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Marc Chagall (1887-1985)
Provenant d'une collection privée
Marc Chagall (1887-1985)

Place du Tertre

Details
Marc Chagall (1887-1985)
Place du Tertre
signé 'ChAgAll MArc' (en bas à droite)
huile et encre de Chine sur papier marouflé sur toile
49.5 x 60.8 cm.
Peint vers 1953-54

signed 'ChAgAll MArc' (lower right)
oil and India ink on paper laid down on canvas
19 ½ x 24 in.
Painted circa 1953-54
Provenance
Galerie Pétridès, Paris.
Collection particulière (acquis auprès de celle-ci, en 1957).
Collection particulière (vers 1995); vente, Sotheby's, New York, 9 mai 2007, lot 430.
Acquis au cours de cette vente par le propriétaire actuel.
Post lot text
"Le rouge dans l'œuvre de Chagall – un véritable cantique des cantiques de l’amour - avait une luminosité, une douce fureur, une chimie, la pureté de la pierre rare ou du métal en fusion. »

“ The red in Chagall’s work – a true Song of Songs in praise of love – had a luminosity, a gentle fierceness, a chemistry, the purity of a rare gemstone or of molten metal. “

SAN LAZZARO, ‘LE CANTIQUE DES CANTIQUE DE LA COULEUR’, IN XXe SIÈCLE. CAHIERS D’ART, HOMMAGE À MARC CHAGALL, NUMÉRO SPÉCIAL, MILAN, NOVEMBRE 1969, P. 52-59.


Place du Tertre s’inscrit dans une série de toiles et lithographies consacrées à Paris, exposées en 1954 à la Fondation Maeght, première grande exposition de Chagall tenue en France depuis la guerre, dont une sélection fut publiée dans les revues Verve et Derrière le miroir. L'on note l’importance du format, la prédominance de la palette vibrante et la tendance à l’abstraction, caractéristiques des années 1950 au moment où Chagall redécouvre les arts monumentaux et les techniques alternatives.
Sur un fond d’un rouge flamboyant - une couleur fréquemment employée dans l’Œuvre de Chagall qui évoque l’amour passionnel, la joie et l’extase religieuse - se dresse à l’échelle monumentale, un couple d’amoureux, représentés comme des figures hybrides. L’artiste se représente sous le visage d’un coq, symbole de l’amour et de la créativité, ne faisant qu’un avec la femme-oiseau, ornée d’un voile nuptial en souvenir du mariage de Chagall avec Vava, célébré en 1952. Cette représentation est un hymne à l’amour et à la femme. L’hybridation de l’homme et de l’animal, courante dans l’histoire de l’art et notamment chez les peintres surréalistes, est très répandue dans l’Œuvre de Chagall, débutant avec le Porteur d’eau sous la lune, 1911 (The Metropolitain Museum of Art, New York) et repris jusqu’à sa disparition en 1985. Lionello Venturi se référant au cycle parisien écrivait que «Pour Chagall les monuments parisiens sont souvenirs dans ces lumières assouvies, tremblant de loin et tous de même suggèrent les formes des édifices» (L. Venturi, ‘Paris de Marc Chagall’, in Derrière le Miroir, juin, no. 66/68, 1954, p. 14). C’est ainsi que l’on aperçoit les silhouettes architecturales de la place du Tertre qui se dessinent à l’encre de Chine au fond du tableau, tel un souvenir sublimé de Montmartre.
Les inscriptions, que l’on décèle au pied des maisonnettes au deuxième plan, contribuent à cette vision poétique. La fragmentation de l’image par l’incrustation de l’écriture est l’un des éléments fondamentaux de la poétique de Chagall, qui apparaît dans son œuvre à partir de 1910 (La Noce, 1910, MNAM, Paris). Nourri de l’influence talmudique, de l’imagerie populaire russe, mais aussi des expérimentations cubistes, dadaïstes ou constructivistes, le peintre créé des compositions polyphoniques, mêlant lettres et images.
Le Christ auréolé - représenté dans la partie gauche du tableau - qui est pour l’artiste le symbole du martyre universel de l’humanité mais aussi de l’espoir, projette sur la coupole du Sacré Cœur les rayons du soleil d’un jaune éclatant qui annoncent la renaissance de la vie après les souffrances subies par le peuple pendant la guerre. Pour l’artiste, élevé dans une famille hassidique qui assimile l’univers divin avec le profane, la Bible représente la source inépuisable de l’inspiration artistique. Comme précisait l’artiste: «depuis ma première jeunesse, j’ai été captivé par la Bible. Il m’a toujours semblé et il me semble encore que c’est la plus grande source de poésie de tous les temps» (M. Chagall, ‘Message Biblique’, discours prononcé à l’inauguration du musée Message Biblique Marc Chagall, Nice, 1973). Comme en témoigne la présente œuvre, pour Chagall, la peinture est une mémoire, un locus idéal duquel flotte l´imagination et où le sacré épouse le profane. Ce que Benjamin Harshav désigne sous le terme de "vision kaléidoscopique" de l’univers (B. Harshav, Marc Chagall and the Lost Jewish World: The Nature of Chagall's Art and Iconography, New York, 2009, p. 45-47) est manifeste dans Place du Tertre.

Place du Tertre is part of a series of canvases and lithographs devoted to Paris and exhibited in 1954 at the Maeght Foundation, the first major Chagall exhibition held in France since the war, a selection of which was published in the magazines Verve and Derrière le miroir. The painting is notable for its size, its predominantly vibrant palette and its tendency towards abstraction, all characteristic of the time when Chagall rediscovered the monumental arts and alternative techniques in the 1950s.
Set against a fiery red background – a colour frequently used in Chagall’s works which evoke passionate love, joy or religious ecstasy – a pair of lovers, represented as hybrid figures, float in the foreground on a monumental scale. The artist represented himself under the form of a cockerel, symbol of love and creativity, making a whole with the woman-bird, adorned with a bridal veil in memory of Chagall’s marriage to Vava, celebrated in 1952. This representation is a hymn to love and to women. The hybridisation of man and animal, commonly seen throughout the history of art and especially in the work of the Surrealist painters, appears frequently in Chagall’s work, starting with Porteur d’eau sous la lune, 1911 (Metropolitan Museum of Art, New York) and recurred until his death 1985. Lionello Venturi, referring to the Parisian cycle, wrote that, “For Chagall, Parisian monuments are memories in these drenched lights, flickering in the distance and yet suggesting the forms of buildings.” (L. Venturi, ‘Paris de Marc Chagall’ in Derrière le Miroir, June, no. 66/68, 1954, p. 14). Thus, we glimpse the architectural silhouettes of the place du Tertre outlined in Indian ink in the background of the picture, like an idealised memory of Montmartre.
The inscriptions, which can be deciphered at the base of the little houses in the middle ground, contribute to this poetic vision. Fragmentation of the image by the insertion of writing is one of the fundamental elements of Chagall’s poetics, which appeared in his work from 1910 onwards (La Noce, 1910, MNAM, Paris). Inspired by Talmudic influences, Russian folk imagery, and the experiments of the Cubists, Dadaists and Constructivists, the painter created polyphonic compositions, mingling letters and images.
Christ with a halo – represented in the left part of the painting – who, for the artist, symbolised the universal suffering of humanity, but also hope, projects rays of dazzling yellow sunlight onto the Sacré Coeur's dome, heralding the resurgence of life after the suffering experienced by the people during the war. For the artist, brought up in a Hassidic family that assimilated the divine with the profane, the Bible represents an inexhaustible source of artistic inspiration. As the artist explained, “Since my earliest childhood years, I have been captivated by the Bible. It has always seemed and still seems to me that it is the greatest source of poetry of all time.” (M. Chagall, ‘Message Biblique’, speech given at the official opening of the Marc Chagall National Museum of Biblical Message, Nice, 1973). As this picture shows, for Chagall, a painting is a memory, an ideal locus from which the imagination is unleashed and where the sacred blends with the profane. What Benjamin Harshav referred to as a “kaleidoscopic vision” of the universe (B. Harshav, Marc Chagall and the Lost Jewish World: The Nature of Chagall's Art and Iconography, New York, 2009, p. 45-47) is evident in Place du Tertre.

Evgenia Kuzmina – Docteur en Histoire de l'Art

Brought to you by

Anika Guntrum
Anika Guntrum

Lot Essay

Le Comité Marc Chagall a confirmé l'authenticité de cette œuvre.

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