Lot Essay
Cet exceptionnel cabinet, tant par ses dimensions que par l'usage de matériaux précieux, devait très certainement occuper une place de choix au sein d’un cabinet de curiosités princier. L'utilisation spectaculaire de l'ivoire et des panneaux de laque japonaise, montre l'excellence du savoir-faire des artisans et la richesse de son commanditaire. Véritable microcosme des merveilles du monde, le cabinet demeure, aux yeux des plus grands connaisseurs, l’incarnation même de l’objet précieux.
LE CABINET : OEUVRE D'ART À PART ENTIÈRE ET MICROCOSME DU MONDE CONNU
Conçu comme un véritable écrin destiné à abriter les plus extraordinaires merveilles, notre cabinet se distingue par une sobre et majestueuse structure en ébène noir, dont la préciosité se révèle pleinement à l’ouverture. L’intérieur, d’une rare somptuosité, est entièrement revêtu d’ivoire et orné de panneaux de laque japonaise, matériaux d’un raffinement extrême et d’une rareté exceptionnelle.
À la Renaissance, le développement du commerce favorise une intense circulation des œuvres, des idées et des matériaux entre les grands foyers artistiques européens, notamment italiens et flamands. Les ivoiriers, désormais considérés comme de véritables artistes, voient leur talent recherché par les cours princières. Grâce à l’expansion des échanges maritimes, les matières précieuses affluent dans les grands ports : Livourne en Italie, Hambourg en Allemagne, Anvers et Amsterdam aux Pays-Bas deviennent des centres névralgiques du commerce international. De là, l’ivoire est acheminé vers des villes de production réputées, telles que Nuremberg, où l’activité est florissante.
Parallèlement, les laques du Japon, matériau rarissime et extrêmement convoité, parviennent en Europe à grands frais, transitant par ces nouveaux circuits commerciaux. De ces échanges naissent des œuvres d’un raffinement métissé, véritables symboles du dialogue entre Orient et Occident.
Pour les collectionneurs de l’époque, ces cabinets ne répondaient pas seulement à un goût prononcé pour le précieux : ils incarnaient aussi une quête intellectuelle, celle de comprendre et de résumer l’univers. Œuvres d’art à part entière, ils se faisaient microcosmes du monde connu, abritant les naturalia, ces merveilles de la nature telles que coraux, coquillages ou plumes, et les artificialia, fruits du génie humain comme les monnaies, bijoux ou pierres gravées.
Le cabinet illustre ainsi à lui seul la passion de posséder, le sens de l’ordre et l’esprit de classification qui animaient les princes collectionneurs et fondateurs de ces célèbres Kunstkammern, véritables théâtres du savoir et de la beauté.
MELCHIOR BAUMGARTNER : ÉBÉNISTE AUGSBOURGEOIS DE RENOM
Fils d’Ulrich Baumgartner, figure éminente de l’ébénisterie augsbourgeoise et fabricant de cabinets parmi les plus renommés de son temps, Melchior Baumgartner (1621-1696) reprit avec brio l’atelier paternel. Il jouit à son tour d’une réputation prestigieuse auprès d’une clientèle européenne d’exception, comptant notamment le duc Maximilien Ier de Bavière. Pour ce dernier, il réalisa deux remarquables cabinets en ivoire, montés d’argent et de lapis-lazuli, aujourd’hui conservés au Bayerisches Nationalmuseum de Munich. Le premier, signé et daté de 1646 (inv. R 2139), témoigne de son exceptionnelle maîtrise. Le second, exécuté peu après, est reproduit dans l’ouvrage de M. Riccardi-Cubitt, op. cit., p. 53.
LE CORPUS RESTREINT DES CABINETS AUGSBOURGEOIS
Nous connaissons aujourd’hui un cabinet comparable, enrichi de pietra-dura, figurait anciennement dans les collections du Stadtholder Prince William V d'Orange. Il fut saisi pendant l'occupation française et emporté en France après 1795. Ce cabinet fut la première pièce de mobilier à entrer dans les collection du Louvre (inv. OA 6630 ; ill, D. Alcouffe et al., op. cit., pp. 48-51).
Plusieurs cabinets précieux similaires sont aujourd'hui attribués à Melchior Baumgartner. Un cabinet de grande dimension fut présenté à la vente chez Christie’s, Londres, le 14 décembre 2000, lot 30. Il est marqueté de superbes plaques de pietra-dura figuratives, témoignant de l’immense étendu du savoir-faire de ces artisans. La façade architecturée, rythmée d'arcs et de pespectives, dissimulent une multitude de tiroirs et de compartiments secrets.
Enfin, deux cabinets richements décorés témoignent encore une fois de l'imagination de leur créateur et de la richesse de leurs commanditaires. Le premier, entièrement plaqué d'ivoire fut présenté chez Christie’s, Paris, le 19 décembre 2007, lot 805, et le second, orné d’un somptueux décor de papier peint représentants les mois et les saisons, fut présenté chez Christie’s, New York, le 21 octobre 1997, lot 32.
Exceptional in size and spectacular in its use of ivory, as well as rare Japanese lacquer panels – even more so for the period – this breathtaking cabinet was most certainly part of a princely cabinet of curiosities. A microcosm of all that is most marvellous, the cabinet is still considered by today's greatest connoisseurs to be the ultimate precious object.
THE CABINET: A TOTAL WORK OF ART
Designed as a veritable showcase for the most incredible treasures, our cabinet is adorned with a black ebony structure of understated simplicity, whose preciousness is revealed when opened. The interior is composed of materials of unquestionable rarity and refinement, as it is entirely veneered with ivory and Japanese lacquer. It was during the Renaissance, thanks to advances in trade, that artistic exchanges multiplied between Italian and Flemish centres of creation. Ivory carvers in particular were no longer mere craftsmen but artists in their own right, whose talent was highly sought after by princely courts. Thanks to the growth in trade relations, raw materials flooded into ports: Livorno in Italy, Hamburg in Germany, Antwerp and Amsterdam in the Netherlands became important trading centres. From these ports, ivory was distributed to cities where it was then worked, in Nuremberg for example, where production was enormous. Similarly, Japanese lacquerware, an extremely rare and therefore highly prized material, was imported at great expense thanks to these new transit points, giving rise to hybrid works that were true symbols of this dialogue between East and West.
For collectors, these cabinets not only satisfied their taste for precious objects, but also responded to one of their major concerns: the need to understand and summarise the universe. Indeed, as works of art in their own right, they also had to be miniature cabinets of curiosities. They were designed to preserve the most marvellous objects in the universe, both raw, directly from nature, naturalia (corals, shells or feathers) and the fruits of human labour, artificialia (numismatics, jewellery and engraved stones). The cabinet thus illustrates the frenzy of possession and the concern for order and classification that characterised every prince who owned a Kunstkammer at the time.
MELCHIOR BAUMGARTNER (1621-1696)
The son of Ulrich Baumgartner, Melchior took over the business of his father, who was the most renowned cabinet maker in Augsburg at the time. Melchior enjoyed equal prestige among a prestigious European clientele, including Duke Maximilian I of Bavaria, for whom he made two impressive ivory cabinets mounted with silver and lapis lazuli, now preserved in the Bayerisches Nationalmuseum in Munich. The first is signed and dated 1646 (Inv. R 2139). The second, which was made shortly afterwards, is illustrated in M. Riccardi-Cubitt's book, Un art européen, le cabinet de la Renaissance à l'époque moderne, 1993, p. 53.
A LIMITED CORPUS
A cabinet of impressive dimensions was offered for sale at Christie's, London, on 14 December 2000, lot 30. This is a variant featuring incredible figurative pietra dura panels, testifying to the immense skill of these craftsmen. With a fairly similar, strongly architectural design, punctuated by arches and perspectives, it has fronts that conceal a multitude of drawers and secret compartments. We now know of another of these cabinets enriched with pietra dura, which formerly belonged to the collections of Stadtholder Prince William V of Orange and was seized during the French occupation and taken to France after 1795. This cabinet was the first piece of furniture to enter the Louvre's collections (Inv. OA 6630, ill, D. Alcouffe et al., Le Mobilier du Musée du Louvre, Paris, 1993, Vol. I, pp. 48-51). Finally, two extremely rare cabinets, one entirely veneered in ivory and the other decorated with sumptuous wallpaper depicting the months and seasons, were offered for sale at Christie's, Paris, on 19 December 2007, lot 805, and Christie's, New York, on 21 October 1997, lot 32, once again demonstrating the incredible range of possibilities that this type of object could offer both its creator and its recipient.
LE CABINET : OEUVRE D'ART À PART ENTIÈRE ET MICROCOSME DU MONDE CONNU
Conçu comme un véritable écrin destiné à abriter les plus extraordinaires merveilles, notre cabinet se distingue par une sobre et majestueuse structure en ébène noir, dont la préciosité se révèle pleinement à l’ouverture. L’intérieur, d’une rare somptuosité, est entièrement revêtu d’ivoire et orné de panneaux de laque japonaise, matériaux d’un raffinement extrême et d’une rareté exceptionnelle.
À la Renaissance, le développement du commerce favorise une intense circulation des œuvres, des idées et des matériaux entre les grands foyers artistiques européens, notamment italiens et flamands. Les ivoiriers, désormais considérés comme de véritables artistes, voient leur talent recherché par les cours princières. Grâce à l’expansion des échanges maritimes, les matières précieuses affluent dans les grands ports : Livourne en Italie, Hambourg en Allemagne, Anvers et Amsterdam aux Pays-Bas deviennent des centres névralgiques du commerce international. De là, l’ivoire est acheminé vers des villes de production réputées, telles que Nuremberg, où l’activité est florissante.
Parallèlement, les laques du Japon, matériau rarissime et extrêmement convoité, parviennent en Europe à grands frais, transitant par ces nouveaux circuits commerciaux. De ces échanges naissent des œuvres d’un raffinement métissé, véritables symboles du dialogue entre Orient et Occident.
Pour les collectionneurs de l’époque, ces cabinets ne répondaient pas seulement à un goût prononcé pour le précieux : ils incarnaient aussi une quête intellectuelle, celle de comprendre et de résumer l’univers. Œuvres d’art à part entière, ils se faisaient microcosmes du monde connu, abritant les naturalia, ces merveilles de la nature telles que coraux, coquillages ou plumes, et les artificialia, fruits du génie humain comme les monnaies, bijoux ou pierres gravées.
Le cabinet illustre ainsi à lui seul la passion de posséder, le sens de l’ordre et l’esprit de classification qui animaient les princes collectionneurs et fondateurs de ces célèbres Kunstkammern, véritables théâtres du savoir et de la beauté.
MELCHIOR BAUMGARTNER : ÉBÉNISTE AUGSBOURGEOIS DE RENOM
Fils d’Ulrich Baumgartner, figure éminente de l’ébénisterie augsbourgeoise et fabricant de cabinets parmi les plus renommés de son temps, Melchior Baumgartner (1621-1696) reprit avec brio l’atelier paternel. Il jouit à son tour d’une réputation prestigieuse auprès d’une clientèle européenne d’exception, comptant notamment le duc Maximilien Ier de Bavière. Pour ce dernier, il réalisa deux remarquables cabinets en ivoire, montés d’argent et de lapis-lazuli, aujourd’hui conservés au Bayerisches Nationalmuseum de Munich. Le premier, signé et daté de 1646 (inv. R 2139), témoigne de son exceptionnelle maîtrise. Le second, exécuté peu après, est reproduit dans l’ouvrage de M. Riccardi-Cubitt, op. cit., p. 53.
LE CORPUS RESTREINT DES CABINETS AUGSBOURGEOIS
Nous connaissons aujourd’hui un cabinet comparable, enrichi de pietra-dura, figurait anciennement dans les collections du Stadtholder Prince William V d'Orange. Il fut saisi pendant l'occupation française et emporté en France après 1795. Ce cabinet fut la première pièce de mobilier à entrer dans les collection du Louvre (inv. OA 6630 ; ill, D. Alcouffe et al., op. cit., pp. 48-51).
Plusieurs cabinets précieux similaires sont aujourd'hui attribués à Melchior Baumgartner. Un cabinet de grande dimension fut présenté à la vente chez Christie’s, Londres, le 14 décembre 2000, lot 30. Il est marqueté de superbes plaques de pietra-dura figuratives, témoignant de l’immense étendu du savoir-faire de ces artisans. La façade architecturée, rythmée d'arcs et de pespectives, dissimulent une multitude de tiroirs et de compartiments secrets.
Enfin, deux cabinets richements décorés témoignent encore une fois de l'imagination de leur créateur et de la richesse de leurs commanditaires. Le premier, entièrement plaqué d'ivoire fut présenté chez Christie’s, Paris, le 19 décembre 2007, lot 805, et le second, orné d’un somptueux décor de papier peint représentants les mois et les saisons, fut présenté chez Christie’s, New York, le 21 octobre 1997, lot 32.
Exceptional in size and spectacular in its use of ivory, as well as rare Japanese lacquer panels – even more so for the period – this breathtaking cabinet was most certainly part of a princely cabinet of curiosities. A microcosm of all that is most marvellous, the cabinet is still considered by today's greatest connoisseurs to be the ultimate precious object.
THE CABINET: A TOTAL WORK OF ART
Designed as a veritable showcase for the most incredible treasures, our cabinet is adorned with a black ebony structure of understated simplicity, whose preciousness is revealed when opened. The interior is composed of materials of unquestionable rarity and refinement, as it is entirely veneered with ivory and Japanese lacquer. It was during the Renaissance, thanks to advances in trade, that artistic exchanges multiplied between Italian and Flemish centres of creation. Ivory carvers in particular were no longer mere craftsmen but artists in their own right, whose talent was highly sought after by princely courts. Thanks to the growth in trade relations, raw materials flooded into ports: Livorno in Italy, Hamburg in Germany, Antwerp and Amsterdam in the Netherlands became important trading centres. From these ports, ivory was distributed to cities where it was then worked, in Nuremberg for example, where production was enormous. Similarly, Japanese lacquerware, an extremely rare and therefore highly prized material, was imported at great expense thanks to these new transit points, giving rise to hybrid works that were true symbols of this dialogue between East and West.
For collectors, these cabinets not only satisfied their taste for precious objects, but also responded to one of their major concerns: the need to understand and summarise the universe. Indeed, as works of art in their own right, they also had to be miniature cabinets of curiosities. They were designed to preserve the most marvellous objects in the universe, both raw, directly from nature, naturalia (corals, shells or feathers) and the fruits of human labour, artificialia (numismatics, jewellery and engraved stones). The cabinet thus illustrates the frenzy of possession and the concern for order and classification that characterised every prince who owned a Kunstkammer at the time.
MELCHIOR BAUMGARTNER (1621-1696)
The son of Ulrich Baumgartner, Melchior took over the business of his father, who was the most renowned cabinet maker in Augsburg at the time. Melchior enjoyed equal prestige among a prestigious European clientele, including Duke Maximilian I of Bavaria, for whom he made two impressive ivory cabinets mounted with silver and lapis lazuli, now preserved in the Bayerisches Nationalmuseum in Munich. The first is signed and dated 1646 (Inv. R 2139). The second, which was made shortly afterwards, is illustrated in M. Riccardi-Cubitt's book, Un art européen, le cabinet de la Renaissance à l'époque moderne, 1993, p. 53.
A LIMITED CORPUS
A cabinet of impressive dimensions was offered for sale at Christie's, London, on 14 December 2000, lot 30. This is a variant featuring incredible figurative pietra dura panels, testifying to the immense skill of these craftsmen. With a fairly similar, strongly architectural design, punctuated by arches and perspectives, it has fronts that conceal a multitude of drawers and secret compartments. We now know of another of these cabinets enriched with pietra dura, which formerly belonged to the collections of Stadtholder Prince William V of Orange and was seized during the French occupation and taken to France after 1795. This cabinet was the first piece of furniture to enter the Louvre's collections (Inv. OA 6630, ill, D. Alcouffe et al., Le Mobilier du Musée du Louvre, Paris, 1993, Vol. I, pp. 48-51). Finally, two extremely rare cabinets, one entirely veneered in ivory and the other decorated with sumptuous wallpaper depicting the months and seasons, were offered for sale at Christie's, Paris, on 19 December 2007, lot 805, and Christie's, New York, on 21 October 1997, lot 32, once again demonstrating the incredible range of possibilities that this type of object could offer both its creator and its recipient.
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