• Art Africain : Collection d'un auction at Christies

    Sale 5596

    Art Africain : Collection d'un Amateur

    4 December 2009, Paris

  • Lot 130

    TRES IMPORTANTE FIGURE D'ANCETRE ROYAL MASCULIN BANGWA

    XIXE SIÈCLE, FONTEM, CAMEROUN

    Price Realised  

    Estimate On Request

    TRES IMPORTANTE FIGURE D'ANCETRE ROYAL MASCULIN BANGWA
    XIXe siècle, Fontem, Cameroun
    Iefem, représenté debout sur des jambes fléchies, une main reposant sur une cuisse et l'autre tenant une calebasse, le visage ovale à la bouche ouverte montrant les dents pointues surmonté d'une haute coiffure. Très belle patine sombre et brillante.
    Hauteur: 89 cm. (35 in.)


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    Cette importante statue masculine Bangwa est généralement considérée comme le compagnon de la célèbre "Reine" Bangwa, ayant appartenu à Helena Rubinstein, immortalisée par Man Ray et aujourd'hui dans les collections du musée Dapper à Paris.
    Elles furent acquises au même moment au Cameroun par Gustave Conrau entre 1898 et 1899. Dans les années 1920, les deux figures quittèrent les collections du musée de Berlin suite à un échange avec Arthur Speyer. La "Reine" fut acquise par le grand marchand parisien Charles Ratton qui l'aurait vendue à Helena Rubinstein. Lors de la dispersion de sa collection en 1966, elle fut achetée par Harry Franklin. La statue royale masculine resta dans la famille Speyer jusqu'aux années 1960, lorsqu'ils l'offrirent à la famille Franklin pour reconstituer la paire.

    Commentaire de Bettina von Lintig, octobre 2009 :
    "Il existe de nos jours au Cameroun neuf petits royaumes Bangwa continuant à se développer dont le royaume Fontem où ce lot a été acquis. Ces royaumes étaient dirigés par un chef très influent, placé au sommet de la hiérarchie royale, parfois appelé "Roi" ou "Fon". Au XIXe siècle, les dirigeants Bangwa et leurs sujets avaient créé un vaste réseau commercial s'étendant des régions forestières à la savane et jusqu'à sur la côte. Le premier homme blanc à pénétrer dans le royaume Fontem était un allemand nommé Gustav Conrau. Cependant au moment de sa venue, le Fon Bangwa et ses sujets avaient déjà été en contact avec des marchandises européennes (considérées comme des objets de luxe) grâce à leurs activités économiques élaborées.
    Le couvre-chef de cette "statue royale commémorative" est un chapeau en coton crocheté multicolore dont la forme est maintenue à l'intérieur par un morceau de bambou, la partie arrière de la tête est arrondie et les oreilles sont prononcées. L'expression vivante est rendue par le traitement légèrement asymétrique des deux parties du visage. La bouche grande ouverte, comme s'il se préparait à parler ou à chanter, montre des dents triangulaires, le nez expressif, les grands yeux en amande et le front en arc de cercle (comme celui de la Reine Bangwa) donnent une encore plus grande présence à cette pièce. Le cou est orné d'une parure stylisée représentant probablement un collier de perles de verre et de dents de léopard, les épaules sont arrondies et puissantes. Le "Roi" porte des ornements de bras et de chevilles et tient une calebasse dans sa main droite. Les pieds du "Roi" ressemblent aux pattes d'un prédateur. Ce qui est très original par rapport aux autres oeuvres Bangwa où l'on ne retrouve pas cette position féline et ce mouvement du corps. Il est possible que ces pattes de léopard reprennent les croyances répandues dans les Grasslands : les individus possédant des grands pouvoirs ont un double animal.
    Le "Roi Bangwa" était une oeuvre commandée par un souverain pour représenter un personnage spécifique. Comme les portraits, les sculptures de ce type s'attachent moins à la ressemblance physique qu'à la description précise d'un rang dans la société qui comprend les couvre-chefs, les attributs de prédateurs, comme les dents ou peaux de léopard, les ornements en ivoire ou en métal et la calebasse contenant du vin de palme. De tels insignes étaient réservés aux notables masculins ou féminins. Dans le royaume Bangwa, une figure telle que la nôtre faisait partie des signes d'honneurs et des symboles des "Lefem", comme également les doubles gongs en fer. Les "Lefem", décrient parfois comme la "société gong", étaient une association de pairs. Lors de leurs réunions, rituels ou banquets, les "statues royales commémoratives" étaient disposées en bosquet sacré. Lorsqu'elles n'étaient pas utilisées, elles étaient conservées dans une cabane reliquaire, dans le grenier de la maison d'une femme ou dans un autre endroit difficile d'accès. A l'époque précoloniale, elles étaient surveillées par un gardien et placées dans une cabane à l'intérieur d'un espace boisé près de la maison d'un notable.
    Les "statues royales commémoratives" n'étaient pas toujours associées directement au culte des ancêtres, mais contribuaient plus largement à la continuité de la communauté. La plupart du temps, les sculptures étaient réalisées du vivant de l'homme ou de la femme représenté. Les ancêtres décédés étaient ensuite régulièrement appelés par les membres de la société Bangwa et restaient ainsi très présents dans la société. Leurs crânes étaient préservés dans des réceptacles en bois ou en argile et placés dans des châsses ou des cabanes. Les oeuvres des sculpteurs ayant travaillés pour les notables de la société Bangwa sont considérés aujourd'hui comme les plus impressionnantes et expressives de l'art "tribal" africain. C'est le cas pour notre "Roi" qui à mon avis a été réalisé par le même artiste que la "Reine Bangwa", de nombreux détails, ainsi que le mouvement et le pas de danse qu'ils exécutent confirment cette attribution.
    Les artistes travaillaient sans croquis, et avaient dans leur tête l'image de la figure qu'ils souhaitaient créer. Avec ses outils, qui consistaient en une machette et divers ciseaux, le sculpteur laissait des signes de son oeuvre. Une fois terminée elle était frottée avec différentes feuilles, imprégnée d'huile de palme et fumée au dessus d'un feu de bois vert jusqu'à obtenir une patine brun-noir. L'iconographie des statues Lefem était définie mais on remarque une grande liberté artistique parmi les groupes Bangwa.
    Le premier homme blanc à pénétrer dans cette région était un allemand nommé Gustav Conrau. Il y séjourna pendant plusieurs mois et rapporta en 1898 ou 1899 la statue d'un souverain Bangwa ou d'un Roi qui resta plus de vingt ans dans le musée Völkerkunde de Berlin (Inv.Nr.III C -1051 8.). Cette statue fut acquise par Arthur Speyer en 1926, probablement grâce à un échange avec d'autres objets, et passa du monde muséal au marché de l'art. (D'après les anciens inventaires du musée, cinq objets auraient été acquis par Speyer entre 1926 et 1929). A l'époque, l'arrivée de nombreux objets ethnographiques qui n'étaient pas encore considérés comme des oeuvres d'art permettait de tels échanges.
    Etant également un ethnologue amateur, Conrau nota l'utilisation du mot "Ataingu" comme nom du "Roi", que l'on retrouve également dans l'inventaire du musée de Berlin de Volkerkunde. C'est un terme collectif dans le langage local pour désigner des statues et des masques. Il écrivit aussi "Manyon-main gauche cassée" (III C 10529) comme note pour la "Reine Bangwa". Dans sa correspondance avec l'ethnologue du musée de Berlin Felix von Luschan datée du 1er octobre 1899 (Acta Africa, Vol. 21), il écrit que le plus haut responsable, le Fontem Assunganyi, lui donna la permission d'acheter des sculptures aux habitants des royaumes Bangwa en échange de généreux cadeaux. Il déclare dans sa lettre que les objets en question sont très anciens et il ajoute que le Fontem Assunganyi préférait des sculptures recouvertes de perles.

    Seule une poignée d'oeuvres exceptionnelles de cette région peut être comparée à notre remarquable statue.

    Special Notice

    " f " : In addition to the regular Buyer’s premium, a commission of 7% (i.e. 7.49% inclusive of VAT for books, 8.372% inclusive of VAT for the other lots) of the hammer price will be charged to the buyer. It will be refunded to the Buyer upon proof of export of the lot outside the European Union within the legal time limit.(Please refer to section VAT refunds)


    Provenance

    Rapporté par Gustav Conrau, 1898-1899
    Ethnological Museum, Staatliche Museen zu Berlin (autrefois Königlches Museum für Völkerkunde zu Berlin), III-C10518
    Arthur Speyer, Berlin
    Harry Franklin, Los Angeles
    Sotheby's New York, 21 avril 1990, lot 128


    Literature

    Fagg, W., African Sculpture, Londres, 1970, pl.61b
    Bascom, W., African Art in Cultural Perspective, New York, 1973, pl.79
    Cole, H., Male and Female: The Couple in African Sculpture, Los Angeles, 1983, couverture et fig.C
    Northern, T., The Art of Cameroon, Washington, D.C., 1984, frontispice et pl.5
    Northern, T., Expressions of Cameroon Art, The Franklin Collection, Beverly Hills, 1986, couverture et fig.6
    Robbins, W., et Nooter, N., African Art in American Collections, Washington D.C., 1989, fig.834
    Ogawa, H., Power of Form, Tokyo, 1999, p.99, n.132


    Exhibited

    Washington, D.C., National Gallery of Art, African Sculpture, 1970
    Kansas City, Missouri, William Rockhill Nelson Gallery of Art
    Brooklyn, New York, Brooklyn Museum
    Los Angeles, California, Los Angeles County Museum of Art (LACMA), 1969-1980
    Los Angeles, California, Los Angeles County Museum of Art (LACMA), Portraits of Madame, 1976
    Detroit, Michigan, Detroit Institute of Arts, 1980- 1983
    Los Angeles, California, Los Angeles County Museum of Art (LACMA), Male and Female: The Couple in African Sculpture, 1983
    The Art of Cameroon, 1984-1985, National Museum of Natural History, Houston Museum of Fine Arts, New Orleans Museum of Art, Field Museum of Natural History, American Museum of Natural History
    Expressions of Cameroon Art, The Franklin Collection, 1986-1989, Los Angeles County Museum of Natural History, The Baltimore Museum of Art, Hood Museum of Art, Dayton Art Institute, Flint Institute of Arts, Palo Alto Cultural Center


    Post Lot Text

    HIGHLY IMPORTANT BANGWA, FONTEM, ROYAL MEMORIAL MALE ANCESTOR FIGURE

    Nine small Bangwa kingdoms exist, and indeed continue to thrive within the modern nation of Cameroon. Among them is the kingdom of Fontem, where this Bangwa male figure was first acquired. These kingdoms were governed by a highly influential leader, sometimes referred to as a 'King', or Fon, who was at the pinnacle of a royal hierarchy. In the 19th century, these Bangwa rulers and their subjects were tied to a vast trade network reaching to the savannah and forest regions, even to the coast. The first white man that came to Fontem was a German, named Gustav Conrau. However, by the time of his visit, through their sophisticated trade practices, the Bangwa Fon and his subjects were already familiar with European goods, considered 'luxury items'.

    Gustav Conrau, a German colonial, collected the Bangwa ruler or king in 1898 or 1899. The figure then spent over 20 years in the Berliner Völkerkunde Museum (Inv.Nr.III C -10518). In 1926 Arthur Speyer acquired the figure probably as the result of a trade. (Between 1926 and 1929, according to the old inventory books, five objects were obtained by Speyer from the museum). Such trades were possible at the time, because huge amounts of ethnographic material were being accessioned from the colonies, and often ignored, because the institutions in Germany at that time lacked the conceptual foundation for viewing these objects as works of art.

    Conrau, spent several months among the Bangwa and was also an amateur ethnologist. He recorded the use of the word 'Ataingu' as the name for the 'king', as may be noted in the Berlin Völkerkunde Museum's inventory record. This is a collective term in the local language, used to designate carved figures and masks. He also wrote 'Manyon - left hand broken' (III C 10529) as a note for the 'Bangwa Queen'. Conrau corresponded with Berlin Museum ethnologist Felix von Luschan. For example, on October 1st 1899 (Acta Africa Vol. 21) he wrote that the highest ranking chief, the Fontem Assunganyi, had, in exchange for generous presents, given him permission to buy figures from the local people in the Bangwa kingdoms. He states in his letter that the objects in question have considerable age, and he adds that the Fontem Assunganyi in particular, who was Conrau's political partner, now preferred carvings covered with beads. In another letter, Conrau had sent just previously to Berlin, he had asked v. Luschan for more beads for the king, but apparently this did not occur.

    Iconography
    The head of this royal memorial sculpture is crowned with a parted cap. This represents a multi-colored crocheted cotton hat that was shaped by a light bamboo armature. The back of the figure's head is rounded, and the ears are emphasized. A lively expression is imparted to the face through the slightly asymmetrical treatment of its two halves. The mouth is wide open, as if prepared to sing or speak, so that triangular, filed teeth are visible within it. An expressive nose, large almond shaped eyes, and an arched forehead, similar to that of the 'Bangwa Queen', that was also collected by Conrau at the same time, all lend an even greater presence to the piece. The neck and upper body of the 'King' are accentuated with stylized adornments, which probably represent a necklace of glass beads with leopard teeth hanging from them. The shoulders are well formed and powerful. The figure is also rendered wearing armbands and anklets, and holding a calabash in his raised right hand.

    The Lefem Society
    The 'Bangwa King' was commissioned by a ruler to represent a specific person. As portraits, sculptures of this type rely less on physical resemblance, than on the depiction of specific characteristics of social rank. These include hats, attributes of predators, such as leopard teeth or skins, ivory or metal ornaments, and a calabash containing palm wine. Such insignias of rank were reserved for notables, both men and women. Among the highland Bangwa, such figures were deemed to be among the signs of honor and symbols of the 'Lefem'. The 'Lefem', sometimes described as the 'Gong society', was an association of peers. At gatherings of the 'Lefem', either meetings or ritual performances associated with a feast, the royal memorial statues were displayed in a sacred grove. When not in use, the figures were stored in a reliquary hut, in the attic of a women's house or another hidden location. In pre-colonial times, they were watched over by an appointed guardian in a hut in the sacred grove, in an enclosed wooded area, close to the house of a chief. The royal memorial statues were not necessarily directly associated with ancestors worship, but contributed in a larger sense to the continuity of the community. Most of the time, the sculptures were created while the men or women they represented were still alive, shortly after an inauguration, for instance. Whereas, the deceased ancestors, who were still vitally important in the societal structure, and whose skulls were preserved in wood or clay receptacles placed in special shrines or huts, were regularly called on by all members of Bangwa society.

    A Master Carver
    Sculptors who worked for the notables of Bangwa society are seen today as the creators of among the most impressive and artistically expressive works of African art. This is certainly true of the master carver who created this 'Bangwa King', and certainly the same artist as the 'Bangwa Queen'. Many formal details, and also the movement and the dancing step that both figures exhibit so apparently, argue convincingly for this attribution. The local sculptors worked without sketches, and had an image of the figures they wished to create in their minds. With his tools, consisting of a machete and various sized arched chisels, the sculptor left signs of his work. A finished figure was rubbed with specific types of leaves, imbued with palm oil, and smoked over a green wood fire until it acquired a brownish-black patina. Tradition defines the iconography of the Lefem figures. However, the leeway for individual artistic interpretation and expression in the creation of the figures, is nonetheless considerable among the Bangwa groups, and is clearly apparent in the viewing of a larger number of figures from the Bangwa area.

    The feet of the 'king' resemble the paws of a predator. The similarity of this impressive figure's stance and step to those of a predatory cat is very extraordinary when the sculpture is compared to other Bangwa works of art, and the entire body's representation of movement is also unusual. It is possible that the king's leopard paws relate to widespread beliefs in the Grasslands, concerning the existence of animal doubles for individuals with great magical powers. Only a handful of exceptional works from the same area can be compared with this remarkable figure.

    Commentary by Bettina von Lintig, October 2009