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[MONTAIGNE, Michel Eyquem de (1533-1592)] -- TÉRENCE, Publius Terentius Afer (circa 190-159 av. J.-C.)
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"Quant au bon Térence, la mignardise, et les graces du langage Latin, je le trouve admirable à représenter au vif les mouvemens de l’ame, et la condition de nos mœurs : à toute heure nos actions me rejettent à luy. Je ne le puis lire si souvent que je n’y trouve quelque beauté et grace nouvelle " - Michel de Montaigne.
[MONTAIGNE, Michel Eyquem de (1533-1592)] -- TÉRENCE, Publius Terentius Afer (circa 190-159 av. J.-C.)

COMOEDIAS, UNA CUM SCHOLIIS EX DONATI, ASPERI ET CORNUTI COMMENTARIIS DECERPTIS...BÂLE : IN OFFICINA FROBENIANA, 1538

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[MONTAIGNE, Michel Eyquem de (1533-1592)] -- TÉRENCE, Publius Terentius Afer (circa 190-159 av. J.-C.)
Comoedias, una cum scholiis ex Donati, Asperi et Cornuti commentariis decerptis...Bâle : in officina Frobeniana, 1538
[MONTAIGNE, Michel Eyquem de (1533-1592)] -- TÉRENCE, Publius Terentius Afer (circa 190-159 av. J.-C.). Comoedias, una cum scholiis ex Donati, Asperi et Cornuti commentariis decerptis...Bâle : in officina Frobeniana, 1538.

L'exemplaire personnel de Montaigne, considérablement annoté par lui lors de deux campagnes successives : en 1549, alors qu'il n'a pas encore seize ans, puis en 1553, à vingt ans.

Le livre de sa bibliothèque le plus annoté encore en mains privées.

Un témoignage précieux et touchant de l'affection et du goût de Montaigne, encore étudiant, pour Térence.

Exemplaire dans son vélin français de l'époque de Montaigne.

L’admiration de Montaigne pour Térence est bien connue. Dans son ouvrage pionnier Les Sources et l'évolution des Essais de Montaigne, Pierre Villey a relevé plus d'une vingtaine de citations ou de périphrases d'après Térence, dont le célèbre "Je suis homme : rien de ce qui est humain ne m'est étranger!" (Homo sum : humani nil a me alienum puto), provenant de l'Héautontimorouménos, vers que Montaigne avait fait peindre en latin sur l'une des poutres de sa bibliothèque. Dans le chapitre « Des livres » (II, 10), Montaigne a ces mots pour décrire le poète : « quant au bon Térence, la mignardise, et les graces du langage Latin, je le trouve admirable à représenter au vif les mouvemens de l’ame, et la condition de nos moeurs : à toute heure nos actions me rejettent à luy. Je ne le puis lire si souvent que je n’y trouve quelque beauté et grace nouvelle ».
Cette admiration était nourrie d'une lecture active, comme en attestent les 227 annotations autographes de Montaigne, issues de deux campagnes distinctes dans le temps. Montaigne annote d'abord son exemplaire autour de 1549, lorsqu'il l'acquiert, "âgé d'à peine seize ans", puis en 1553, à vingt ans. Ces annotations marginales, qui renvoient à Cicéron, à Plaute, à Ovide, à Aulu-Gelle, et encore à Eschyle, à Théocrite, au Bordelais Ausone (dits des Sept Sages), aux humanistes et grammairiens Budé et Linacre, renseignent sur les lectures de Montaigne, qui était encore étudiant.
Elles sont aussi une source de premier ordre pour apprécier l'aisance de la "main grecque" de Montaigne, également à l'oeuvre dans les marges de son Ausone, de son Lucrèce, de son Giraldi et jusque dans celles de "l'Exemplaire de Bordeaux", où il allait préparer, de 1588 à 1592, l'ultime édition de ses Essais.
La présence d'annotations en marge intérieure de certaines pages, une zone plus difficile d'accès pour un volume relié, et surtout le fait que certaines autres, en marge extérieure, aient été amputées de quelques lettres semble suggérer que l'exemplaire, lorsqu'il était entre les mains du jeune Montaigne, n'était pas relié. Si elle est ainsi postérieure aux annotations, la reliure française en vélin reste pour autant ancienne, datant probablement de la fin du XVIe siècle - il est d'ailleurs vraisemblable qu'un Montaigne plus âgé soit à l'origine de cette reliure.
La destinée du volume après son passage dans la "librairie" de Montaigne est partiellement documentée par les autres marques de provenance présentes sur la page de titre. L'ex-libris manuscrit "Gaufreteau", indique qu'il a appartenu, probablement autour du milieu du XVIIe siècle, à un membre de la famille de Jean de Gaufreteau (1572-1639) ou à l'auteur même de la Chronique bordelaise. Un autre ex-libris, qui semble lui apposé à l'aide d'un tampon, pourrait rapprocher l'exemplaire de la famille Conilh, notaires royaux de la région de Bordeaux aux XVIe et XVIIe siècles. L'exemplaire "disparaît" jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle, où il est alors dans une collection privée, provenance attestée par le cachet partiellement effacé sur la page de titre.
Resté longtemps inconnu, absent de l'article pionnier de Paul Bonnefon sur la bibliothèque de Montaigne (1895), cet exemplaire est porté à la connaissance des bibliographes et montaignistes en 1938, lorsqu’un court article lui est consacré dans le Bulletin des Amis de Montaigne. Décrit comme le « Térence de Montaigne étudiant », et comme faisant « partie d’une collection particulière », sans plus de précisions, il est dit comporter « une foule de mots du texte, comme pour les apprendre par coeur, et parfois même quelques annotations en grec », dont le rédacteur de l’article dit n’avoir « pu vérifier l’écriture ». L’ouvrage « disparaît » ensuite à nouveau. Il est bien mentionné dans l'article de Gilbert de Botton et Francis Pottiée-Sperry, "A la recherche de la 'librairie' de Montaigne" (1997), et y occupe le n°87 de la liste. La courte notice descriptive reproduit les informations, parfois imprécises de l'article de 1938, et n'étudie pas non plus les annotations : il est donc probable qu'elle ait été rédigée d'après l'article, et non pas suite à un nouvel examen de l'exemplaire. Il ne réapparaît dans la documentation que lorsqu'il est porté à la connaissance d’Alain Legros. Ce dernier mettait alors les touches finales à son ouvrage Montaigne manuscrit (2010), qui répertorie et étudie les ouvrages provenant de la bibliothèque de Montaigne et annotés par lui. « Fortune est généreuse », indique le spécialiste en préface de son livre : le Térence est en effet un ajout de choix au corpus.
Parmi les 10 exemplaires annotés recensés et étudiés par Alain Legros, le Térence est le troisième au nombre d'annotations, seulement supplanté par le Lucrèce et le César. De ce trio de tête, il est le seul en mains privées, ses deux devanciers étant respectivement conservés à Cambridge et à la Bibliothèque du Musée Condé, à Chantilly. Cette réapparition de l'exemplaire n’était pas due à un changement de propriétaire, le livre étant resté, depuis au moins la seconde moitié du XIXe siècle, dans la même famille, qui le propose à la vente aujourd’hui.

In-folio (300 x 200 mm). Marque de l'imprimeur au titre et au colophon (mouillures claires, les feuillets D2 et D5 sont manquants). Reliure française de l'époque de Montaigne, postérieure aux annotations, en vélin souple, titre à l'encre en tête du dos (corps de l’ouvrage partiellement désolidarisé de sa reliure, taches).
Provenance : l'exemplaire, considérablement annoté par Montaigne au cours de deux campagnes distinctes, présente également plusieurs marques de provenance autographes : 1) sur la page de titre, première annotation autographe de Montaigne, âgé de "presque 16 ans" en 1549 : "Michael Eyquemius Montanus Burdigalensis huius possessor 1549 ætatis anno prope 16. Ca. Ia.", i.e. Calendis Ianuariis, donc 1er janvier 1549. 2) au bas de la page de titre, seconde annotation autographe de Montaigne, désormais âgé de 20 ans, en 1553 : "M. E. M. B. 1553 / 20", suivi de la devise latine "Dum licet", dont l’équivalent italien "Mentre si puo", lui aussi autographe, suit le colophon. Cette devise, que Montaigne traduit dans son livre par "Selon qu'on peut" ("c'était, ajoute-t-il, le refrain et le mot favori de Socrate, mot de grande substance"), se rencontre aussi à la dernière page de l'Ausone aldin de 1517 et du Pétrarque de 1550 que possédait aussi Montaigne. Ce fut là sans doute sa devise de jeune homme. D'autres marques de provenance documentent les possesseurs suivants : 3) sur la page de titre, mention manuscrite "Gaufreteau" (avec la date de 1633 ou 1683?). 4) sur la page de titre, ex-libris "Conilhi", probablement apposé à l'aide d'un tampon. On retrouve trace d'une famille Conilh, notaires royaux exerçant dans la région de Bordeaux tout au long des XVIe et XVIIe siècles. 5) sur la page de titre, cachet d'une bibliothèque particulière de la seconde moitié du XIXe siècle, avec cote. Une "Note sur la bibliothèque de Montaigne", datant du début du XXe siècle, est contrecollée en regard de la page de titre.

Bibliographie : Nous remercions Alain Legros pour son aide et ses suggestions précieuses lors de la rédaction de cette notice. Paul Bonnefon, “La Bibliothèque de Montaigne”, in Revue d'Histoire littéraire de la France, vol. 2, n°3, 1895, pp. 313–371 (exemplaire non mentionné). Pierre Villey. Les sources et l'évolution des "Essais" de Montaigne : thèse pour le doctorat présentée à la Faculté des lettres de l'Université de Paris. Les sources et la chronologie des «Essais». Paris, 1908 : pp. 228-229, 258 (exemplaire non mentionné). Auguste Salles, "Dans la Librairie de Montaigne - le Térence de Montaigne", in Bulletin des Amis de Montaigne, n° 4, 1938, pp. 21-22 (première mention imprimée de l'existence de l'exemplaire). André Masson, "Notes sur la bibliothèque de Montaigne", in Humanisme et Renaissance, 1939, t. 6, n°4 (1939), pp. 474-493 (exemplaire non mentionné). Gilbert de Botton et Francis Pottiée-Sperry, "A la recherche de la 'librairie' de Montaigne", in Bulletin du bibliophile,1997, n°2, pp. 254-298, n°87 de la liste. La notice a certainement été rédigée d'après l'article de 1938, sans consultation de l'exemplaire. Alain Legros a répertorié et étudié in extenso les exemplaires annotés par Montaigne dans son ouvrage Montaigne manuscrit. Paris : Classiques Garnier, 2010. Pour le Térence, voir en particulier les pp. 15-16 et 161-208. 227 annotations autographes y sont recensées, avec restitution des parties lacunaires, commentaires et traductions. La reconstitution virtuelle de la bibliothèque personnelle de Montaigne est un projet hébergé sur le site des Bibliothèques Virtuelles Humanistes de l’Université de Tours. Cet exemplaire y est étudié, décrit et numérisé : https:// montaigne.univ-tours.fr/terence/ N.B. Montaigne possédait au moins un autre Térence, comme en fait foi celui de la collection de Botton, aujourd'hui à la Bibliothèque de l'Université de Cambridge, dont A. Legros a montré qu'il avait appartenu auparavant à La Boétie.

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Lot Essay

[MONTAIGNE, Michel Eyquem de (1533-1592)] -- TERENCE, Publius Terentius Afer (circa 190-159 B.C.). Comoedias, una cum scholiis ex Donati, Asperi et Cornuti commentariis decerptis...Basel : in officina Frobeniana, 1538.

Montaigne's personal copy, annotated by him on two occasions : around 1549, not even aged 16, and in 1553, aged 20.

The most annotated book from his library still in private hands.

A precious and touching testimony of Montaigne's fondness for Terence.

The copy is kept in an old vellum binding, slightly later than the annotations but contemporary of Montaigne's life.

Much has already been written about Montaigne's fondness for Terence. In his pioneering work Les Sources et l'évolution des Essais de Montaigne, Pierre Villey has identified more than twenty quotations of Terence, including the well-known "I am human, and I think nothing human is alien to me" (Homo sum : humani nil a me alienum puto), from his play Heauton Timorumenos.
In the chapter "Of Books" of his Essays, Montaigne evokes the poet in these terms : "as for good Terence, the refined elegance and grace of the Latin tongue, I find him admirable in his vivid representation of our manners and the movements of the soul; our actions throw me at every turn upon him; and I cannot read him so often that I do not still discover some new grace and beauty".

Montaigne's amazement was obviously fueled by a constant, focused and active reading, as shown by the 227 autograph annotations. Montaigne annotated his personal copy on two occasions : around 1549, at the time of the books acquisition and "not even aged 16", and four years later, in 1553. These marginal annotations often refer to Cicero, Lucretius, Plautus or Aulus Gellius, offer a fascinating insight into the readings of Montaigne as a student at the collège de Guyenne. They are also a major source for documenting Montaigne's knowledge of ancient Greek.

The copy's destiny after its passage in Montaigne's library is known in parts, thanks to various provenance marks on its title page. The "Gaufreteau" mention indicates that it belonged to a member of this family, linked to Montaigne's, probably in the middle of the 17th century. Another mention, probably applied with the use of a stamp, could link the copy to the Conilh family, who were royal notaries in the region of Bordeaux in the 16th and 17th centuries.
The copy then seems to have "disappeared" until the second half of the 19th century, when it is located in a private collection, as indicated by the stamp on the title page.

This copy seems to have been first mentioned by scholars in 1938, in an article of the Bulletin des Amis de Montaigne. Described as the "Terence of the student Montaigne", and as being "part of a private collection" without any detail, it is told to contain "a very large numbers of words from the text, as if someone wanted to learn them by heart, and even sometimes some annotations in Greek". That said, the author of the article wrote that he had "not been able to check the handwriting".

The copy then "disappeared" again, until it was shown to Montaigne specialist scholar Alain Legros, who was putting the finishing touches to his book Montaigne manuscrit, an attempt to document the books from Montaigne's library and annotated by him. "Fortune is generous", the scholar indicates in his preface : indeed, this Terence is a first choice addition to the corpus, with each of the annotations transcribed, completed, and studied in great detail. Among the 10 books annotated by Montaigne listed by Legros, the Terence occupies the third place, only falling behind the Lucretius and the Caesar in terms of sheer number of annotations. Among this leading trio, only the Terence is still in private hands, the other two being respectively preserved at Cambridge and the Bibliothèque du Musée Condé, in Chantilly.
This "reapparition" was not due to a change of owner, as the copy has remained in the same family since, at least, the second half of the 19th century.

Folio (300 x 200 mm). Printer's device on the title page and the colophon (some marginal dampstaining, lacking leaves D2 and D5). Old french vellum binding, slighlty later than the annotations as some have been trimmed a bit short, but contemporary of Montaigne's life, title written in ink on the spine (partially unbound, some stains).
Provenance : the copy was extensively annotated by Montaigne, on two successive occasions (227 annotations studied by Alain Legros). It also sports several autograph provenance marks :
1) on the upper part of the title page : first autograph inscription by Montaigne, who at the time was "nearly 16 years old"', in 1549 : "Michael Eyquemius Montanus Burdigalensis huius possessor 1549 ætatis anno prope 16. Ca".
2) on the lower part of the title page: second autograph inscription by Montaigne, in 1553, at the age of 20 : "M. E. M. B. 1553 / 20", followed by the motto "Dum licet". Its Italian equivalent "Mentre si puo" was written by Montaigne on the colophon.
Later possessors are documented as such :
3) on the title page, inscription "Gaufreteau" (with a 1633 or 1683 date?).
4) on the title page, "Conilhi" bookplate, probably applied with the use of a stamp.Royal notaries by the name of Conilh are known in the region of Bordeaux in the16th and 17th centuries.
5) on the title page, library stamp of a private library, dating from the second half of the 19th century, with shelfmark.
A "Note on Montaigne's library", handwritten in French and dating from the beginning of the 20th century, was pasted facing the title page.

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