• Lot 417

    ENKI BILAL (NÉ EN 1951)

    Carlos

    Price Realised  

    Estimate

    ENKI BILAL (NÉ EN 1951)
    Carlos
    signé deux fois 'BILAL EBILAL' (en bas à droite)
    encre, mine de plomb, aquarelle, pastel et gouache sur papier
    40 x 30 cm. (15¾ x 11¾ in.)
    Réalisé en 1990.


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    'L'actualité fonctionne chez moi comme un détonateur d'imaginaire', confie Enki Bilal. Cette conception de l'information semble parfaitement correspondre à cette oeuvre intitulée Carlos. Cependant, en réalisant ce dessin pour illustrer la couverture du Nouvel Observateur, Bilal renverse quelque peu la logique en insérant son imaginaire au coeur de l'actualité.
    Originaire d'Ex-Yougoslavie, Bilal a très tôt trouvé dans le dessin une forme de refuge, d'échappatoire à une réalité difficile. Il a d'ailleurs expliqué: 'Mes livres, mes films, ont toujours été un exutoire. Une façon instinctive de m'extraire de ma vie, d'éluder les questions que je ne me suis donc pas complètement posées'.
    Débutant à Pilote, au début des années 1970, il s'associe rapidement avec Pierre Christin pour réaliser ses premières bandes-dessinées, à l'image du Vaisseau de Pierre. En 1987, il obtient une véritable reconnaissance internationale en recevant le premier prix au Festival International d'Angoulême. En parallèle, Enki Bilal nourrit une véritable puissance créatrice et multiplie les projets, que ce soit par l'illustration d'affiches, la publication de portfolio, la réalisation de films ou encore la participation à des expositions, comme en 1988, au Palais de Tokyo, avec le photographe Josef Koudelka.
    Son oeuvre puise dans l'histoire contemporaine, dans les événements qui jalonnent sa propre existence, une source inépuisable d'inspiration: 'J'ai abordé dans mon travail, seul ou de manière partagée [...] une somme astronomique de sujets politiques, idéologiques, religieux, artistiques, terroristes, écologiques'. Parmi les thématiques qui l'attirent, le terrorisme est un des sujets essentiels de sa réflexion. Qu'il soit politique ou religieux, il constitue la trame principale de plusieurs de ses albums, notamment dans Les Phalanges de l'Ordre Noir ou Partie de chasse. Enki Bilal possède cette faculté de comprendre les événements politiques et culturels contemporains et d'anticiper, dans ses oeuvres, les trames de l'histoire internationale, soit en préfigurant la dislocation du bloc soviétique dans Partie de chasse, soit en faisant disparaître les tours du World Trade Centre dans son film Immortel.
    En août 1990, Le nouvel Observateur décide de confier à un illustrateur la une qu'il consacre au terrorisme et notamment à l'une de ses figures majeures, Carlos. Le choix se porte judicieusement sur Enki Bilal pour illustrer l'article signé Serge Raffy. D'origine vénézuélienne, Ilich Ramirez Sanchez, surnommé 'Carlos', est alors l'ennemi public numéro un et n'a toujours pas été arrêté. Médiatisé pour plusieurs attentats qu'il a perpétrés dans les années 1970 et 1980, faisant de nombreuses victimes à chaque fois, Carlos est présenté comme le visage d'une violence politique radicale et insaisissable.
    Bilal le saisit de profil, la tête dépassant de l'étendard soviétique déchiré, sur un fond de ruines. Il choisit une esthétique de délabrement où s'insère le visage du terroriste, soulignant volontairement la violence et la destruction causées par Carlos, en même temps que la chute des idéaux dans lesquels il est drapé.
    Dans Carlos, tous les éléments constitutifs du graphisme de Bilal sont présents. Il a, en effet, libéré son approche du dessin depuis Partie de chasse paru en 1983, en appliquant directement la couleur sur le papier, la soulignant de traits de crayons et de rehauts pour lui donner corps, l'animer. Il parvient à capter toutes les tensions qui affleurent son sujet, par l'emploi spécifique du trait qui hachure, strie le visage et le mur, donnant ainsi une épaisseur, une histoire au dessin pour retranscrire le vécu du terroriste. Il crée un lien entre le minéral et la chair en les traitant de la même manière, pleine de rides, de cicatrices qui portent les traces d'une existence. C'est dans ce travail de Bilal que se situe la narration du dessin, tout comme dans ce choix de la couleur grise, couleur 'indicible' comme il l'appelle lui-même, à laquelle il donne une profondeur, notamment en y ajoutant de la cendre. 'J'aime que la peinture soit avant tout une matière. [...] Le cigare donne des zones d'ombres, des points aveugles, une certaine buée extraordinairement riche' explique-t-il. Pour révéler l'intensité de ce gris, Bilal a choisi de placer au premier plan ce rouge éclatant du drapeau qui se projette sur les lunettes et le béret de Carlos, emblématique tant de l'idéologie soviétique que du sang lié aux victimes du terroriste.
    Enki Bilal parvient ainsi à aborder ici de manière frontale tout un pan de l'histoire politique contemporaine, tout en s'échappant d'un réalisme formel afin de l'amener dans son univers graphique où les libertés prises par le dessin s'avérent finalement d'autant plus percutantes. 'J'ai l'impression de faire, en effet, un travail comparable à celui que font certains journalistes, sauf que je prends plus de liberté puisque je n'ai pas l'obligation de dire le vrai.'

    (Toutes les citations sont issues de Enki Bilal, Ciels d'orage, conversations avec Christophe Ono-dit-Biot, Paris, Flammarion, 2011)






    'In my case, current affairs act as a detonator for my imagination,' says Enki Bilal. This view of the news seems to apply perfectly to the work entitled Carlos. However, in producing this drawing to illustrate the cover of the newspaper Le Nouvel Observateur, Bilal seems almost to reverse this approach, inserting his imagination into the heart of the news.
    Originally from the former Yugoslavia, Bilal very early found refuge in drawing - an escape from a harsh reality. He also said, 'My books and films have always been an outlet. An instinctive way to take myself out of my life and escape the questions I had not completely asked myself.' Beginning with Pilote in the early 1970s, he quickly joined forces with Pierre Christin to make his first comic, in the style of Vaisseau de Pierre. In 1987, he won true international recognition by receiving the first prize at the International Festival of Angoulème. In parallel, Enki Bilal nurtured a true creative power and worked on several projects, whether in the illustration of posters, the publication of portfolios, film making or participating in exhibitions, as in 1988, at the Palais de Tokyo, with the photographer Josef Koudelka.
    His work draws on contemporary history, in the events that punctuate his own existence, an inexhaustible source of inspiration: 'In my work, either alone or sharing with others [...] I address [...] a huge number of themes: political, ideological, religious, artistic, terrorism, the environment...' Among the topics that attract him and inspire reflection, terrorism is a crucial element. Whether political or religious, it is the main plot of several of his albums, including Les Phalanges de l'Ordre Noir and Partie de chasse in particular. Enki Bilal has the ability to understand the contemporary political and cultural events and anticipate, in his works, the path of international history, either when prefiguring the breakup of the Soviet bloc in Partie de chasse, or when removing the towers from the World Trade Centre in the film Immortel.
    In August 1990, Le Nouvel Observateur decided to entrust its front page to the illustrator, who focused on terrorism and in particular one of its leading figures, Carlos. Enki Bilal was a wise choice to illustrate the article by Serge Raffy. The native Venezuelan Ilich Ramirez Sanchez, known as 'Carlos', then public enemy number one, has still not been arrested. Given extensive media coverage for the several attacks he committed in 1970 and 1980, each with large numbers victims, Carlos is presented as the face of a radical and elusive political violence.
    Bilal portrays him in profile, his head emerging above a Soviet flag in tatters, against a background in ruins He chooses a vision of decay into which the terrorist's face is inserted, emphatically stressing the violence and destruction caused by Carlos, at the same time as the fall of the ideals in which he drapes himself.
    In Carlos, all the elements of Bilal's graphic approach can be seen. He has, in fact, freed his approach to drawing since Partie de Chasse, published in 1983, by directly applying colour to paper, emphasising this with pencil strokes and highlights to give it body and life. He manages to capture all the tensions hovering around his subject, specifically using hatching and streaks on the face and wall, thus creating a thickness, a story to the drawing, in order to recreate the terrorist's experience. He creates a link between the mineral and the flesh - treating them the same way, full of wrinkles, scars that bear the traces of existence. It is in this work by Bilal that the narrative of the drawing can be found, as in the choice of what he calls the 'unspeakable' colour grey, to which he gives depth, by adding ash. 'I love paintings to be a material above all. [...] The cigar creates shadows, blind spots, a kind of extraordinarily rich fog,' he says. To reveal the intensity of the grey, Bilal has chosen to place the bright red of the flag in the foreground, projected onto Carlos' glasses and beret, emblematic both of Soviet ideology as of the blood of the terrorist's victims.
    Enki Bilal is thus able to tackle a whole section of contemporary political history head on, escaping from formal realism in order to draw it into his graphic universe, where the liberties taken by the drawing ultimately prove even more striking. 'I feel, in fact, as if my work is comparable to that of certain journalists, except that I allow myself more freedom because I am not bound to tell the truth.'

    (All quotations taken from Ciels d'orage, conversations avec Christophe Ono-dit-Biot, Paris, 2011)

    Special Notice

    Artist''s Resale Right ("droit de Suite"). If the Artist''s Resale Right Regulations 2006 apply to this lot, the buyer also agrees to pay us an amount equal to the resale royalty provided for in those Regulations, and we undertake to the buyer to pay such amount to the artist''s collection agent.


    Provenance

    Acquis directement auprès de l'artiste par le propriétaire actuel


    Post Lot Text

    'CARLOS'; SIGNED TWICE LOWER RIGHT; INK, GRAPHITE, WATERCOLOR, PASTEL AND GOUACHE ON PAPER.