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ORNEMENT DE PROUE DE PIROGUE
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ORNEMENT DE PROUE DE PIROGUE

ÎLES MARQUISES

Details
ORNEMENT DE PROUE DE PIROGUE
ÎLES MARQUISES
Long. 46 cm (18 1/8 in.)
Provenance
Probablement collection George Lane Fox "The Gambler" (1793-1848), Bramham Park, Royaume-Uni
Collection George Lane Fox "The Squire" (1816-1896), Bramham Park, Royaume-Uni
Collection Leeds Philosophical and Literary Society, Leeds, Royaume-Uni, don de ce dernier en 1858
Collection James T. Hooper (1897-1971), Arundel, Royaume-Uni, inv. n° 395
Christie's, Londres, Oceanic Art from the James Hooper Collection, 17 juin 1980, plat recto et lot 160
Collection Carlo Monzino (1931-1996), Lugano/Milan
Lance et Roberta Entwistle, Londres
Collection Michel Périnet (1930-2020), Paris, acquis en 2000
Literature
Poignant, R., Oceanic Mythology: The Myths of Polynesia, Micronesia, Melanesia, Australia, Londres, 1967, p. 28
Phelps, S., Art and artefacts of the Pacific, Africa and the Americas: the James Hooper collection, Londres, 1976, p. 98, pl.47
Gathercole, P.W. et al., The Art of the Pacific Islands, Washington, 1979, frontispice et p. 132, n° 2.17
Mack, C.W., Polynesian art at auction 1965-1980, Northboro, 1982, vol. I, p. 171, pl. 71, n° 1
Exhibited
Washington, National Gallery of Art, The Art of the Pacific Islands, 1er juillet - 14 octobre 1979
Post Lot Text
CANOE PROW ORNAMENT, MARQUESAS ISLANDS

Brought to you by

Alexis Maggiar
Alexis Maggiar International Director of the Department of Arts of Africa, Oceania and the Americas

Lot Essay

L’HOMME AU CORPS CISELÉ
par Philippe Peltier

Indiscutablement cet objet compte parmi les plus grandes réussites si ce n’est de l’art polynésien, tout au moins de l’art marquisien. Il n’est qu’à la comparer aux quelques rares autres exemplaires de « figures de proue » conservées dans les collections que ce soit celles de Colmar, de Cannes ou de Genève pour le constater. Ici, le personnage campé droit - bien que son dos présente une courbe élégante -, s’impose par la puissance, la souplesse et l’enchaînement de ses formes. Le corps est entièrement recouvert de motifs gravés - ceux du dos et du torse font penser à un dessin de ligature - dont les douces usures des traits trahissent l’ancienneté de l’objet. Cette tête est couronnée de deux petits chignons portés par les guerriers marquisiens tels qu’ils sont représentés sur les gravures illustrant les premiers récits de voyages. Les yeux, les ailes épatées du nez, affleurent en léger relief et dessinent un visage élégant alors que les lèvres entrouvertes laissent entrevoir la langue, signe commun de défi en Polynésie. Les bras sont repliés, les mains posées sur le buste bombé. Les jambes fléchies s’appuient dramatiquement sur deux petites têtes dont les visages sont tournés vers l’extérieur. Comme souvent dans les oeuvres des Marquises, le sexe est indéfini. On doit cependant y reconnaître la figure d’un tiki, ces ancêtres liés à la fertilité et à la virilité.

La ressemblance signalée par Steven Hooper entre l’objet de la collection Périnet et celui conservé au British Museum est si troublante qu’on peut se demander si l’on n’est pas en présence de deux oeuvres créées par une même main. Il n’aurait rien d’étonnant à cela. Aux Marquises, les tuhuka ou tuhuna étaient des artisans spécialisés qui répondaient à la commande de sculptures associées aux constructions importantes comme les bâtiments érigés dans les enclos sacrés, les tombeaux de grands chefs de clans ou les pirogues de guerre. La renommée de certains de ces sculpteurs pouvait dépasser leur île d’origine. Courtisés, ils se déplaçaient d’îles en îles, un tubuka pouvant réaliser des objets semblables pour plusieurs commanditaires.

Von den Steinen, aux Marquises dans les années 1880 pour le compte du musée d’ethnographie de Berlin, a interprété ces objets comme étant l’image d’un chef ou d’un pilote assis sur la plateforme d’une pirogue. Cette image résonne parfaitement avec un dessin de Le Breton réalisé lors du voyage de Dumont d’Urville et où l’on voit un homme assis dans une pirogue. La disparition rapide des grandes pirogues de guerre explique le peu de renseignements que nous possédons à leur sujet. Les seules indications un peu précises sont celles données par David Porter qui séjourne sur Nuku Hiva entre octobre 1813 et juin 1814 ou par Maximilien Radiguet qui accompagna Du Petit Thouars entre 1841 et 1844. Tous les deux signalent que, lors des grandes occasions, des figures sont amarrées aux proues des pirogues de guerre. Radiguet parle de marottes « dont le pied est terminé par un médaillon ». Cet usage semble confirmé par les trous percés dans l’assise de la figure, trous qui permettraient la fixation de l’objet sur les plats-bords de la pirogue ou à sa proue. La littérature classique retient le plus souvent cette localisation qui fait de ces objets des figures protectrices.

Les recherches récentes de Tara Hiquily, chargé de collections au musée de Tahiti et des Iles, montrent que leur emplacement sur les pirogues est probablement tout autre. Cette démonstration repose sur l’observation de deux objets. Le premier, conservé à l’Academy of Art de San Francisco, est le montage d’une de ces « proues de pirogue » à la pointe la plus obtuse d’un triangle constitué par des lattes de bois ligaturées. Le second est une maquette acquise avant 1896 et conservée au Linden Museum de Stuttgart. Cette maquette permet de voir une même structure que celle de San Francisco fixée à l’arrière de l’embarcation, proche de la plateforme où était assis le pilote. Ces objets ne seraient donc pas des « proues de pirogues » mais tout à la fois des figures d’ancêtre protecteur placées dans le dos du pilote et des objets fonctionnels, Hiquily suggérant qu’elles pouvaient servir de point d’attache à l’écoute de la voile.

THE MAN WITH A CHISELED BODY
by Philippe Peltier

This object is indisputably one of the greatest triumphs, if not of Polynesian art as a whole, then at least of Marquesan art. That becomes clear simply by comparing it with the other rare examples of “figureheads” kept in various collections, whether in Colmar, Cannes or Geneva. This upright figure - though with an elegantly curved back - is impressive for the power, suppleness and sequence of its shapes. The body is entirely covered with engraved designs - those on the back and torso bring to mind the shape of ligatures - which are softly worn away, revealing the object’s advanced age. The head is crowned with two small chignons like the ones worn by Marquesan warriors as can be seen on the engravings that illustrate early travel accounts. The eyes and flat nostrils show through in slight relief, delineating an elegant face, while the half-open lips reveal a glimpse of the tongue, commonly a symbol of defiance in Polynesia. The arms are folded, hands placed on the upraised bust. The bent legs dramatically rest on two small heads whose faces are turned outwards. As is often the case in Marquesan art, the sex is undetermined. However, the figure is recognisably a tiki: an ancestor relating to fertility and virility.

Steven Hooper pointed out the resemblance between the object from the Périnet collection and the one kept at the British Museum, one so uncanny that one wonders whether the two pieces were not crafted by the same hand. And that is entirely possible. In the Marquesas Islands, tuhuka or tuhuna were specialised craftsmen who took orders for sculptures associated with important constructions such as buildings within sacred enclosures, the tombs of great clan chiefs, and war canoes. The renown of certain sculptors could reach beyond their island of origin. A sought-after tubuka would travel from island to island, and it was possible that the same one could craft similar objects for several people.

Von den Steinen, who travelled to the Marquesas Islands in the 1880s for the Ethnological Museum of Berlin, interpreted such objects as representing a chef or captain seated on the platform of a canoe. This image perfectly resonates with an illustration that Le Breton made during the voyage of Dumont d’Urville showing a man seated in a canoe. The rapid disappearance of great war canoes explains the scarcity of information that we possess on the subject. The only relatively precise facts come from David Porter, who stayed on Nuku Hiva from October 1813 to June 1814, and Maximilien Radiguet, who travelled aboard the Dupetit-Thouars between 1841 and 1844. Both stated that, on special occasions, figures would be fastened to the bows of war canoes. Radiguet mentioned figureheads “with feet ending in a medallion.” This custom appears to be confirmed by the holes pierced in the base of the figure, which would have been used to lash the object to the gunwales or bow of the canoe. Classic texts most often consider these objects to be protective figures.

The recent research led by Tara Hiquily, in charge of the collections at the Museum of Tahiti and the Islands, shows that their location on a canoe might have been completely different. This demonstration is based on the observation of two objects. The first, kept at the Academy of Art in San Francisco, is the mounting of one of these “canoe bows” at the most obtuse point of a triangle formed by lashed wooden slats. The second is a model purchased before 1896 and kept at the Linden Museum of Stuttgart. This model reveals the same structure as the one in San Francisco fastened to the back of the boat, near the platform where the captain would sit. Therefore, such a piece could not be a “canoe bow” but a protective ancestor figure placed behind the back of the captain and a functional object; Hiquily suggested that it could be used as an attachment point at the clew of the sail.
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