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    Sale 5569

    Tableaux et Dessins Anciens et du 19ème Siècle

    23 June 2009, Paris

  • Lot 88

    EUSTACHE LE SUEUR (PARIS 1616-1655)

    Allégorie de la poésie

    Price Realised  

    EUSTACHE LE SUEUR (PARIS 1616-1655)
    Allégorie de la poésie
    Huile sur toile
    130 x 97,5 cm.


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    'Item un tableau peint sur toille par Eustache Le Sueur représentant la musique sous la forme d'une femme ailée qui tient une trompette et une basse viole, dans sa bordure dorée, prisé cinq cens livres', telle est la description du tableau dans l'inventaire après décès de Marin Delahaye fait en 1753 en son hôtel Lambert. Cette mention précise l'attribution de l'oeuvre et sa provenance. L'histoire du tableau est ensuite connue : donné par Marin Delahaye à son frère Marc-Antoine Delahaye de Bazinville (1702-1785), il est transporté à l'hôtel Fieubet par la fille de ce dernier, puis, en 1813, dans un château proche de Paris - où il est resté - par les descendants de la famille. Les attributs de cette allégorie sont précisément ceux de la poésie selon la traduction faite en 1636 par Jean Baudoin de l'Iconologie de Cesare Ripa, et non pas de la musique contrairement à ce que suggère la présence de la trompette et de la viole de basse.

    L'Allégorie de la poésie a sans doute été peinte vers 1642, alors que le jeune Eustache Le Sueur s'affranchit de son maître Simon Vouet pour développer une carrière autonome. L'harmonieuse simplicité et la fraîcheur du tableau évoquent d'autres oeuvres que l'on date de ces années, telles La Réunion d'amis (Musée du Louvre) ou l'Enlèvement de Ganymède (id.). Il s'y mèle la sensualité héritée de Vouet à la poésie et à l'équilibre propres à Le Sueur, qui trouveront leur apogée dans la série des Muses exécutée pour Nicolas Lambert vers 1652-55.
    La mention de notre tableau dans plusieurs documents liés à l'histoire de l'hôtel Lambert au XVIIIème siècle pose la question de son exécution pour les frères Lambert, les plus importants mécènes d'Eustache Le Sueur, et de son emplacement dans leur illustre résidence. L'acte de la vente passée en 1739 entre la famille Fontaine et la marquise de Breteuil fournit un élément précieux sur sa localisation à cette date : il était placé comme dessus de porte dans le 'grand cabinet' (pièce qui mène au Cabinet de l'Amour dans les appartements d'apparat, donnant sur cour et jardin) en pendant d'un 'jeu de dés par des soldats espagnols'. Les deux tableaux furent vraisemblablement décrochés par Marin Delahaye, qui avait installé à leur place un Suzanne et les vieillards de Jean-François de Troy et un Joseph et la femme de Putiphar de Charles Coypel (voir C. Leribault, Jean-François de Troy 1679-1752, Paris, 2002, p. 217). Le rentoilage très ancien, qui laisse en place les clous d'origine, et le cadre d'époque Louis XV pourraient correspondre à ce décrochage.
    Elément du décor de l'hôtel Lambert, le tableau n'est, assez logiquement, pas mentionné dans les différents inventaires après décès des membres de la famille Lambert. Il n'est pas non plus cité par les quelques érudits qui, au XVIIème siècle, ont ébauché les premiers corpus d'oeuvres d'Eustache Le Sueur, se concentrant sur la production ultérieure du peintre. Guillet de Saint Georges, son biographe, avoue ne pas avoir été exhaustif dans sa description de l'oeuvre de Le Sueur à l'hôtel Lambert, et s'est avant tout interessé aux deux principaux cycles qu'il y a réalisés, déjà considérés comme majeurs :'mais nous ne spécifierons que légèrement ce qu'on y trouve de sa première et de sa dernière manière, afin de mieux exciter les amateurs des beaux-arts à venir faire le discernement sur le lieu même' (Georges Guillet, dit Guillet de Saint Georges, 'Mémoire historique des ouvrages de M. Le Sueur peintre', dans L. Dussieux et autres, Mémoires inédits (...)., Paris, 1854, p. 150). Laissée dans l'ombre de ses consoeurs les Muses, notre Poésie pourrait-elle avoir été exécutée, quelque dix ans plus tôt, pour Jean-Baptiste Lambert, avant son décès en décembre 1644? Cette hypothèse séduisante pourrait paradoxalement expliquer l'incognito dans lequel cette oeuvre délicieuse est restée.
    Nous remercions M. Alain Mérot qui a confirmé l'attribution du tableau après examen de celui-ci.

    Special Notice

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    Provenance

    Madame de Fontaine, Hôtel Lambert en 1739 (mentionné dans l'acte de vente de l'hôtel Lambert par Madame de Fontaine et son beau-frère Claude Dupin à Florent Claude, marquis du Châtelet et à son épouse, Gabrielle Emilie de Breteuil, le 31 mars 1739 [Minutier central, LXXXVIII-856]).
    Marin Delahaye, propriétaire de l'hôtel Lambert de 1745 à 1753, donné à son frère Marc-Antoine Delahaye de Bazinville (mentionné dans l'inventaire après décés de Marin Delahaye, le 13 octobre 1753, no. 1378 [Minutier central, LVII-408]).
    Par descendance aux propriétaires actuels.


    Pre-Lot Text

    PROVENANT DE L'HOTEL LAMBERT


    Literature

    C. Bailey, 'Poussin's L'Enfance de Bacchus newly identified in two eighteenth-century collections', dans Mélanges en hommage à Pierre Rosenberg, Paris, 2001, p. 70, appendix I.
    E. de Maintenant, 'Redécouverte d'une oeuvre de jeunesse d'Eustache Le Sueur provenant de l'hôtel Lambert', dans L'Estampille - Objet d'Art, juin 2009.


    Post Lot Text

    AN ALLEGORY OF POETRY, OIL ON CANVAS, BY EUSTACHE LE SUEUR