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    Sale 5538

    Important Mobilier et Objets d'Art, Céramiques Européennes et Orfèvrerie dont la collection d'un grand amateur européen

    16 December 2008, Paris

  • Lot 146

    IMPORTANTE COMMODE D'EPOQUE LOUIS XV

    CHARLES CRESSENT, VERS 1730

    Price Realised  

    Estimate

    IMPORTANTE COMMODE D'EPOQUE LOUIS XV
    CHARLES CRESSENT, VERS 1730
    En riche ornementation de bronze ciselé et doré, incrustation de laiton, placage de satiné et d'amarante, dessus de marbre Sarancolin de forme arbalète à oreilles, la façade sans traverse apparente ouvrant par deux tiroirs galbés, à riche décor en bronze doré de volutes, guirlandes de roses, motifs rocheux et roseaux, le cartouche central composé d'entrelacs ajourés entourant un treillis en incrustation de laiton et décor de fleurs, les côtés ouvrant chacun par un vantail découvrant une étagère, ornés de palmes entrelacées, les montants arrières à décor de masques de Zéphyr, les chutes d'angles ornés de cabochons, d'acanthe et de feuillage stylisé sur un fond amati, rejoints par des palmes issues des pieds en pattes de lion sous un cartouche stylisé, inscrit 149 sur le dessus et incisé RA, une étiquette imprimée d'exposition partiellement lisible EX.../Nom fr Prteur:/Auteur:Cresc../Titre:une...', inscrit au crayon Caisse 127 et à la craie 2, le marbre gris ancien rapporté portant une étiquette d'exposition inscrite à l'encre Henri de Rothschild, le bronze du tablier rapporté
    Hauteur: 89cm.(35 in.), Largeur: 155 cm.(61 in.), Profondeur: 68 cm.(26 in.)


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    Charles Cressent, actif de 1714 à 1765.
    Cette magnifique commode, avec ses palmes superbement sculptées sortant de pattes de lions, ses guirlandes de roses et C enroulés, sur un fond en placage en satiné et amarante, peut être clairement attribuable à Charles Cressent, un des ébénistes les plus importants du XVIIIème siècle. Avec ses entrelacs de C ajourés enroulés, entourant une guirlande de roses, les palmes issues des pieds et se croisant sur les côtés équipés de vantaux, cet arrangement caractéristique du panneau central est partagé par un petit groupe de commodes de Cressent:
    -une paire au Residenz Museum à Munich, mentionnée la première fois dans l'inventaire de 1769 (illustrée dans B. Langer, Die Franzsischen Mbel des 18 Jahrhunderts, Munich, 1995, pp. 67-70, fig. 8)
    -une au Musée du Louvre, anciennement dans les collections de Mme. Louis Burat et M. et Mme. Ortiz Linares (illustrée dans D. Alcouffe, Furniture Collections in the Louvre, vol.I, Dijon, 1993, pp. 116-117, fig. 35)
    -une, anciennement dans la collection du duc de Gramont, vendue Galerie Charpentier, Paris, 15 juin 1934, lot 88 (illustrée dans J. Nicolay, L'Art et La Manière des Maîtres Ebénistes au XVIIIème Siècle, Paris, 1976, p. 112, fig. C)

    Cette commode est la plus richement ornée de ce groupe avec l'ornementation supplémentaire de masque de putto aux angles arrières (rencontrée dans d'autres modèles de Cressent dont la commode au singe du Louvre) et les 'cocardes' caractéristiques en incrustation de laiton du panneau central, qui sont uniques dans l'oeuvre de Cressent.
    L'attribution de ce groupe de commodes à l'atelier de Cressent repose sur les modèles similaires qui figuraient dans les ventes de son stock, dont probablement la nôtre, organisées par Cressent lui-même, en 1749, 1757 et 1765. Dans le catalogue de 1749, la désignation sous le numéro 38 était la suivante:

    Une magnifique commode de bois de Kayenne et bois satin, avec ornemens de bronze en palmes et fleurs, dore d'or moulu, le marbre de Verret, elle porte quatre pieds six pouces.

    Deux autres commodes décorées avec palmes et fleurs apparaissent dans le catalogue de la vente de 1765 sous les numéros 76 et 77:

    Deux commodes de bois amaranthe et bois satin, les bronzes, palmes et fleurs de bronze dor d'or moulu, les marbres de Sarancolin; de quatre pieds six pouces de long, deux tiroirs.

    CHARLES CRESSENT

    Charles Cressent était le fils du sculpteur du Roi, François Cressent. Il travailla initialement pour les sculpteurs Girardon et Le Lorrain et fut élu maître sculpteur de l'Académie de Saint Luc le 14 août 1714. Il reçut par la suite le titre d'ébéniste après son mariage avec la veuve de l'ancien ébéniste du Régent, Joseph Poitou. Il fut nommé ébéniste ordinaire des palais de SAR Monseigneur le Duc d'Orléans, Régent du royaume en 1719. La formation initiale de Cressent a sans aucun doute influencé l'extraordinaire qualité sculpturale de son travail d'ébéniste. De plus, par le biais du Régent, il avait aussi rencontré des ornemanistes influents comme le Premier Architecte Gilles Oppenord (Paris 1672-1742). Le vocabulaire visuel d'Oppenord comportait de nombreux motifs employés par la suite par Cressent comme des masques d'enfants, des femmes, des arabesques fleuries et des animaux exotiques tels les singes ou les perroquets. L'on rencontrait également dans l'entourage du Régent l'une des plus grandes figures du style rococo naissant, le peintre Antoine Watteau ainsi que le banquier Pierre Crozat qui passa commande auprès de notre ébéniste.
    L'activité de Cressent s'est rapidement développée. Depuis le début de sa carrière et bien qu'ébéniste, il produit ses propres bronzes, n'employant pas moins de cinq fondeurs, et ceci en opposition avec les lois inflexibles des corporations qui séparaient de telles activités. Cette pratique le conduira à affronter de nombreux procès dans les années 20 et 30 contre la guilde des maître-fondeurs, pendant lesquels ses bronzes étaient saisis. Probablement à cause de son opposition avec les règlementations des corporations, il ne signait jamais aucun de ses travaux. Les attributions fermes s'appuient donc sur les descriptions de ses oeuvres figurant dans les ventes de son stock ou lors des saisies de justice. Beaucoup d'inventaires au XVIIIème siècle mentionnent son nom du seul fait de sa renommée.
    Le fait que son atelier produisait à la fois des bronzes et de l'ébénisterie explique aussi le caractère remarquablement homogène de sa production. Une caractéristique intéressante de son oeuvre est l'utilisation presque exclusive de bois exotiques importés, amarante, bois de satiné et une variété proche du satiné, le bois de Cayenne, alors que les essences souvent utilisées par ses confrères ébénistes, comme le palissandre et le bois de rose, ne semblent pas avoir été utilisés par Cressent.

    LA PROVENANCE ROTHSCHILD

    L'histoire récente de cette commode est directement liée à plusieurs membres de la famille Rothschild. Elle a été mentionnée la première fois comme faisant partie de la collection de la baronne Leonino, née Jeanne Charlotte de Rothschild (1874-1929) et fille de James Edouard de Rothschild (1844-1881), petite-fille du baron Nathaniel Rothschild (1812-1870), et arrière-petite-fille de Nathan Mayer Rothschild (1777-1836), un des cinq fils de Mayer Amschel Rothschild (1744-1812), le fondateur de la dynastie Rothschild. Elle épousa David Leonino en 1896. Cette commode n'apparaît pas dans les inventaires de son père James ou de son grand-père Nathaniel de Rothschild mais l'hypothèse est que la baronne Leonino l'ait héritée de sa grand-mère Charlotte de Rothschild (1825-1899), fille du baron James de Rothschild, fondateur de la branche parisienne. La résidence de Paris de Charlotte et Nathaniel au 33 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à l'origine hôtel Levieux construit par Grandhomme, était richement décorée d'une galerie Louis XVI aux boiseries du XVIIIème siècle provenant de l'hôtel de Tourolle et d'un ensemble de mobilier Louis XIV et Louis XV, avec une décoration peinte par Eugène Lami (voir P. Prevost-Marcilhacy, Les Rothschild, Bâtisseurs et Mécènes, Paris, 1995, pp.313-4). Si la baronne Leonino n'en a pas hérité de sa grand-mère, elle a pu s'en saisir entre ses mariages en 1896 et 1919, quand la commode a été identifiée la première fois dans la monographie de Cressent par Ballot. Elle a probablement été acquise pour le château de Montvillargenne, impressionnante résidence de campagne dans l'Oise que la baronne Leonino construisit avec son mari entre 1910 et 1912 dans un grand style baroque (voir Prevost-Marcilhacy, ibid., p.332). Après la mort de la baronne, son frère Henri a sans doute hérité de la commode puis l'a transmise à son fils James de Rothschild, par qui elle fut vendue en 1966.

    LE GOUT ROTHSCHILD

    Cette magnifique commode, un indiscutable chef d'oeuvre du style Louis XV, incarne le goût des Rothschild. Depuis ses débuts au XVIIIème siècle à Francfort, le fondateur de la dynastie, Mayer Amschel, n'offrait pas seulement des prêts à ses clients princiers mais aussi de rares pièces, médailles et autres curiosités. Implantées dans les plus grands centres banquaires Paris, Londres et Vienne, les différentes branches de la famille ont amassé de superbes collections dans un goût du grandiose : des oeuvres d'art du Moyen Age et de la Renaissance aux tableaux des grands maîtres hollandais et italiens ou au grand mobilier français. Pour loger leurs collections, les Rothschild ont aussi construit, en un temps remarquablement court, un ensemble de résidences allant de châteaux dans le style de la Renaissance française, comme Waddesdon Manor, aux édifices de style élisabéthain avec Mentmore Towers ou le château de Ferrières.
    La plus célèbre collection Rothschild de mobilier français est sans doute celle constituée par le baron Ferdinand de Rothschild à Waddesdon Manor qu'il fit bâtir dans les années 1870. Elle fut donnée à la nation avec son contenu en 1957 par James de Rothschild. Le baron Ferdinand, fils d' Anselm de Rothschild, de la branche de Vienne, avait consciencieusement recréé à Waddesdon Manor un intérieur du XVIIIème français, accumulant dans sa demeure un trésor de tapis de la manufacture royale de la Savonnerie, de panneaux et boiseries XVIIIème de prestigieuses résidences comme l'hôtel de Richelieu, ainsi qu'une superbe collection de porcelaines de Sèvres et de mobilier français, souvent de provenance royale, par Riesener, Carlin, RVLC ainsi qu'un ensemble de commodes richement montées de Cressent.

    Special Notice

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    Provenance

    Probablement l'une des trois commodes à palmes et fleurs inventoriées dans la vente du stock de Cressent en 1749 (no. 38) et en 1765 (nos. 76 et 77) ;
    Jeanne Charlotte de Rothschild, Baronne Leonino (1874-1929) ;
    Puis par descendance à son frère le Baron Henri de Rothschild (1872-1946) ;
    Puis par descendance à son fils le Baron James de Rothschild, sa vente, Palais Galliera, Paris, 1er décembre 1966, lot 101 ;
    Collection Wildenstein/Ojjeh, vente Sotheby's, Monaco, 25-26 juin 1979, lot 20.
    Galerie French & Company, New York


    Literature

    Mlle. M.J. Ballot, Charles Cressent, sculpteur, ébéniste, collectionneur, Ed. F. De Nobele, Paris, 1969.
    P. Kjellberg, Le Mobilier Franais du Moyen Age Louis XV, Paris, 1978, p. 124.
    N. de Reyniès, Le Mobilier Domestique, Paris, 1969, repr. 1987, vol. I, p. 502.
    P. Kjellberg, Le Mobilier Franais du XVIIIe Siècle, Paris, 1989, p. 198, ill.
    B. Langer, Die Franzsischen Mbel des 18 Jahrhunderts, Munich, 1995, p.70
    A.Pradère, Charles Cressent, Ed. Faton, Dijon, 2003, p.277, ill.101


    Exhibited

    Londres, Royal Academy of Arts, Exhibition of French Art, 1200-1900, 1932, no. 602 (illustrée au catalogue, 1933, no. 1110)


    Post Lot Text

    AN IMPORTANT LOUIS XV ORMOLU-MOUNTED AND BRASS-INLAID COMMODE BY CRESSENT, CIRCA 1730