• Sale 3521

    Art Africain et Océanien

    11 December 2012, Paris

  • Lot 83

    STATUETTE TABWA
    TABWA FIGURE

    RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

    Price Realised  

    STATUETTE TABWA
    TABWA FIGURE
    République Démocratique du Congo
    Hauteur: 45 cm. (17¾ in.)


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    UNE STATUETTE INEDITE TABWA par Bernard de Grunne

    Les Tabwa et chefferies apparentées, au nombre de plus ou moins 120.000 âmes vers 1960, vivent dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo. Leur large territoire est délimité au nord par Kalemie (Albertville), au sud par Moliro, à l'est par la rivière Luvua et à l'ouest par la rive occidentale du lac Tanganyika.
    La statuaire Tabwa se distingue par quatre caractéristiques formelles: une majorité de statuettes masculines (sur 118 statuettes aux caractéristiques sexuelles clairement identifiables, 80 sont masculines et 38 sont féminines), une taille plus modeste (une hauteur moyenne de 38 cm pour un corpus de 160 statuettes par rapport aux autres styles de statuaires avoisinants - Hemba, Boyo, Kusu, Songyé), la présence de nombreux motifs délicats de scarifications sur le visage, le torse et le dos et enfin des coiffures très élaborées.

    J'ai subdivisé la statuaire Tabwa en quatre grandes zones stylistiques distinctes.(1)
    1. Le style central classique avec les chefferies Manda, Tumpa, Zongwe, Kalezi, Kapampa et Kilunga
    2. Le style de l'intérieur influencé par l'art Luba avec les chefferies Bwilé et Bakwa Mwengé
    3. Le style Septentrionale avec les chefferies de Tumbwé, Kansabala et Mpala
    4. Le style Méridional avec les chefferies de Moliro, Nsama et Kaputa
    La grande variété et la sophistication des coiffures Tabwa sont sans doute leur caractéristique iconographique la plus frappante. J'ai distingué deux grands types de coiffures: la coiffure à tresse et la coiffure à calotte et un type intermédiaire, la coiffure à tresse et calotte.(2)

    Le style à tresse est typique des styles Tabwa septentrionaux comme le rappelle le Père Pierre Colle qui souligne que les Tumbwé (des Tabwa du nord) ont une coiffure pendante à longue tresse.(3) Par contre, Jacques et Storms décrivent dès 1888 de manière détaillée le style à calotte comme typique du style central du territoire Tabwa dans la région de Marungu: "le devant de la tête est rasé de manière à agrandir le front. Les cheveux sont disposés en petites boules séparées que l'on enduit de graisse et d'argile de façon à les transformer en boules de la grosseur d'une noisette; la tête est ainsi couverte de séries linéaires de ces boules et le tout est saupoudré de poudre rouge."(4).

    La statuette Hewett est un exemplaire du style intermédiaire à tresse et calotte: le crâne est recouvert entièrement d'une calotte composée d'un fin réseau de petites boules alignées et se prolonge par un longue tresse pendante du haut du crâne, l'avant du front ayant été rasé pour paraître dégagé. Cette tresse a une forme trapézoïdale, plus large au sommet et se rétrécissant vers le bas. Cette tresse descend dans le dos jusqu'aux omoplates et est largement décollée à l'arrière, position qu'elle prend sans doute grâce à une structure rigide dans les cheveux. Des motifs géométriques formés de lignes parallèles, en croisillons ou en losange décorent la tresse divisée en deux parties par une ligne médiane. Ce motif géométrique dont la symbolique complexe a été remarquablement analysée par l'anthropologue Allen Robert, est appelé balamwezi "l'aube de la nouvelle lune." Le motif balamwezi est un motif décoratif omniprésent dans l'art Tabwa: on le retrouve sur les coiffures des masques et des statues, sur les instruments de musique, les tabourets et trônes de chef, les appui-nuques, les paniers et les tapis tressés.(5)

    Qui est représenté dans cette ravissante statuette? Les mythes Tabwa célèbrent Kyomba, héros fondateur et vénéré des tribus Tabwa, qui a transporté dans sa chevelure les éléments de la civilisation Tabwa: les plantes essentielles à la vie, le feu vital (symbole de pouvoir politique) et le panier pour la collecte des impôts (symbole du pouvoir économique). Kyomba serait également à l'origine de l'agriculture qu'il aurait fondée en secouant sa chevelure et en plantant ses cheveux qui se transformèrent en cultures. Kyomba est, chez les Tabwa, considéré comme le chef, le père, le mari, l'amant idéal.(6) Il est devenu le modèle idéal pour les artistes Tabwa dans leur représentation des chefs ou des ancêtres d'importance et modèle ou objet premier, archétype par excellence, tant au niveau mythique qu'artistique. La statuaire Tabwa représente les chefs des différents clans: Tangas, Kiubwé, Tumbwé et Manda. D'autres grands ancêtres encore peuvent être considérés comme la reproduction plus ou moins exacte de Kyomba évoluant au fil du temps. C'est ainsi que la richesse et la multiplicité des coiffures de la statuaire Tabwa peuvent s'expliquer par l'importance de celle de Kyomba dans la mythologie Tabwa. Etudier l'horloge dynastique des Tabwa équivaut alors à retrouver la chronologie des différentes coiffures.

    La Statuette Hewett fait partie du corpus du style central classique mais avec certaines influences du style de l'intérieur qui annoncent les styles Luba: la tête est plus sphérique, la bouche entrouverte aux lèvres fortes et avancées, le modelé est plus souple et réaliste avec une musculature clairement indiquée, les yeux sont soit mi-clos, soit ouverts dans des orbites et des paupières bien indiquées et enfin peu de scarifications sauf sur le visage.

    Dans ce style central, elle fait indiscutablement partie d'un corpus de quatre statuettes similaires que j'attribue au même sculpteur. Trois des statuettes sont masculines et une féminine. La première fit partie de la collection du marchand belge Jean-Pierre Jernander (7), la seconde était dans la collection de S.A.R. La Grande Duchesse Joséphine-Charlotte de Luxembourg (8), la troisième est dans les collections de la Fondation Menil, Houston (9). Ces quatre statuettes proviendraient sans doute du sanctuaire d'un même village, situé dans la zone centrale du territoire Tabwa, entre Moba et Moliro. Notons par ailleurs qu'une cinquième figure féminine de l'ancienne collection de mon père est à rapprocher de ce groupe (10). Cette dernière statuette a été récoltée à l'intérieur du pays Tabwa, sur la route entre Baudouinville et Manono.

    Dans une perspective plus large de l'histoire de l'art des populations iconophiles bantoues, je voudrais rappeler une hypothèse qui m'a été suggérée par le Professeur Albert Maesen sur les liens historiques profonds entre la statuaire Tshokwé et ses célèbres figurines du héros civilisateur Tshibinda Ilunga et la statuaire Tabwa (11). Ces deux traditions partagent un même raffinement dans le rendu des détails morphologiques, l'importance attachée à la représentation de coiffures très élaborées et une taille plus modeste de leur statuaire. N'oublions pas que le héros Tshokwé Tshibinda Ilunga était le petit fils d'un prince Luba/Pre-Tabwa, originaire de Moba, au coeur du territoire Tabwa.

    (1): Bernard de Grunne, La sculpture Tabwa, Mémoire de Licence, Institut d'Archéologie et d'Histoire de l'Art, Université Catholique de Louvain, 1980, pp.83-97 et François Neyt, "Tabwa Sculpture and the Great Traditions of East-Central Africa," in Evan M. Maurer et Allen F. Roberts, Tabwa. The Rising of a New Moon: a Century of Tabwa Art, Ann Arbor, The University of Michigan Museum of Art, 1986, pp.76-79
    (2): Bernard de Grunne, op. cit., 1980, p.71-74
    (3): R.P. Pierre Colle, Les Baluba, Collection Monographiques, XI, Bruxelles, 1913, Tome I, p.8
    (4): Victor Jacques et Emile Storms, Notes sur l'ethnographie de la partie orientale de l'Afrique équatoriale, in Bulletin de la société d'anthropologie de Bruxelles, 1886-87, p.30
    (5): Allen F. Roberts, "Social and Historical Contexts of Tabwa Art," in Evan M. Maurer et Allen F. Roberts, Tabwa. The Rising of a New Moon: a Century of Tabwa Art, Ann Arbor, The University of Michigan Museum of Art, 1986, p.2
    (6): A.F. Roberts, Heroic beasts, Beastly heroes: Principles of Cosmology and Chiefship among the Lakeside Batabwa of Zaire, Ph.D. Dissertation, University of Chicago, 1980, p.412-413
    (7): Christian de Quay et Francis Lombrail, Collection Annie et Jean-Pierre Jernander, Paris, Drouot Richelieu, Expert Bernard de Grunne, 26 juin 1996, lot 14
    (8): Christie's Paris, Art Africain et Art Océanien, Paris, 11 décembre 2007, lot 270
    (9): Kristina van Dyke, ed., African Art from the Menil Collection, Houston, The Menil Foundation, 2008, fig.115, p.227
    (10): Evan M. Maurer et Allen F. Roberts, Tabwa. The Rising of a New Moon: a Century of Tabwa Art, Ann Arbor, The University of Michigan Museum of Art, 1986, fig.32, p.138
    (11): Bernard de Grunne, "The concept of Style and its usefulness in the study of African Figurative Sculpture," in Siegfried Gohr, Afrikanische Skulptur. Der Erfindung der Figur, Köln, Museum Ludwig, 1990, p.44, note 5.

    Special Notice

    " f " : In addition to the regular Buyer’s premium, a commission of 7% (i.e. 7.49% inclusive of VAT for books, 8.372% inclusive of VAT for the other lots) of the hammer price will be charged to the buyer. It will be refunded to the Buyer upon proof of export of the lot outside the European Union within the legal time limit.(Please refer to section VAT refunds)


    Provenance

    John Hewett, Londres
    James Freeman, Kyoto, Japon, acquis auprès de ce dernier
    Collection privée, acquis auprès de ce dernier avant 1985


    Saleroom Notice

    La statuette illustrée en comparatif de ce lot à la page 99 du catalogue ne provient pas de la Collection Vander Straete mais de la Collection Jernander.


    The figure illustrated as a comparable on page 99 of the catalogue does not come from the Vander Straete Collection but comes from the Jernander Collection.


    Post Lot Text

    A NEWLY DISCOVERED TABWA FIGURE by Bernard de Grunne

    The Tabwa, and the related chiefdoms, reside in the eastern part of the Democratic Republic of Congo, numbering about 120,000 people circa 1960. Their vast territory is bound in the north by Kalemie (Albertville), the south by Moliro, the east by the Luvua river and the west by the western shore of Tanganyika lake.

    Tabwa statuary is characterized by four formal characteristics: a majority of male figures (from 118 figures with indubitable sexual characteristics, 80 are male and 38 are female), a medium size of 38 cm. (height average for a corpus of 160 figures), in comparison to neighboring statuary styles - Hemba, Boyo, Kusu, Songye, the presence of many delicate scarifications on the face, torso and back, along with very elaborate headdresses.

    I have divided Tabwa statuary into four large distinct stylistic areas. (1)
    1.The Classical Central Style, corresponding to the Manda, Tumpa, Zongwe, Kalezi, Kapampa and Kilunga chiefdoms
    2.The Inland Style influenced by the Luba art with the Bwile and Bakwa Mwenge chiefdoms
    3.the Northern Style with the Tumbwe, Kansabala and Mpala chiefdoms
    4.The Southern Style with the Moliro, Nsama and Kaputa chiefdoms

    The great variety and sophistication of Tabwa headdresses are probably their most striking iconographic characteristic. I distinguished two main headdress styles: the braided headdress, the skullcap headdress and an intermediary type, the braided-skullcap headdress.(2)

    The braided style is typical of the northern Tabwa, as noted by Father Pierre Colle, who underscores that the Tumbwe (northern Tabwa) wear a headdress with long hanging braid (3). However, as early as 1888 Jacques and Storms describe in detail the skullcap style as characteristic of the central Tabwa territory in the Marungu region: "the front of the head is shaved in order to enlarge the forehead. The hair is arranged in small, separate tufts that are coated with grease and clay reducing them to about the size of a hazelnut; the head is therefore covered with linear series of these spheres, then dusted with red powder."(4)

    The Hewett figure is exemplary of the intermediate braid and skullcap style: the skull is entirely covered with a cap composed by a fine network of these small, aligned and coated tufts and joined by a long braid hanging from the top of the skull, the upper part of the forehead having been shaved to look bare.
    This braid has a trapezoidal shape, larger at the top and tapering downwards. It reaches down the back to the shoulder blades and is largely detached on the back side; it is likely affixed in this manner thanks to a rigid structure of small twigs in the hair. Geometric patterns formed by parallel lines, in cross or diamond shapes, decorate the braid which is divided into two parts by a central line. This geometric pattern, whose symbolic meaning has been analyzed in great detail by the anthropologist Allen Roberts, is called balamwezi, "the dawn of the new moon". The balamwezi pattern is an omnipresent decorative motif in Tabwa art: it is found on the hair of figures and masks, on musical instruments, stools and chiefs thrones, neckrests, baskets and braided mats. (5)

    Who is represented by this charming figure? Tabwa myths celebrate Kyomba, founder and revered hero of the Tabwa tribes, who carried in his hair the elements of Tabwa civilization: the seeds of the plants essential to life, the fire (symbol of politic power) and the basket for tax collection (symbol of economic power). Kyomba would have been also at the origin of agriculture, which he founded by planting his hair to fertilize the soil. Kyomba is, among the Tabwa, considered as the leader, the father, the husband, the ideal lover.(6) He became the ideal model for Tabwa artists in their representation of chiefs and important ancestors, as well as an example or primary object, perfect archetype, of both mythic and artistic levels. Tabwa statuary represents the leaders of various clans: Tanga, Kiubwe, Tumbwe and Manda. Other great ancestors still can be considered as close reproductions of Kyomba evolving over time. Thus the richness and variety of hairstyles of the Tabwa statuary can be explained by Kyomba's importance in the Tabwa mythology. Studying the Tabwa dynastic clock is equivalent to finding the chronology of the different hairstyles.
    The Hewett figure is part of the Central Style corpus, but with some Inland Style influences related to Luba styles: the head is more spherical, the mouth open with thick and fully formed lips, the modeling is softer and realistic with a clearly defined musculature, the eyes are either half-closed or open and defined by thick eyelids, and finally, few scarifications except on the face.
    Within this Central style, it is definitely part of a corpus of four similar figures that I attribute to the same sculptor. Three of these figures are male and one is female. The first was part of the collection of the Belgian art dealer Jean-Pierre Jernander (7), the second was in the collection of H.R.H. Grand Duchess Joséphine-Charlotte of Luxembourg (8), the third is in the Menil Foundation collection, Houston (9). These four figures undoubtedly came from the same village sanctuary, located in the central area of the Tabwa territory between Moba and Moliro. We can also add to this group a fifth female figure formerly from my father's collection (10). This last figure was collected within the Tabwa country, on the road between Baudouinville and Manono.
    In a broader perspective of the Bantu population's art history, it is worth restating the assumption suggested by Professor Albert Maesen on the deep historical links between Chokwe statuary and its famous figures of the civilizing hero, Chibinda Ilunga, and Tabwa statuary (11). These two traditions share a common refinement in the morphological details, the importance attached to the representation of very elaborate headdresses and by the smaller scale of their statuary. Do not forget that the Chokwe hero Chibinda Ilunga was the grandson of a Luba Pre-Tabwa? prince, originating from Moba, in the heart of Tabwa territory.


    (1): Bernard de Grunne, La sculpture Tabwa, Master degree essay, Institut of Archeology and History of Art, Catholic University of Louvain, 1980, pp.83-97 and François Neyt, "Tabwa Sculpture and the Great Traditions of East-Central Africa," in Evan M. Maurer and Allen F. Roberts, Tabwa. The Rising of a New Moon: a Century of Tabwa Art, Ann Arbor, The University of Michigan Museum of Art, 1986, pp.76-79
    (2): Bernard de Grunne, op. cit., 1980, p.71-74
    (3): R.P. Pierre Colle, Les Baluba, Collection Monographiques, XI, Brussels, 1913, Vol I, p.8
    (4): Victor Jacques and Emile Storms, Notes sur l'ethnographie de la partie orientale de l'Afrique équatoriale, in Bulletin de la société d'anthropologie de Bruxelles, 1886-87, p.30
    (5): Allen F. Roberts, "Social and Historical Contexts of Tabwa Art," in Evan M. Maurer and Allen F. Roberts, Tabwa. The Rising of a New Moon: a Century of Tabwa Art, Ann Arbor, The University of Michigan Museum of Art, 1986, p.2
    (6): A.F. Roberts, Heroic beasts, Beastly heroes: Principles of Cosmology and Chiefship among the Lakeside Batabwa of Zaire, Ph.D. Dissertation, University of Chicago, 1980, p.412-413
    (7): Christian de Quay and Francis Lombrail, Collection Annie et Jean-Pierre Jernander, Paris, Drouot Richelieu, Expert Bernard de Grunne, 26 June 1996, lot 14
    (8): Christie's Paris, Art Africain et Art Océanien, Paris, 11 December 2007, lot 270
    (9): Kristina van Dyke, ed., African Art from the Menil Collection, Houston, The Menil Foundation, 2008, fig.115, p.227
    (10): Evan M. Maurer and Allen F. Roberts, Tabwa. The Rising of a New Moon: a Century of Tabwa Art, Ann Arbor, The University of Michigan Museum of Art, 1986, fig.32, p.138
    (11): Bernard de Grunne, "The concept of Style and its usefulness in the study of African Figurative Sculpture," in Siegfried Gohr, Afrikanische Skulptur. Der Erfindung der Figur, Köln, Museum Ludwig, 1990, p. 44, note 5.