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MASQUE D'ÉPAULE NIMBA BAGA
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MASQUE D'ÉPAULE NIMBA BAGA

GUINÉE

Details
MASQUE D'ÉPAULE NIMBA BAGA
GUINÉE
Haut. 124.5 cm (49 in.)
Provenance
Collection Josefa (1915-2014) et Maurice Nicaud (1911-2003), Paris
Lance et Roberta Entwistle, Londres
Collection Michel Périnet (1930-2020), Paris, acquis en 1986
Literature
Meauzé, P., L'Art Nègre. Sculpture, Paris, 1967, p. 137
Trowell, M. et Nevermann, H., African and Oceanic Art, New York, 1968, p. 51
Trowell, M. et Nevermann, H., L'Afrique et l'Océanie, Tome I, Lausanne, 1969, p. 51
Post Lot Text
BAGA NIMBA SHOULDER MASK, GUINEA

Brought to you by

Alexis Maggiar
Alexis Maggiar African & Oceanic Art

Lot Essay

UNE DÉMÉTER EN PAYS BAGA
LE MASQUE NIMBA DE LA COLLECTION MAURICE NICAUD
par Bernard Dulon

Entre le XVe et le XVIIe siècle, les populations Baga ont fui leurs terres d’origine du Fouta Djallon devant les invasions répétées des Peuls islamisés, pour s’établir en groupes disséminés au nord du littoral de Guinée, depuis la région de l’actuelle Conakry jusqu’au Rio Componi, à la frontière de la Guinée-Bissau. Leurs traditions orales témoignent encore de cette grande migration et de la manière dont ils ont dû réinventer leurs politiques communautaires et l’ensemble de leur culture1.

Arrivés dans leurs nouveaux territoires, les Baga établirent les règles d’une société nouvelle et se réfugièrent autour d’une figure tutélaire, une image de la mère nourricière, toute en bonté et compassion, dispensatrice de fertilité et de vie. Pour elle, les sculpteurs des groupes du centre-nord du pays2 inventèrent le masque allégorique le plus spectaculaire de toute l’Afrique de l’ouest qu’il est désormais convenu d’appeler Nimba3. Sa conception plastique révolutionnaire et ses proportions hors normes ont tôt fait de ce masque une icône de la culture guinéenne et de l’ensemble des arts de l’Afrique Noire. Si sa première publication remonte à 18864, aujourd’hui encore Nimba est représentée sur des timbres postaux, des billets de banque et un trophée sportif national porte son nom.

L’invention guinéenne fut également déterminante pour l’aventure de l’art moderne occidental. Ainsi, selon William Rubin, l’acquisition par Picasso d’une Nimba dans le courant des années 1920 servit de ferment à la réalisation de la série des portraits de Marie-Thérèse Walter5.

Mêlant agronomie et obstétrique magico-religieuse, le grand masque Nimba intervenait lors des cérémonies agraires et prodiguait ses bienfaits aux sols et aux ventres des femmes. Il participait également à certains rites initiatiques, aux mariages et aux funérailles. Accompagnant le Baga dans chacun des grands événement de sa vie, Nimba est l’émanation d’un esprit bienveillant apte à maîtriser les forces de la fertilité et de la croissance. Sa danse, rythmée par les chants et les tambours, était considérée comme le plus beau des spectacles.

La morphologie du masque de la collection Périnet est d’un rigoureux classicisme dans le style du village de Monchon où Henri Labouret fit en 1932 la découverte d’une pièce comparable6. D’immenses seins très allongés aux importants mamelons cylindriques épousent les courbes de sa proue. Son imposante tête projette vers l’avant un nez démesuré et exagérément busqué, surmonté d’une crête frontale à trois bourrelets, l’ensemble évoquant le bec du calao7 et son excroissance osseuse caractéristique. Le visage, d’un bel ovale inscrit dans une double rangée de carrés incisés partant de la petite bouche cylindrique, est mangé par les grands yeux ouverts. Deux triples lignes scarifiées joignent la région temporale aux oreilles et à un arc auriculo-maxillaire hachuré à l’identique. La sage coiffure en chevrons épouse le volume crânien, ornée en son sommet de deux crêtes parallèles. L’ensemble de la sculpture est supporté par quatre pieds élégants, percés de trous permettant la fixation d’un arceau de portage. L’admirable composition de cette oeuvre majeure est soutenue par l’adjonction de clous en laiton8 et par une exceptionnelle patine noire et profonde associant suie et huile de palme.

Toutes collections confondues, on recense aujourd’hui moins d’une vingtaine de masques Nimba de cette ancienneté. Trois d’entre eux sont parvenus jusqu’à nous grâce à l’opiniâtreté d’un collectionneur et marchand discret dont la carrière est quelque peu tombée dans l’oubli. Maurice Nicaud, patron dès 1950 d’une petite société de transports entre Guinée, Mali et Côte d’Ivoire, fut pourtant en son temps le premier découvreur d’oeuvres d’art en pays Baga. […] Au pinacle de sa collection9, le grand masque Nimba est considéré par les spécialistes du monde entier comme le chef-d’oeuvre emblématique de la grande statuaire guinéenne classique.

1Les communautés Baga sont patrilinéaires, exogames et structurées en classes d’âge. Le pouvoir gérontocratique y est assumé par les doyens
2Baga Sitemu, Pukur et Bulunits
3D’origine Soussou, Nimba n’est pas un terme vernaculaire Baga, mais c’est sous ce vocable que l’image de Nimba a essaimé dans la culture guinéenne et dans le monde. Les communautés Baga utilisent quant à eux des noms différents comme D’mba ou Yamban
4Illustration de l’article du Lieutenant de vaisseau André Coffinières de Nordeck, Voyage au pays des Bagas et du Rio Nunez, Paris, 1886
5Rubin, W., “Primitivism” in 20th Century art: Affinity of the Tribal and the Modern, New York, 1984, pp. 325-326
6Elle appartient aux collections du Musée d’Histoire Naturelle de Toulouse, en dépôt au Pavillon des Sessions du Musée du Louvre, inv. n° MHNT-ETH AF 127
7Egalement symbole de fertilité
8Il s’agit de clous de tapissiers en laiton, obtenus par un commerce d’échange avec les européens
9Egalement composée de quelques icônes des arts du Mali, comme la maternité Dogon de l’ancienne collection Goldet actuellement exposée au Pavillon des Sessions du Musée du Louvre, ou le couple primordial Dogon du Musée Dapper

A DEMETER IN BAGA COUNTRY
THE NIMBA MASK OF THE MAURICE NICAUD COLLECTION
by Bernard Dulon

Between the 15th and 17th centuries, the Baga peoples fled their native land, Fouta Djallon, to escape the repeated invasions of the Islamic Peuls. They settled in scattered groups along the northern coast of Guinea, from the current-day region of Conakry to Rio Componi on the border of Guinea-Bissau. Their oral traditions still bear the traces of that great migration and the way they were forced to reinvent their community structure and indeed their entire culture1.

Once they arrived in the new territories, the Baga established the rules of a new society and sought refuge in a guardian figure: the image of a nurturing mother filled with generosity and compassion who provides fertility and life. To honor her, the sculptors of the groups settled in the central northern area of the country2 invented the most spectacular allegoric mask of all Western Africa, which is now widely known as Nimba3. Its revolutionary plastic design and extraordinary proportions quickly made this mask an icon of the Guinean culture and of all the arts of sub-Saharan Africa. While its first publication dates back to 18864, Nimba still appears today on postal stamps and bank notes, and a national sports trophy bears its name.

The Guinean invention was also a determining one for the adventure of Western modern art. According to William Rubin, Picasso’s purchase of a Nimba during the 1920s inspired his execution of a series of portraits of Marie-Thérèse Walter5.

Mingling agronomy with magico-religious obstetrics, the great Nimba mask was used in agrarian ceremonies, and brought fertility to both the earth and women’s wombs. It also participated in certain initiatory rites, weddings and funerals. Accompanying the Baga at each major turning point of their lives, Nimba is the emanation of a benevolent spirit able to control the forces of fertility and growth. Its dance, accompanied by chanting and drumming, was considered the most beautiful of all spectacles.

The morphology of the mask from the Périnet collection shows a rigorous classicism in the style of the Monchon village where Henri Labouret discovered a comparable piece6 in 1932. Immense, very elongated breasts with large cylindrical nipples follow its front curves. Its imposing head extends into an oversized, exaggeratedly hooked nose, below a three-humped forehead ridge of which the full shape evokes the beak of a hornbill7 with its characteristic bony casque. The face, a lovely oval within a double row of chiselled squares, begins at the small cylindrical mouth and is dominated by large open eyes. Two triple scarification lines connect the temporal region to the ears, and to an identically hatched jawline. The understated chevron cornrows of the hair follow the shape of the skull, adorned at its peak by two parallel combs. The entire sculpture is supported by four elegant feet pierced with holes that make it possible to attach it to a carrying hoop. The admirable composition of this major piece is supported by the addition of nails8 and an exceptional deep black patina made of soot and palm oil.

Among all the collections, today there are fewer than twenty Nimba masks as old as this one. Three of them were salvaged thanks to the obstinacy of a discreet collector and merchant whose career fell somewhat into oblivion. Maurice Nicaud, who began running a small transport company with service to Guinea, Mali and the Ivory Coast in 1950, was the first European of his time to discover Baga artwork. […]. The crown jewel of the collection9, the large Nimba mask is considered by the world’s specialists to be the emblematic masterpiece of the great classic Guinean statuary.

1Baga communities are patrilinear, exogamous, and structured according to age group. The elders hold gerontocratic power
2Baga Sitemu, Pukur and Bulunits
3Nimba has Soussou origins: it is not a vernacular Baga term. However, it is under that name that the Nimba image became widely known in Guinean culture and throughout the world. Baga communities themselves use different names such as D’mba or Yamban
4Illustration of the Navy Lieutenant André Coffinières de Nordeck’s article, Voyage au pays des Bagas et du Rio Nunez, Paris, 1886
5Rubin, W., “Primitivism” in 20th Century art: Affinity of the Tribal and the Modern, New York, 1984, pp. 325-326
6The piece belongs to the collections of the Musée d’Histoire Naturelle de Toulouse, on lend to the Pavillon des Sessions of the Louvre Museum, inv. no. MHNT-ETH AF 127
7Also a fertility symbol
8Brass upholstery nails obtained through the trade with Europeans
9Also includes a few iconic pieces of Malian art, such as the Dogon maternity from the former Goldet collection currently exhibited at the Pavillon des Sessions of the Louvre Museum and the primordial Dogon couple from the Musée Dapper

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