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    Sale 1209

    Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

    23 - 25 February 2009, Paris

  • Lot 10

    EDOUARD VUILLARD (1868-1940)

    Marie rêveuse et sa mère

    Price Realised  

    Estimate

    EDOUARD VUILLARD (1868-1940)
    Marie rêveuse et sa mère
    avec le cachet de l'atelier 'E Vuillard' (en bas à gauche; Lugt 2497a)
    huile sur toile
    64 x 48 cm. (25¼ x 18 7/8 in.)
    Peint vers 1891-92


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    Amoureux des "petites solennités profanes"1, comme l'écrira Claude Roger-Marx, Edouard Vuillard a nourri son imaginaire par l'observation attentive de son univers familial. Dans Marie rêveuse et sa mère, l'artiste prend pour sujet ses deux modèles de prédilection, sa mère et sa soeur. Le trio venait de quitter l'appartement parisien de la rue de Miromesnil pour s'installer un peu plus loin dans les quartiers historiques de la rive droite, rue Saint-Honoré. Vuillard fréquentait à cette époque les cercles littéraires symbolistes et venait de rejoindre le groupe des Nabis, formé dès 1888 autour de Maurice Denis et de Paul Sérusier. Mais, avec Pierre Bonnard, il préféra rapidement au symbolisme religieux des thèmes empruntés à la vie quotidienne. Les scènes d'intérieur représentent ainsi la majorité de sa production de la décennie 1890.

    Marie rêveuse et sa mère met en scène les deux figures domestiques se détachant dans la pénombre obscure de l'appartement. Sans conscience de la présence du peintre, elles évoluent à l'image de pantins ou d'ombres fantomatiques. Cette impression est renforcée par le traitement très simplifié des volumes de leur robe et de leur physionomie. Au premier plan, la mère de Vuillard représentée de profil semble être complètement absorbée dans son activité. Le visage de Marie, quant à lui, n'apparaît qu'au second plan. La jeune femme semble perdue dans ses songes, à l'instar de son attitude dans Le dîner vert exécuté la même année, en 1891 (Salomon et Cogeval, no. IV-4), autre composition de Vuillard qui la présente détachée de la réalité familiale.

    Les deux figures s'opposent ainsi tout en étant fondues l'une dans l'autre, comme superposées dans le décor. Sans doute influencé par l'art de la photographie qu'il pratique alors, le peintre a opté pour un cadrage serré qui accentue encore cette impression de confinement. Vuillard excelle dans les jeux de lumière et de perspective. Provenant d'une source unique, l'éclairage intérieur s'oppose avec franchise à la pénombre épaisse qui règne dans la pièce. Ce vif contraste fait naître un climat de mystère très théâtral qui n'est pas étranger à l'intérêt que portera le peintre à la mise en scène et au décor. Refusant la banalité de son univers familial, le peintre Nabi parvient à créer ici une tension unique dans le temps de la narration. En transcendant la dimension décorative de sa peinture, il propose une autre vision du symbolisme, plus personnelle et intime.

    Note:
    1. C. Roger-Marx, Vuillard et son temps, Paris, 1946, cité dans J. Salomon, Vuillard, Paris, 1968, p. 98.

    Special Notice

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    Provenance

    Atelier de l'artiste.
    Antoine Salomon, Paris (par descendance).
    Collection François, Genève.
    E.J. Van Wisselingh & Co., Amsterdam.
    Collection De Yong, Amsterdam (par descendance).
    Galerie Tarica, Paris (acquis auprès de celle-ci).
    Acquis auprès de celle-ci par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, novembre 1983.


    Literature

    A. Salomon et G. Cogeval, Vuillard, le regard innombrable: Catalogue critique des peintures et pastels, Paris, 2003, vol. I, p. 239, no. IV-19 (illustré en couleur).
    J. Coignard, "Chez Pierre Bergé et Yves Saint Laurent", in
    Connaissance des Arts
    , no. 634, janvier 2006, p. 46 (illustré en
    couleur).


    Exhibited

    Berne, Kunsthalle, Edouard Vuillard, Alexander Mülegg, juin-juillet 1946, no. 26.
    Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, Vuillard (1868-1940), octobre 1946, no. 19 (illustré; titré 'Femmes dans un intérieur').
    Stockholm, Galerie d'Art Latin, Vuillard, automne 1948, no. 4 (titré 'Deux femmes dans un intérieur'; daté '1894').
    Bâle, Kunsthalle, Edouard Vuillard, Charles Hug, mars-mai 1949, no. 14.
    New York, David Findlay Galleries, French Paintings of the XIXth and XXth centuries, novembre-décembre 1956, no. 34 (illustré).
    Amsterdam, E.J. van Wisselingh & Co., France en Hollande, mars-avril 1960, no. 45.
    Amsterdam, E.J. van Wisselingh & Co, Maîtres Français XIXe et XXe siècles. Tableaux provenant de collections particulières néerlandaises, mai-juin 1962, no. 50 (illustré).


    Post Lot Text

    'DREAMY MARIE AND AND HER MOTHER'; WITH THE ATELIER STAMP LOWER LEFT; OIL ON CANVAS.


    A lover of "small secular rituals"1, as described by Claude Roger-Marx, Edouard Vuillard fed his imagination by attentively observing his family. In Marie rêveuse et sa mere, the artist's subjects are his preferred models, his mother and sister. The three of them had recently moved from their Paris apartment on the rue de Miromesnil to their new home on the rue Saint-Honoré. At this time, Vuillard was travelling in Symbolist literary circles and had just joined the Nabis, formed in 1888 by Maurice Denis and Paul Sérusier. However, like Pierre Bonnard, he preferred subjects taken from everyday life to religious symbolism.

    Vuillard's penchant for representing intimate interior scenes, which comprise the majority of his works of the 1890s, was largely born of his admiration for Dutch paintings, in particular for the works of Vermeer.

    Marie rêveuse et sa mere depicts the two domestic figures set against the patterned wallpaper of their apartment. Unaware of the presence of the painter, the figures have evolved into puppets or ghost-like shadows. The extremely simplified depiction of their dresses and faces further enhance this impression. In the foreground, Vuillard's mother, appearing in profile, is completely absorbed in her work. Marie appears dreamily, hovering above her mother lost in a reverie of escape from this suffocating interior. Marie's appearance here is similar to that in Le dîner vert (1891; Salomon et Cogeval, no. IV-4), where Vuillard again depicts his sister as being detached from the family's reality.

    No doubt influenced by his love of photography, the painter opted for a tightly cropped composition, which further accentuates the feeling of confinement. Vuillard excels as a master of light and perspective. Coming from a single source, the interior lighting openly contrasts with the heavy shadows which fill the room. Rejecting the banality of the world of the family, the Nabi painter succeeds in creating a unique tension in terms of the compositional narrative. By transcending the decorative aspect of his painting in the present work, Vuillard offers another more personal and intimate view of his family incorporating the most poignant aspects of both the Nabis and Symbolist movements.

    Notes :

    1 C. Roger-Marx, Vuillard et son temps, Paris, 1946, qoted in J. Salomon, Vuillard, Paris, 1968, p. 98.