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    Sale 1209

    Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

    23 - 25 February 2009, Paris

  • Lot 322

    JEAN-MICHEL FRANK (1895-1941)

    PAIRE DE TABOURETS EN X, VERS 1935

    Price Realised  

    Estimate

    JEAN-MICHEL FRANK (1895-1941)
    PAIRE DE TABOURETS EN X, VERS 1935
    En chêne, l'assise rectangulaire tapissée de soie brune postérieure
    Hauteur : 44,5 cm. (17½ in.) ; Largeur : 51 cm. (20 1/8 in.) ; Profondeur : 41 cm. (16 1/8 in.)
    Chacun estampillé CHANAUX & CO J.M. FRANK et numéroté 13987 sous la ceinture (2)


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    Cf. : Léopold Diego Sanchez, Jean-Michel Frank, id., p. 215 pour le même modèle en hêtre teinté
    Pierre-Emmanuel Martin Vivier, Jean-Michel Frank, l'étrange luxe du rien, id., p. 28

    Ce lot sera vendu avec un certificat d'authenticité du Comité Jean-Michel Frank

    Special Notice

    No VAT will be charged on the hammer price, but VAT payable at 19.6% (5.5% for books) will be added to the buyer’s premium which is invoiced on a VAT inclusive basis


    Pre-Lot Text

    JEAN-MICHEL FRANK, YVES SAINT LAURENT ET PIERRE BERGÉ -- UNE RENCONTRE INÉLUCTABLE

    Dans l'historiographie de Jean-Michel Frank, Pierre Bergé et Yves Saint Laurent occupent une place de choix. L'oeil de ces deux collectionneurs, désormais légendaires, est le premier depuis la disparition du décorateur à avoir su redécouvrir son talent. Si Frank est aujourd'hui un leitmotiv dans le monde des amateurs d'art, c'est aussi le fait de ces deux esthètes.

    Au début des années 1970, Jean-Michel Frank était tombé dans un tel oubli qu'il n'était pas aisé d'en connaître l'oeuvre, ni même le nom. Montant leur collection, Saint Laurent et Bergé n'arrêtent pas leur regard aux créateurs emblématiques dispersés dans la collection Doucet. Avec quelques rares marchands et amateurs, ils avaient déjà compris la place qu'était celle d'Eileen Gray, Pierre Legrain, Pierre Chareau ou encore Emile-Jacques Ruhlmann. En revanche, ils furent les seuls à s'intéresser à Jean-Michel Frank et les premiers à lui apporter leur caution d'esthètes avisés.

    En entrant dans leur collection, Frank rejoignait bien sûr Gray et Ruhlmann mais aussi Giacometti, Brancusi, Matisse, Klee, Warhol, Léger et Picasso. Les discrètes créations de Frank sont nombreuses à s'effacer dans l'appartement d'Yves Saint Laurent : les paravents de paille viennent fermer de petits espaces ou créer l'intimité autour d'un canapé, de précieuses tables gainées de galuchat, de parchemin, de plaques d'ivoire ou de mica accompagnent la lecture dans de petits canapés, une lampe composée d'un simple bloc de quartz est posée comme un simple caillou, des luminaires de plâtre ou de bronze commandés par Frank à Giacometti n'éclairent rien d'autre que leurs pieds sculpturaux. Avec son "étrange luxe du rien", comme le qualifia François Mauriac, lui-même client du décorateur, Frank propose une oeuvre singulière par rapport à celle de ses contemporains, aussi étrangère aux élans classiques de Ruhlmann qu'à la modernité de Gray ou de Legrain. Yves Saint Laurent et Pierre Bergé avaient saisi cette distinction et choisi de s'identifier à cet oeuvre à part.
    Si le choix de Pierre Bergé et d'Yves Saint Laurent pour Jean-Michel Frank trahit le génie de leur regard, il s'impose comme une évidence. Jean-Michel Frank appartenait à un monde dont héritèrent les deux collectionneurs. Des liens profonds unissent les trois hommes, des personnalités marquantes - Christian Bérard que le couturier admirait à ses débuts et qui comptait parmi les intimes de Frank - Jean Cocteau dont Pierre Bergé veille aujourd'hui au respect de l'oeuvre et qui avait fait partie des nuits sans sommeil du décorateur. Nous pourrions aussi citer les noms de Marcel Jouhandeau, de Louis Aragon que Frank meubla et que Pierre Bergé fréquenta en homme épris de littérature. Le décorateur qui inspira Mauriac, Drieu La Rochelle ou Lacretelle partageait depuis l'enfance l'amitié de l'écrivain surréaliste René Crevel et de Léon Pierre-Quint directeur des éditions du Sagittaire et premier biographe de Marcel Proust qui pour Frank et Saint Laurent étaient une référence absolue.

    Comme Pierre Bergé l'a dit du couturier, le décorateur faisait partie de la famille des nerveux. On note chez ces deux artistes un même tempérament dépressif, les mêmes difficultés devant l'existence, un même besoin de se réaliser dans la création, la même honnêteté artistique. Jean-Michel Frank n'avait pas choisi la mode mais il la connaissait intimement. C'est d'ailleurs par le biais de grandes revues de mode que celui-ci s'était fait connaître du grand public à la fin des années 20. On vit alors apparaître des articles des deux côtés de l'Atlantique reproduisant quelques-uns de ses intérieurs les plus significatifs. Michel de Brunhoff, beau-frère de Jacques Vogel et directeur de la revue Vogue, l'imposa. Les plus grands photographes de mode lui rendirent hommage en plaçant leurs modèles dans des décors voulus par lui. On pense à George Hoyninguen-Huene, Paul Horst, Roger Schall ou encore François Kollar. Il devint le fournisseur, puis l'ami et le confident des grands couturiers de l'époque : Elsa Schiaparelli, Lucien Lelong, Robert Piguet. Toutes ces personnalités étaient évidemment familières à l'un des derniers grands couturiers français.

    Nous ne pourrions évoquer ces trois hommes sans citer le nom des Noailles. Le salon de Charles et Marie-Laure qu'Yves Saint Laurent qualifiait de "Huitime merveille du monde" était une réalisation de Jean-Michel Frank. C'est lui qui, vers 1925, avait défini le cadre d'un lieu où étaient rassemblés quelques chefs d'oeuvres de l'art occidental.Yves Saint Laurent et Pierre Bergé ont clairement pris cette collection en exemple. On y relève le même éclectisme, la même exigence dans le choix des oeuvres, la même culture, les mêmes audaces et bien sûr Frank comme point d'ancrage. L'appartement d'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, celui qu'occupa jadis Marie Cuttoli, a souvent été attribué à Jean-Michel Frank. Il n'en est rien mais il est vrai que ces grands lambris de chêne vierges de toutes moulures évoquent les "boîtes" dessinées par le décorateur. Il avait certainement plu à Yves Saint Laurent et Pierre Bergé que ces boiseries puissent avoir été conçues par celui qui avait oeuvré pour les Noailles.

    A la suite d'Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé, de nombreux amateurs, collectionneurs, marchands, designers, décorateurs élirent Frank comme l'un des sommets du goût et de la décoration. Chacun prit conscience de l'importance de son oeuvre. Des livres lui furent consacrés. Posséder l'une de ses précieuses créations devint peu à peu le signe du goût le plus pertinent, le plus raffiné, le plus parisien.

    Un créateur que quelques-uns des plus fortunés esthètes de la planète se partageaient. Un artiste que quelques galeristes voulurent à tous prix défendre. Son travail inspira le design contemporain et, rançon du succès, fut pillé par d'autres. Ses canapés, ses tables basses et son luxe pauvre passèrent même dans l'univers commun. Jean-Michel Frank avait retrouvé la place qui était la sienne dans l'histoire du goût et des arts décoratifs français du 20ème siècle.

    Pierre-Emmanuel Martin-Vivier
    Docteur en histoire de l'art, auteur de 'Jean-Michel Frank -- l'étrange luxe du rien', éditions Norma, 2008


    JEAN-MICHEL FRANK YVES SAINT LAURENT ET PIERRE BERGE-A FATED ENCOUNTER


    Yves Saint Laurent and Pierre Bergé occupy a significant place in the annals of the career of Jean-Michel Frank. For these two visionary collectors were the first since the artist's death to discern and reappraise his talent. If Frank has become an admired figure among sophisticated collectors, it is largely thanks to these inspirational aesthetes.

    In the early l970s, Frank and his work had been so comprehensively overlooked that it was barely possible to locate any documentation pertaining to him. At that time, Yves Saint Laurent and Pierre Bergé, concurrently with a small number of dealers and collectors, had already recognised the importance of Eileen Gray and of Pierre Legrain -- emblematic creators represented in the Doucet collection -- and of such figures as Pierre Chareau and Emile-Jacques Ruhlmann. But they were alone in taking an interest in the work of Frank; and they were the first to bestow on him their prestigious seal of approval.

    Within their collection, pieces by Frank shared space with works by Giacometti, Brancusi, Matisse, Klee, Warhol, Léger and Picasso; Frank's furnishings play a key, though discreet role in the Yves Saint Laurent and Pierre Bergé apartment. Screens veneered in straw articulate spaces, or create an intimate enclosure around seating; delicate tables in sharkskin, vellum, ivory or mica support books, lamps and works of art, in easy reach of armchairs and sofas; a rough block of rock crystal on a small bronze base is a subtle light source; light fittings in plaster and bronze conceived for Frank by Giacometti glow gently across their own contours. With his 'strange luxury made of nothing', as Frank's client Franois Mauriac evoked it, the decorator proposed concepts quite distinct from the traditionalist flourishes of Ruhlmann or the modernism of Gray or Legrain. Yves Saint Laurent and Pierre Bergé had appreciated the understated individuality of Frank's approach and chose to endorse and exploit his unique sensibility.

    In their response to Jean-Michel Frank's work we see the brilliant visual instinct of Pierre Bergé and Yves Saint Laurent, yet the affinity has a deeper logic, for Frank was a central figure in the world to which the collectors became heirs. There are strong ties -- notably certain fascinating personalities -- linking the destinies of these three men. Christian Bérard, greatly admired by Saint Laurent from an early age, was a close associate of Frank; Jean Cocteau, whose artistic legacy is protected and promoted by Pierre Bergé, was at the heart of Frank's exotic social life. One could reference also the names of Marcel Jouhandeau or of Louis Aragon, for whom Frank supplied furnishings and whom Pierre Bergé came to know through his passion for literature. The decorator who inspired Mauriac, Drieu, La Rochelle or Lacretelle had, since childhood, been close to the Surrealist author René Crevel and to publisher Léon Pierre-Quint of the éditions du Sagittaire, the first biographer of Marcel Proust -- a heroic figure to both Jean-Michel Frank and Yves Saint Laurent.

    Couturier and decorator certainly shared what Pierre Bergé described as the kinship of the highly-strung. Both artists had a tendency to the melancholic; they were marked by a similar sense of alienation, and felt the need to express themselves through the integrity of their art. Jean-Michel Frank did not choose to create fashion, but the fashion world was one he knew intimately. It was through features in the great fashion magazines -- both sides of the Atlantic -- that he first became widely known in the late 1920s. He found support from Michel de Brunhoff, editor of Vogue, and the most fashionable photographers, such as George Hoyninguen-Huene, Horst P. Horst, Roger Schall and François Kollar incorporated his creations in their pictures. He worked with the great couturiers of the day: Elsa Schiaparelli, Lucien Lelong, and Robert Piguet -- the precursors of the last great French couturier.

    Common to all three were Charles and Marie-Laure de Noailles, whose salon, created by Frank, Yves Saint Laurent described as 'the eighth wonder of the world'. Conceived in 1925, this became the setting for the display of a collection of masterpieces of Western art that served as an inspiration to Saint Laurent and Bergé. Here was the same amalgam of eclectic yet very exacting taste, depth of culture, bold juxtapositions, and the unifying sensibility of Jean-Michel Frank. It has frequently been suggested that the rue de Babylone apartment, formerly the home of Marie Cuttoli, was decorated by Frank. This cannot be confirmed, though the plain natural oak paneling compares with the environments created by Frank, and Yves Saint Laurent and Pierre Bergé certainly appreciated the conceptual similarity with the salon created for the de Noailles.

    Following the example set by Yves Saint Laurent and Pierre Bergé in their re-evaluation of Jean-Michel Frank, the world of collectors, dealers, historians and curators elevated this artist to his deserved position of respect. He became the subject of serious monographs, and ownership of his works became internationally synonymous with an appreciation of all that is subtle and refined in Parisian taste. Frank's career was that of creator and decorator to a privileged elite. His appreciation of the beauty to be found in simplicity and understatement has now become a universal standard and his designs are a reference point for so much contemporary design. Today, Jean-Michel Frank rightfully enjoys a distinguished place in the history of taste and of the French decorative arts of the last century.

    Pierre-Emmanuel Martin-Vivier
    Doctor of the History of Art and author of 'Jean-Michel Frank -- l'étrange luxe du rien', Norma edition, 2008


    Post Lot Text

    A PAIR OF X-SHAPED STOOLS, CIRCA 1935
    In oak, the rectangular seat upholstered with brown silk

    This lot will be sold with a certificate of authenticity from the Jean-Michel Frank Committee