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    Sale 1209

    Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

    23 - 25 February 2009, Paris

  • Lot 498

    POT A BOUQUET EN CRISTAL DE ROCHE, VERMEIL ET RUBIS

    MILAN, FIN DU XVIEME OU DEBUT DU XVIIEME SIECLE

    Price Realised  

    Estimate

    POT A BOUQUET EN CRISTAL DE ROCHE, VERMEIL ET RUBIS
    MILAN, FIN DU XVIEME OU DEBUT DU XVIIEME SIECLE
    Le col de forme quadrilobée avec deux anses en volute, chacune surmontée d'une tête de dragon, la panse galbée, pourvue de deux becs cannelés entièrement gravés d'arabesques; sur un pied circulaire évasé, le dessous de la monture en vermeil du pied, gravée '188' et 'VI', 'VII', 'VIII'; légères fissures, la monture adaptée
    Hauteur: 16.2 cm. (6½ in.), le col 14cm. (5½ in.), largeur de la panse 10 cm. (4 in.)


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    Ce type de vase se retrouvait presque exclusivement dans les cours royales. Il n'en existe aujourd'hui plus que sept exemples, dont celui ici offert. Ces pots étaient composés de sept parties: le col, la panse, la base, les deux becs et les deux anses. Selon la qualité du cristal, le décor de la panse était plus ou moins compact et élaboré; dès la fin du XVIème siècle, le décor de ce type de vase évolue et laisse place à un décor dit 'végétal'. La forme des anses se présente sous deux aspects: un dragon ou un terme féminin ailé, coiffé d'un diadème et revêtu d'une riche ceinture (Alcouffe, op. cit., p. 288).
    Notre pot est caractéristique des pots réalisés à la fin du XVIème ou au début du XVIIème siècle dans les ateliers de Milan. Il est remarquable de par la qualité de son décor 'végétal' symétrique aux larges palmes à graines. Le vase, dont la gravure est très belle, est de par sa forme, ses motifs et ses dimensions, voisin d'un pot à bouquet conservé au Musée du Louvre, à Paris (Alcouffe, op. cit., no. 141). Un autre exemple proche, dans l'emploi d'un même décor végétal, est le vase à anses au Staatliche Kunstsammlungen, à Dresde (illustré dans Princely Splendor; loc. cit.).
    L'engouement des rois de France pour les objets profanes et religieux en pierres dures remonte à Charles V (1338-1380) qui commença à les rassembler pour son plaisir personnel. Malheureusement, cet ensemble fut dispersé au cours du XVème siècle.
    Si Charles V est l'un des premiers rois de France à s'être intéressé à ce type d'objets, c'est François Ier qui constitua la première collection de gemmes. Il fut le premier roi de France à développer la notion de collection, pratique qu'il considérait comme 'un divertissement noble et privé'. Sa collection de gemmes passa ensuite de roi en roi, sans à priori, ne jamais s'être étoffée. Il fallut attendre presque deux siècles, avec l'avènement de Louis XIV au pouvoir, pour que la collection royale de cristaux de roche atteigne toute sa splendeur et soit révélée au grand jour.
    De par le faste et la richesse de ses collections, le Roi Soleil désireux d'affirmer toute sa puissance aux yeux de tous, et notamment aux yeux des autres monarchies européennes, ouvra ses collections au public, marquant ainsi un tournant capital dans l'histoire des collections d'objets d'art. A Versailles, il dispose les collections royales, non plus dans les pièces retirées du château, mais à l'étage noble dans son Petit Appartement et dans le Cabinet des Médailles, espaces plus ou moins accessibles au public jusqu'à la Révolution (Castelluccio, op. cit, p. 225).
    Le goût personnel et la passion de Louis XIV pour les pierres dures peuvent s'expliquer par l'intérêt que sa mère Anne d'Autriche et le cardinal Mazarin portaient pour les objets en pierres de couleur et pour le cristal de roche. Louis XIV constitua en effet diverses collections royales tout au long de son règne mais se concentra tout particulièrement sur les objets en pierres dures ou 'bijoux', ceux-ci lui permettant de s'inscrire dans la continuité des empereurs romains. Louis XIV était en effet conscient que ces objets précieux contribuaient à l'expression du faste de leur propriétaire: 'la magnificence des Princes consiste à rassembler ce qu'il y a de plus rare et plus beau dans tous les genres'. (Mercure de France, décembre 1750, Ier volume, p. 146).

    Au début du règne de Louis XIV, la collection royale de pierres dures était constituée d'une quinzaine de vases de pierres de couleur ainsi que de cent quarante-sept vases en cristal de roche. Dans le premier inventaire de 1673, la collection royale comprenait deux grands chapîtres: celui des 'cristaux de roche' avec 301 numéros et celui des 'divers pièces et vases d'agates, jaspes, lapis, amatistes comprenant 173 objets en agate'. (Castelluccio, op. cit., p. 45). Louis XIV désirait cependant créer des collections comparables, voire supérieures à celles des princes étrangers et quarante ans plus tard, le 14 novembre 1713, Guiffrey mentionne une augmentation surprenante du nombre d'objets précieux constituant ces deux chapitres, celui-ci passant à 446 cristaux de roche et 377 agates. Il est indiqué qu'en 1663 le roi acheta soixante-cinq objets 'pour mettre dans son chasteau de Versailles' (Alcouffe, op. cit., p. 11). Il convient de remarquer qu'à l'époque, le prix des cristaux de roche variait entre 300 et 600 livres et pouvait atteindre jusqu'à 2000 livres.
    A partir de 1665, les pièces de la collection royale proviennent d' origines diverses: legs de Gaston d'Orléans, oncle de Louis XIV, succession du cardinal Mazarin, dons et présents diplomatiques, acquisitions ponctuelles (successions) auprès de correspondants à Augsbourg et Milan, ou bien directement auprès de marchands parisiens. (Castelluccio, op. cit., pp. 52-58).
    Le fils de Louis XIV, le grand Dauphin, débuta sa collection vers 1681, à l'âge de 20 ans. Il se passionne pour les pierres dures et les porcelaines. Contrairement à son père, il préfère les vases en pierres de couleur aux cristaux et acquis la plupart de ses pièces auprès de marchands parisiens ou aux foires, et les expose comme le veut la tradition de l'époque dans des armoires.
    On constate au début du XVIIIème siècle un manque d'intérêt pour ces objets précieux qui ne sont plus 'à la mode'. A partir de 1738, Louis XV entrepose ses objets en pierres dures au Garde-Meuble de Paris, dans l'Hôtel du Petit-Bourbon.
    Bien que plusieurs inventaires aient été réalisés au fil du temps, ce n'est qu'en 1791 qu'un grand nombre de pièces sont officiellement répertoriées. C'est à cette époque, après des mois de travail que sont enfin répertoriés et numérotés (numéros gravés sur les montures) tous les objets ayant appartenu à la famille royale dans l'inventaire de 1791 (Alcouffe, op. cit., p. 19). C'est dans ce même inventaire que le lot ici présent apparaît sous le numéro '188', celui-ci ayant également fait partie d'un groupe d'objets cédé à Jacques de Chapeaurouge en 1791.

    Special Notice

    No VAT will be charged on the hammer price, but VAT payable at 19.6% (5.5% for books) will be added to the buyer’s premium which is invoiced on a VAT inclusive basis


    Provenance

    Ce pot à bouquet a fait partie de la collection royale française, il semble avoir rejoint les collections de la Couronne dans le courant du XVIIIème siècle.
    Il est ainsi mentionné dans l'inventaire de 1791, pp. 155-156: '188. Vase de cristal de roche en forme d'urne, ayant un large orifice et deux goulots sur les côtés; avec des anses à têtes de sphynx; ce vase est gravé de feuillages; le pied à demi balustres est monté en argent doré, enrichi d'or émaillé: toutes les parties de ce vase sont rapportées. La hauteur de ce vase est de cinq pouces quatres lignes (14.4 cm) ; et son diamètre de trois pouces neuf lignes (10.1 cm), estime milles livres, ci... 1.000'.
    Attribué à Jacques de Chapeaurouge pour 300 livres en 1791.
    Galerie J. Kugel, Paris.


    Literature

    D. Alcouffe, Les Gemmes de la Couronne, Paris, 2001, pp. 308-310 nos. 141-142.
    LITTERATURE COMPAREE:
    S. Castelluccio, Les Collection royales d'objets d'art, de François Ier à la Révolution, Paris, 2002.
    M. Mosco et O. Casazza, Il Museo degli Argenti, Collezioni e collezionisti, Florence, 2004, p. 74, no. 13.
    Hambourg, New York et Rome, Museum für Kunst und Gewerbe, the Metropolitan Museum of Art, la Fondazione Memmo, Palazzo Ruspoli, Princely Splendor, The Dresden Court 1580-1620, 26 oct. 2004 - 29 avr. 2005, D. Syndram et A. Scherner ed., p. 262, no. 140.


    Post Lot Text

    A SILVER-GILT- AND RUBY-MOUNTED ROCK CRYSTAL VASE
    MILANESE, LATE 16TH OR EARLY 17TH CENTURY
    The quadrilobe mouth supporting two scrolling handles each surmounted by a dragon head, the bulbous body with two fluted spouts and carved overall with scrolls, on a circular stem and spreading circular foot, the silver-gilt mount to the foot engraved to the underside '188' and 'VI', 'VII', 'VIII'; minor cracks, the mounts altered

    Found almost exclusively in royal courts, the vase offered here appears to be one of only seven of this type in existence today. These vases are made up of seven parts: the mouth, body, base, two spouts and two handles. The level and density of the decoration on the body was dependent on the quality of the crystal; from the end of the 16th century, this type of vase evolved, with the decoration taking on a more vegetative form. The handles are shaped like a dragon or winged female term figure wearing a tiara and an elaborate belt (Alcouffe, op. cit., p. 288).

    Our vase is characteristic of the vases made at the end of the 16th century or beginning of the 17th century in the workshops of Milan. It is remarkable for the quality of its symmetrical vegetative decoration featuring large seed palms. In terms of shape, decoration and size, this exquisitely engraved vase is comparable to a flower vase found at the Musée du Louvre, Paris (Alcouffe, op. cit., no. 141). Another similar example that uses the same vegetative decoration is a vase with handles in the Staatliche Kunstsammlungen, Dresden (illustrated in Princely Splendor, loc. cit.). Although the mounts have apparently been altered, the number 188 on the underside of the present vase clearly corresponds to the description of number 188 in the 1791 French royal inventory: 'a rock crystal vase in the form of an urn, having a large opening and two spouts; with two handles with sphinxes' heads; the vase engraved with foliage; the half baluster foot mounted in silver-gilt enriched with enamelled gold; all the elements of the vase are made separately. The height of this vase is five 'pouces' four 'lignes' (14.4 cm); and the diameter is three 'pouces' nine 'lignes' (10.1 cm), valued at 1000 livres'.

    The French monarchy's fascination with secular and religious objects made of semi-precious stones goes back to Charles V (1338-1380) who started to collect them for his own personal pleasure. Unfortunately, this collection was dispersed during the 15th century. But while Charles V was one of the first French kings to take an interest in this type of object, it was François I who created the first collection of jewels. He was the first French monarch to develop the concept of Collection, which he deemed un divertissement noble et privé. His collection of jewels was passed down from king to king without apparently being expanded. It was not until nearly two centuries later with the accession of Louis XIV to the throne that the royal collection of rock crystals reached its full splendour and was opened to the wider public.

    Through the pomp and magnificence of his collections, the Sun King wanted to assert his power in the eyes of the world - and the eyes of the other European monarchies. By opening his collections to the public, the reign of Louis XIV marked a major turning point in the history of collections of objets d'art. At Versailles, instead of displaying the royal collections in the secluded quarters of the palace, the King gave them pride of place in the splendid surroundings of his Petit Appartement and le Cabinet des Médailles, areas more or less accessible to the public until the Revolution (Castelluccio, op. cit., p. 225).

    Louis XIV's personal taste and passion for semi-precious stones can be traced back to the interest that his mother, Anne of Austria, and Cardinal Mazarin had in coloured stone and rock crystal objects. Throughout his reign, Louis XIV developed diverse royal collections but focused particularly on semi-precious stone or 'bijoux' objects, in the tradition of the great Roman emperors he sought to emulate. He knew that these objects would help to convey the splendour of their owner: 'la magnificence des Princes consiste rassembler ce qu'il y a de plus rare et plus beau dans tous les genres.' (the magnificence of Princes consists of bringing together all that is the most rare and most beautiful in all categories; Mercure de France, December, 1750, I, p. 146).

    At the beginning of Louis XIV's reign, the royal collection of semi-precious stones consisted of a dozen coloured stone vases and one hundred and forty-seven rock crystal vases. In the first inventory of 1673, the royal collection included two key sections: one for rock crystals with 301 items and the other covering including 173 items in agate (Castelluccio, op. cit., p. 45). However, Louis XIV wanted to create collections to rival or surpass those of foreign princes and forty years later, on 14 November 1713, Guiffrey records a surprising development, with the two sections soaring to 446 rock crystals and 377 agates. There are records that in 1663 the king purchased sixty-five objects pour mettre dans son chasteau de Versailles (Alcouffe, op. cit., p. 11). It should be noted that the price of rock crystals at the time ranged from 300 to 600 livres, with some items costing as much as 2000 livres.

    From 1665, the royal collection started to diversify with pieces of different origins: the legacy of the king's uncle Gaston d'Orleans, an inheritance from Cardinal Mazarin, diplomatic presents and gifts, occasional purchases from contacts in Augsburg and Milan, or directly from Parisian merchants (Castelluccio, op. cit., pp. 52-58). The son of Louis XIV, the grand Dauphin, started his own collection around 1681, when he was 20 years of age. He was passionate about semi-precious stones and porcelain and, unlike his father, preferred coloured stone and crystal vases. Purchasing most of his pieces from Parisian merchants or at fairs, he showcased his finds in display cabinets as was fashionable at the time.

    In the early 18th century, interest in these objects began to wane as they fell out of fashion. From 1738, Louis XV placed his semi-precious stone objects in the Garde-Meuble de Paris, in the l'Hôtel du Petit-Bourbon. Although several inventories were drawn up over the years, it was only in 1791 that a significant number of pieces were officially listed. It was at this time that, after months of work, all the objects belonging to the royal family were finally listed and numbered, with numbers engraved on mounts, in the 1791 inventory (Alcouffe, op. cit., p. 19). It was in this inventory that the present lot appeared under the number '188' before being granted to Jacques de Chapeaurouge in the same year.