue (et soigneusement classée à toutes fins utiles) en 1937, lorsqu’il avait interrogé son cadet, expert dans ce domaine, quant à l’attitude de galop qu’il conviendrait de donner à Tintin et à sa monture sur la nouvelle couverture de l’album Tintin en Amérique. Quelque vingt ans plus tard, c’est cette missive qui donne à Hergé l’idée de détailler en une succession de poses burlesques (et muettes) les “exploits” équestres d’un Haddock en froid avec ses étriers. Un capitaine qu’on avait déjà vu se faire désarçonner au début des 7 Boules de cristal. Mais cette fois encore, comme en 1937, il a respecté la consigne de son cadet : lorsqu’elle est mise au galop de charge, la monture pointe les oreilles en arrière.

    L’apparition inopinée sur cette planche (case 11) du docteur Müller, ennemi juré de Tintin (comme l’est Rastapopoulos), alors qu’il n’intervenait pas du tout sur les brouillons, permet assurément de dater la confection de cette partie du récit. Même mieux que ne pourrait le faire un recours au Carbone 14 ! En effet, ce « Mull Pacha », prestement mis au service du sheik Bab El Ehr, n’a pu surgir ici que parce que la presse de mars 1956 a fait écho à la destitution par le jeune roi Hussein de Jordanie de l’officier britannique John Bagot Glubb, dit Glubb Pacha, qui commandait depuis 1939 la fameuse Légion arabe. Müller n’interviendra qu’au cours de cette courte séquence, mais Hergé n’en sera pas pris pour autant en flagrant délit d’incohérence : la presse internationale exposée à la fin du récit le dépeindra bel et bien comme l’organisateur de la révolution survenue au Khemed pour renverser l’émir Mohammed Ben Kalish Ezab. Quant aux « autos-mitrailleuses » (en fait, des engins blindés Daimler 676 de l’armée française) que ledit Mull Pacha lance à la poursuite des fugitifs, elles n’ont pu intervenir à la case 12 de cette planche, et se voir pulvérisées dès la suivante, que grâce à l’observation scrupuleuse par les collaborateurs d’Hergé d’un modèle réduit Dinky Toys acquis par les Studios Hergé en même temps que deux maquettes à monter Revell, dont celle du chasseur bombardier De Havilland Mosquito MK IV requise pour détailler (notamment) les cases 13 et 14 de cette planche. Avec les décors sans doute confiés eux aussi à ses collaborateurs, ces cases purement techniques nous révèlent à quel point leur part de travail coexiste harmonieusement avec la « patte » d’Hergé. Car ce dernier est l’auteur incontestable des personnages et des chevaux ici présentés, et l’opérateur exclusif du tracé, de la mise en place à la mise au net à l’encre de Chine.


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