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    Sale 1209

    Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

    23 - 25 February 2009, Paris

  • Lot 91

    SIR EDWARD COLEY BURNE-JONES, BART., A.R.A., R.W.S. (BIRMINGHAM 1833 - 1898 LONDRES)

    Luna

    Price Realised  

    SIR EDWARD COLEY BURNE-JONES, BART., A.R.A., R.W.S. (BIRMINGHAM 1833 - 1898 LONDRES)
    Luna
    Monogrammé 'EBJ' (en bas à gauche)
    huile sur toile
    101 x 71 cm. (39¾ x 28 in.)
    Peint vers 1872-1875


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    A première vue peu caractéristique de Burne-Jones, ce tableau fait partie d'un ensemble du début des années 1870, dans lequel l'artiste explora le thème allégorique d'une figure féminine flottant dans un ciel nocturne. La première de ces oeuvres, une aquarelle de 1870, The Evening Star (collection particulière), baptisée Vesper par l'artiste, fut achetée par son ami et mécène George Howard, futur Earl of Carlisle. Lui succéda très vite une aquarelle comparable, Night (Collection Lloyd Webber), commandée par l'homme d'affaire de Manchester, Frederick Craven, à laquelle Burne-Jones ajouta un pendant en 1872, une version modifiée de l'Evening Star de Howard (même collection). Luna fut le dernier de ces tableaux, et le seul peint à l'huile. D'abord mentionné dans le registre autographe des oeuvres de Burne-Jones de cette année ('un tableau à l'huile de Luna - dans des teintes bleues'), il ne fut achevé qu'en 1875.

    L'intérêt de Burne-Jones pour ces thèmes trahit probablement l'influence de son premier mentor, George Frederic Watts, dont l'obsession pour l'imagerie cosmique était bien connue. Mais comme le suggère Luna, le maître vieillissant peut également avoir emprunté à l'élève. Il est passionnant de comparer ce tableau avec l'Espoir de Watts (Tate Britain, Londres), dans lequel une figure féminine est assise sur un globe, dans des tonalités atténuées de gris et de bleu. L'idée de peindre une allégorie de l'Espoir a pu germer dans l'esprit de Watts dès les années 1840, mais la composition finale est postérieure à l'exécution de Luna, les deux grandes versions (Tate Britain et collection particulière) datant de 1885-1886.

    Luna fut d'abord exposée en 1878 à la Grosvenor Gallery, inaugurée l'année précédente sur Bond Street et conçue comme une alternative libérale à la Royal Academy toute proche. Les huit grands tableaux présentés par Burne-Jones y avaient fait sensation et l'avaient immédiatement rendu célèbre; il réalisa donc très vite onze autres oeuvres dans le même esprit. Toutes, à l'exception d'une, furent exposées en groupe dans ce qu'un critique surnomma la 'place d'honneur' de la Galerie Est. Les deux plus importantes, des compositions gigantesques, Le Chant d'Amour (Metropolitan Museum, New York) et Laus Veneris (Laing Art Gallery, Newcastle), furent peintes pour William Graham, le riche marchand de Glasgow, ancien membre du Parlement et mécène le plus dévoué de l'artiste. Luna, suspendu directement au-dessus de Laus Veneris, était l'une des plus petites oeuvres.

    Inévitablement, les suffrages de la presse se portèrent sur la taille des toiles : Laus Veneris, inspirée par la légende de Tannhäuser également remarquable par sa coloration splendide et sa langueur érotique, attira particulièrement l'attention. Mais Luna ne fut pas totalement négligée pour autant. Le commentaire le plus positif fut certainement celui de William Michael Rossetti, le frère cadet du maître de Burnes-Jones, auteur d'une critique de l'exposition dans The Academy. Selon lui, le tableau était 'une superbe invention chromatique, de teintes bleues voilées et néanmoins brillantes', et sa 'forme féminine courbée, dont un drapé cachait le visage', était 'd'une justesse exquise'.

    Luna fut acheté par Alexander (Alecco) Ionides (1840-1898), le plus jeune frère de Constantine Ionides, propriétaire du dessin de Rossetti de la présente vente (lot 91). Encore tout jeune homme, Alecco ainsi que l'un de ses autres frères, Luke, avait appartenu au 'Gang of Paris', un groupe bohème d'étudiants en art et de leurs amis, immortalisés dans le roman Trilby (1894) de Georges du Maurier. Toutefois, ce n'est qu'en reprenant la maison familiale, au 1, Holland Park à North Kensington, qu'il put témoigner de son audace et de son goût. Au cours des années 1880, il transforma cet hôtel particulier victorien classique en l'une des plus grandes maisons Aesthetic du moment, faisant appel à l'architecte Philip Webb et de deux des membres les plus éminents du mouvement Arts and Crafts - William Morris et Walter Crane. Leurs projets décoratifs constituaient la vitrine d'une collection éclectique de bronzes, statuettes de Tanagra, céramiques perses et chinoises, laques japonaises, etc., tandis que les murs étaient ornés de tableaux de Edward Burne-Jones, Dante Gabriel Rossetti, James Whistler, Alphonse Legros, Henri Fantin-Latour et d'autres. Comme l'évoquait un critique contemporain dans un article paru dans The Studio (1898), l'ensemble témoignait de 'l'harmonie de la complexité', et avait 'la splendeur d'un tapis de soie ancien'.

    Cette maison fit en effet l'objet de plusieurs articles, et sur une photographie illustrant un autre compte-rendu publié dans The Art Journal en 1893, on peut voir Luna, suspendu dans l'une des deux salles de dessin communicantes du premier étage (fig. 1). Ionides posséda en tout quatre oeuvres de Burne-Jones, et une deuxième, Pan and Psyche (collection particulière), apparaît sur le mur adjacent. Morris s'était chargé des papiers peints, des tapis, des rideaux et de la décoration du plafond. Trois fins carreaux de Damas étaient suspendus au-dessus de la fenêtre, et sous les tableaux se trouvait un grand piano (aujourd'hui au Victoria and Albert Museum) conçu par Burne-Jones, réalisé par Broadwood, et décoré par des reliefs en plâtre de Paris de Kate Faulkner, un autre membre du cercle de Morris. La salle fut conçue dans une harmonie chromatique de bleus, gris et verts, en parfaite harmonie avec Luna.

    Alecco ne profita pas très longtemps de son immense succès. En 1897 il se retrouva sans argent, et Luna, Pan et Psyche ainsi que d'autres tableaux furent envoyés chez Christie's pour une vente anonyme. Luna ne parvint pas à trouver acquéreur, et à la mort d'Alecco l'année suivante, sa veuve en hérita. Ce fut donc elle qui le prêta à l'exposition commémorative de Burne-Jones à la New Gallery en 1898-1899, l'artiste lui-même étant mort l'été précédent. Le tableau avait déjà figuré dans la rétrospective qui avait eu lieu en son honneur au même endroit en 1892-1893.

    La toile obtint un meilleur prix lorsque Mme Ionides la proposa de nouveau à Christie's en mars 1902 ; elle fut achetée par Agnew, probablement sur commande de Robert Henry Benson (1850-1929), son nouveau propriétaire. Ce remarquable collectionneur de son temps, remarqué en particulier pour ses maîtres anciens, était un ardent admirateur de Burne-Jones. Propriétaire du Pan et Psyche d'Alecco depuis 1897, et il put réunir ainsi deux oeuvres autrefois suspendues presque côte à côte dans la collection Ionides.

    Luna ne fut pas présentée lors de la vente des tableaux contemporains de Benson, qui eut lieu chez Christie's en avril 1929, deux mois après sa mort. En réalité, elle fut perdue de vue pendant de nombreuses années, et ce n'est que l'été dernier qu'un catalogue d'exposition y a fait référence comme 'localisation inconnue' (voir le paragraphe Bibliographie ci-dessus). La trace de la quasi-totalité des tableaux de Burne-Jones a été retrouvée depuis la fin de la longue éclipse de sa réputation, dans les années 1960. C'est néanmoins l'un des rares tableaux qui était resté inconnu et sa redécouverte constitue un événement majeur pour l'histoire de l'art.

    Fig. 1 :
    Une photographie de Bedford Lemere montrant Luna et Pan et Psyche suspendus dans l'un des salons décorés par Morris & Co. au 1 Holland Park, reproduite d'après le Art Journal, 1893.

    Special Notice

    No VAT will be charged on the hammer price, but VAT payable at 19.6% (5.5% for books) will be added to the buyer’s premium which is invoiced on a VAT inclusive basis


    Provenance

    Acquis directement auprès de l'artiste par
    Alexander Ionides; sa vente, anonyme, Christie's Londres, 1er mai 1897, lot 121, invendu.
    Puis par héritage à sa veuve en 1898; sa vente, Christie's, Londres, 15 mai 1902, lot 21; d'où acquis par Agnew.
    R.H. Benson.


    Literature

    Registre autographe des oeuvres de l'artiste (Fitzwilliam, Cambridge) sous 1872 et 1875.
    The Times, 2 mai 1878, p. 7.
    The Illustrated London News, 4 mai 1878, p. 411.
    The Academy, 18 mai 1878, p. 466.
    L.F. Day, 'A Kensington Interior', Art Journal, 1893, p. 141 (illustré in situ).
    M. Bell, Sir Edward Burnes-Jones : A Record and Review, Londres, 4e édition, 1898, pp. 15, 47-48, 130.
    F. de Lisle, Burne-Jones, Londres, 1904, pp. 105-6, 184.
    G. Burne-Jones, Memorials of Edward Burne-Jones, Londres, 1904, vol. 2, p. 30.
    A. Alexandre, Sir Edward Burne-Jones (Second Series), Londres, 1907, pl. 15.
    Beauty Never Fails, catalogue d'exposition, Fulham Palace, Londres, mai-juin 2008, cat. p. 22, no. 8 ('comme localisation inconnue').


    Exhibited

    Londres, Grosvernor Gallery, 1878, no. 107.
    Londres, Royal Society of British Artists, Special Winter Exhibition, 1892, no. 8.
    Londres, New Gallery, Exhibition of the Works of Edward Burne-Jones, 1892-93, no. 28 (prêté par Alexander Ionides).
    Londres, New Gallery, Exhibition of the Works of Sir Edward Burne-Jones, Bart, 1898-99, no. 110 (prêté par Mrs Alexander Ionides).


    Post Lot Text

    LUNA, BY SIR EDWARD COLEY BURNE-JONES
    OIL ON CANVAS

    Although at first sight this picture may seem uncharacteristic of Burne-Jones, it does in fact belong to a group of works dating from the early 1870s in which he explored the idea of an allegorical female figure floating in the night sky. The first was The Evening Star, or Vesper as the artist himself called it (private collection), a watercolour of 1870 that was bought by his friend and patron George Howard, later Earl of Carlisle. This was swiftly followed by a comparable watercolour, Night (Lloyd Webber Collection), painted for the Manchester businessman Frederick Craven, to which Burne-Jones added a pendant, an altered version of Howard's Evening Star (same collection), in 1872. Luna was the last of these paintings, and the only one in oil. First mentioned in Burne-Jones's autograph work-record in that year ('an oil picture of Luna - in tones of blue'), it was not completed until 1875.

    It is sometimes argued that Burne-Jones's interest in these figures betrays the influence of his early mentor George Frederic Watts, whose obsession with cosmic imagery is well known, but as Luna itself suggests, the older artist may equally well have owed something to Burne-Jones. It is fascinating to compare the picture with Watts's Hope, perhaps his single most famous composition, which also shows a female figure seated on a globe and is conceived in muted shades of grey and blue. Although the idea of painting an allegory of Hope may have been in Watts's mind as early as the 1840s, the composition he eventually evolved post-dates the execution of Luna, the two large versions (Tate Britain and private collection) being painted in 1885-1886.

    Luna was first exhibited at the Grosvenor Gallery in 1878. Situated in Bond Street and conceived as a liberal alternative to the nearby Royal Academy, the Grosvenor had held its inaugural exhibition the previous year. The eight large paintings shown by Burne-Jones had caused a sensation, bringing him fame overnight, and in 1878, anxious to keep up the momentum, he contributed a further eleven works. All except one were displayed as a group in what one critic called 'the place of honour' in the East Gallery. The two most important were a pair of large Giorgionesque compositions, Le Chant d'Amour (Metropolitan Museum, New York) and Laus Veneris (Laing Art Gallery, Newcastle), both painted for William Graham, the wealthy Glasgow merchant and former member of parliament who was the artist's most devoted patron. Luna, which hung directly above Laus Veneris, was among the smaller works.

    Inevitably, the press tended to go for size; Laus Veneris, a canvas inspired by the Tannhäuser legend remarkable alike for its sumptuous colouring and mood of erotic languor, attracted particular attention from the critics. But Luna was not overlooked altogether. Perhaps the most appreciative comment came from William Michael Rossetti, the younger brother of Burne-Jones's master Dante Gabriel Rossetti, who reviewed the Grosvenor exhibition in The Academy. He found the picture 'a lovely colour-invention of veiled though brilliant blue tints', adding that 'the curled female form, with drapery clouding the face', was 'charmingly apposite'.

    Luna was brought by Alexander (Alecco) Ionides (1840-1898), the youngest brother of Constantine Ionides, who owned the Rossetti drawing in the present sale (lot 91). As a young man Alecco and another brother, Luke, had belonged to the so-called 'Paris Gang', the bohemian set of art students and their friends later immortalised in George du Maurier's novel Trilby (1894). However, it was not until he took over the parental home, 1 Holland Park in North Kensington, that he was able to show his mettle as a man of taste. During the 1880s he transformed this conventional Victorian mansion into one of the great Aesthetic houses of the day, calling on the resources of the architect Philip Webb and two of the most prominent exponents of the Arts and Crafts movement, William Morris and Walter Crane. Their rich yet restrained decorative schemes were the showcase for an eclectic collection of bronzes, Tanagra statuettes, Persian and Chinese ceramics, Japanese lacquer and so on, while the walls were adorned with paintings by Edward Burne-Jones, Dante Gabriel Rossetti, James Whistler, Alphonse Legros, Henri Fantin-Latour and others. As a contemporary critic put it in an article on the house in The Studio (1898), the whole ensemble demonstrated 'the harmony of complexity ', and had 'the splendour of an old silk rug'.

    In fact the house was the subject of several articles, and in a photograph which illustrates another, published in The Art Journal in 1893, Luna is seen hanging in one of two interconnecting drawing-rooms on the first floor (fig. 1). Ionides owned four works by Burne-Jones in all, and a second, Pan and Psyche (private collection), appears on the adjoining wall. Morris was responsible for the room's wallpaper, carpet, curtains, and ceiling decoration. Three fine Damascus tiles hang above the window, and beneath the pictures stands a grand piano designed by Burne-Jones, made by Broadwood, and decorated in gesso relief by Kate Faulkner, another member of the Morris circle. This piano is now in the Victoria and Albert Museum. Overall, the room was conceived as a chromatic harmony of blues, greys and greens, and with this Luna could not have been more in keeping. Alecco did not have long to enjoy his great achievement. By 1897 his money had run out and Luna, Pan and Psyche and other pictures were sent for sale anonymously at Christie's. Luna failed to find a buyer, and was inherited by his widow when Alecco died the following year. Thus it was she who lent it to Burne-Jones's memorial exhibition, which took place at the New Gallery in the winter of 1898-1899, the artist himself having died the previous June. It had already appeared in his retrospective show held at the same venue in 1892-1893.

    The picture fared better when Mrs Ionides re-offered it at Christie's in March 1902; it was bought by Agnew, probably on commission for Robert Henry Benson (1850-1929), who was its next owner. One of the outstanding collectors of his day, noted in particular for his old masters, Benson had known Burne-Jones and was an ardent admirer of his work. He had already bought Alecco's Pan and Psyche, which did sell in 1897, and was thus able to reunite two works that had hung almost side by side in the Ionides collection.

    Luna did not appear in the sale of Benson's modern pictures held at Christie's two months after his death in April 1929. In fact it was lost sight of for many years, and as recently as last summer an exhibition catalogue referred to it as 'missing'. Nearly all Burne-Jones's paintings have been traced since the long eclipse of his reputation ended in the 1960s. This was one of the few that remained elusive, and for students of his work its rediscovery is a major event.