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    Sale 14535

    Collection Bjäringer

    20 October 2016, Paris

  • Lot 13 A

    MAURICE ESTEVE (1904-2001)

    Tarasque

    Price Realised  

    Estimate

    MAURICE ESTEVE (1904-2001)
    Tarasque
    signé et daté 'Estève 54' (en haut à droite); signé, titré et daté 'Estève 54 "Tarasque"' (au dos)
    huile sur toile
    100 x 81.5 cm. (39 3/8 x 32 1/8 in.)
    Peint en 1954.


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    Fils d’artisans, eleve dans la culture du travail manuel, Maurice Estève reçoit très tôt la révélation de la peinture. Il a 9 ans et, de passage à Paris en 1913, visite pour la première fois le Louvre : « je voyais désormais la nature à travers les tableaux » expliquera-t-il. Malgré une opposition paternelle qui ne reconnaîtra jamais son travail (et ira même jusqu’à brûler certaines toiles de jeunesse), il poursuit cette vocation, prenant des cours du soir de dessin et exerçant de petits métiers ponctuels pour vivre et se payer le matériel nécessaire à sa passion.

    Il se rapproche à partir de 1928 du Surréalisme, mais seulement pour un temps, optant pour une voie plus personnelle où il fait des allers-retours entre figuration et abstraction. En effet, sa peinture n’est pas figée et évolue au grès des toiles qu’il débute, perméable à ce qui l’entoure et l’inspire, lui laissant ainsi les champs du possible. En 1937, sur les conseils de Braque, Gösta Olson, alors directeur de la Svensk-Franska Konstgalleriet de Stockholm, lui offre sa première exposition et lui ouvre les portes des pays scandinaves et d’un public qui, très tôt, comprend la force de son travail. Estève se lie d’amitié avec Olson et leur collaboration s’installe dans la durée, Le Pot à tabac (lot 17A) peint en 1945 en est un parfait exemple. Cette composition où les objets semblent « danser » par le jeu des formes arrondies et des couleurs trouve tout son sens dans l’analyse qu’André Lhote fait : « Quant à ses natures mortes auxquelles va ma préférence, elles ajoutent à la suggestion d’objets usuels et riches de substance, échelonnés en profondeur, l’idée de lumière et d’atmosphère. ».

    À partir de 1942 sa condition s’améliore suite à la rencontre du marchand Louis Carré qui lui offre de l’exposer et de présenter ses toiles, même si Estève, toujours très attaché à sa liberté, refuse tout contrat d’exclusivité. L’appui financier que lui offre Louis Carré le libère néanmoins des aléas pécuniaires et lui permet de se consacrer pleinement et totalement à sa peinture. À l’opposé de la jeune génération de peintres qui s’impose progressivement, revendiquant une abstraction absolue dépourvue de toute référence au réel,
    Estève ne renie pas la nature, le monde réel qui l’entoure. Bien au contraire, il l’intègre et le transforme à travers ses compositions aux formes complexes qui répondent à son propre langage pictural. « Depuis longtemps je me suis nourri du regard de la nature, des choses et des êtres. Et je pense que les formes naissent les unes des autres. Chez moi elles ont fini par devenir un langage plus autonome, en dehors de toute référence à la nature. […] Pour moi, la réalité, c’est ce que je fais, ce n’est pas ce que je vois. » explique-t-il. Tarasque, réalisé en 1954, révèle bien cette dualité de son oeuvre ni véritablement figurative ni complètement abstraite. Cette toile exceptionnelle démontre toute la force de la peinture d’Estève où la subtile juxtaposition des couleurs semble recréer une vie qui anime le tableau de l’intérieur. Estève porte une attention toute particulière au titre de ses oeuvres. Ici Tarasque (lot 13A) semble renvoyer au char qui tirait mannequins et dragons lors des processions données dans les fêtes populaires de Provence, autour de Tarascon. Il n’est ainsi pas anodin que cette oeuvre fut présentée dans les principales expositions et rétrospectives consacrées à l’artiste et tout particulièrement en 1956, lors de sa première exposition personnelle d’envergure au Statens Museum for Kunst de Copenhague. Son conservateur, Jôrn Rùbow, a d’ailleurs écrit que, face aux oeuvres d’Estève, il ressentait « le même bonheur que devant les verrières du Moyen Âge ou les émaux de Limoges : des nerfs reliant directement la rétine au coeur. ».

    Estève poursuit sa trajectoire et bénéficie progressivement d’une véritable reconnaissance ublique internationale. Il participe à de nombreuses expositions d’envergure et reçoit en 1970, le Grand Prix National des Arts. C’est deux ans plus tard que la galerie Claude bernard commence à présenter ses oeuvres et c’est dans ce contexte qu’il crée Bouleru (lot 15A) en 1976. La peinture de Maurice Estève demande du temps, un travail minutieux. « Je vous le redis : je suis le peintre le plus long du siècle. Ce n’est pas rien par ces temps épris de vitesse. Je tiens à mon titre (il y a peu de chance qu’on me l’enlève– je ne suis pas inquiet) » confie-t-il en 1965. Il donne le temps à son oeuvre de mûrir, comme on cultive la terre, en la laissant en jachères, pour qu’en germe une nouvelle moisson. Il observe, construit, déconstruit, explore les multiples combinaisons que lui offre sa palette. C’est ainsi qu’il découvre de nouvelles voies. Il ne procède pas par rupture, comme le font la plupart de ses jeunes contemporains, mais semble absorber les leçons reçues des siècles de l’histoire de l’art qui l’ont précédé pour mieux en dessiner l’avenir. Ainsi qu’il aimait à le rappeler : « Les racines dans le passé de la peinture travaillent aussi dans son devenir. ».

    Maurice Estève, born into a family of artisans and brought up in a culture of manual labour, discovered the world of painting when very young. At the age of 9, passing through Paris in 1913, he visited the Louvre for the first time. “From that moment on, I saw nature through pictures”, he explains. In spite of the opposition of his father, who never acknowledged his work and even burned some of his early canvases, he pursued that vocation, taking evening classes in drawing and living hand-tomouth on small occasional jobs to stay alive and buy the materials he needed for his passion.

    From 1928 on, he attempted painting in the surrealist style, but not for long, choosing a more personal route and switching between figuration and abstraction. His painting style is indeed not fixed. It evolved along with the canvases he started, receptive to what surrounded and inspired him and remaining open to all possibilities. In 1937, on Braque’s advice, Gösta Olson, then director of
    the Svensk-Franska Konstgalleriet in Stockholm, offered him his first exhibition and opened the doors of Scandinavia to him and those of a public which very soon realised the strength of his work. Estève and Olson became friends and worked together for many years. Le Pot à Tabac [The tobacco jar] (lot 17A), painted in 1945, is a perfect example of their collaboration. The composition of the picture
    in which the objects seem to “dance” through the play of their rounded shapes and colours finds all its meaning in André Lhote’s analysis: “His still lifes, which are the works I like best, add the notion of light and atmosphere to the suggestion of ordinary objects rich in substance, arranged in depth”.

    After 1942, his circumstances improved following his meeting with Louis Carré, an art dealer who offered him the opportunity of exhibiting his canvases, although Estève, still firmly attached to his freedom, refused to sign any exclusivity contract. However, the financial support Louis Carré offered him released him from pecuniary worries and enabled him to devote all his time to painting. Unlike the young generation of painters who were steadily imposing their style, seeking absolute abstraction devoid of any reference to reality, Estève did not abandon the nature which surrounded him. On the contrary, he integrated and transformed it through the complex shapes in his compositions which responded to his own pictorial language. “I’ve fed for a long time on observing nature, things and beings. And I think shapes are born of one another. In my work, they finally became a more autonomous language, outside any reference to nature. ( … ) For me, reality is what I do, it’s not what I see”, he explains. Tarasque (lot 13A), painted in 1954, clearly shows that duality in his work – neither truly figurative nor completely abstract. This exceptional canvas demonstrates all the strength of Estève’s painting where the juxtaposition of colours seems to recreate a life which animates the picture within it. Estève paid particular attention to the titles of his works. Here, Tarasque seems to refer to the float which carried puppets and dragons in the processions at local festivals in Provence, around Tarascon. It is therefore unsurprising that the work was presented in the principal exhibitions and retrospectives devoted to the artist and, particularly in 1956, in his first important personal exhibition at the Statens Museum for Kunst in Copenhagen. Its conservator, Jörn Rubow, wrote that, when looking at Estève’s works, he felt “the same happiness as I feel when looking at mediaeval stained glass or Limoges enamels: nerves which link the retina directly to the heart”.

    Estève pursued his chosen path and progressively received truly international public recognition. He showed his work in numerous prestigious exhibitions and received the Grand Prix National des Arts in 1970. Two years later, the Claude Bernard gallery began to show his works and, in that context, he created Bouleru (lot 15A) in 1976. Maurice Estève’s paintings took time, requiring minutely detailed work. “Let me tell you again: I’m the century’s slowest painter. That’s quite something in an age so enraptured by speed. I’m proud of my title – there’s little chance of anyone taking it from me and I’m not worried”, he confided in 1965. He allowed his work to ripen, in the way that farmers cultivate the land, leaving fallow fields so as to nourish a new harvest. He observed, constructed, deconstructed, explored the multiple combinations his palette offered him, discovering new paths to follow. He did not work in fits and starts like most of his young contemporaries but seems to have absorbed the lessons learned from the centuries of art which had preceded him with the aim of drawing a better future. As he liked to remind people: “The roots of painting in the past also work in its future”.

    Special Notice

    Artist''s Resale Right ("droit de Suite"). If the Artist''s Resale Right Regulations 2006 apply to this lot, the buyer also agrees to pay us an amount equal to the resale royalty provided for in those Regulations, and we undertake to the buyer to pay such amount to the artist''s collection agent.
    ƒ: In addition to the regular Buyer’s premium, a commission of 5.5% inclusive of VAT of the hammer price will be charged to the buyer. It will be refunded to the Buyer upon proof of export of the lot outside the European Union within the legal time limit. (Please refer to section VAT refunds)


    Provenance

    Galerie Galanis, Paris
    Collection Philippe et Elvira Braunschweig, Lausanne
    Vente anonyme, Sotheby's, Londres, 10 décembre 1997, lot 10
    Collection privée, Suisse
    Vente anonyme, Christie's, Londres, 9 décembre 1998, lot 712
    Galerie Peter Nathan, Zurich
    Acquis auprès de celle-ci


    Literature

    P. Francastel, Estève, Paris, 1956 (illustré en couleurs p. 109).
    G. di san Lazzarro, XXe siècle, Numéro spécial: Hommage à Estève, Paris, 1975 (illustré p. 66).
    R. Maillard, M. Prudhomme-Estève, Maurice Estève, Catalogue raisonné de l'oeuvre peint, Neuchâtel, 1995, No. 445 (illustré p. 317).


    Exhibited

    Paris, Galerie Galanis, Estève, Peintures Récentes, mai-juin 1955.
    Turin, Palazzo Madama, Peintres d'aujourd'hui France-Italie, 1955.
    Copenhague, Statens Museum for Kunst (mai-juin); Stockholm, Svensk-Franska Konstgalleriet (octobre-novembre), Estève, 1956.
    Milan, Centre Français d'Etudes et d'Informations, Beaudin, Estève, Tal-Coat, 1957.
    Bâle, Kunsthalle Basel, Estève, juin-juillet 1961.
    Paris, Galeries nationales du Grand Palais (octobre-janvier); Hövikodden, Fondation Sonja Henie-Niels Onstad (février-avril); Tübingen, Kunsthalle (mai-juillet), Estève: Rétrospective, 1986-1987, No. 47, p. 174 (illustré au catalogue d'exposition pp. 106 et 174).


    Post Lot Text

    'TARASQUE'; SIGNED AND DATED UPPER RIGHT; SIGNED, TITLED AND DATED ON THE REVERSE; OIL ON CANVAS.