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    Sale 1209

    Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

    23 - 25 February 2009, Paris

  • Lot 243

    EILEEN GRAY (1878-1976)

    ENFILADE, VERS 1915-1917

    Price Realised  

    EILEEN GRAY (1878-1976)
    ENFILADE, VERS 1915-1917
    Le plateau et la partie supérieure du meuble en laque argent patinée, la partie inférieure en laque arrachée brun orangé, l'intérieur en laque rouge de Chine, présentant un corps en trois parties : la partie centrale légèrement cintrée à l'avant, ouvrant par deux portes découvrant une étagère et deux tiroirs superposés de part et d'autre, les poignées de tirage en bronze argenté à motifs japonisants, les deux corps latéraux ouvrant chacun par une porte découvrant un casier aménagé d'une étagère ; reposant sur douze pieds hauts, en laque mate de couleur bronze, de section carrée, sommés d'un chapiteau à motif sculpté d'animaux stylisés et terminés par un sabot évasé
    Hauteur : 93 cm. (36 5/8 in.) ; Longueur : 225 cm. (88½ in.) ; Profondeur : 50,8 cm. (20 in.)
    Portant des instructions de montage en caractères japonais au dos


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    Cette enfilade, pièce unique, occupe une place déterminante dans le travail d'Eileen Gray. Alors que sa forme générale trouve ses sources dans le dessin du buffet anglais de la fin du 18ème-début du 19ème siècle (voir illustration p.68), son examen détaillé révèle de nombreuses caractéristiques, qui restent sans références spécifiques et reflètent davantage l'élégance et la créativité de son auteur.

    La construction du meuble suggère une fabrication anglaise, ce qui laisse supposer qu'il sera réalisé durant la Première Guerre Mondiale. Eileen Gray rentre effectivement à Londres durant cette période, après avoir servi en tant qu'ambulancière pendant la première phase du conflit, emmenant avec elle son collaborateur, le laqueur Seijo Sugawara. Elle y séjournera de mi-1915 à fin 1917. Les trois inscriptions japonaises au dos du meuble, indications de montage, laissent à penser qu'il sera assemblé par Sugawara.

    Il n'est pas surprenant qu'Eileen Gray s'inspire d'un modèle traditionnel anglais, dans la mesure où ce mobilier classique fait alors l'objet d'un regain d'intérêt, étayé par la publication, entre 1904 et 1908, de l'ouvrage de Percy Macquoid : Histoire du mobilier anglais. L'importance de la datation du meuble est considérable. Habituellement situé au début des années 1920, par association avec la commande de Suzanne Talbot en 1919, la réalisation de notre enfilade semble bien être antérieure de quelques années. Elle apparaît ainsi comme le meuble d'Eileen Gray le plus ancien connu à ce jour et certainement l'un des tout premiers qu'elle réalise. D'une extraordinaire ambition technique, il en est encore plus remarquable, constituant une véritable prouesse de par l'impressionnante maîtrise des différentes techniques de la laque, dont fait alors déjà preuve Eileen Gray.

    L'enfilade appartient probablement aux quelques pièces acquises par Suzanne Talbot directement auprès de l'artiste, indépendemment de sa commande et destinées à la compléter.

    This unique enfilade occupies a key place in the oeuvre of Eileen Gray. While its basic form derives from that of the traditional English sideboard of the late 18th or early 19th century, its detailing reveals many characteristics that are without specific precedent and reflect the elegant inventiveness of its creator. Close examination suggests that the piece is of British construction. This in turn would imply that it was most likely executed during the years of World War I that Miss Gray spent in London, after her service in the ambulance corps in the war zone during the first phase of the conflict. Her collaborator, lacquer craftsman Seijo Sugiwara, accompanied her on the trip that lasted from mid 1915 till late 1917. The three Japanese inscriptions on the reverse of the enfilade are instructions for its assembly, most likely by Sugiwara.

    It is not surprising that Miss Gray should refer to a traditional model as the starting point for her own design since historic English furniture was the subject of renewed interest at that time, in part stimulated by the publication between 1904 and 1908 of Percy Macquoid's History of English Furniture. The relevance of the dating is considerable since it would qualify this extraordinarily ambitious work as Miss Gray's earliest known cabinet piece, and in the range of techniques employed a landmark tour de force demonstration of her accomplishments in the challenging medium of lacquer.

    Conventionally dated to the early 1920s by association with the commission for the refurbishment of the rue de Lota apartment of Suzanne Talbot initiated in 1919, the enfilade is perhaps more accurately situated as a slightly earliest concept, one of the several independently created pieces that the client purchased from Miss Gray to complement the furniture and furnishings that constituted the commission

    Special Notice

    No VAT will be charged on the hammer price, but VAT payable at 19.6% (5.5% for books) will be added to the buyer’s premium which is invoiced on a VAT inclusive basis


    Provenance

    Collection Madame Suzanne Talbot (Madame Mathieu-Lévy à la ville), appartement rue de Lota, Paris, 16ème arrondissement.
    Robert et Cheska Vallois, Paris, 1971.
    Galerie du Luxembourg, Paris.


    Saleroom Notice

    La provenance de ce lot est : 'Dépôt 15'- Robert et Cheska Vallois, Jacques De Vos, Paris 1970.
    The provenance of this lot is : 'Dépôt 15'- Robert et Cheska Vallois, Jacques De Vos, Paris 1970.


    Pre-Lot Text

    EILEEN GRAY -- UNE VISION INDEPENDANTE

    Eileen Gray fait aujourd'hui figure de légende dans l'histoire des Arts Décoratifs du 20ème siècle. D'origine irlandaise, établie à Paris, elle offre l'image d'une femme contradictoire. Menue, très discrète, modeste, elle ne fera pas moins preuve tout au long de sa vie d'une grande détermination, tenacité et inventivité, démontrant une exceptionnelle indépendance d'esprit.
    L'ensemble de son oeuvre réunit des réalisations d'inspiration très contrastée -- comparons simplement son fauteuil 'Aux dragons' (lot 276) et la suspension Satellite (lot 317) -- traduisant sa capacité à explorer différentes voies de recherche et à évoluer sans jamais trahir pour autant son intégrité fondamentale. D'une grande curiosité, Eileen Gray ne cessera jamais d'étendre ses champs d'investigation et ses découvertes.

    Elle connaît ses premiers succès grâce à son étude approfondie du laque et de sa technique, tout aussi contraignante que sophistiquée. Fascinée par les mystères de la matière elle-même et les traditions artisanales qui s'y rattachent, elle s'appliquera à en maîtriser tous les aspects et à venir à bout de tous ses écueils. Les premiers travaux que nous connaissons d'elle nous montrent des réalisations abouties, révélant déjà une grande maîtrise technique. Elle sait allier brillamment qualités artisanales et vision poétique, réunissant figures symboliques et formes abstraites expressives, jeux de texture et de motifs. Elle présentera au Salon des Artistes Décorateurs de 1913 un panneau décoratif au sujet figuratif énigmatique, Le Magicien de la Nuit, qui attire l'attention de Jacques Doucet et lui vaudra plusieurs commandes de celui-ci. Il la présentera à son amie la modiste Suzanne Talbot - madame Mathieu-Lévy à la ville - qui commande à Eileen Gray le réaménagement et l'ameublement de son appartement rue de Lota dans le 16ème arrondissement à Paris. Elle travaillera à ce projet entre 1920 et 1922, jouissant d'une grande liberté d'invention pour un résultat à la fois parfaitement maîtrisé et magique. Elle met en place des espaces plaqués de boiseries laquées, qui servent d'écrins à des meubles d'un extrême raffinement et d'une grande créativité. Cet aménagement intérieur suscitera un grand intérêt et sera reconnu comme l'un des plus importants de l'époque. Publié dans les Feuillets d'Art en février-mars 1922, il fera également l'objet d'une parution dans le Harper's Bazaar.
    La collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé comporte deux oeuvres de cette provenance prestigieuse : l'enfilade en laque à décor japonisant et le fauteuil 'Aux dragons'.

    Au début des années 1920 Eileen Gray prendra de nouvelles orientations. Elle s'intéresse de plus en plus aux idées liées à l'émergence d'un mouvement moderne en architecture, lequel développe un nouveau langage technique et stylistique. Cette vision moderniste, liée au développement utopique des technologies de construction progressiste, trouve sa contrepartie dans le développement d'un mobilier fonctionnaliste, tant par les matériaux utilisés que par son dessin. La richesse expressive innée d'Eileen Gray conservera néanmoins à ses nouvelles réalisations expérimentales et fonctionnalistes un caractère tout à fait unique.
    La suspension Satellite (lot 318), superposition et assemblage d'anneaux plats et de cônes de tailles décroissantes, est une parfaite illustration de sa capacité à allier simplicité apparente et sophistication esthétique.


    EILEEN GRAY -- AN INDEPENDENT VISION

    The name of Eileen Gray has acquired a legendary status in the annals of the applied arts of the early 20th century. This Irishwoman who made her professional career in Paris was a figure of seeming contradictions. Physically slight, very private and self-effacingly modest she was nonetheless single-minded, tenacious and resourceful and demonstrated an exceptional independence of spirit. Her creations embrace works that represent extreme contrasts in approach -- just compare her 'Dragon' armchair (lot 276) and her Satellite hanging light (lot 317) in the present collection -- yet she proved herself able to change tack and evolve without betraying her fundamental integrity, ever curious to push herself in an ongoing process of exploration and discovery.

    Miss Gray's initial successes were achieved through her intense engagement with the highly demanding medium of lacquer. Fascinated by the mysteries of this substance and the craft traditions associated with it, she applied herself to mastering its challenges. Her earliest recorded works demonstrate a considerable level of technical and conceptual achievement; she brilliantly allied craft skills with a poetic vision that involved symbolist figures and expressive abstract forms, surface effects and motifs. Her submission to the Salon des Artistes Décorateurs in 1913 included an enigmatic figural panel Le Magicien de la Nuit, and attracted the attention of Jacques Doucet, who commissioned several pieces. He in turn introduced her to a friend, Mme Mathieu-Lévy, known also by the professional name in the fashion business, Suzanne Talbot, who commissioned Miss Gray to refurbish and furnish her rue de Lota apartment. This project, executed around 1920-1922, provided considerable creative freedom and the end result -- spaces lined with lacquer panels as a setting for furniture forms of extraordinary refinement and inventiveness -- was confident and magical and attracted attention as one of the most notable Paris interiors of its day, featuring in Feuillets d'Art in February-March 1922 and later in American Harper's Bazaar. Two of the pieces in the Saint Laurent-Bergé collection, the 'Dragons' armchair and the enfilade (lot 243), are from this important provenance.

    Miss Gray's interests moved in fresh directions in the early twenties. She became increasingly drawn to emerging ideas in architecture that pursued a new technical and stylistic language -- the Modernist architectural vision of utopian, technologically progressive construction, and its furniture counterpart of functionalist materials and forms. Gray's innate instinct for the expressive gave great individuality to the experimental, overtly functionalist pieces that she developed in this new idiom. Her Satellite hanging light (lot 317) of diminishing discs and cones is a perfect instance of this ability to infuse everything she designed, however apparently simple, with her unique visual eloquence.


    Literature

    J. Badovici J.Wils, Eileen Gray, Wendingen n. 6, Amsterdam, 1924, p.7.
    Philippe Julian, Les années'20 revues dans les années'70 chez Yves Saint Laurent, id., p. 103.
    Yvonne Brunhammer, Le Style 1925, id., p. 82.
    Victor Arwas, Art Deco, Harry N. Abrams Inc., New York, 1980, p. 75.
    Philippe Garner, Eileen Gray Designer and Architect, Taschen, Koln, 1993, p. 64 pour une vue in situ dans la salle à manger et p. 68.


    Post Lot Text

    AN ENFILADE, CIRCA 1915-1917
    Rectangular, with bowed and facetted front, the central two-door cabinet with flanking cabinets and drawers, oval metal handles, raised on six pairs of square-section legs, the tops carved with animal motifs, flared feet, the upper section in grey lacquer speckled with silver, the lower body in textured red brown lacquer, the inside in red lacquer

    This unique enfilade occupies a key place in the oeuvre of Eileen Gray. While its basic form derives from that of the traditional English sideboard of the late 18th or early 19th century, its detailing reveals many characteristics that are without specific precedent and reflect the elegant inventiveness of its creator. Close examination suggests that the piece is of British construction. This in turn would imply that it was most likely executed during the years of World War I that Miss Gray spent in London, after her service in the ambulance corps in the war zone during the first phase of the conflict. Her collaborator, lacquer craftsman Seijo Sugawara, accompanied her on the trip that lasted from mid 1915 till late 1917. The three Japanese inscriptions on the reverse of the enfilade are instructions for its assembly, most likely by Sugawara.

    It is not surprising that Miss Gray should refer to a tradition model as the starting point for her own design since historic English furniture was the subject of renewed interest at that time, in part stimulated by the publication between 1904 and 1908 of Percy Macquoid's History of English Furniture. The relevance of the dating is considerable since it would qualify this extraordinarily ambitious work as Miss Gray's earliest known cabinet piece, and in the range of techniques employed a landmark tour de force demonstration of her accomplishments in the challenging medium of lacquer.

    Conventionally dated to the early 1920s by association with the commission for the refurbishment of the rue de Lota apartment of Mme Mathieu-Levy initiated in 1919, the enfilade is perhaps more accurately situated as a slightly earlier concept, one of the several ,
    independently created pieces that the client purchased from Miss Gray to complement the furniture and furnishings that constituted the commission.