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    Sale 1209

    Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

    23 - 25 February 2009, Paris

  • Lot 78

    JEAN-AUGUSTE-DOMINIQUE INGRES (MONTAUBAN 1780-1867 PARIS)

    Portrait de la comtesse de La Rue

    Price Realised  

    JEAN-AUGUSTE-DOMINIQUE INGRES (MONTAUBAN 1780-1867 PARIS)
    Portrait de la comtesse de La Rue
    signé et daté 'Ingres an 12' (au dos)
    huile sur panneau, dans un ovale peint
    29 x 23,3 cm. (11½ x 9¼ in.)


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    Premier portrait féminin peint par Ingres identifié à ce jour, cette délicieuse effigie conjugue la fraîcheur des oeuvres de jeunesse et les qualités intrinsèques de celui qui fut peut-être le plus grand portraitiste du XIXème siècle. L'oeuvre appartient à 'l'impressionnante première série de portraits intimes', où Ingres atteint 'd'emblée une étonnante maîtrise de tous ses moyens artistiques' (G.Vigne, Ingres, Paris, 1995, p. 44). Elle fut exécutée en 1804, deux ans avant son départ pour l'Académie de France à Rome. Il ne faut sans doute pas y chercher l'influence, plus tard si marquante, des grands peintres de la Renaissance ou de l'art antique. On a souligné (E. Bertin, S. Guégan, V. Pomarède, L.-A. Prat, op. cit., p. 105) que ce portrait témoignait encore des qualités de miniaturiste du père d'Ingres, auprès duquel Jean-Auguste-Dominique avait suivi une première formation à Montauban puis Toulouse. Au contraire, on peut y voir en genèse plusieurs des caractéristiques principales d'Ingres, qui dialogue par ailleurs ici avec les grands portraitistes alors à la mode de sa génération.

    Le Portrait de la comtesse de La Rue évoque par son élégante distinction l'art de David, dont Ingres avait quitté l'atelier quelques années auparavant; en dépit des dimensions réduites du tableau, le personnage possède une grande présence, qu'accroît son regard pénétrant. La beauté des gants en peau de chamois, véritable morceau de bravoure, pourrait constituer une réponse à ceux tenus par Monsieur Sériziat dans son portrait peint par David en 1795 et très admiré au Salon (Musée du Louvre). De même encore, Ingres place son modèle sur un fond de paysage, le visage se détachant sur un ciel clair, procédé qu'il abandonnera quelques années plus tard.

    Ainsi qu'il le refera dans plusieurs de ses chefs d'oeuvre de jeunesse, tels Madame Rivière, Madame Pancoucke (Musée du Louvre) ou Madame Aymon dite La Belle Zélie (Rouen, Musée des Beaux- Arts), Ingres adopte ici un format ovale, qui lui permet de sublimer la sinuosité du corps féminin. La nuque, le cou et le bras droit de la comtesse, en particulier, subissent déjà une déformation, du type de celles qui vaudront à Ingres d'être d'abord décrié puis encensé pour les brêches qu'il ouvrait vers 'l'art moderne'. Ainsi que le souligne dès 1840 l'homme de lettres Louis de Loménie (Galerie des Contemporains illustres, Paris, 1840, p. 13), 'à vingt ans, il était aussi complétement lui qu'à soixante'. Un an plus tard, Ingres reprend de nombreux détails -le collier, le voile, la ceinture gris perle, les broderies du châle en cachemire- dans ses portraits de Madame et de Mademoiselle Rivière (Musée du Louvre). Malgré la différence de format, c'est bien au Portrait de Mademoiselle Rivière -où le modèle adopte une pose similaire- que peut faire penser cet exquis petit tableau.

    Née à Reims en 1770, la comtesse de La Rue appartenait à la famille Solier de la Touche. Son frère était le baron royaliste Hyde de Neuville. Elle avait épousé en 1794 son cousin Isidore Etienne de La Rue, politicien et banquier qui avait toujours été fidèle à la cause des Bourbons, ce qui lui valut la méfiance de Napoléon Bonaparte. Le tableau resta vraisemblablement dans la famille du modèle jusqu'au milieu du XXème siècle, réapparaissant à New York chez Seligman en 1951.

    Special Notice

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    Provenance

    Général de La Rue (fils du modèle) ; par descendance vicomtesse de Bardonnet Hyde de Neuville (petite-nièce du modèle) ; par descendance Henry de Bourbon Solar (arrière-petit-neveu du modèle). Jacques Seligman and Company, New York, 1951.
    Collection Emil Georg Bührle, Zurich, où acquis par
    Galerie Alain Tarica, Paris; d'où acquis en 1984 par
    Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.


    Literature

    H. Delaborde, Ingres, sa vie et ses travaux, sa doctrine, d'après les notes manuscrites et les lettres du maître, Paris, 1870, no. 133.
    C. Blanc, Ingres, sa vie et ses ouvrages, Paris, 1870, p. 231.
    H. Lapauze, Les dessins de J.-A.-D. Ingres du Musée de Montauban, Paris, 1901, p. 240, cahier X.
    H. Lapauze, Ingres - sa vie et son oeuvre, Paris, 1911, p. 38.
    G. Wildenstein, Ingres, Aylesbury, 1954, p. 161-2, no. 13, fig. 8. J. ALazard, 'sur un portrait peu connu d'Ingres', in Bulletin de la Société d'Histoire de l'Art français, 1954, pp. 92-94 (comme dans une collection suisse).
    D. Ternois, Tout l'oeuvre peint d'Ingres, Milan, 1968, p. 88, no. 11.
    D. Ternois, Ingres, Milan, 1980, p. 14.
    A. Ribeiro, Ingres in Fashion, New Haven, 1980, p. 243, note 5.
    G. Tinterow et P. Conisbee, Portraits by Ingres Images of an epoch, cat. exp., Londres, Washington, New York, 1999-2000, pp. 32 et 135.
    E. Bertin, S. Guégan, V. Pomarède, L.-A. Prat, Ingres 1780-1867, cat. exp., Paris, 2006, pp. 105 et 129.
    'Les chefs-d'oeuvre de la Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé', in Connaissance des Arts, no. 271, hors-série, janvier 2006, p. 22.
    Connaissance des Arts, no. 634, janvier 2006, p. 49.


    Exhibited

    Pittsburgh, Carnegie Institute, French Painting : 1100-1900, 18 octobre-décembre 1951, no. 158 (comme appartenant à Jacques Seligman and Company).


    Post Lot Text

    Portrait of the Countess de La Rue

    signed and dated 'Ingres an 12' (on the back)
    oil on panel

    The first female portrait, that we can identify as having been painted by Ingres, this delightful image combines the spontaneity of the youthful works and the intrinsic qualities of the artist who was to become possibly the greatest portrait painter of the 19th century. The picture belongs to 'an impressive initial collection of intimate portraits', where Ingres 'immediately achieved a remarkable mastery of all his artistic skills' (G. Vigne, Ingres, Paris, 1995, p. 44). It was painted in 1804, two years before the artist left his native France to join the French Academy in Rome. There is certainly no need to look for the influence of the great Renaissance painters or the art of Antiquity, which was so evident in the artist's later works. It has been pointed out (E. Bertin, S. Guégan, V. Pomarède, L.-A. Prat, op. cit., p. 105) that this portrait reveals the influence of Ingres's father, a miniaturist who had provided Jean-Auguste-Dominique with his initial instruction in Montauban and later Toulouse. On the contrary, it is possible to recognise the origins of several of Ingres' major characteristics in this picture which also corresponds closely to the style of the greatest and most fashionable portraitists of the moment.

    The Portrait of the comtesse de La Rue distinguishes itself through its elegance reminiscent of the art of David, whose studio Ingres had left some years previously ; despite the small size of the painting, the subject has a wonderful presence, heightened by her penetrating gaze. The beauty of the chamois gloves, a true testament to his skills, may represent a response to those held by Monsieur Sériziat in a portrait painted by David in 1795, which was widely admired at the Salon (Paris, Musée du Louvre). Equally, Ingres sets his model in front of a landscape, with her face standing out against a clear sky - a practice he would abandon a few years later.

    As is the case with several of his first masterpieces, including Madame Rivière, Madame Pancoucke (Paris, Musée du Louvre) and Madame Aymon known as La Belle Zélie (Rouen, Musé des Beaux-Arts), Ingres adopted on oval format, which enabled him to explore the sinuosity of the female form. The nape of the countess's neck, her neck itself and her right arm, in particular, are already distorted, in a way that will lead Ingres to be initially criticized and subsequently acclaimed for his breakthroughs in terms of 'modern art'. Therefore, as highlighted in 1840 by the writer Louis de Loménie (Galerie des Contemporains illustres, Paris, 1840, p. 13), 'at the age of twenty, he was as much himself as he was at sixty'. A year later, Ingres revived numerous details - the necklace, the veil, the pearl grey belt and the embroidery on the cashmere shawl - in his portraits of Madame and Mademoiselle Rivière (Paris, Musée du Louvre). Despite the different format, the portrait of Mademoiselle Rivière, where the sitter adopts a similar pose, is clearly reminiscent of this exquisite picture.

    Born in Reims in 1770, the comtesse de La Rue belonged to the Solier de la Touche family. Her brother was the Royalist Hyde de Neuville. She married her cousin Isidore Etienne de La Rue in 1794. He was a banker and a politician who had always been loyal to the Bourbon cause, earning him the mistrust of Napoleon Bonaparte. The painting presumably stayed within the model's family until the middle of the 20th century, re-emerging at Seligman in New York in 1951.