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    Sale 14535

    Collection Bjäringer

    20 October 2016, Paris

  • Lot 18 A

    JEAN-PAUL RIOPELLE (1923-2002)

    Rez

    Price Realised  

    Estimate

    JEAN-PAUL RIOPELLE (1923-2002)
    Rez
    signé et daté 'Riopelle 58' (en bas à droite)
    huile sur toile
    80.5 x 100 cm. (31 ¾ x 39 3/8 in.)
    Peint en 1958.


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    « Je prends ma distance par rapport au réel. Quelle distance ? La bonne. » aime à rappeler Riopelle à tous ceux qui l’interrogent sur la place que prend la nature, le réel dans sa peinture. L’artiste a en effet souvent expliqué la place spécifique qu’occupe la nature dans son travail et qu’il considère plutôt comme une finalité à atteindre, qu’une source d’inspiration : « Abstrait : « abstraction », « tirer de », « faire venir de »… Ma démarche est inverse. Je ne tire pas de la Nature, je vais vers la Nature. ». Cette révélation pour l’abstraction s’est opérée très jeune chez Riopelle, comme une véritable prise de conscience, et il n’a eu de cesse depuis que d’explorer toutes les possibilités offertes par la peinture. Son ami Patrick Waldberg raconte ainsi : « En 1942, alors qu’il peignait sur le motif à Saint-Fabien, en Gaspésie, abandonné à l’ivresse des grands instants de la nature, le contrôle de l’esprit noyé dans la passivité du bonheur sensoriel, il naquit sous son pinceau un paysage de fond de mer, sans ressemblance avec le spectacle qu’il avait sous les yeux. Dès lors il rechercha cet état « second », se libérant peu à peu du sujet pour, en 1944, renonçant à toute image visuelle, s’efforcer de traduire l’immédiateté de son mouvement intérieur. » (Patrick Waldberg, texte écrit vers 1960, cité in Riopelle vu par…, Paris, 2004, p. 12).

    Peint en 1958, Rez offre une illustration concrète de cette démarche qui lui est si propre. Riopelle ne nous y donne aucune indication, si ce n’est ce titre quelque peu énigmatique qui sous-tend une proximité, comme si nous étions « à ras » de la terre, de la surface. L’œil du spectateur y trouve à travers ces méandres de matières, ces éclats de couleurs et cette densité si spécifique de sa peinture, une vision, un paysage personnel qui ne semble appartenir qu’à lui. Pour comprendre la genèse d’une toile de Riopelle, il faut se figurer le peintre à l’œuvre, ainsi que l’a décrit le propriétaire de la grange qui lui avait servi d’atelier au cours de l’été 1960 lors d’un séjour à Long Island : « Je n’oublierai jamais cette scène. Tout d’abord, il n’employait pas une brosse pour peindre, mais plutôt ce qui semblait être un couteau. Et puis, à en juger par les centaines de tubes vides à ses pieds, il utilisait une quantité phénoménale de peinture. Il ne prenait pas la peine de dévisser les tubes. Il les décapitait littéralement d’un seul coup à l’aide de son couteau. Du rouge, du bleu ou du vert : les couleurs apparaissaient soudainement au bout de ses doigts. Car c’est ainsi qu’il travaillait : il tenait tous les tubes (disons trois ou quatre ou autant que sa main pouvait en tenir) dans son poing et versait alors la couleur directement sur la toile ou bien parvenait à mélanger une couleur avec la suivante en pressant les tubes d’une certaine façon. » (cité in H. de Billy, Riopelle, Montréal, 1996, p. 155).

    Depuis 1956, sa palette change progressivement. Il délaisse en effet la répartition régulière des couleurs sur la toile à la manière d’un « all-over » pour tendre vers des compositions plus contrastées, à l’image de Rez, où le noir et le blanc viennent créer des respirations et des profondeurs sur la surface de l’œuvre. Cet emploi des noirs, des blancs et des gris, ne fait alors que renforcer la flamboyance des rouges, les profondeurs des verts et des bleus qu’il emploie. C’est que Riopelle possède une forme de certitude qui l’anime lorsqu’il s’attaque à la toile, il sait dans quelle direction il souhaite aller. Une force vitale semble alors se dégager du tableau, une vérité implacable que l’artiste expliquait parfaitement : « Quand j’hésite, je ne peins pas ; quand je peins, je n’hésite pas. »

    "I like to distance myself from reality. To what extent? The right extent." This is what Riopelle liked to remind anyone who asked him about the role of the natural world and reality in his paintings. Indeed the artist often explained the specific role played by nature in his work, which he regarded more as a goal to be achieved than a source of inspiration: "Abstract: 'abstraction', 'to draw from', 'to bring out'... My approach is the opposite. I do not draw from nature, I go towards nature." Riopelle discovered abstraction when he was very young. It was a genuine moment of realisation for him, after which he never stopped exploring all the possibilities that painting offered. His friend Patrick Waldberg recounts: "In 1942, while painting on the motif in Saint-Fabien, in The Gaspésie, having abandoned himself to the intoxication of Nature's great moments and lost control of his mind in the passivity of sensory bliss, a seascape emerged from under his brush that bore no resemblance to the spectacle before his eyes. From then on, he sought this 'altered' state, gradually freeing himself from the subject until, in 1944, giving up all visual images, he endeavoured to translate the immediacy of his inner flow." (Patrick Waldberg, text written around 1960, quoted in Riopelle seen by ..., Paris, 2004, p. 12.

    Painted in 1958, Rez is a concrete illustration of Riopelle's very individual approach. He doesn't give us any clues, apart from this somewhat enigmatic title that reflects a closeness, as if we were 'level' with the ground, or the surface. Through the meanderings of materials, the bursts of colour and the thickness of application so characteristic of his painting, the eye of the beholder finds a vision, a personal landscape that seems to belong to them alone. In order to understand the genesis of one of Riopelle's paintings, one must imagine the artist at work. We have been given a good description of this by the owner of the barn that Riopelle used as a studio during the summer of 1960, when he was staying on Long Island: "I will never forget this scene. First, he did not paint with a brush but rather with what looked like a putty knife. Second, judging by the hundreds of empty tubes that lay at his feet, he was using a phenomenal quantity of paint. He did not unscrew his tubes. He decapitated them in one move with his knife without ever using the cap. Red, blue or green: the colors appeared suddenly at the tips of his fingers. Because that is how he was doing it: he held all the tubes (say three or four or as many as his hand could hold) in his fist and then either poured them directly on the canvas or managed to have one color mixing with the next pressing the tubes in a certain way.” (quoted in H. de Billy, Riopelle, Montréal, 1996, p. 155).


    From 1956, Riopelle gradually began to change his colour palette and his methods. He moved away from the even, 'all-over' distribution of colours on the canvas towards more contrasting compositions, like Rez, where the black and white come to create breathing spaces and depths on the surface of the work. This use of blacks, whites and greys also enhanced the radiant intensity of the reds, and the depths of the greens and blues that he used. Riopelle possessed a kind of certitude that impelled him when he set to a painting; he knew in which direction he wanted to go. A vital force then seemed to emerge from the painting, an immitigable truth that the artist explained thus: "When I hesitate, I do not paint; when I paint, I do not hesitate."

    Special Notice

    Artist''s Resale Right ("droit de Suite"). If the Artist''s Resale Right Regulations 2006 apply to this lot, the buyer also agrees to pay us an amount equal to the resale royalty provided for in those Regulations, and we undertake to the buyer to pay such amount to the artist''s collection agent.


    Provenance

    Galerie Jacques Dubourg, Paris
    Galerie Änne Abels, Cologne
    Collection privée, Allemagne
    Vente anonyme, Christie's, Londres, 29 juin 1989, lot 578
    Collection privée, Californie
    Vente anonyme, Christie's, Paris, 4 juin 2013, lot 25
    Acquis lors de cette vente


    Literature

    Y. Riopelle, Jean-Paul Riopelle, Catalogue raisonné. Tome 2, 1954-1959, Montréal, 2004, No. 1958.058H.1958 (illustré p. 297).


    Exhibited

    Cologne, Galerie Änne Abels, Riopelle, novembre-décembre 1959, No. 9 (illustré en couleurs au catalogue d'exposition, non paginé).


    Post Lot Text

    'REZ'; SIGNED AND DATED LOWER RIGHT; OIL ON CANVAS.