STATUE ROYALE KUBA-BUSHOONG, NDOP
STATUE ROYALE KUBA-BUSHOONG, NDOP

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Details
STATUE ROYALE KUBA-BUSHOONG, NDOP
RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
H.: 50 cm. (19 5/8 in.) ; L.: 17 cm. (6 ¾ in.) ; P.: 17 cm. (6 ¾ in.)
Provenance
Collection Jacques Kerchache (1942-2001), Paris, vers 1960.
Collection Prince Sadruddin Aga Khan (1933-2003), Collonge-Bellerive, Suisse.
Transmise par succession.
Sotheby's, Londres, 27 juin 1983, lot 66.
Collection privée européenne.
Christie's, Paris, 10 décembre 2003, lot 328.
Literature
R. Lehuard, 'La Collection Sadruddin Agha Khan', Art d'Afrique Noire, John McKesson, Arnouville, 1983, no. 46, p. 26.
J. Kerchache, L'art africain, Citadelles & Mazenod, Paris, 1988, p. 579, fig. 1028.
J. Kerchache, Art of Africa, Harry N. Abrams, Inc., New York, 1993, p. 579, fig. 1028.


Post lot text
A KUBA-BUSHOONG PORTRAIT OF A KING, NDOP

庫巴布尚戈國王雕像

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Nathalie Honnay
Nathalie Honnay

Lot Essay

Cette statue exceptionnelle répond au nom local ndop, une célèbre tradition de sculptures figuratives représentant des souverains Kuba. Bien qu'elles aient toujours été attribuées aux peuples Kuba, les ndop proviennent en réalité du peuple Bushoong. L'appellation « Kuba » est relativement récente. Elle se réfère à une vingtaine de chefferies différentes et autonomes. Celle qui eut le privilège de compter un roi et une cour, les Bashibushoong, ou plus simplement, les Bushoong, demeure historiquement la plus importante. La cour royale, bien organisée et hiérarchisée, exigeait des artisans virtuoses œuvrant pour les notables Bushoong.

Le chef-suprême Bushoong, appelé nyim, était la seule personne dont le titre était reconnu par l’ensemble des différentes chefferies Kuba. Non seulement le nyim jouait un rôle unificateur mais il incarnait également la continuité du lignage. La sacralité du pouvoir échu au souverain était reconnue et vénérée par la société : la tradition des sculptures ndop, véritables archives des dynasties royales, fut introduite vers 1650 selon les récits oraux. Selon les uns, au moment de son investiture, le nyim honorait la tradition en commandant son portrait à un sculpteur, la figure ndop. Cette dernière pouvait être distinguée par l'emblème (ibol) choisi par le roi au début de son règne, qu’il conservait également pendant, en signe de distinction. Selon les autres, ces portraits commémoratifs étaient postérieurs au règne des rois concernés. Le patrimoine oral soulignait la longévité des ndop : sculptés dans un bois dur et dense, ils étaitent oints d'huile de palme afin de protéger la sculpture des insectes.

On tient les statues ndop pour des doubles spirituels du souverain, au cours de sa vie, et de réceptacle investi par sa force vitale après sa mort. Le ndop, en l’absence du roi, étaient gardé et choyé par ses épouses qui l’enduisaient d’huile de palme. La statue était par la suite placée près du lit funéraire royal afin de recueillir la force vitale du souverain. On imposait ensuite à son successeur, durant la période d'isolement qui précédait son avènement sur le trône, de demeurer aux côtés de la statue afin que cette force capturée vienne habiter le nouveau souverain. Chaque ndop était donc associé à un roi Bushoong spécifique : en revanche, les chercheurs ne sont pas encore parvenus à un consensus sur leur mise en perspective historique et chronologique. Pour certains, l'absence d'ibol sur notre exemplaire indiquerait que la personne représentée aurait été un régent jamais consacré ni intronisé. Au moment de la vente de la collection du Prince Sadruddin Aga Khan, d’autres ont suggéré que cette statue représentait Misha-a-Pey, qui régna de 1896 à 1900. Selon Joseph Cornet, il resta régent durant cette période et n’eut jamais de cérémonies d’investiture, d’où le manque d’ibol personnel. (Cornet, J., Art Royal Kuba, Milan, 1982, p. 74 et p. 243).

Notre ndop possède tous les regalia traditionnels Bushoong. Le couvre-chef singulier en visière, nommé shody et réservé aux rois, est en partie brisé. Associé à la houe, cet élément décoratif horizontal souligne l’importance de la production agricole. Le front est encadré par une ligne de cheveux dessinant deux angles, appelée bosh. La protubérance nuchale représente un entrelacs de cauris, portant le nom de lapash lakwoon, par lequel les coiffes de notables étaient fixées. L’épaule droite est cerclée d’un anneau ornemental fabriqué sur une structure de cannes sur laquelle des tissus étaient enveloppés, appelé pang angup. Un tissu d’apparat sur lequel sont cousus des cauris enserre le bras droit, mabiim ; les poignets sont également ornés de bracelets en laiton, ntshyaana. On observe également la large ceinture abdominale composée, au dos, de plusieurs rangées de cauris sur une base de raphia (yeemy). En dessous, une ceinture en forme de large cordelette entoure la statue, mwaandaan ; elle était réservée aux membres du Conseil de la Couronne. À l’arrière de la ceinture est représenté un cache-séant de raphia, ou ngwoon, recouvert - en réalité - d’une peau de léopard, et qui s'étend sur les fesses. La base sur laquelle repose la statue est ornée de motifs géométriques. Cette dernière fait référence au trône royal. La tête du personnage, assis en tailleur, est disproportionnée par rapport au bas du corps. Les bras, dont un est manquant, s'étendent verticalement de part et d’autre du torse, les mains posées sur le haut des cuisses. L’intensité de l’intériorité sereine de l’expression du visage traduit un certain détachement vis-à-vis des préoccupations de la vie ordinaire, abandonnées au profit des sujets d'importance royale.

Ce majestueux portrait royal appartenait autrefois au très respecté fonctionnaire international, Prince Sadruddin Aga Khan, un des plus grands collectionneurs d'art islamique du XXe siècle. Il acquit cette sculpture auprès du marchand parisien Jacques Kerchache qui la publia dans son magnum opus « Art of Africa ». En 1983, la petite et précieuse collection d'art africain d’Aga Khan fut dispersée dans une vente aux enchères. Ses voyages en Afrique, en sa qualité de Haut Commissaire des Nations unies pour les Réfugiés (HCR), ont éveillé son intérêt pour l'art du continent. Il écrivait : « Je n'oublierai jamais le plaisir tranquille de m'asseoir seul en compagnie de mes sculptures africaines préférées. Il y a des dialogues silencieux dont les mots ne doivent pas s'éroder, mais je sais pertinemment que l'Afrique a des réponses à des questions qui n'ont jamais été posées. [...] Les œuvres d'art sont destinées à changer de mains et, comme les oracles, à transmettre différents messages à différentes personnes. Comme il serait intéressant de pouvoir démêler et comparer les sentiments de ceux qui partageront à l'avenir la vie mystérieuse de ces merveilleux objets. »

This exceptional statue is known as an ndop, a celebrated tradition of figurative sculpture depicting Kuba leaders. In fact, while always published as a work of the royal Kuba court, this statue in reality originates from the Bushoong people. The designation “Kuba” is relatively recent and foreign to the peoples. It refers to about twenty different autonomous chiefdoms, of which the most important historically was the one who had the privilege to a king and court, the Bashibushoong, or more simply, the Bushoong. From their position of paramount leadership, the Bushoong sovereign exacted tribute from his constituents and controlled their external policy. This highly organized court and state demanded skilled artisans such as professional wood sculptors, who flourished under the patronage of the Bushoong elite.

As the highest ranking Bushoong chief and ruler of the entire Kuba Kingdom, the nyim was the only person whose title was recognized by all the different chiefdoms. Not only did the nyim unify the diverse groups but he also embodied continuity with his precursors. As the kings’ persona came to be recognized increasingly as sacred and as the focus of a form of ancestral veneration, the ndop tradition of dynastic sculptures was introduced around 1650 according to Kuba oral history. Following each nyim’s investiture he was said to commission his likeness in the form of an ndop sculpture. The new king would also announce his choice of emblem (or ibol), which would serve as an identifying symbol for his reign. Other sources relate that these commemorative portraits were only carved during the immediate successor’s reign, or even later. Oral traditions underscore the longevity of ndop: they were made of the heaviest and most durable of hardwoods and anointed with palm oil to protect them from insects. These carved statues served as spiritual doubles of their subjects during their life, and as a site for their life forces after death. The statue would be anointed and caressed in his absence in the quarters of the royal wives, and at the king’s deathbed the statue was placed nearby so that his outgoing life force, or royal mana, might be captured for transfer to his successor, who would need to sleep alone in the presence of the statue upon his installation. Each ndop was thus invested with a particular identity, although scholarship still has not reached a consensus on which king is presented by which statue and their respective chronology. It has been suggested that the absence of an ibol or emblem on the present figure might indicate the represented person was a regent and never enthroned. At the time of the sale of Prince Sadruddin Aga Khan collection it was suggested this statue represents Misha-a-Pey, who reigned from 1896 to 1900, but, according to Cornet, remained regent throughout this period and never completed the ceremonies of enthronement as king and had no personal ibol. (Cornet, J., Art Royal Kuba, Milan, 1982, pp. 74 and 243).

As a faithful representation of a king, this ndop features all traditional Bushoong royal regalia. The forward projecting panel of the distinctive headdress, called a shody and reserved for kings, is partly broken off. Associated with a hoe, this horizontal element underscored the importance of agricultural production. The face is framed by a stepped hairline, or bosh. A knob at the nape of the neck refers to a cluster of cowries, called lapash lakwoon, to which elite coiffures were attached. Around the right shoulder sits an ornament called pang angup, made of decorated cloth stretched over a cane frame. A band composed of cowries stitched to fabric, mabiim, encircle the right upper arm, with brass bracelets, ntshyaang, on the forearms. At the level of the abdomen is a wide belt, or yeemy, composed of a raffia backing to which several rows of cowries were applied. Directly below sits a belt in the form a broad rope, mwaandaan, restricted to members of the crown council. Affixed to the back of the belt, a padded raffia panel, or ngwoon, covered with leopard hide extends over the buttocks. The outer surface of the base on which the statue sits is inscribed with graphic motifs. This base structure refers to either a padded rectangular throne or a royal platform. In many of the known ndop statues we find the ruler’s ibol emblem centrally positioned at the front of the base. The head is given greater proportional emphasis in contrast to the diminutive lower body with crossed legs. The arms extend vertically at either side of the torso, with the hands resting on the thighs. The serene and intense inner concentration of the facial expression suggest a degree of detachment from ordinary concerns in order to focus on matters of royal importance.

This majestic royal portrait was once owned by the widely respected international civil servant Prince Sadruddin Aga Khan, one of the 20th century’s major collectors of Islamic Art. He acquired it from the taste-making Parisian dealer Jacques Kerchache, who would later publish it in his magnum opus ‘Art of Africa’ in 1993. The small yet exquisite collection of African art of Aga Khan was dispersed at auction in 1983. His travels to Africa in his role as United Nations high commissioner for refugees (UNHCR) had awakened an interest in the art of the continent. He wrote: “I will never forget the quiet pleasure of sitting alone in the company of my favorite African sculptures. There are silent dialogues which words should not erode, but I know for sure that Africa has answers to questions which have never been asked. (...) Works of art are destined to change hands and, like oracles, to convey different messages to different peoples. How interesting it would be to be able to unravel and compare the sentiments of those who will share the mysterious life of these wonderful objects in the future.”

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