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    Sale 5485

    Art Impressionniste et Moderne

    3 December 2007, Paris

  • Lot 117

    Henri Matisse (1869-1954)

    Femme au fauteuil

    Price Realised  

    Henri Matisse (1869-1954)
    Femme au fauteuil
    signé, daté et dédicacé 'au Professeur P. Santy avec toute ma reconnaissance Henri Matisse Janvier 42' (en bas à gauche)
    fusain et estompe sur papier
    52.7 x 40.7 cm. (20¾ x 16 in.)
    Exécuté en octobre 1941


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    Madame Wanda de Guébriant a confirmé l'authenticité de cette oeuvre.

    Après six mois d'hospitalisation sous les soins du Dr. Paul Santy, Matisse retourne à son atelier de l'Hôtel Régina à Nice à la fin du mois de mai 1941. Quelques mois auparavant, ce qui n'était initialement qu'un banal traitement d'une hernie présente depuis l'enfance, avait pris une tournure beaucoup plus sérieuse. Pris alors en charge à la clinique Grange-Blanche de Lyon (l'actuel Hôpital E. Herriot), son état de santé se compliqua: détection d'une possible tumeur, risque sérieux de crise cardiaque et enfin une embollie pulmonaire qui manqua d'emporter l'artiste. Matisse exécute cette oeuvre en octobre 1941, et l'offre en janvier 1942 au Dr. Santy comme témoignage de sa gratitude, pour lui avoir sauvé la vie.
    A l'époque où il exécute le présent dessin, Matisse a atteint le sommet de son art, s'affirmant comme un dessinateur remarquable au tracé à la fois expressif et novateur. A partir de 1937, il se consacre presque exclusivement au dessin. Le 3 avril 1942, il écrit depuis Nice à son fils Pierre, alors à New York: "Cela fait maintenant un an que j'accomplis d'immenses efforts pour dessiner. Je dis efforts, mais je me trompe de terme, car ce qui m'arrive est une véritable floraison après cinquante ans d'effort..." (A. Barr, Matisse, his Art and his Public, New York, 1951, p. 268).

    Exemple remarquable du travail de Matisse au cours de cette période fructueuse, Femme assise représente Nézy Hamidé-Chewket assise dans l'atelier de l'artiste à l'Hôtel Régina. La jeune femme est entourée d'une végétation luxuriante et à l'arrière-plan, de croquis d'étude que l'artiste avait pour habitude de punaiser aux murs de son atelier. On reconnaît la robe blanche, visible dans de nombreuses autres compositions à partir de cette date, ainsi que la chaise à imprimé zèbre (fig. 1). Princesse turque, Nézy est l'arrière-petite fille du Sultan Abdul-Hamid et vient s'installer à Nice avec sa grand-mère après la proclamation de la République Turque (fig.2). Lorsqu'il la croise dans la rue, Matisse est foudroyé par sa beauté et lui demande de poser pour lui. Chaperonnée au début par sa gouvernante, Nézy posera deux années pour lui avant de se marier et de partir pour l'Albanie. A l'époque où elle pose pour le présent dessin, elle a vingt-deux ans. Nézy, de même que Lydia Delectorskaya, servira ensuite de modèle principal pour la série des 170 dessins de l'artiste, connue sous le titre de Thèmes et Variations; ainsi que pour la peinture à l'huile Le Rêve (fig. 3).

    A cette époque, Matisse a recours à deux techniques bien différentes l'une de l'autre. La première se définit par des dessins aux lignes pures qu'il trace à l'encre et à la plume, sans aucune ombre, réduits à leur plus simple expression. Cette technique n'autorise ni rature ni aucune modification. Dans la seconde à laquelle se rattache la présente oeuvre, il utilise des morceaux de fusain, travaille et retravaille les lignes avec une estompe (un épais morceau de papier enroulé servant à fondre les traits de fusain), afin que l'image obtenue se détache de l'ensemble et fasse oublier l'amalgame des traits des essais préliminaires. Ces dessins au fusain témoignent de l'engagement de l'artiste vis-à-vis de son modèle, le sujet jaillissant de la feuille tel un phénix de ses cendres.

    Bien que différentes l'une de l'autre, ces deux techniques se complètent dans la pratique. C'est ce qu'explique d'ailleurs l'artiste dans ses écrits de 1939, Notes d'un peintre sur son dessin: "Les dessins [à l'encre] sont toujours précédés d'études effectuées au moyen d'une technique moins rigoureuse que la ligne pure, ce qui me permet de prendre en compte simultanément le caractère du modèle, son expression, la qualité de la lumière environnante et l'atmosphère de la scène; or tout ceci ne peut être exprimé que par le dessin. Et ce n'est qu'une fois que je me sens porté par l'oeuvre, dont l'exécution peut prendre plusieurs séances, que mon esprit se clarifie et que j'ai suffisamment confiance en moi pour laisser libre cours à ma plume" (J. Flam, ed., Matisse on Art, Berkeley, 1995, pp. 130-132).

    Matisse aime peindre le matin et dessiner l'après-midi, laissant reposer le tableau jusqu'au lendemain. Les dessins au fusain constituent une étape essentielle de ce processus. A ce titre John Elderfield remarque: "[Les dessins] sont réalisés selon leurs propres termes et tous sans exception montrent l'incroyable maîtrise que Matisse avait de cette technique si sensuelle. Bien que les gradations de tons soient extrêmement subtiles, elles semblent avoir été réalisées de manière tout à fait spontanée; de plus, son sens averti de l'interchangeabilité entre la figure linéaire et l'arrière-plan confère à la fois tension et intensité aux compositions. Réalisées au sommet de son art, ces oeuvres sont aussi riches en émotion qu'en détails techniques et nous dévoilent un Matisse bien plus humain que ne le font ses dessins à la ligne" (J. Elderfield, The Drawings of Henri Matisse, catalogue d'exposition, The Arts Council of Great Britain, 1984, p. 118).

    Matisse returned to his studio at the Hôtel Régina in Nice at the end of May 1941, having spent the first half of the year hospitalized in Lyon under the care of Dr. Paul Santy. What began as treatment for a hernia he had since childhood, Matisse's health was discovered to be much graver than initially thought. His admittance to the clinic Grange-Blanche (today Hôpital E. Herriot), was complicated by a possible tumour, risk of heart failure and eventually a pulmonary embolism from which the artist narrowly survived. Matisse executed the present work in October of 1941 and presented it to Dr. Santy in January 1942 as a sign of his gratitude for not only saving his life, but adding years to it.

    By the time of the execution of the present drawing, Matisse had reached the summit of his skills as an innovative and expressive draughtsman. From about 1937, he had focused almost entirely on his drawing. On 3 April 1942 he wrote from Nice to his son Pierre in New York: "For a year now I've been making an enormous effort in drawing. I say effort, but that's a mistake, because what has occurred is a floraison after fifty years of effort" (A. Barr,
    Matisse, his Art and his Public, New York, 1951, p. 268). A masterful example of his work from these fruitful years, Femme assise shows Nézy Hamidé-Chewket seated in the interior of the artist's studio at the Hôtel Régina, surrounded by lush vegetation and the artist's working drawings he habitually pinned to the studio wall adorn the background. The white robe that that appears in so many other compositions from this date is recognizable, as is the animal-print lounge chair (fig. 1). A Turkish Princess, Nézy was the great-grand-daughter of the Sultan Abdul-Hamid, and had moved to Nice with her grand-mother following the proclamation of the Turkish Republic (fig.2). Passing her on the street and struck by her beauty, Matisse asked her if she would agree to pose for him. In the beginning chaperoned by her governess, Nézy posed for him for two years before marrying and moving to Albania. At the time of this sitting she was twenty-two years old. Nézy, along with Lydia Delectorskaya, served as principal model for the artist's suite of 170 drawings, Thèmes et Variations; as well as for the oil painting, Le Rêve (fig.3).

    At this time Matisse was working simultaneously in two different techniques. He made pure line drawings in pen and ink, unshaded and distilled to their very essence, in which erasure and revision were not possible. And as in the present work, he also drew with pieces of charcoal, working and reworking the lines with a stump (a thick paper stick used to blend charcoal strokes), so that the final image appears to emerge from and surmount a shadowy thicket of pentimenti. The charcoal drawings demonstrate the artist's total engagement with the model in front of him, his subject rising like a phoenix from its ashes.

    Dissimilar though they were, these two techniques were inter-related in practice. As the artist explained in his 1939 text
    Notes of a Painter on his Drawing: "The [ink] drawings are always preceded by studies made in a less rigorous medium than pure line, which allows me to consider simultaneously the character of the model, her human expression, the quality of surrounding light, the atmosphere and all that can only be expressed by drawing. And it is only when I feel that I am drained by the work, which may go for several sessions, that my mind is cleared and I have confidence to give free rein to my pen" (J. Flam, ed., Matisse on Art, Berkeley, 1995, pp. 130-132).

    Matisse liked to paint in the mornings and draw in the afternoons, when he would lay down the framework for the next day's work. The charcoal drawings constituted an essential part of this process. John Elderfield has pointed out: "[The drawings] are realized in their own terms, and without exception show Matisse's stunning mastery of this especially sensual medium. The tonal gradations are extraordinarily subtle, yet appear to have been realized very spontaneously, and the keen sense of interchange between linear figure and ground adds tautness and intensity to their compositions. At their best, they are emotionally as well as technically rich and show us a more mortal Matisse than his line drawings do" (J. Elderfield,
    The Drawings of Henri Matisse, exh. cat., The Arts Council of Great Britain, 1984, p. 118).

    Matisse avec Nézy dans son atelier à l'Hôtel Régina, Nice.
    (fig. 1) Le salon de la suite de Matisse à l'Hôtel Régina, Nice.

    (fig. 2) Nézy Hamidé-Chewket.

    (fig. 3) Henri Matisse, Le Rêve, 1939-40.
    Collection particulière.
    La présente oeuvre dans son cadre d'origine choisi par l'artiste.

    Special Notice

    No VAT will be charged on the hammer price, but VAT payable at 19.6% (5.5% for books) will be added to the buyer’s premium which is invoiced on a VAT inclusive basis


    Provenance

    Professeur Paul Santy, Lyon (don de l'artiste, janvier 1942).
    Puis par descendance au propriétaire actuel.


    Post Lot Text

    'WOMAN IN AN ARMCHAIR'; SIGNED, DATED AND DEDICATED LOWER LEFT; CHARCOAL AND ESTOMPE ON PAPER.