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    Sale 1209

    Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

    23 - 25 February 2009, Paris

  • Lot 252

    GUSTAVE MIKLOS (1888-1967)

    PAIRE DE BANQUETTES, VERS 1928-1929

    Price Realised  

    Estimate

    GUSTAVE MIKLOS (1888-1967)
    PAIRE DE BANQUETTES, VERS 1928-1929
    L'assise de forme rectangulaire tapissée de peau de léopard, à l'identique du revêtement d'origine, enchâssée dans un piétement en palmier agrémenté de chaque côté d'une poignée à enroulement stylisé en bronze laqué rouge corail figurant des têtes stylisées aux yeux laqués argent, reposant sur quatre pieds d'angle de section carrée terminés par des sabots à gradins en bronze laqué rouge corail
    Hauteur : 47 cm. (18½ in.) ; Largeur : 65 cm. (25 5/8 in.) ; Profondeur : 40 cm. (15 5/8 in.)
    Une poignée monogrammée M en creux, chaque banquette portant une étiquette ancienne sous la ceinture avec la lettre D (2)


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    Special Notice

    No VAT will be charged on the hammer price, but VAT payable at 19.6% (5.5% for books) will be added to the buyer’s premium which is invoiced on a VAT inclusive basis


    Provenance

    Collection Jacques Doucet.
    Vente Audap, Godeau, Solanet, Ancienne Collection J. Doucet, Hôtel Drouot, 8 novembre 1972, lot 47.


    Saleroom Notice

    Veuillez noter que ce lot est composé de peaux de léopard (Panthera Pardus), soumis à l'annexe I/A de la Cites (convention de Washington). Ces peaux ne peuvent pas être importées aux Etats-Unis.

    Please note that this lot is made of leopard skins (Panthera Pardus), subject to the appendix I/A of Cites (Washington convention). These skins cannot be imported into the USA.


    Pre-Lot Text

    JACQUES DOUCET -- UNE SOURCE D'INSPIRATION

    A la fin des années 1920, Jacques Doucet, amateur d'art exceptionnel et couturier distingué - immortalisé davantage pour sa grande passion que pour son rôle dans l'histoire de la mode - aménage son Studio Saint James au premier étage de sa villa à Neuilly-sur-Seine. L'ordonnancement des pièces débute par un vestibule carré dans lequel débouche un grand escalier moderniste de Joseph Csaky qui s'élance du hall d'entrée. Une double porte de René Lalique conduit au grand salon, longue pièce rectangulaire ouvrant par deux hautes fenêtres sur le côté et aménagée d'une large ouverture à l'autre extrémité, menant au cabinet d'Orient. Pièce somptueuse conçue pour l'usage, elle est équipée d'un grand bureau, de fauteuils, de tables basses et d'un grand canapé. Mais elle est aussi et avant tout conçue comme un écrin précieux destiné à mettre en valeur et où savourer les chefs d'oeuvre d'Art Moderne assemblés par le propriétaire des lieux.

    Une splendide nature morte de Matisse est accrochée entre les fenêtres ; sur la droite, dans l'angle, une exceptionnelle étude de de Chirico (lot 57, Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, Art Impressionniste et Moderne) est visible sur le mur du fond. Dans le vestibule, en haut des marches, figure le chef d'oeuvre cubiste de Picasso -- Les Demoiselles d'Avignon. Le mobilier, les objets, les sculptures et les tableaux sont disposés par ensembles, où l'harmonie des couleurs, des matériaux et des formes composent une succession d'autels séculaires étroitement liés les uns aux autres, à la gloire de la sensibilité et de la créativité artistiques. Jacques Doucet, surnommé Le Magicien, s'est créé un univers à l'image d'un temple privé, dont l'esthétique tout à la fois raffinée, provocatrice et stimulante, est une synthèse 'magique' des cultures et des modes d'expression.

    Le grand salon de l'appartement d'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, rue de Babylone, rend hommage à cette inspiration. Certaines pièces spécifiques : les banquettes de Gustave Miklos, le tabouret de Pierre Legrain, ainsi que le très beau tableau métaphysique de de Chirico, proviennent de cette extraordinaire collection et ont à ce titre une place particulière dans leurs propres choix. Par ailleurs la manière dont ils ont eux-mêmes disposé les tableaux et les objets au sein de leur collection, orchestrant de façon subtile les rapports de couleurs et de matières, prouve tout autant leur profonde compréhension du dialogue, à la fois stimulant et séduisant, que Doucet saura si bien établir entre les oeuvres d'art de toutes catégories.


    JACQUES DOUCET -- A NOTABLE ROLE MODEL

    In the late nineteen-twenties the truly remarkable art collector and equally distinguished couturier Jacques Doucet -- who surely would have opted to be remembered for the former passion rather than the latter profession -- planned the furnishing of his Studio Saint James on the first floor of a villa in Neuilly-sur-Seine. These started with a square vestibule reached by a grand modernist staircase by Joseph Csaky that swept up from the entrance hall. Double doors by René Lalique opened from this vestibule into a long rectangular salon with two tall windows down one side; a broad opening at the far end led into the cabinet d'Orient. The grand salon was a sumptuous room, designed for use with a desk, armchairs, side tables and a large sofa. But it was conceived above all as a jewel box in which to display harmoniously and to savour the dazzling masterpieces of modern art that Doucet had assembled.

    Between the windows hung a splendid still life by Matisse; to the right of this on the end wall by the corner hung an exceptional study by de Chirico (lot 57, Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, Art impressionniste et Moderne). In the vestibule, at the top of the stairs, was Picasso's historic Cubist masterpiece - Les Demoiselles d'Avignon. Furniture, objects, sculptures and paintings were installed in groupings, in layers of colour, texture and form that created an inter-connected succession of secular altars to great artistic sensitivity and creativity. Jacques Doucet, known as Le Magicien, had fulfilled a vision to create an exquisite, provocative and stimulating private aesthetic temple, a magical synthesis of cultures and of media.

    The grand salon of Saint Laurent's rue de Babylone apartment pays homage to the inspiration of Jacques Doucet. Specific pieces -- the stool by Pierre Legrain, the pair of banquettes by Miklos and the haunting picture by de Chirico -- were in Doucet's illustrious collection, and for that reason occupy a privileged place in the collection of Yves Saint Laurent and Pierre Bergé. But just as significant is the evidence -- in the disposition of pictures and objects and in the subtle orchestration of colours and textures -- of a finely-nuanced appreciation of the stimulating and seductive ways in which Doucet juxtaposed and presented works of art in all media



    GUSTAVE MIKLOS POUR JACQUES DOUCET

    D'origine hongroise, Gustave Miklos (1888-1967) arrive à Paris en 1909 après des études à l'Ecole des Beaux-Arts de Budapest. Il rejoint son compatriote Joseph Csaky, arrivé quelques mois plus tôt et s'installe à 'La Ruche'. Très vite il prend part aux Salons d'Automne et aux Salons des Indépendants, avant de rejoindre l'armée française en 1914, lorsqu'éclate la Première Guerre Mondiale. Enrôlé dans le bataillon d'Orient, il est envoyé à Salonique, où il découvre l'art byzantin, révélation qui aura une influence majeure sur son évolution artistique.

    De retour à Paris en 1919, Miklos participe activement à l'avant-garde artistique, explorant et développant parallèlement différentes techniques. Il passe quelque temps dans l'atelier de laque Brugier avant de s'intéresser à l'art de l'émail. Son ami Jean Lambert-Rucki lui présente le célèbre dinandier et laqueur Jean Dunand, dans l'atelier duquel il travaille occasionnellement et où il s'exerce à la technique du métal repoussé. Il se consacre essentiellement à la sculpture dans les années qui suivent, développant un style très pur, dont les formes synthétiques tendent à retrouver la matrice des formes originelles, '... préservant une part de mystère qui nous pousse à revenir, à regarder, à penser'. Il porte une attention particulière à la réalisation de ses sculptures, prenant une part active à l'exécution des bronzes, attentif à la qualité de leur patine, qu'il réalise souvent lui-même. Il affectionne particulièrement les surfaces lisses qu'il polit patiemment, favorisant ainsi les jeux de lumière.

    Jacques Doucet découvre son travail au Salon des Artistes Indépendants en 1920. Il lui commandera au fil des années suivantes des tapis et une série de pièces émaillées, dont une paire de chenets en bronze doré et émaillé, livrée en 1925 pour l'hôtel particulier de l'avenue du Bois, ainsi que des cristaux sertis de bronze, destinés aux manteaux de cheminée de son Studio, aménagé manifestement entre 1926 et 1929. Miklos en dessinera également les espagnolettes et les poignées de portes. Ses relations avec Doucet se poursuivront jusqu'au décès du mécène en 1929. L'unique paire de banquettes en bois de palmier, agrémentées de poignées et de sabots en bronze laqué de couleur corail, présentée ici, est un témoignage extrêmement raffiné de leur collaboration. Commandées par Doucet pour son Studio, elles seront acquises directement par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé lors de la vente aux enchères de la succession Doucet, à l'Hôtel Drouot, Paris, 1972.

    Des photographies d'époque témoignent de leur emplacement dans le Grand Salon, de part et d'autre d'un imposant cabinet au luxe discret, garni de maroquin vert, par Paul-Louis Mergier, au-dessus duquel est accrochée la célèbre nature morte de Matisse, 'Poissons rouges et palette'. La volonté de Jacques Doucet d'établir une parfaite harmonie entre les meubles et objets précieux, les tableaux et les sculptures, apparaît clairement dans ses échanges avec Mergier. Il discute des proportions du meuble, lui recommandant de le surélever sur une plinthe.
    L'emplacement précis des banquettes compléte parfaitement l'agencement de l'ensemble ; la couleur corail des poignées et des sabots s'inscrit délicatement dans une gamme chromatique générale, qui va d'un remarquable tapis de Miklos aux rideaux et à certains éléments architecturaux tels que les sculptures du plafond.
    Des photographies en couleur publiées dans l'Illustration en Mai 1930 après la mort de Doucet, nous révèlent cette palette, bien que la disposition du mobilier ne corresponde plus à l'agencement d'origine du vivant du commanditaire (voir illustration p.103). Partie d'un tout précisément pensé, participant de l'équilibre de la pièce, on ne peut s'empêcher d'imaginer que la couleur des banquettes fait aussi écho au rouge du tableau de Matisse, tout proche.

    Une lettre de Rose Adler à Etienne Cournault, datée du 19 mars 1929 - deux artistes qui prennent également part au projet de Jacques Doucet - souligne le rôle des banquettes dans la satisfaction du collectionneur : "...Pour le socle du cabinet Champert a tout démonté. Doucet vous prie de ne rien commander avant de lui avoir parlé. Je crois qu'il a été content de revoir son tapis surtout avec les nouvelles banquettes laquées orange."

    GUSTAVE MIKLOS FOR JACQUES DOUCET

    Gustave Milklos (1888-1967) arrived in Paris in 1909 from his native Hungary after studying painting at the Fine Art School in Budapest. Joining his compatriot Joseph Czaky, who had arrived a few months earlier, he settled in 'La Ruche' and was very soon exhibiting in the Salon d'Automne and the Salon des Indépendants, before joining the French Army in 1914 at the outbreak of World War I. Serving in the bataillon d'Orient, he was posted to Salonica. Here he discovered Byzantine art, a revelation that proved a major influence in his aesthetic development.

    Back in Paris in 1919, Miklos became closely involved with the artistic avant-garde while developing the range of his technical skills. He spent time in the lacquer workshop of Brugier, before becoming interested in the art of enamelling. In 1921 he was introduced to Jean Dunand and worked occasionally for the famous lacquer artist and dinandier, exploring alongside him the skills of metalwork. In the following years he dedicated himself principally to sculpture and developed a very pure style in which his formalised concepts inspired a connection with the structural essence of all things, 'preserving an element of mystery that draws us insistently back, provoking close observation, and reflection'. He engaged closely in the execution of his works, taking personal care of patient and precious finishing, sensitive to the ways in which surfaces could catch and play with light.

    Jacques Doucet discovered his work at the Salon des Artistes Indépendants in 1920 and commissioned Miklos over the next few years to create carpets and a series of enamelled objects. These included a pair of enamelled and gilt bronze andirons in the form of stylized animals, delivered in 1925 for the avenue du Bois, and bronze-mounted crystals for the chimney mantle, pieces subsequently featured in the Studio Saint James, for which Miklos was also to design bronze fittings. The working relationship with Doucet was to last till the collector's death in 1929. The present unique pair of palm wood banquettes with coral color lacquered bronze handles and sabots are an exquisite tribute to this collaboration. They were commissioned for the Studio St James that Doucet installed between around 1926 and 1929, and they were acquired directly by Yves Saint Laurent and Pierre Bergé at the Hôtel Drouot, Paris, in 1972, from the historic auction of furniture and objects from Doucet's estate.

    Period photographs confirm the central positioning of the banquettes between the two windows of the grand salon, flanking a large and discreetly sumptuous cabinet by Paul-Louis Mergier, covered in green hide. On the wall above was the Matisse still-life Poissons rouges et palette. Doucet's desire to achieve a perfect harmony between the exquisite furniture and objects, the paintings and the sculpture, is evidenced in his dialogue with Mergier over the proportions of the cabinet, and his eventual instruction to raise it on a plinth between the banquettes that perfectly completed the display.
    The coral coloured details played their part in a finely nuanced chromatic orchestration that included a remarkable rug and decorative and architectural features such as curtains and the sculpted ceiling. The colour scheme is recorded in images published in L'Illustration in May 1930 after Doucet's death, though the disposition of the furniture in these images is no longer true to the life-time monochrome records. So considered was every aspect of the installation that surely, in addition to their inherent qualities and their role in the physical structuring of this area of the room, the coral colour of the banquettes was also a deliberate counterpoint to the red of the Matisse picture.

    A letter dated March 19th 1929 from Rose Adler to Etienne Cournault -- two other artists involved with Doucet's projects -- underscores how the introduction of these banquettes contributed to the collector's satisfaction: 'Champert has taken apart the base of the cabinet. Doucet would appreciate that you first speak with him prior to any decision. He seemed happy to have seen again his carpet, more specifically now with the new orange lacquered Banquettes'.


    Literature

    Philippe Julian, Les années'20 revues dans les années'70 chez Yves Saint Laurent, id., p. 104 et 105.
    Joan Juliet Buck, Chez Yves Saint Laurent, id., p. 96 pour l'une des deux banquettes et p. 98. John Richardson, The Art of Yves Saint Laurent, id., p. 170, p. 172 pour l'une des deux banquettes. Jérôme Coignard, Chez Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, id., p. 46 et 49.
    Laurence Benaïm, Yves Saint Laurent, id.


    Exhibited

    Les Années 1925, reconstitution du Studio de Jacques Doucet, Union Centrale des Arts Décoratifs, du 3 mars au 16 mai 1966, Paris.


    Post Lot Text

    A PAIR OF BANQUETTES, CIRCA 1928-1929
    The rectangular seat reupholstered with leopard skin to the original concept, set in a palmwood frame decorated on each side with a red lacquered bronze grip representing stylised heads, with silver lacquered eyes, on four straight square section legs mounted with red lacquered bronze sabots