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    Sale 1209

    Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

    23 - 25 February 2009, Paris

  • Lot 80

    JEAN-AUGUSTE-DOMINIQUE INGRES (MONTAUBAN 1780-1867 PARIS)

    Victor Baltard

    Price Realised  

    JEAN-AUGUSTE-DOMINIQUE INGRES (MONTAUBAN 1780-1867 PARIS)
    Victor Baltard
    Signé, daté, localisé et dédicacé 'offert Madame Baltard Ingres Del Rom. 1837 30 aoust'
    mine de plomb, sur papier brun (à l'origine blanc), l'architecture tracée au stylet
    328 x 251 mm. (12 7/8 x 9 7/8 in.)


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    'Autre bonne nouvelle ! Mr. Ingres a fait mon portrait samedi: jamais son crayon n'a rien fait de plus vivant; la manière est différente de ce qu'elle est ordinairement; avec la même précision, il y a une couleur qu'il ne donne pas ordinairement; il semble qu'il se soit servi de son pouce pour estomper dans certains endroits; ce chef-d'oeuvre a été enlevé en quatre heures.'.

    Ces quelques mots enthousiastes et admiratifs, consacrés au présent dessin, sont tirés d'une lettre envoyée de Rome le 6 septembre 1837 par Victor Baltard (1805-1874) à son ami le peintre Hippolyte Flandrin (1809-1864) (voir M.-M. Aubrun, op. cit., p. 121). Tous deux s'étaient rencontrés à Rome, alors qu'ils étaient pensionnaires à l'Académie de France à Rome, dirigée depuis 1835 par Ingres.


    Victor Baltard, l'un des onze enfants de l'architecte Louis-Pierre Baltard (1764-1846), suivit les traces de son père et remporte le prix de Rome d'architecture en 1833. Il rejoint l'Italie en mars 1834, en compagnie d'Adeline Lequeux, elle-même issue d'une famille d'architectes distingués et qu'il venait d'épouser. Baltard est de retour en France en 1838, après ce qu'il qualifiera comme les quatre plus belles années de sa vie. Il est nommé inspecteur des Beaux-Arts en 1841 et c'est sous son égide que s'étendit un vaste mouvement de restauration des vieilles églises de Paris, accompagné d'une importante campagne de décoration à fresque de leurs intérieurs. Mais Baltard ne fut pas qu'un administratif et il fut responsable de la construction de plusieurs monuments d'importance, parmi lesquels les Halles centrales de Paris (souvent appelées 'Halles Baltard'), édifiées entre 1851 et 1857, et l'église Saint-Augustin (1860-1871) également dans la capitale, lui assurèrent la célébrité.

    En 1834, lorsque Baltard arrive à Rome, c'est Horace Vernet (1789-1863) qui dirige l'Académie de France, installée à la Villa Médicis. Celui-ci est remplacé l'année suivante par Ingres, alors âgé de 55 ans. Très vite, le peintre se prend d'affection pour le jeune architecte, sa femme, et le premier enfant du couple, Paule, née le 27 août 1834. En 1836, il dessine Madame Baltard dans les jardins de la Villa Médicis, le Casino di Raffaello de la Villa Borghèse visible au loin (fig. 2, aujourd'hui dans une collection privée américaine, Portraits by Ingres, op. cit., no. 114). Comme l'indique une inscription au dos de cette émouvante feuille: 'Paule Baltard, âgée de deux ans ne devait pas figurer dans le dessin, mais, gardée par Mme Ingres, elle s'est échapée, s'est blottie contre sa mère, criant "maman, maman". Alors M. Ingres a dit: "Laissez-la", et a dessiné l'enfant pendant qu'on agitait du sucre au-dessus de la tête du peintre.'.

    Le départ de Rome du jeune ménage fut pour Ingres un véritable déchirement. Dans une lettre à Hippolyte Flandrin, le même à qui Baltard annonçait la réalisation du présent dessin, Ingres avouait: 'Nous aussi avons le coeur navré du départ, mieux dire un arrachement, de mes bons Baltard. Je ne puis vous dire combien ils nous manquent, lui, son aimable épouse et sa petite adorable fillette.' (lettre du 22 novembre 1838, voir D. Ternois, 'Lettres inédites d'Ingres à Hippolyte Flandrin', Bulletin du musée Ingres, no. 11, juillet 1962, p. 11).
    Dans une correspondance à l'archéologue Raoul-Rochette, Ingres ajoutait: 'Nous avons perdu le charme de la plus aimable intimité...Plus de petite fille...' (Naef, 1977-80, op. cit., III, p. 253).

    Ingres joua un rôle non négligeable dans la carrière de l'architecte. Il demande ainsi à Baltard de dessiner l'arrière-plan architectural de son plus ambitieux tableau exécuté lors de son directorat, l'Antiochus et Stratonice (1834-1840), commandé par le Duc d'Orléans et aujourd'hui au musée Condée, à Chantilly. En 1841, il recommande son protégé à Edouard Gatteaux, grand ami du peintre et membre du Conseil municipal de Paris, afin qu'il soit nommé Inspecteur des Beaux-Arts. En retour, l'architecte fait appel, pour ses ambitieux projets de décoration des églises parisiennes, à de nombreux élèves d'Ingres. A la mort du grand peintre, c'est Baltard qui est chargé de concevoir sa sépulture du cimetière du Père-Lachaise. Cette tombe, modeste et digne, est constituée d'une simple stèle décorée de quatre pilastres et d'une palme dans laquelle une niche carrée abrite un buste du peintre et ami (fig. 3).


    Ingres a représenté son modèle vêtu d'une cape portée au-dessus d'un veston boutonné ouvrant sur une cravate négligemment nouée, tenant d'une main un haut chapeau caché dans le revers de son vêtement, de l'autre un carton à dessin. Comme un clin d'oeil à l'activité de son modèle, Ingres a placé Baltard sur la place Saint-Pierre, devant la colonnade du Bernin et les deux fontaines, les bâtiments du Vatican, et un obélisque sur la droite. Si l'on en croit G. Tinterow et A. E. Miller (op. cit.), il s'agit du dernier portrait dessiné d'Ingres sur un fond de paysage.

    Ce merveilleux témoignage d'amitié, 'offert à Madame Baltard' (le portrait de celle-ci avait quant à lui été 'offert à son Mr. Vr. Baltard'), demeura dans la descendance du modèle jusque son acquisition par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.

    Special Notice

    No VAT will be charged on the hammer price, but VAT payable at 19.6% (5.5% for books) will be added to the buyer’s premium which is invoiced on a VAT inclusive basis


    Provenance

    Donné par Ingres à l'épouse du modèle, née Adeline Lequeux; par descendance à sa fille, Madame Edmond Arnoult, née Paule Baltard, jusque 1916, puis à la fille de celle-ci, Madame Louis Duval-Arnould, née Paule Arnould, jusque 1942, puis au fils de celle-ci, François Duval-Arnould.
    Galerie Alain Tarica, Paris, d'où acquis par
    Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.


    Literature

    C. Blanc, 'Le Salon des Arts-Unis', in Gazette des Beaux-Arts, 1er février 1861, p. 191.
    H. Delaborde, 'Les Dessins de M. Ingres au Salon des Arts-Unis', in Gazette des Beaux-Arts, 1er mars 1861, p. 267.
    E. Galichon, 'Description des dessins de M. Ingres exposés au Salon des Arts-Unis', in Gazette des Beaux-Arts, 15 mars 1861, pp. 356-357.
    C. Blanc, Ingres: Sa vie et ses ouvrages, Paris, 1870, no. 252.
    E. Gatteaux, Collection de 120 dessins, croquis et peintures de M. Ingres classés et mis en ordre par son ami Edouard Gatteaux, Paris, 1873 (1ère série), pl. 12 (détail).
    P. Sédille, 'Victor Baltard architecte', in Gazette des Beaux-Arts, 1er mai 1874, p. 486, ill.
    F. Deconchy, 'Victor Baltard, notice biographique', in Société Centrale des Architectes. Annales I, 1874 (1875), ill. p. 233 (la gravure par L. Massard).
    Both de Tauzia, Musée National du Louvre, dessins, cartons, pastels et miniatures de diverses écoles, exposés depuis 1879, dans les salles du 1er étage, deuxième notice supplémentaire, Paris, 1888, p. 141.
    H. Jouin, Musée de portraits d'artistes, peintres, sculpteurs, architectes, graveurs, musiciens, artistes dramatiques, amateurs, etc., nés en France ou y ayant vécu, Paris, 1888, p. 6.
    H. Lapauze, Les portraits dessinés de J.-A.-D. Ingres, Paris, 1903, no. 1, ill.
    H. Laupauze, Ingres: Sa Vie et Son Oeuvre (1780-1867), d'après des documents inédits, Paris, 1911, p. 333, ill.
    J.-P. Alaux, Académie de France à Rome: ses Directeurs, ses pensionnaires, Paris, 1933, p. 158.
    G.Waldemar, 'Portraits par Ingres et ses élèves', in La Renaissance, octobre-novembre 1934, p. 197, ill.
    L. Arnould, Victor Baltard 1805-1874, Le Puy-en-Velay, 1939, p. 6.
    J. Alazard, Ingres et l'ingrisme, 1950, p. 94.
    P. Labrouche, Les Dessins de Ingres, Paris, 1950, pl. 11.
    D. Ternois, Les Dessins d'Ingres au Musée de Montauban: Les Portraits (Inventaire général des dessins des musées de province) 3, Paris, 1959, sous no. 8.
    H. Naef, Rome vue par Ingres, Lausanne, 1960, p. 27 note 52.
    M. Sérullaz, 'Ingres dessinateur', in La revue du Louvre et des Musées de France, 1967, no. 17, p. 212.
    R. Jullian, 'Ingres et le paysage' (colloque Ingres, Paris, 1967), Paris, 1969, p. 89.
    H. Naef, Die Bildniszeichnungen von J.-A.D. Ingres, Berne, 1977-1980, III, pp. 250-257 et V, pp. 232-233, no. 371, ill.
    M.-M. Aubrun, 'Victor Baltard à Hippolyte Flandrin. Dix lettres de 1839 à 1842', in Bulletin du musée Ingres, no. 371, p.121, ill. G. Vigne, Dessins d'Ingres. Catalogue raisonné des dessins du musée de Montauban, Paris, 1995, p. 464.
    D. Ternois, Lettre d'Ingres à Marcotte d'Argenteuil. Dictionnaire, Paris, 2001, p. 50.
    P. Pinon, Louis-Pierre et Victor Baltard, Paris, 2005, pp. 115 et 123, no. 476, ill. sur la couv. (détail) et p. 6.
    G. Tinterow et A.E. Miller, 'Ingres paysagiste', in Ingres, cat. expo. Paris, Musée du Louvre, 2006, p. 89.


    Exhibited

    Paris, Salon des Arts-Unis, Dessins d'Ingres tirés de collections d'amateurs, 1861, no. 44.
    Paris, Ecole des Beaux-Arts, Catalogue des tableaux, études peintes, dessins et croquis de J.-A.D. Ingres, peintre d'histoire, sénateur, membre de l'Institut, 1867, no. 319.
    Paris, Ecole des Beaux-Arts, Dessins de l'école moderne, 1884, no. 413.
    Paris, Hôtel de la Chambre Syndicale de la Curiosité et des Beaux-Arts, Exposition Ingres, 1921, no. 104.
    Paris, Musée des Arts Décoratifs, Les artistes français en Italie de Poussin à Renoir, 1934, no. 542.
    Paris, Galerie Jacques Seligmann et Fils, Exposition de portraits par Ingres et ses élèves, 1934, no. 32.
    Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, Ingres-Delacroix: Dessins, pastels et aquarelles, 1936, no. 26.
    Paris, Galerie André Weil, Exposition Ingres: Maître du dessin français, 1949, no. 54.
    Paris, Musée Carnavalet, Les Grands Créateurs de Paris et leurs oeuvres, 1951, no. 466. ill.
    Paris, Petit Palais, Ingres, 1967-8, no. 175, ill.
    Londres, The National Gallery et autres lieux, Portraits by Ingres. Image of an Epoch, 1999-2000, no. 115, ill.
    Paris, Musée du Louvre, Ingres, 2006, no. 121, ill.


    Post Lot Text

    PORTRAIT OF VICTOR BALTARD, SIGNED BY JEAN-AUGUSTE-DOMINIQUE INGRES AND DATED '1837'
    PENCIL ON BROWN PAPER, ORIGINALLY CREAM PAPER, THE OUTLINES OF THE ARCHITECTURE PARTLY INCISED


    'Another bit of good news! Last Saturday, Mr. Ingres drew my portrait: his pencil never created anything with such liveliness; the manner is different than what you ordinarily see; there is the same accuracy, but the colour is different; it seems as though he used his thumb to smudge some areas; this masterpiece was executed in just four hours.'


    This brief but enthusiastic and appreciative account of the drawing is taken from a letter that Victor Baltard (1805-1874) sent from Rome on 6 September 1837 to his friend, the painter Hippolyte Flandrin (1809-1864; see M.-M. Aubrun, op. cit., p. 121). The two men had met in Rome during their staying at the French Academy, which Ingres had directed since 1835.

    Victor Baltard, one of the architect Louis-Pierre Baltard's eleven children (1764-1846), followed in his father's footsteps and won the Prix de Rome for architecture in 1833. He travelled to Italy in March 1834, accompanied by his new bride Adeline Lequeux, who also came from a family of distinguished architects. Baltard returned to France in 1838, after what he would call the four happiest years of his life. He was appointed Inspecteur des Beaux-Arts in 1841, and under this tenure he began a vast movement to restore the old churches of Paris, alongside a large campaign to decorate their interiors with frescoes. But Baltard was not just an administrator, he was also responsible for building several important monuments, including the Halles Centrales, Paris' main market (often called the 'Halles Baltard'), erected between 1851 and 1857, and the Church of Saint Augustin (1860-1871), also in the French capital, which brought him fame.

    When Baltard arrived in Rome in 1834, Horace Vernet (1789-1863) was at the head of the French Academy in the Villa Medici. The following year, Vernet was replaced by Ingres, who was 55 years old at the time. The painter quickly grew to like the young architect, his wife, and their first daughter, Paule, who was born on 27 August 1834. In 1836, he drew Mrs Baltard in the gardens of the Villa Medici, with the Casino di Raffaello in the Villa Borghese visible in the distance (fig. 2, currently in a private American collection, see Portraits by Ingres, op. cit., no. 114). An inscription on the back of this moving portrait says, 'Paule Baltard, aged two years old, was not to be included in the portrait and was looked after by Mrs. Ingres, but she broke away and rushed to her mother's side crying "Maman, maman". Then, Mr. Ingres said "Let her stay", and drew the child whilst someone was shaking a sweet above the artist's head to catch her attention'.

    The young family's departure from Rome was absolutely heart-rending for Ingres. In a letter to Hippolyte Flandrin, the same artist to whom he spoke of this drawing, Ingres admitted: 'Our hearts too were saddened when my dear Baltards left, or, rather, when they were torn away from us. I cannot tell you how much we will miss them all, the architect, his lovely wife and their adorable little girl' (letter dated 22 November 1838, see Ternois, 'Lettres inédites d'Ingres Hippolyte Flandrin', Bulletin du musée Ingres, no. 11, July 1962, p. 11).
    In a message to archaeologist Raoul-Rochette, Ingres added 'We have lost the charm of the most pleasant of intimacies ... Our little girl is gone' (Naef, 1977-1980, op. cit., III, p. 253).

    Ingres played a non-negligeble role in the architect's career, as he asked Baltard to draw the architectural background of his most ambitious work painted while he was director of the Academy, Antiochus and Stratonice (1834-1840), commissioned by the Duke of Orléans and now in the Musée Condé in Chantilly. In 1841, he recommended his protégé to Edouard Gatteaux, one of the painter's great friends and member of the Paris Municipal Council, for the position of 'Inspecteur des Beaux-Arts'. In return, the architect worked with many of Ingres's students on his ambitious projects to decorate the churches of Paris. When the great painter died, Baltard was put in charge of designing his tomb in the Père Lachaise Cemetery. This modest and dignified place of rest is made of a simple tombstone decorated with four pilasters and a palm which holds in its square niche a bust of the painter and friend (fig. 3).

    Ingres portrayed his model wearing a cape over a buttoned vest that opens on a nonchalantly tied cravat, holding in one hand a tall hat hidden under his garment and in the other a portfolio for drawings. With a wink to his model's work, Ingres placed Baltard in St Peter's Square, in front of Bernini's colonnade and the Vatican buildings, the two fountains and the obelisk to his right. If G. Tinterow and A. E. Miller (op. cit.) are to be believed, it was the last portrait Ingres drew with a landscape background.

    This wonderful testimony to friendship, 'a gift to Mrs Baltard' (her portrait had been 'a gift to her friend Mr Vr. Baltard'), remained in the Baltard family until it was acquired by Yves Saint-Laurent and Pierre Bergé.