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    Sale 5590

    Collection Jeanne Lanvin Fondations Polignac Kerjean et Forteresse de Polignac

    1 December 2008, Paris

  • Lot 13

    JEAN-LOUIS FORAIN (1852-1931)

    Au Théâtre

    Price Realised  

    Estimate

    JEAN-LOUIS FORAIN (1852-1931)
    Au Théâtre
    signé et daté 'j.l.forain 1882' (en bas à gauche)
    aquarelle, plume, encres noire et brune et traces de mine de plomb sur papier
    33 x 49 cm. (13 x 19 3/8 in.)
    Exécuté en 1882


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    Mesdames Janine Chagnaud-Forain et Florence Valdès-Forain ont confirmé l'authenticité de cette oeuvre.

    Special Notice

    No VAT will be charged on the hammer price, but VAT payable at 19.6% (5.5% for books) will be added to the buyer’s premium which is invoiced on a VAT inclusive basis


    Provenance

    Jeanne Lanvin, Paris.
    Marie-Blanche Lanvin, Comtesse Jean de Polignac, Paris.
    Puis par descendance aux propriétaires actuels.


    Pre-Lot Text

    Les oeuvres de Jean-Louis Forain que Jeanne Lanvin collectionne témoignent des divertissements de la société parisienne des années 1880.

    Au Théâtre, exécuté en 1882, évoque la foule qui se presse au foyer pendant l'entracte du spectacle. Si plus d'une douzaine de figures sont mises en scène avec des postures différentes - de face, de profil de dos - ce sont les quatre figures du premier plan qui retiennent l'attention, et plus particulièrement la jeune femme à la toilette grenat qui tranche avec les tenues sombres. Cette élégante s'appuie avec assurance sur la table en y pointant son éventail tout en s'entretenant avec son compagnon à la barbe rousse.

    C'est un instantané de la vie contemporaine que Forain recherche: la manière d'être, d'échanger des regards, de se courber légèrement pour entendre les commentaires de son interlocuteur sur le spectacle que l'on vient de voir. Pour faire vrai, l'artiste mentionne de pittoresques accessoires comme les éventails, les capelines, les hauts de forme. Pour rendre cette situation immédiate au spectateur, les quatre personnages au premier plan sont tronqués à mi-corps et une silhouette féminine au premier plan est vue de dos. C'est à Degas, et à travers lui aux estampes japonaises que Forain doit son goût des cadrages quasi-photographiques. La mise en page est d'ailleurs particulièrement complexe avec, de surcroît, les courbes des éventails qui répondent à celles des chapeaux féminins et qui s'opposent aux droites des hauts de forme masculins. A cette époque, Forain a trente ans et a déjà participé, à l'invitation de Degas, à trois expositions impressionnistes en 1879, 1880 et 1881. Ce jeune artiste démontre qu'il a bien assimilé l'enseignement de ses maîtres Degas et Manet, comme le prouve l'attention avec laquelle il pose la lumière sur les capelines et les hauts de forme, ainsi que sur les visages. La lumière diffusée est laiteuse, comme l'était celle du gaz avant l'apparition de l'électricité, et elle exaspère la blancheur des carnations et du marbre de la table. La source lumineuse, non représentée, vient de la droite; elle applique une ombre nette et précise sous la chapeau de la jeune femme en grenat, alors qu'elle s'abat directement sur le visage de celle de droite.

    Le carnet de bal, vers 1888, représente une jeune fille resplendissante dans sa robe du soir qui consulte son carnet de bal. Les yeux baissés, elle se tient à l'écart de la réception à laquelle elle assiste. La présence des autres invités est néanmoins subtilement évoquée dans le reflet coloré du miroir en haut à droite. Oublieuse du monde, songe-t-elle aux hommages de ses admirateurs? L'un d'eux a déposé à ses pieds une rose, symbole emprunté à la tradition des scènes galantes.

    La composition est soigneusement structurée, les rondeurs - des courbes féminines, du guéridon - s'opposent harmonieusement aux lignes - du cadre, de la plinthe. L'artiste joue aussi du contraste entre les aplats - du mur, et du sol - et le volume de la toilette féminine qu'il sculpte avec la craie.

    Jean-Louis Forain aime se plonger dans l'atmosphère feutrée des réceptions de la haute société et, dès 1880, le critique Joris-Karl Huysmans, ardent défenseur des impressionnistes qui fut le premier a déceler le talent de Forain, note que Forain s'est "complu à donner l'impression des salons du monde et qu'il a aussitôt saisi la grâce des toilettes" (L'Exposition des Indépendants de 1880). D'ailleurs, en 1884, son envoi Le Buffet (fig. 1) montre une mise en page étudiée qui le fait recevoir au très officiel Salon. En 1886, Forain expose à la VIIIème et dernière exposition impressionniste un pastel, Femme à l'eventail (fig. 2), où une jeune femme en robe du soir hume un bouquet de fleurs. Celle-ci semble coupée du monde, comme l'est le modèle plongé dans la lecture du Carnet de bal.

    C'est sous l'influence de Degas que Forain utilise la technique du pastel, d'abord pour des portraits en 1878, puis, à partir de 1885 pour des scènes à la féminité exaltée comme celle du Carnet de bal. Modelé dans une matière crayeuse et lumineuse, l'éclat poudré de la carnation de la jeune personne est souligné par le velouté du pastel. Traduisant un hymne à la douceur, au raffinement, mais aussi à la sensualité étouffée, la technique du pastel capture parfaitement ici l'éphémère et la sensation du fugitif.

    Au Théâtre et Le carnet de Bal sont caractéristiques de l'attrait de Forain pour les scènes de la vie contemporaine: que ce soit au café, sur les boulevards, aux courses, dans les salons mondains, ou au spectacle -à l'opéra, au théâtre, aux Folies Bergères- Forain se plaît à décrire ses contemporains. Cet intérêt pour les scènes de la vie quotidienne, Forain l'a acquis dès ses débuts, dans les années 1870 alors qu'il est le plus jeune artiste à assister aux discussions enfiévrées menées par Manet et Degas au Café Guerbois, puis à celles de la Nouvelle Athènes. Si le thème de ces deux oeuvres se situe bien à l'avant-garde, il en est de même des mises en page ainsi que l'application des couleurs et de la lumière héritées des théories impressionnistes. Cependant en employant deux techniques différentes, l'aquarelle pour le Théâtre et le pastel pour Le carnet de bal, le jeune artiste met bien en évidence sa virtuosité à exprimer des impressions différentes. Avec l'aquarelle, la vivacité et la spontanéité du trait sont privilégiées tandis que la fluidité des couleurs apporte une fraîcheur et un éclat tout particulier, Selon Huysmans, "les aquarelles (de M. Forain) décèlent un sens particulier et très vif de la vie contemporaine; ce sont des petites merveilles de la réalité parisienne et élégante" (le Salon de 1879). Forain montre ici une prédisposition pour cette technique dont la rapidité d'exécution exclusive de tout repentir convient bien à son tempérament. Avec le pastel, le trait, plus doux tout en restant vigoureux, dégage une grande intensité. Ces deux techniques sont d'ailleurs à cette époque délaissées par les peintres officiels, car, selon Huysmans: "Plus jamais, au grand jamais, le public n'acceptera M. Forain comme peintre, par ce seul motif qu'il se sert de l'aquarelle, de la gouache et du pastel et qu'il ne s'adonne que rarement à l'huile. Or parmi les indéracinables préjugés du monde, seule la peinture à l'huile, enseignée à l'Ecole des Beaux-Arts est un art supérieur" (l'Exposition des Indépendants de 1881).

    Le théâtre et l'opéra font partie de l'imagerie impressionniste. Au milieu du XIXème siècle, Daumier attira l'attention sur ce spectacle urbain, puis le thème sera largement décliné par les peintres impressionnistes. A la différence de Degas qui peint les musiciens à l'orchestre, les ballets, et se laisse emporter par la féerie du spectacle, Forain n'est pas intéressé par la représentation. Il préfère au contraire observer la réalité du monde du spectacle, c'est-à-dire ce qui se passe derrière la scène, dans les coulisses, les loges des danseuses et des actrices, ou bien devant la scène à l'orchestre, dans les loges (Une loge à l'Opéra; fig. 3) au foyer ou au promenoir (Au Théâtre; fig. 4). De la même manière que Renoir (La Loge, 1874; Courtauld Institute Gallery, Londres) et Mary Cassatt (A l'Opéra, 1879; Museum of Fine Arts, Boston) dépeignent les spectateurs s'observant aux jumelles, Forain souligne la fonction sociale du théâtre, plus que le spectacle en lui-même.

    Caractéristiques de l'oeuvre impressionniste de Forain, Au Théâtre et Le carnet de Bal sont des oeuvres très abouties et de grande qualité. Usant de la grande liberté donnée par le support du papier, Forain témoigne de la sûreté de son trait et de son attachement à dépeindre la vie sociale au tournant du XXème siècle.

    Mais, en définitive, ce qui a peut-être guidé le plus le choix de Jeanne Lanvin c'est que "M. Forain a voulu faire ce que Guys révélé par Baudelaire, avait fait pour son époque, peindre la femme où qu'elle s'affirme" (J.K. Huysmans, Certains, Paris, 1889).


    Florence Valdès-Forain
    Le 13 octobre 2008




    (fig. 1) Jean-Louis Forain, Le Buffet, 1884.
    Collection particulière.
    (fig. 2) Jean-Louis Forain, Femme à l'eventail, vers 1883.
    The Dixon Gallery & Gardens, Memphis.
    © The Dixon Galleries and Garden, Memphis.
    (fig. 3) Jean-Louis Forain, Une loge à l'Opéra, vers 1880.
    Fogg Art Museum, Cambridge.
    © 2008 President and Fellows of Harvard College
    (fig. 4) Jean-Louis Forain, Au Théâtre, 1878.
    Hirshhorn Museum and Sculpture Garden.
    © Hirshhorn Museum and Sculpure Garden


    The works by Jean-Louis Forain collected by Jeanne Lanvin depict the recreational pastimes of Parisian society in the 1880s.

    Au Théâtre, executed in 1882, represents the audience crowded into the lobby during the show's interval. Although a dozen figures are shown in various postures - head on, in profile, from behind - it is the four figures in the foreground who are the focus of attention, especially the young woman dressed in dark red, contrasting with the more sombre clothes. This elegant lady confidently leans on the table, on which she rests the top of her fan while conversing with her companion with the red beard.

    Here Forain captures a moment of contemporary life: a way of being, exchanging looks, and leaning slightly to catch what another person is saying about the show they have both just seen. To be realistic, the artist adds picturesque accessories like fans, bonnets and top hats. To give the scene immediacy for the spectator, the four characters in the foreground are shown from the waist up and a female figure in the foreground is seen from behind. Forain owes his taste for this almost photographic framing to Degas and, through him, to Japanese prints. The composition is also particularly complex with the curves of the fans also echoing those of the women's hats and contrasting with the straight lines of the men's top hats. In this period, Forain was 30 years old and had already taken part, at the invitation of Degas, in three Impressionist exhibitions, in 1879, 1880 and 1881. The young artist demonstrates that he has learnt the lessons of his teachers, Degas and Manet, as demonstrated by the attention with which he places the light on the bonnets and the top hats, as well as on the faces. The diffused light is milky, as gaslight was before the advent of electricity, and it intensifies the whiteness of the carnations and the marble of the table. The light source, which is not shown, is off to the right. It casts a clear and precise shadow over the hat of the young woman in red, and falls directly on the face of the woman on the right.

    Le Carnet de bal, circa 1888, shows a young woman resplendent in her evening gown consulting her dance card. With her eyes lowered, she sits apart from the reception she is attending. However, the presence of other guests is subtly evoked in the colourful reflection in the mirror in the top right. Oblivious to the crowd, is she daydreaming about her admirers' compliments? One of them has dropped a rose at her feet, a symbol borrowed from traditional chivalric scenes of gallantry...

    The composition is carefully structured, the rounded lines - in the curves of the woman and the pedestal table - contrast harmoniously with the straight lines - of the frame and the skirting board. The artist also plays on contrast between areas of colour - the wall and the floor - and the volume of the woman's dress which he sculpts with chalk.

    Forain liked to submerge himself in the cosseted atmosphere of high society receptions and as early as 1880 the critic Joris-Karl Huysmans, an ardent champion of the Impressionists who was the first to uncover Forain's talent, noted that Forain "likes to give an impression of society salons and has immediately grasped the elegance of the costumes" (1880 Exposition des Indpendants). Furthermore, in 1884, his submission of
    Le Buffet (fig. 1) demonstrated a carefully considered composition which gained him acceptance into the Salon, the very official exhibition. In 1886, Forain exhibited a pastel, Femme à l'eventail (fig. 2), at the eighth and final Impressionist exhibition, depicting a young woman in an evening gown sniffing a bouquet of flowers. She seems to be cut off from the world, as is the model immersed in her reading in Carnet de bal.

    It was under the influence of Degas that Forain used pastel technique, firstly for portraits in 1878, then, from 1885, for scenes in which femininity is exalted as in Carnet de bal. Sculpted from a bright chalky material, the powdery radiance of the young woman's carnation is emphasized by the smoothness of the pastel. Representing an ode to softness, to refinement, as well as to stifled sensuality, the pastel technique here perfectly captures transience and a sense of the fleeting.

    Au Théâtre and Le carnet de bal are characteristic of Forain's attraction to scenes from contemporary life. Whether in a caf, on the streets, at the races, in high society salons, or at a show - the opera house, the theatre or the Folies Bergères - Forain likes to describe his contemporaries. Forain acquired this interest in scenes from everyday life when he started painting in the 1870s, when he was the youngest artist to take part in the feverish discussions led by Manet and Degas at the Café Guerbois, then at the Nouvelle Athènes. If the theme of these two works defines them firmly as avant-garde, the same is true of the layouts and the application of colours and light passed down from Impressionist theories. However, by employing two different techniques, watercolour for Au Théâtre and pastel for Le carnet de bal, the young artist clearly demonstrates his skill at expressing different impressions. Watercolour encourages the vivacity and spontaneity of lines, while the fluidity of the colours brings a very special freshness and radiance. According to Huysmans, "watercolours (by Mr. Forain) give a special and very lively sense of contemporary life. They are little gems of elegant Parisian reality" (1879 Salon). Forain here shows a predilection for this technique, whose speed of execution suits his temperament well since it does not allow for any misgivings. With pastel, the line, which is softer but still vigorous, gives a feeling of great intensity. These two techniques were also disregarded in this period by official painters, meaning, according to Huysmans: "Never ever will the public accept M. Forain as a painter, for the simple reason that he uses watercolour, gouache and pastel and only rarely turns to oil. And yet for those with unshakable prejudices in this world, only oil painting, taught at the Ecole des Beaux-Arts, is higher art" (1881 Exposition des Indépendants) .

    The theatre and opera were part of the Impressionist imagery. In the middle of the 19th century, Daumier drew attention to this society spectacle, and the theme was then largely explored by Impressionist painters. Unlike Degas who painted musicians in the orchestra, ballets, and allowed himself to become carried away by the magical nature of the show, Forain was not interested in representation. Instead, he preferred to observe the reality of the entertainment world - what went on behind the scenes, backstage, in the dancers' and actresses' dressing rooms, as well as in front of the stage in the orchestra, in the boxes (
    Une Loge à l'Oéra, fig. no. XXX) in the lobby or in the corridor (Au Théâtre). In the same way that Renoir (La Loge, Courtauld Institute Gallery, London 1874) or Mary Cassatt (A l'Opéra, Museum of Fine Arts, Boston 1879) depict the audience looking at each other through opera glasses, Forain emphasizes the social role of the theatre, rather than the show itself.

    Characteristic of Forain's Impressionist work,
    Au Théâtre and Le carnet de bal are very accomplished, high quality works. Taking advantage of the great freedom provided by the medium of paper, Forain demonstrates the steadiness of his hand and of his commitment to depicting social life at the turn of the 20th century.

    But what may have ultimately most influenced Jeanne Lanvin's choice is that " M. Forain wanted to do what Guys, discovered by Baudelaire, wanted to do for his period, paint women wherever they established themselves" (J.K. Huysmans,
    Certains, Paris, 1889).







    Florence Valdès-Forain
    13th October, 2008


    Post Lot Text

    'AT THE THEATRE'; SIGNED AND DATED LOWER LEFT; WATERCOLOUR, BLACK AND BROWN INK AND TRACES OF PENCIL ON PAPER.