Wols (1913-1951)
Artist's Resale Right ("droit de Suite"). If the … Read more Provenant d'une prestigieuse collection privée française
Wols (1913-1951)

Terre de Sienne

Details
Wols (1913-1951)
Terre de Sienne
signé 'WOLS' (en bas à droite)
huile et grattage sur toile
61 x 50 cm.
Exécuté vers 1946

signed 'WOLS' (lower right)
oil and grattage on canvas
24 x 19 5/8 in.
Executed circa 1946
Provenance
Galerie René Drouin, Paris.
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel en 1948.
Literature
E. Crispolti, L'informale storica e poetica, Rome, 1971, no 43.
S. Chiba, L'œuvre de Wols, Paris, 1974.
F. Legris-Bergmann, Composantes plastiques et po^les re´fe´rentiels dans l'oeuvre de Wols, Paris, 1977, no. 672.
C. Van Damme, Brieven van en aan Wols, Gand, 1985 no. 419, S. 265f.
Exhibited
Paris, Galerie René Drouin, Wols, mai-juin 1947.
Milan, Galleria del Milione, Wols, avril-mai 1949.
Eindhoven, Stedelijk Van Abbemuseum; Amsterdam, Stedelijk Museum (no. 395 du catalogue), Wols – Schilderijen, gouaches, aquarellen, tekeningen, mars-juin 1966, no. 11.
Berlin, Nationalgalerie; Paris, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Wols 1913-1951, Peintures, aquarelles, dessins, novembre 1973-février 1974, no. 10.
Londres, Barbican Art Gallery; Humblebaek, Louisiana Museum, Aftermath, France 1945-1954, New images of man, mars-août 1982, no. XXIX (illustré en couleurs, non paginé et illustré, p. 150).
Zurich, Kunsthaus; Dusseldorf, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Wols: Bilder, Aquarelle, Zeichnungen, Photographien, Druckgraphik, novembre 1989-mai 1990, no. 219 (illustré en couleurs, p. 273).
Brême, Kunsthalle Bremen; Houston, The Menil Collection, Wols: The Retrospective, avril 2013-janvier 2014, no. 216 (illustré en couleurs, p. 180).
Special notice

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Post lot text
« Que fait Wols ? Il se laisse descendre au fond de lui-même comme un plongeur et sa main graffigne tout ce qu’il aperçoit : des toiles d’araignées, des graminées, des forêts d’algues, des monstres, des mollusques, des villes-montagnes russes, des bateaux-maisons, des îles, des boucheries-bijouteries, des attractions, des fentes et des centres d’effroi, tout cela et bien d’autres choses encore. Il ordonne ces visions dans une crise. »
Henri-Pierre Roché
« A chaque instant
dans chaque chose
l’éternité est là »
Wols
« C’était un homme qui se recommençait sans cesse, éternel dans l’instant. Il disait toujours tout, d’un seul coup et puis de nouveau tout : autrement. Comme les petites vagues du port qui se répètent sans se répéter. »
Jean-Paul Sartre

C’est un grand tournoiement vermillon, comme un cœur battant, parcouru de spasmes. Une forme oblongue qui pourrait rappeler un crâne troué d’orbites, incisé d’innombrables griffures arrondies, où tout semble grouiller, fourmiller, bouillonner. Il s’y déploie quelque chose d’organique, de presque vivant, qui affleure et qui vibre sur la toile en fusion. La surface est frottée, grattée avec le bois du pinceau, poinçonnée çà et là d’empreintes de tubes de peinture. Ailleurs, elle semble avoir été lavée, délavée, comme rincée à grandes eaux pour laisser apparaître d’autres couches, d’autres strates de peinture par-dessous, pour creuser jusque dans la trame de la toile. C’est un tableau palimpseste qui porte les stigmates des passages et repassages successifs de l’artiste. L’ensemble est d’un rouge cramoisi tirant vers l’ocre, rouge « sang de bœuf » comme il se dit parfois ; un terre de Sienne qui donnera son titre à l’œuvre, maculé seulement de projections de bleu vif dans la partie gauche. C’est un tableau qui ne ressemble à aucun autre.
Terre de Sienne a été peint en 1946, sur le terreau d’une Europe exsangue. Son auteur est une figure singulière de l’histoire de l’art, de celles qui ont posé les premiers jalons d’un art autre après que la guerre a laissé en friche toutes les conceptions et canons esthétiques qui prévalaient jusqu’alors. Le conservateur Jacques Lassaigne imagine que « dans les dictionnaires de l’avenir on pourra lire : ‘Wols, étrange météore apparu dans les années décisives du premier tiers du XXe siècle, mot forgé par un artiste voyant avec les parcelles essentielles de son nom et qui recouvre à merveille jusque dans les sinuosités de son graphisme une œuvre qui est la plus aiguë révélation des abîmes intérieurs par l’interprétation des éléments du réel’ » (J. Lassaigne, introduction du catalogue Wols, Peintures, aquarelles, dessins, Paris, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, décembre 1973-février 1974, non paginé). Il faut dire qu’effectivement, la trajectoire de Wols, au cours de ces « années fertiles » dont parle Geneviève Bonnefoi pour décrire le foisonnement qui caractérise le Paris des décennies 1940 à 1960, se révèle tout à fait unique. Né à Berlin, Otto Wolfgang Schulze prend pour pseudonyme Wols lorsque, entre Paris et l’Espagne où il a émigré au cours des années 1930, il se refuse au service obligatoire allemand. Interné au début de la guerre au Camp des Miles avec d’autres ressortissants allemands – Bellmer, Ernst, Springer – Wols se réfugie finalement dans le sud de la France où il réalise de nombreux dessins qui attireront l’attention d’Henri-Pierre Roché, écrivain (il est l’auteur de Jules et Jim) et marchand d’art qui, à son tour, introduira l’artiste auprès de celui qui jouera un rôle capital dans la diffusion de son œuvre : René Drouin.
Car la reconnaissance de Wols (celle qui le mènera notamment à être exposé deux fois, à titre posthume, à la documenta de Kassel) doit beaucoup à la galerie tenue par ce dernier, au 17, place Vendôme, et qui joua un rôle de tout premier plan dans la promotion des avant-gardes de l’époque. Décorateur et amateur de peinture davantage que commerçant à proprement parler, René Drouin était, pour reprendre à nouveau les mots de Geneviève Bonnefoi, un « découvreur de génie », faisant se confronter artistes – Jean Dubuffet, Jean Fautrier, Henri Michaux, Matta, Wols – et écrivains, poètes et intellectuels – Jean Paulhan, Joe Bousquet, Francis Ponge, Georges Limbour, Marcel Arland ou encore Jean-Paul Sartre (lequel verra dans les œuvres de Wols la transposition plastique de l’Existentialisme que, lui, défend dans ses textes). En 1945, c’est chez René Drouin que Wols présente sa première exposition personnelle de dessins et aquarelles. Et en 1947, c’est à nouveau chez René Drouin (qui a convaincu Wols de délaisser un instant le papier pour s’aventurer sur le grand format des toiles) que l’artiste expose, dans une manifestation qui fera date, une quarantaine de peintures, dont Terre de Sienne.
L’œuvre unique de Wols, sa radicalité formelle et sa formidable intensité invitent naturellement à établir un parallèle avec celle d’un artiste explorant au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, les possibilités de renouvellement de la peinture : Jackson Pollock. Si les deux hommes ne se sont pas fréquentés, ils partagent la même trajectoire tragique – Wols, fragilisé par l’alcoolisme qui le ronge, décède d’une intoxication alimentaire à 38 ans ; Pollock, ivre, se tue dans un accident de voiture à 44 ans – et leurs œuvres, montrées parfois ensemble (notamment, sous l’égide de Michel Tapié, dans l’exposition Véhémences confrontées, à la galerie Nina Dausset, en 1948), ouvrent ensemble une brèche qui permet l’émergence d’une nouvelle scène artistique dans les années d’après-guerre. Georges Mathieu, dira ainsi que « Wols a tout pulvérisé […]. Après Wols, tout est à refaire ». Car ce que Mathieu a en effet immédiatement compris chez Wols, c’est la force de l’improvisation, la violence de la touche qui éclate en tourbillons, loin de la rigueur des abstraits géométriques mais proche en revanche de cette « improvisation psychique » que décrivait Paul Klee (dont Wols était un fervent admirateur).
« Voir c’est fermer les yeux », résume Wols dans l’un de ses aphorismes. Désapprendre pour pouvoir véritablement créer, faire surgir des profondeurs souterraines de soi tout un monde inédit et inquiétant, voilà ce que fit l’artiste au cours de sa brève existence et dont Terre de Sienne offre un exemple particulièrement édifiant. Et ce faisant, c’est de la liberté qu’il fit l’expérience douloureuse et l’éclatante démonstration dans ses œuvres, peut-être davantage qu’aucun autre à la même époque. « La découverte essentielle de la peinture contemporaine c’est la liberté. Non pas la gratuité, ni la fantaisie ou l’originalité comme on dit, mais le droit pour le peintre d’aller jusqu’au bout de soi-même, sans restriction. Or cette liberté a de quoi effrayer : soi-même, c’est bien pour chacun le lieu le plus redoutable et le plus inaccessible. » (René Guilly, préface de la plaquette éditée à l’occasion de l’exposition Wols, Galerie René Drouin, mai 1947).
Sale room notice
Veuillez noter que ce lot est soumis au Droit de Suite.

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Paul Nyzam
Paul Nyzam Head of Department

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