• Lot 1

    EUGÈNE ATGET (1857-1927)

    Pharmacie Boulevard de Strasbourg, Paris, 1921

    Price Realised  

    Estimate

    EUGÈNE ATGET (1857-1927)
    Pharmacie Boulevard de Strasbourg, Paris, 1921
    aristotype
    numéroté '114' (dans le négatif), cachet du photographe 'rue Campagne-Première' annoté '17 bis', titré et numéroté '114' au crayon (verso)
    image/feuille 22.5 x 17.8 cm. ( 8 7/8 x 7 in.)


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    Provenance

    André Derain, Paris
    Par descendance aux propriétaires actuels


    Pre-Lot Text

    COLLECTION ANDRÉ DERAIN
    
    Une collection inédite de tirages d’Eugène Atget ayant appartenue à André Derain qui révèle tout l’intérêt que pouvait porter le célèbre peintre à la photographie. Découverte récemment dans les archives d’André Derain, cet ensemble est composé des plus beaux sujets traités par Eugène Atget. Il confirme les nombreux écrits qui évoquent parmi les premiers collectionneurs du photographe : Maurice Utrillo, George Braque, Pablo Picasso, Man Ray et André Derain. André Derain habite avec son épouse, Alice dans un appartement situé au 13 rue Bonaparte qui fut l’atelier de Dunoyer de Segonzac puis à la fin des années 1920 il s’installe dans une maison située en face de celle de Braque, rue du Douanier (aujourd’hui rue Georges Braque). Cette adresse était proche de la rue Campagne-Première où habitaient Eugène Atget mais aussi Man Ray. En 1935 il vend sa maison pour s’installer à Chambourcy où il séjournera jusqu’à sa mort en 1954.
    La collection comprenant une quarantaine d’œuvres d’Atget est complétée par diverses photographies anciennes dont deux magnifiques portraits Julia Margaret Cameron. Cet ensemble présente une véritable homogénéité dans le goût des prémices du siècle dernier. Des vues de marines, des paysages orientaux, des natures mortes végétales rappellent la délicate poésie des clichés d’antan. Si l’on sait que le peintre réalisa lui-même des photographies, la collection retrouvée met à jour une nouvelle source d’inspiration. L’épreuve d’Eugène Atget représentant le Pont Neuf (lot 31) inspira André Derain pour réaliser une gravure du même sujet.
    Atget commença sa carrière en tant que photographe commercial. Sur la porte de son enseigne on pouvait ainsi lire : « documents pour artistes ». Il précisait « paysages, animaux, fleurs, monuments, études pour artistes, reproductions de tableaux. » Il répondait aux demandes en vendant ces « documents pour artistes » et les sujets photographiés variaient largement selon la demande. Ce n’est qu’à partir de 1898 que Paris devient le sujet exclusif du photographe. Évoquant le travail d’Eugène Atget, le philosophe Walter Benjamin note en 1931 dans sa Petite histoire de la photographie puis en 1936 dans L’œuvre à l’époque de sa reproductibilité technique la valeur « d’exposition » de ces photographies. Il évoque notamment les étalages d’objets, les accumulations de vêtements ou de mannequins et estime « qu’elles annoncent la photographie surréaliste ».
    Les vitrines photographiées par Eugène Atget tout au long de sa carrière font parties de ces images célèbres dont le mystère et la poésie n’a de cesse de nous passionner. Ce succès public incontestable a d’abord été amorcé par les tenants de l'avant-garde photographique et notamment les surréalistes des années 1920 qui ont fait de lui le père fondateur de la photographie moderne. C’est ainsi que le photographe sera associé au mouvement d’André Breton dès 1926 par la publication de trois de ses photographies dans la revue La Révolution Surréaliste à l’initiative de Man Ray. En effet, en 1926 Man Ray choisit quarante sept photographies qu’il réunit dans un album ; vitrines de grands magasins, prostituées, mannequins, zones, fêtes foraines, bistrots et rue parisiennes sont alors mises en avant. Ce sont ces mêmes sujets que l’on retrouve dans la collection d’André Derain récemment découverte. L’esthétisme fascinant du jeu de miroir et de transparence inhérent aux vitrines des enseignes parisiennes devient une véritable provocation au regard de son caractère imparfait, comme perturbateur de la vision. Par ailleurs, la possibilité de saisir sur un même support un monde intérieur et extérieur, lui-même se superposant au précédent ne pouvait que plaire aux partisans de l’inconscient comme Robert Desnos qui estime que la « vie s’y reflète irréelle […] avec les apparences du rêve ». En effet, les mots qui nous viennent pour évoquer son travail, le rêve, l’étrangeté, le mystère, l’inquiétant, l’insolite sont autant d’emblèmes des recherches du Surréalisme.
    Paris pour Atget est un microcosme composé de villages, avec ses métiers comme les marchands de figurines ou les chanteurs de rue, les prostituées des quartiers populaires et leurs passages étroits et sombres.
    Atget photographia également les jardins luxuriants des alentours de la capitale. Il émane de ces morceaux d’arbres tout comme des marbres des parcs royaux immortalisés par Atget ce sentiment d’éphémère et d’éternel, du vivant et du figé, qu’on retrouve aisément dans ses façades anciennes et ses ruelles désertes si chères à l’artiste. Ce travail qui l’occupa des années 1890 jusqu’à sa mort coïncide avec la transformation massive de Paris et la destruction d’un grand nombre d’anciennes bâtisses, conséquences des grands travaux du Baron Haussmann et de la construction du métro.
    C’est ainsi qu’il saisit à travers ses clichés l’histoire d’une ville. Sa véritable profession fut d’en rendre les transformations et d’immortaliser les derniers sursauts d’un passé révolu.
    
    
    A previously unseen collection of prints by Eugène Atget that once belonged to André Derain reveals the famous painter’s interest in photography. Recently discovered in André Derain's archives, this collection consists of some of the most beautiful subjects tackled by Eugène Atget. It confirms the many writings that mention artists such as Maurice Utrillo, George Braque, Pablo Picasso, Man Ray and André Derain as being among the first collectors of the photographer’s work. André Derain lived with his wife, Alice, in an apartment located at 13 rue Bonaparte, which was once the studio of Dunoyer de Segonzac, before moving to a house opposite that of Braque on rue du Douanier (now rue Georges Braque) in the late 1920s. It was near the rue Campagne-Première, where Eugène Atget and Man Ray also lived. In 1935, he sold his house and moved to Chambourcy, where he stayed until his death in 1954.
    The collection includes forty or so works by Atget and is completed by a number of vintage photographs, including two magnificent portraits by Julia Margaret Cameron. The collection is particularly consistent in its taste for early 20th century works. Seascapes, oriental landscapes and still lifes recall the delicate poetry found in photographs of a bygone age. Although we know that the painter took his own photographs, the recently discovered collection brings to light a new source of inspiration. A print by Eugène Atget of the Pont Neuf allowed André Derain to create an engraving of the same subject.
    Atget began his career as a commercial photographer. The sign above his door read: “documents for artists”. He went on to specify “landscapes, animals, flowers, monuments, studies for artists, reproductions of paintings.” He met the needs of artists to whom he sold these “documents for artists”, and the subjects photographed varied largely depending on demand. It was not until 1898 that Paris became the photographer’s exclusive subject matter. Citing the work of Eugène Atget, in 1931 the philosopher Walter Benjamin noted the “exhibition” value of his photographs in his A Short History of Photography, and then again in 1936 in The Work of Art in the Age of Mechanical Reproduction. He notably mentioned the displays of objects, piles of clothing, and mannequins, believing that “they were the forerunners of Surrealist photography”.
    The shop windows photographed by Eugène Atget throughout his career are just some of the famous images whose mystery and poetry never cease to fascinate us. This indisputable public success was first initiated by the disciples of avant-garde photography, including the Surrealists of the 1920s who made him the founding father of modern photography. The photographer came to be associated with André Breton’s movement in 1926 thanks to the publication of three of his photographs in La Révolution Surréaliste magazine founded by Man Ray. In 1926, Man Ray chose 47 photographs for an album: department store windows, prostitutes, mannequins, suburbs, fairgrounds, bistros and Parisian streets were all brought to the fore. It is these subjects that have been found in the recently discovered collection of André Derain. The fascinating aesthetic of the play of mirrors and transparency inherent in Parisian shop windows became a veritable provocation to his flawed character as a disruptor of vision. Furthermore, the ability to capture an interior and exterior world in a single work, itself superimposed on top of a previous work, could only please the supporters of the unconscious, such as Robert Desnos who believed that “life is reflected here in an unreal fashion [...] with the appearance of a dream”. In fact, the words that spring to mind when it comes to describing his work – dream, strangeness, mystery, disturbing, odd – were all themes of Surrealist research.
    For Atget, Paris was a microcosm made up of villages, with its professions such as figurine sellers and street singers, prostitutes from working-class districts with their narrow and dark passageways.
    Atget also photographed the lush gardens surrounding the French capital. Like the marble statues in the royal parks immortalised by Atget, the parts of trees give off a feeling of the ephemeral and eternal, of the living and the fixed, which can be easily found in the historical façades and deserted alleyways so dear to the artist. This work, which occupied him from the 1890s to his death, coincided with the massive transformation of Paris and the destruction of a large number of old buildings, consequences of the major work carried out by Baron Haussmann and the construction of the metro.
    His photographs capture the history of a city. His ultimate profession was to render its transformations and to immortalise the last gasps of a bygone past.


    Literature

    A. Krase, Paris Eugène Atget, Taschen, 2008, p.184


    Post Lot Text

    PRINTING-OUT PAPER, NUMBERED '114' (IN THE NEGATIVE); PHOTOGRAPHER'S STAMP 'RUE CAMPAGNE-PREMIÈRE' ANNOTATED WITH '17 BIS', TITLED AND NUMBERED '114' IN PENCIL (VERSO)