FRANCOIS LEMOYNE ET ATELIER (PARIS 1688-1737)
FRANCOIS LEMOYNE ET ATELIER (PARIS 1688-1737)

La Proposition indécente: une jeune femme lavant du linge courtisée par un homme âgé

Details
FRANCOIS LEMOYNE ET ATELIER (PARIS 1688-1737)
La Proposition indécente: une jeune femme lavant du linge courtisée par un homme âgé
Huile sur toile
88 x 115 cm. (35 x 45¾ in.)
Provenance
(Selon Jean-Luc Bordeaux) vente Pelt, 21 février 1774, lot 105: 'une jeune fille lavant du linge à la fontaine, un turc derrière elle vient la surprendre - 2 pieds huit pouces de hauteur sur 3 pieds 7 pouces de largeur [86 x 115,5 cm.]'.
(Selon Jean-Luc Bordeaux) vente Briard; Paris, 7 janvier 1778, lot 10.
H. Krichewsky, Genève; Sotheby's, Londres, 27 mars 1974, lot 103, comme 'Noël-Nicolas Coypel', d'où acquis par
Galerie Cailleux, Paris, d'où acquis par l'actuel propriétaire en juin 1974.
Literature
J. L. Bordeaux, François Lemoyne and his Generation, Paris 1984, pp. 101-102, cat. 55, fig. 54.
A. Laing, Art, Commerce, Scolarship, a window onto the art world, catalogue d'exposition, Londres, Colnaghi, 1984, p. 179, comme 'peut-être ou pas de Lemoyne'.
C. Bailey, dans cat. d'expo., The First painters of the King, French Royal taste from Louis XIV to the Revolution, New-York, New Orleans, Columbus, 1985, p. 81, fig. 1, comme 'François Lemoyne'.

Lot Essay

François Lemoyne est l'une des personnalités les plus importantes de la peinture française du début du XVIIIème siècle. Après un bref apprentissage auprès de son beau-père, le portraitiste Robert Tournières, et des peintres Louis Galloche et Pierre-Jacques Cazes, il remporta le Grand Prix de l'Académie en 1711 mais ne put réaliser le voyage en Italie immédiatement par manque de moyens. Ce n'est qu'en 1723 qu'il put s'y rendre en compagnie de son mécène François Berger visita ainsi Rome, Naples et Venise. A son retour il exposa plusieurs tableaux mythologiques au Salon de 1725 et fut admiré de ses contemporains pour sa virtuosité dans ces sujets. Il remporta le prestigieux concours de la peinture d'histoire en 1727 opposé à son rival Jean-François De Troy. En 1729 il reçut la commande du plafond du Salon d'Hercule à Versailles. Cet extraordinaire projet qui l'occupa quatre ans comportait cent quarante deux figures et lui valut d'être nommé sur le champ Premier Peintre du roi par Louis XV. Cependant, souffrant de dépression aigüe, l'artiste se donna la mort en 1737 en se poignardant.

Il existe une autre version de ce tableau au Sterling Clark Museum de Williamstown. Cette seconde composition, huile sur toile, chantournée (peu-être conçue au départ comme un dessus de porte), 99 x 144,5 cm. est plus grande et semble précéder notre tableau. Il existe en effet sur le tableau de Williamston un repentir sur le coude droit du turc que l'artiste a décidé dans un second temps d'abaisser pour lui donner la position qu'il a sur notre tableau. Les deux tableaux diffèrent dans des détails du haut de la fontaine et par le fond de paysage derrière l'homme.

Jean-Luc Bordeaux avait catalogué notre tableau comme la première version en 1984. Il a eu récemment l'occasion d'examiner celui-ci et de l'analyser en fonction de ses récentes recherches sur l'artiste.
Contrairement à A. Laing et C. Bailey (op. cit.), Monsieur Bordeaux considère que le présent tableau est certainement celui qui a figuré dans les ventes Pelt et Briard car il est le seul exemplaire connu dont les dimensions correspondent exactement.

Monsieur Bordeaux nous a également indiqué qu'il a retrouvé la trace d'une troisième version, connue de lui par des photographies et qu'il considère comme de l'atelier de Lemoyne. Celle-ci (huile sur toile, 106 x 139 cm.) fut exposée à la Galerie Mayno de Strasbourg en 1831 et se trouve dans une collection particulière française. Sur cette troisième toile certains détails sont différents: le banc sur lequel est assise la jeune femme est en pierre et non en mousse, les feuillages sont plus détaillés et le tableau porte une signature et une date apocryphe de 1727.

Monsieur Bordeaux pense aujourd'hui que les trois tableaux, celui de Williamstown, le tableau 'Mayno' et celui-ci sont des répliques d'atelier avec participation plus ou moins importante de Lemoyne. Monsieur Bordeaux soupçonne l'existence d'une première version signée qui n'a pas encore été retrouvée. Comme à son habitude et certainement en raison du succès de la composition, Lemoyne aurait ensuite effectué des répliques. Dans notre tableau, Monsieur Bordeaux estime que Lemoyne a certainement exécuté la tête de la jeune femme, mais probablement pas le paysage et les drapés.

Monsieur Alastair Laing, qui considère également que le tableau de Williamstown fut probablement achevé par l'atelier considère notre tableau comme l'oeuvre d'un suiveur de Lemoyne. Monsieur Colin Bailey, d'après photographies, considère le présent tableau comme une seconde version autographe.

Si les différents spécialistes s'accordent aujourd'hui pour rendre à François Lemoyne l'invention de la Proposition amoureuse, également appelée l'Amant suranné, le sujet demeure une énigme. Quelle est la signification de cette scène où une jeune femme occupée à laver du linge à une fontaine, assise sur un banc de mousse est surprise par un homme enturbanné, plus âgé, qui semble lui faire des avances? Il ne s'agit sans doute pas d'un sujet biblique comme Suzanne et les vieillards (car ceux-ci seraient deux) ou Rebecca et Eliezer (la jeune femme serait occupée à puiser de l'eau au puits). Alastair Laing a proposé d'identifier ce sujet avec Araspas tentant de séduire Panthée, une scène tirée du Panthée (1639) de Tristan l'Hermitte, à la mode à Paris depuis que le Régent l'avait adaptée à l'opéra. Colin Bailey a suggéré d'y voir plutôt une scène de genre inspirée par la mode des turqueries dans le Paris des années 1720 après la publication des Lettres Persanes en 1721 et la visite de l'ambassadeur ottoman Mehemet Affendi la même année. La gravure de Vidal à la fin du XVIIIème siècle, probablement exécutée d'après notre tableau ne donne pas non plus la clé. La gravure donne pour auteur du tableau Carle Van Loo, ce qui indique que déjà au XVIIIème siècle on avait perdu le nom du créateur original de la composition.

Plusieurs copies de la Proposition indécente sont répertoriées: l'une autre est au Musée de Bourges; une copie partielle de la femme figura dans une vente à l'hôtel Drouot le 10 décembre 1980, lot 11.

Nous remercions Monsieur Jean-Luc Bordeaux pour son aide à la rédaction de cette notice et nous a voir indiqué que le tableau figurerait, en tant que 'François Lemoyne et atelier' dans son supplément au catalogue raisonné de Lemoyne à paraître en 2006.
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