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    Sale 1209

    Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

    23 - 25 February 2009, Paris

  • Lot 77

    JACQUES-LOUIS DAVID (PARIS 1748-1825 BRUXELLES)

    Portrait d'homme de profil

    Price Realised  

    JACQUES-LOUIS DAVID (PARIS 1748-1825 BRUXELLES)
    Portrait d'homme de profil
    signé 'L. David'
    mine de plomb, plume et encre noire, lavis d'encre noire, rehaussé de blanc, traits d'encadrement à la plume et encre brune
    diamètre 178 mm. (7 in.)


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    Reproduit dans la plupart des ouvrages consacrés à David, exposé à de nombreuses reprises, le présent dessin est fort célèbre. Il doit sans doute ce statut - le terme d'icône davidienne vient même à l'esprit ! - autant à ses évidentes qualités picturales qu'à sa traditionnelle identification - le seul autoportrait dessiné de l'artiste (nous y reviendrons) - qu'à sa remarquable provenance : il s'agit du seul dessin de David à avoir figuré dans la collection des frères Goncourt.

    La feuille fait partie d'une série de neuf médaillons (probablement étaient-ils plus nombreux à l'origine) de technique, de format et de dimensions similaires (voir P. Rosenberg et L.-A. Prat, op. cit., nos. 147-55). Ils représentent tous des hommes à mi-corps, vus de profil sur un arrière-plan uniforme. Les dates portées sur les montages de trois d'entre-eux, ainsi que l'inscription qui se lit sur l'un de ceux-ci, Portrait de Jean-Bon-Saint-André, aujourd'hui à l'Art Institute de Chicago: 'David faciebat in vinculis anno. R.p. 3 messidoris 20' ('David fit ceci enchaîné, l'année de la République 3, 20 Messidoris', ce qui correspond au 8 Juillet 1795 dans le calendrier révolutionnaire), montrent qu'ils furent exécutés par David alors qu'il était incarcéré à la prison des Quatre-Nations à Paris (l'actuel Institut de France), entre le 30 mai et le 28 juillet 1795.

    David, membre du Comité de Salut Public, proche de Robespierre, avait été une première fois emprisonné à la chute du chef jacobin, en juillet 1794 et relâché en décembre de la même année. En mai 1795, alors que la misère et la disette, consécutives à une importante inflation, font rage à Paris, les jacobins qui avaient échappé aux purges de l'année précédente tentent de prendre le pouvoir. Les émeutiers envahissent la Convention le 20 mai, assassinent un député, Jean-Bertrand Féraud, dont ils placent la tête au bout d'une pique qu'ils présentent au président de la Convention, mis en demeure de la saluer. L'insurrection est pourtant vite réprimée par la garde nationale. C'est la première fois, depuis 1789, que l'armée issue de la Révolution s'oppose à une révolte populaire. David, député depuis 1792, est dénoncé puis arrêté le 30 mai et transféré aux Quatre-Nations, le lieu même, ironiquement, où il avait si longtemps étudié puis été membre de l'Académie Royale de Peinture.

    En prison, l'artiste côtoie plusieurs autres députés jacobins (on les appelle également les Montagnards) incarcérés comme lui. Ce sont quelques-uns de ces hommes en attente de jugement que David entreprend de dessiner en médaillon. La qualité et l'importance, tant artistique qu'historique, de ce groupe ont été parfaitement soulignées par L.-A. Prat dans le catalogue raisonné des dessins de David:
    'Ces bustes extraordinairement expressifs dans leur farouche crispation forment une chaîne d'amitié et de résistance face à l'injustice des temps et à l'échec du politique. Ce qui frappe avant tout chez ces neuf personnages, c'est la fixité de leur regard, autant que la raideur de leur maintien. Cinq sont tournés vers la droite, quatre vers la gauche. Quatre ont les bras croisés, attitude qui peut symboliser une résistance, en tous cas une affirmation de soi. Trois ont gardé leur chapeau. Tous semblent déterminés; et c'est leur si forte présence qui rend ces petits dessins si précieux [...]. Limité dans ses moyens par sa position "in vinculis", David revient ici au portrait, mais moins obsédé par le désir de restituer une ressemblance que par la volonté de célébrer une foi - et un échec - vécus en commun; le rêve Montagnard est définitivement terminé. Ces portraits de "vertueux" qui ne le seront pas assez pour demeurer républicains, selon le mot du peintre lui-même au moment de Brumaire, témoignent d'une illusion perdue. Ces vaincus maintenus "dans les fers" dont certains comme Barbau du Barran ou Bernard de Saintes, s'étaient montrés d'une férocité impitoyable au temps de la Terreur, connaissent à leur tour l'angoisse de la guillotine et l'âpre saveur de l'échec. Tous survivront à cette épreuve, signe que les temps ont changé après le 9 thermidor...' (P. Rosenberg et L.-A. Prat, op. cit., p. 164).

    Ces dessins furent sans doute offerts aux modèles qu'ils représentaient, mais peut-être David, à l'origine, avait-il en tête un projet ambitieux et de nature plus publique: en produire une suite gravée. E. Lajer-Burcharth (op. cit., p. 230) a souligné la réutilisation par David du format des portraits officiels gravés des députés pour représenter ses compagnons d'infortune. Ces dessins ne sont également pas sans évoquer les innombrables médaillons gravés de Charles-Nicolas Cochin (1715-1790), dont ils reprennent non seulement le format, mais également le fond uniforme et la représentation de profil. Un autre indice de la finalité de ces dessins semble être la reprise, particulièrement sensible ici, avec une plume appuyée et à l'encre noire, des profils, comme si David voulait s'assurer que le graveur disposerait de contours fort clairs et précis au moment de travailler sa planche.

    Mais qui est le député représenté sur le présent dessin? Certains des médaillons portent sur leur montage une inscription de David permettant de les identifier (les portraits de Jean-Bon Saint-André à l'Art Institute de Chicago, de Bernard de Saintes au J. Paul Getty Museum de Los Angeles, de Barbau de Barran dans une collection privée New Yorkaise, de Thirius de Pautrizel à la National Gallery de Washington; voir P. Rosenberg et L.-A. Prat, op. cit., nos. 148, 150-2). Tout comme pour quatre autres (au Louvre, à la Galerie Nationale du Canada à Ottawa, deux en collection privée; op. cit., nos. 147, 149, 153 et 154), ce n'est malheureusement pas le cas du présent dessin.

    Bien que les Goncourt ne semblent pas l'avoir acquis comme un autoportrait de David (voir E. Launay, op. cit.), Edmond le décrit comme tel dans son célèbre ouvrage, La Maison d'un Artiste (1881, op. cit): 'Portrait de David. Il s'est représenté en buste, de profil, tourné à gauche, les bras croisés. Il a au cou une large cravate blanche, et porte un de ces habits aux amples revers, au haut collet, un habit de la Révolution'. C'est sous cette identification que l'oeuvre figure à l'importante exposition, Dessins de maîtres anciens, organisée à l'Ecole des Beaux-Arts à Paris, en 1879. Dans son très complet compte-rendu de la manifestation, Philippe de Chennevières le cite ainsi : 'Les Goncourt ont tracé dans leur collection ce terrible Mane Thecel Fares par le seul portrait de celui qui "fut jadis de l'Académie", et, qui, pensionnaire de Louis XVI à Rome, vota sans hésiter la mort de son bienfaiteur. Le dessin est signé : je n'y vois point la loupe de David déjà indiquée dans son portrait de jeunesse au Louvre, mais j'y retrouve la rigidité du personnage, et les temps sont accomplis'. Ce texte, qui montre, une fois encore, qu'un siècle après, les cicatrices de la Révolution ne sont pas toutes refermées, évoque la 'loupe' de David : une déformation de la joue gauche probablement due à une tumeur de la parotide. La comparaison avec les portraits sûrs de David, qu'il s'agisse des deux autoportraits peints des Offices (1791; fig. 1) et du Louvre (1794) où l'artiste ne s'attarde d'ailleurs pas sur sa joue défigurée - ou bien des représentations par d'autres peintres ou graveurs (Isabey, Gros, etc.), n'est guère concluante. Le nez paraît ici plus aquilin et la coiffure plus soignée... D'autre part, comme l'a montré J. Wilhelm (op. cit.) pour pouvoir se portraiturer ainsi de profil, David aurait dû disposer d'un système complexe de trois miroirs, un luxe que l'on a du mal à imaginer dans une prison révolutionnaire.

    En 1989, lors du colloque David, P. Rosenberg signalait un dessin à la pierre noire et à l'estompe attribué à Hippolyte Picot, de mêmes dimensions, exactement semblable à la présente oeuvre et portant en bas une inscription à la plume: 'Saint Estève peint d'après Louis David' (fig. 2; la feuille passa ensuite en vente à l'Hôtel Drouot, le 22 avril 1994, lot 58). Malheureusement aucun prisonnier de ce nom n'est documenté aux Quatre-Nations en 1795 et l'on peut se demander si le mystérieux Saint-Estève n'est pas plutôt l'auteur de la copie, en lieu et place de Picot... Comme le soulignait L.-A. Prat, qui n'exclut finalement pas qu'il s'agisse d'un autoportrait, en conclusion de sa notice du catalogue raisonné des dessins de David, ' l'ambiguïté demeure'.


    Connaissant le peu d'estime des frères Goncourt pour David qu'ils qualifiaient de 'valet de Marat et de Napoléon' ou encore de 'peintre des vertus, des austérités, et des sévérités républicaines' qui avait 'chassé le sourire de l'art', l'on peut s'étonner de la présence d'un dessin de l'artiste - encore pire, un autoportrait supposé! - dans leur collection si soigneusement choisie qu'ils avaient constituée comme un manifeste de leur goût (une profession de foi, serait-on tenté de dire). Leur si tendre et bien-aimé XVIIIème siècle, celui des grâces, du mouvement et de l'esprit, n'est définitivement pas celui de David, l'un des principaux responsables, à leurs yeux, de la fin de cet âge d'or de l'art français. L'artiste, d'ailleurs, ne figure pas dans leur monumental Art du Dix-huitième siècle. Et pourtant, ils avaient réservé à ce dessin une place de choix dans leur intérieur, au centre de l'un des murs du petit salon de leur maison d'Auteuil (fig. 3), en dessous d'un paysage d'Hubert Robert et entre deux portraits de Moreau le Jeune, dont l'un était censé représenter (s'agit-il d'une simple coïncidence ?) la mère de Charles-Nicolas Cochin, dont la formule du présent médaillon porte, on l'a vu plus haut, l'empreinte.

    Dans La Maison d'un Artiste, Edmond de Goncourt expliquait ou plutôt justifiait le choix de ce dessin : 'Parfois, mais rarement, il échappe au semblant d'épure qu'il trace d'un corps humain; cependant dans un portrait -le portrait est au fond son original et grand talent- David jette, sur un morceau de papier, modelé dans un encre de Chine brutale et cernée par un trait dur, une physionomie pleine d'une vie intense'.


    Plus d'un siècle plus tard, l'oeuvre de la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé fascine encore par l'extraordinaire présence du modèle, sa solidité sculpturale, la détermination affirmée de son regard... Rarement, aussi, une effigie dessinée de David a été aussi proche de ses plus beaux portraits peints, dont les fonds faits de touches vibrantes qui en sont leur marque de fabrique, trouvent ici un remarquable écho dans l'arrière-plan, comme frotté au lavis.

    Special Notice

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    Provenance

    E. et J. de Goncourt (L. 1089), acheté avant le 20 avril 1857 (70 francs); Paris, Drouot, 15 février 1897, lot 60, comme 'Portrait de David' (3,100 francs au comte d'Harcourt).
    Bernard-Pierre-Louis, marquis d'Harcourt (1842-1914), puis son fils Etienne, marquis d'Harcourt (1884-1970).
    Baron Hankart, Bruxelles, en 1948; puis baronne Hankart, La Hulpe (Belgique), en 1980.
    Galerie Alain Tarica, Paris, d'où acquis en 1982 par
    Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.


    Literature

    Ph. Burty, Recueil de 112 photographies tirées par la maison Braun d'après 113 dessins de la collection Goncourt, Paris, 1879, no. 25. P. de Chennevières, 'Les dessins de maîtres anciens exposés à l'Ecole des Beaux-Arts', in Gazette des Beaux-Arts, 1879, II, p. 302.
    P. de Chennvières, Les dessins de maîtres anciens exposés à l'Ecole des Beaux-Arts en 1879, Paris, 1880, p. 125.
    E. de Goncourt, La maison d'un artiste, Paris, 1881, I, p. 68.
    M. von Boehn, Rokoko Frankreich im XVIII. Jahrhundert, Berlin, 1921, ill. p. 517.
    R. Cantinelli, Jacques-Louis David 1748-1825, Bruxelles, 1930, pl. XXX.
    K. Holma, David. Son évolution et son style, Paris, 1940, p. 121 note 66.
    H. Rosenau, The Painter Jacques-Louis David, Londres, Paris, Bruxelles, 1948, p. 74, pl. X, fig. 2.
    J. Wilhem, 'David et ses portraits. Le visage de David vu par lui-même et par ses élèves', in Art de France, IV, 1964, pp. 164-5, fig. 4.
    R. Verbraecken, Jacques-Louis David jugé par ses contemporains et par la postérité, Paris, 1973, p. 17 note 27.
    D. A. Wisner, 'David en prison 1794-1795: l'image post-thermidorienne de la Révolution', in L'image de la Révolution française, (Congrès mondial pour le Bicentenaire de la Révolution, Paris, Sorbonne, 1989), 1989, III, p. 2073, note 45.
    A. Brookner, Jacques-Louis David, Londres, 1980, p. 49, fig. 18 (p. 53 et fig. 18 de l'éd. française, Paris, 1990).
    E. Launay, Les Frères Goncourt, collectionneurs de dessins, Paris, 1991, p. 271, no. 66, ill.
    P. Rosenberg, 'Fragonard et David', in David contre David (actes du colloque, Paris, Louvre, 1989), Paris, 1993, II, p. 15.
    E. Lajer-Burcharth, Necklines. The Art of Jacques-Louis David after the Terror, Yale, 1999, pp. 90, 96, 100, 104, 115, 117, 321, note 47, fig. 46.
    N. Turner, The J. Paul Getty Museum Los Angeles. European Drawings. 4, Los Angeles, 2001, p. 181 sous no. 63.
    P. Rosenberg et L.-A. Prat, Jacques-Louis David 1748-1825. Catalogue raisonné des dessins, Milan, 2002, I, no. 155.


    Exhibited

    Paris, Ecole des Beaux-Arts, Dessins de maîtres anciens, 1879, no. 638.
    Paris, 'Exposition Goncourt', in Gazette des Beaux-Arts, 1933, no. 188.
    Paris, Orangerie des Tuileries, David. Exposition en l'honneur du deuxième centenaire de sa naissance, 1948, no. M.O. 131 (notice par M. Florisoone).
    Paris, Musée du Louvre, Jacques-Louis David 1748-1825, 1989-90, no. 93, ill. (notice par A. Sérullaz).


    Post Lot Text

    PORTRAIT OF A MAN IN PROFILE, SIGNED BY JACQUES-LOUIS DAVID
    PENCIL, PEN AND BLACK INK, BLACK AND GREY WASH, HEIGHTENED WITH WHITE, PEN AND BROWN INK FRAMING LINES


    Reproduced in most works devoted to Jacques-Louis David and exhibited on numerous occasions, this drawing is well renown. Without a doubt, this celebrity status - the term Davidian icon springs to mind! - is due as much to its obvious pictorial qualities as to its traditional identification - the only known self-portrait drawn by the artist (see below) - and its remarkable provenance: this is the only drawing by David to have been included in the Goncourt brothers' collection.

    The sheet is one of a series of nine roundel portraits (there may well have been more of them originally) of similar technique, format and dimensions (see P. Rosenberg and L.-A. Prat, op.cit., nos. 147-155). They all depict half-length portraits of men, in profile, against a plain background. The dates present on the mounts of three of them, together with the inscription that can be read on one, The Portrait of Jean-Bon Saint-André (now at the Art Institute of Chicago): 'David faciebat in vinculis anno. R.p. 3 messidoris 20' ('David did this [while] in chains in the year of the Republic 3, Messidoris 20th'. This corresponds to July 8th, 1795 in the revolutionary calendar), establish that they were drawn by David while he was jailed in the Four-Nations prison in Paris (presently the Institut de France), between 30 May and 28 July, 1795.

    David, a member of the Committee for Public Safety (Comité de Salut Public) and close to Robespierre, had already been imprisoned once before on the Jacobin leader's fall from grace in 1794, but was released in December of the same year. In May 1795, while extreme poverty and food shortages (the result of very high inflation) raged in Paris, the Jacobins who had escaped the purges of the preceding year, attempted to seize control. The rioters invaded the Convention on 20 May and assassinated the deputy Jean-Bertrand Féraud. They impaled his head on a pike and presented it to the president of the Convention, summoning him to salute it. The insurrection was however quickly put down by the National Guard. Since it emerged from the Revolution in 1789, it was the first time that the army opposed a popular revolt. David, a deputy since 1792, was denounced and arrested on 30 May and transferred to the Four-Nations prison. This, ironically, was the very place where he had long been a student and then a member of the Académie Royale de Peinture. In prison, he rubbed shoulders with other Jacobin deputies (also known as the Montagnards). David undertook to draw the portraits of few of these men, who were awaiting judgement. The quality and significance (both artistic and historical) of this group have been perfectly highlighted in L.-A. Prat's catalogue raisonné of David's drawings:

    'These half-length portraits, extraordinarily impressive in their state of fierce tension, form a chain of friendship and resistance in the face of the injustice of the times and the failed politics. What is most striking in all nine characters is their steady gaze, as well as their unbending dignity of bearing. Five are turned to the right, four to the left. Four have their arms crossed, an attitude that can symbolise resistance or self-assertiveness. Three have kept their hats on. All seem determined, and it is their very strong presence that makes these little drawings so precious [...] Limited in resources by his being "in vinculis", David returns here to portraiture, but he seems less obsessed by the desire to turn out a resemblance than by the determination to profess a faith - and salute a failure - experienced in common: the Montagnard dream is finally over. In the words of the painter himself at the time of Brumaire, these portraits of the "virtuous" (who were not virtuous enough to remain republican) bear witness to a lost illusion. These vanquished few, now clapped in irons, some of whom like Barbau du Barran or Bernard de Saintes, had themselves shown pitiless ferociousness during the Reign of Terror, would now in turn know the anguish of the guillotine and the bitter taste of failure. All will survive this time of trial, a sign of the times having changed after 9 Thermidor ...' (P. Rosenberg and L.-A. Prat, op. cit., p. 164).

    These drawings were probably offered to the sitters they represented, but perhaps at the outset, David had a more ambitious and more public-spirited project in mind: to produce them as a series of engravings. E. Lajer-Burcharth (op. cit., p. 230) has pointed out that David has used here the format for the official engraved portraits of deputies to depict his companions of misfortune. These drawings are not without allusion to the numerous roundel portraits engraved by Charles-Nicolas Cochin (1715-1790), whose format, plain background and profile representation, they adopt. Another indication of the final purpose for these drawings seems to be the re-tracing (particularly noticeable here) of the profiles, with a heavy pen and black ink, as if David wanted to ensure that the engraver would have sharp and clear contours when working on his plate.

    But who is the deputy represented in this drawing? David inscribed some of the mounts of these portraits so that they could be easily identified (the portraits of Jean-Bon Saint-André at the Art Institute of Chicago, of Bernard de Saintes at the J. Paul Getty Museum of Los Angeles, of Barbau du Barran in a private New York collection, of Thirius de Pautriziel in the National Gallery, Washington; P. Rosenberg and L.-A. Prat, op. cit., nos. 148, 150-152). Unfortunately, no inscription graces this particular drawing, nor the other four (in the Louvre, the National Gallery of Canada in Ottawa and two in a private collection, op. cit., nos. 147, 149, 153, 154).

    Although the Goncourt brothers do not appear to have acquired it as a self-portrait of David (see E. Launay, op. cit.), Edmond describes it as such in his well-known work, La Maison d'un Artiste (1881, op. cit.): 'Portrait of David. He has shown himself in half-length, in profile, turned to the left, arms crossed. He wears a large white tie around his neck, and is wearing one of those frock-coats with wide lapels and a high collar, a coat from the Revolution'. It is under this identification that the work was shown at the major exhibition, the Dessins de maîtres anciens, organised at the Ecole des Beaux-Arts in Paris in 1879. In his very full account of the event, Philippe de Chennevières cites it as follows: 'In their collection, the Goncourts traced the terrible Mane Thecel Fares through the only portrait of he who "once was part the Academy" and who, living in Rome with a pension from Louis XVI, voted unhesitatingly to have his benefactor put to death. The drawing is signed. Yet nowhere do I see the wen that David had already depicted in his self-portrait as a young man in the Louvre, but I do recognise the rigidity of the character.'. This text which, once again, shows that a century later, not all the scars left by the Revolution have healed over, refers to David's 'wen'. This is a deformation of his left cheek probably due to a cyst in his parotid gland. A comparison with known portraits of David - be they the two self-portraits of the Uffizi (1791; fig. 1) and of the Louvre (1794) where the artist does not, incidentally, dwell much on his facial disfigurement - or representations by other painters and engravers (Isabey, Gros, etc.), is hardly conclusive. Here, the nose appears more aquiline and the hair more carefully dressed. Moreover, as J. Wilhelm (op. cit.) has pointed out, to be able to draw his portrait in profile in this way David would have had to have a complex system of three mirrors, a luxury that it is hard to imagine would be available inside a prison during the Revolution.

    In 1989, during a seminar on David, P. Rosenberg disclosed the existence of a black chalk and stump shading drawing attributed to Hippolyte Picot, of identical dimensions and similar to this work, bearing a pen-and-ink inscription at the bottom: 'Saint Esteve, father, based on Louis David' (fig. 2; the sheet was then for sale at the Hôtel Drouot in Paris on 22 April 1994, lot 58). Unfortunately, no prisoner of this name is recorded at the Four-Nations in 1795 and one could ask oneself if the mysterious Saint-Estève is not the author of the copy, rather than Picot... L.-A. Prat, who does not definitely rule out the possibility of it being a self-portrait, remarks in the concluding lines of his note in the catalogue raisonné of David's drawings that 'ambiguity remains'...


    Knowing the low esteem in which the Goncourt brothers held David, whom they qualified as the 'valet of Marat and Napoleon' or even as a 'painter of republican virtues, austerities and severities' who had 'taken the smile off art', it is surprising that they had one of his works (and what's more, a presumed self-portrait!) in their carefully chosen collection which they had assembled together as a true manifesto of their taste (one is tempted to say, as a profession of their faith). Their so well-beloved 18th Century, the century of graces, movement and wit, is definitely not the century of David, one who, in their eyes, was principally to blame for the end of this golden age of French art. The artist, moreover, is not included in their monumental Art du Dix-huitième siècle. And yet, they had set aside the best place in their home for this drawing: on one of the walls in the small drawing-room of their house in Auteuil (fig. 3), below a landscape by Hubert Robert and between two portraits by Moreau the Younger, one of which is supposed to represent (is this mere coincidence?) the mother of Charles-Nicolas Cochin, whose hallmark, as we have already seen, is to be found in the formula adopted for this roundel portrait.
    In La Maison d'un Artiste, Edmond de Goncourt explained or, rather, justified the selection of this drawing: 'Sometimes, but not often, he -David- distances from his usual method of creating a simplistic, stylised, sketchy outline of a human body. Yet, however in a portrait -portraiture being his original great talent- David casts a face full of life and intensity onto a sheet of paper, savagely marked out in deep black China ink and outlined by a sharp line'.

    More than a century later, the work in the Yves Saint-Laurent and Pierre Bergé collection still fascinates because of the extraordinary presence of the sitter, his sculptural strength and the determination and assuredness of his gaze ... Rarely has an effigy drawn by David been so close to his finest portrait paintings, whose backgrounds reflect those vibrant touches that are the portraitist's trademark and which, like a brush wash, are echoed in this work.