COMMODE ROYALE D’ÉPOQUE LOUIS XV LIVREE POUR LE DAUPHIN
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COMMODE ROYALE D’ÉPOQUE LOUIS XV LIVREE POUR LE DAUPHIN

PAR ANTOINE-ROBERT GAUDREAUS, 1745

Details
COMMODE ROYALE D’ÉPOQUE LOUIS XV LIVREE POUR LE DAUPHIN
PAR ANTOINE-ROBERT GAUDREAUS, 1745
En placage de bois de violette et ébène, ornementation de bronze ciselé et doré associée d’agrafes, feuilles d’acanthe et coquille, le dessus de marbre restauré rouge griotte mouluré, de forme évasée, la façade centrée d’un cartouche cordiforme renversé à décor losangique et ouvrant par deux tiroirs sans traverse, chacun des côtés souligné d’une réserve d’un même décor losangique et ouvrant par un vantail, les pieds cambrés surmontés de guivres à l’avant, avec un numéro d’inventaire au dos à l’encre noire N°1380 ; probablement replaquée

H.: 92 cm. ( 36 1⁄4 in.) ; L.: 189 cm. ( 74 1⁄4 in.) ; P.: 69 cm. ( 27 1⁄4 in.)
Provenance
Livrée par Antoine-Robert Gaudreaus à Louis Dauphin de France pour sa chambre à Versailles le 14 décembre 1745 ;
Vente Versailles, hôtel Rameau, 12 mai 1960, lot 83 ;
Collection particulière européenne.
Special notice

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Post lot text
A ROYAL LOUIS XV ORMOULU-MOUNTED TULIPWOOD AND EBONY COMMODE BY ANTOINE-ROBERT GAUDREAUS, 1745, SUPPLIED TO DAUPHIN DE FRANCE

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Simon de Monicault
Simon de Monicault Head of Department

Lot Essay

Véritable tour de force technique, cette impressionnante commode constitue un jalon dans l’histoire des arts en France tant royale que stylistique. Malgré les altérations que cette commode a subies en termes de placage et de bronze, la puissance de sa ligne conjuguée à ses dimensions extraordinaires inscrivent ce meuble parmi les meubles luxueux livrés à la Couronne au XVIIIe siècle.
Auteur de deux des chefs-d’œuvre incontournables de l’histoire du mobilier, Antoine-Robert Gaudreaus nous livre ici une étourdissante commode de près de deux mètres de long. Avec sa forme évasée soulignée par la présence des deux encoignures, Gaudreaus décide avec ce meuble de faire évoluer la ligne, qu’il assagit, en laissant au passé le rocaille symétrique. Témoin du grand luxe qui régnait dans les appartements du Dauphin de France, ce fabuleux meuble réapparaît enfin sur le marché de l’art après plus d’un demi-siècle de silence.

Une livraison royale
Le Journal du Garde-meuble royal enregistre, en date du 14 décembre 1745, sa livraison : « Livré par le sr Gaudreaus, ébéniste, pour servir dans la chambre de Mgr le Dauphin à Versailles. N°1380. Une grande commode de bois violet à placages, à dessus de marbre griotte d’Italie, bombée et chantournée, aiant par devant deux grands tiroirs et sur le côté deux armoires. Le tout fermant à clef. Enrichie d’ornemens, mains et entrées de serrures de bronze doré et portée sur quatre pieds à roulots. Longue de 5 pieds 10 pouces, sur 2 pieds de profondeur et 34 pouces de haut [Larg.189,5 x Prof. 65 x Haut.92cm]». (Arch. nat. O1 3313)

Cette livraison de décembre 1745 suit celles destinées au Dauphin (1729-1765), fils de Louis XV, non pas au rez-de-chaussée du corps central du château, mais dans le bel appartement au premier étage de l’aile du midi (qui a été celui du grand Dauphin en 1682-1684). L’aménagement de ces salles commence début 1745, peu après le mariage du jeune prince avec l’infante Marie-Raphaëlle d’Espagne (1726-1746). Un plan conserve le souvenir de cet appartement et marque l’emplacement de la commode dans la chambre, face au trumeau de cheminée.

Tandis que le prince est meublé par l’ébéniste de la couronne, Gaudreaus, la Dauphine est meublée par les marchands parisiens à la mode. En janvier 1745, Thomas-Joachim Hébert livre ainsi pour sa chambre une commode en laque du Japon, œuvre de BVRB (n°1343, aujourd’hui à Versailles), puis pour son cabinet de retraite un secrétaire en marqueterie de fleurs (n°1344) et une table à écrire (n°1345). En mars 1745, le même Hébert livre pour la Dauphine deux encoignures en laque de Chine fond noir à fleurs et oiseaux (n°1353), une table à café en bois de Cayenne (n°1352) et une pendule pour sa chambre (n°44). Gaudreaus, de son côté, fournit pour son cabinet des jeux sept tables de jeux en bois violet et trois écrans (n°3105-3106).

Dès janvier 1745, Gaudreaus fournit le Dauphin : deux grandes commodes à placages, l’une de palissande (n°1338), la seconde de bois violet (n°1341), suivies de deux tables de nuit et deux encoignures de bois violet (n°1339-1340) et un secrétaire en amarante (n°1342). Tous ces meubles sont décrits à placages. Alors qu’un premier bureau a été fourni par le même Gaudreaus en mars 1744 (n°1323), les deux bureaux suivants sont achetés à des marchands-merciers parisiens : le bureau en marqueterie de fleurs destiné à la bibliothèque fut acheté à Le Brun (n°1346), tandis que celui du grand cabinet, également en marqueterie de fleurs réalisé par BVRB, est livré par Hébert (n°1347, voir P. Verlet, Le Mobilier Royal vol. II, Paris, 1992, p.50).

La forme du meuble, avec son tablier renflé et ses encoignures sur les côtés évoque celle des quatre chefs-d’œuvre de Gaudreaus des mêmes années : la commode de la chambre de Louis XV à Versailles, aux bronzes signés Caffiéri, livrée en avril 1739 (Wallace Collection, inv. F86), celle analogue à la précédente livrée en mai 1739 pour la chambre du roi à Compiègne (n°1167, non encore identifiée) ; ou le médaillier livré à Louis XV en avril 1738 (château de Versailles, inv. V 5054) avec les bronzes des frères Slodtz ; On ajoutera à cette liste la commode de Selle (Wallace collection, Londres, inv. F85) et la commode de la collection de Victor Rothschild (vente Sotheby’s, Londres, 19 avril 1937, lot 294), sans doute partiellement replaquée.

Antoine-Robert Gaudreaus (vers 1682-1746)
Bien que reçu à la maîtrise en 1708, Gaudreaus commence à travailler dès la fin de son apprentissage en 1702. Il s’établit rue du Faubourg-Saint-Antoine et est élu juré-comptable de la corporation des menuisiers-ébénistes vers 1720-1721. Quelques années plus tard, voyant son affaire prospérer, l’ébéniste se rapproche du centre de Paris pour reprendre l’enseigne de feu François Guillemard Au Cabinet dItalie. C’est à partir de ces années, en 1725-1726, que Gaudreaus commence à livrer des meubles pour le Garde-Meuble royal ; il le fera jusqu’à sa mort en 1746. Ayant déjà atteint la quarantaine, Gaudreaus succède en effet à Hecquet comme ébéniste de la Couronne. En vingt ans, il livre plus de 850 meubles ; l’essentiel de sa production se situant entre 1730 et 1745. Pour honorer ces nombreuses commandes royales, il recourt en toute logique à ses pairs, à l’instar du talentueux Doirat dont l’inventaire après décès mentionne en effet une dette de 600 livres due par Gaudreaus.
Le médaillier et la commode qu’il réalise pour Louis XV font partie de ces chefs-d’œuvre incontournables dans l’histoire du mobilier. Les dessins et les bronzes du médaillier ont été réalisés par les Slodtz ; la livraison a lieu en janvier 1739 pour le cabinet intérieur du roi à Versailles. En avril de la même année, Gaudreaus livre pour la chambre du roi la commode ornée des bronzes de Jacques Caffieri et réalisée d’après un dessin de Slodtz.

Louis de France (1729-1765)
Quatrième enfant du couple Louis XV – Marie Lesczynska, Louis de France n’accède pas au trône puisqu’il meurt avant son père. Le Dauphin reçoit évidemment une excellente éducation et montre une très grande affinité avec la musique mais également pour les langues, que ce soit pour le latin et fait plus rare pour l’anglais.
Il épouse à l’âge de seize ans, le 23 février 1745 l’infante Marie-Thérèse d’Espagne (1726-1746), cousine germaine du roi Louis XV, deuxième fille de Philippe V – on y représente d’ailleurs pour la première fois le ballet Platée de Rameau. La Dauphine ne réussit pas à trouver sa place à la cour et meurt en couches en 1746. En février 1747, Louis de France épouse alors en seconde noce Marie-Josèphe de Saxe, fille du roi de Pologne. Tout au long de sa vie, et ce dès l’enfance, il fait preuve d’une profonde et sincère dévotion pour sa mère. En effet, il désapprouve aussi bien la séparation du couple royal que le comportement volage de son père.
Il est emporté trop tôt par la tuberculose à l’âge de trente-six ans avant de pouvoir monter sur le trône. Cependant, le père soucieux de l’éducation de ses enfants qu’il était, Louis de France aura eu la sagesse d’enseigner l’humilité à ses fils, aux destins que l’on connaît, les futurs Louis XVI, Louis XVIII et Charles X : « Nous sommes tous égaux devant Dieu dans la naissance et dans la mort. Seuls nos actes nous diffèrent les uns des autres. Vous serez un jour plus grand que ces enfants dans lestime du peuple ; mais ils seront eux-mêmes plus grands devant Dieu sils sont plus vertueux. »

Nous remercions Monsieur Alexandre Pradère pour son aide à la rédaction de cette notice.

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