Pablo Picasso (1881-1973)
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L'aveugle à genoux

Details
Pablo Picasso (1881-1973)
L'aveugle à genoux
signé et dédié 'A mon tres cher ami Olin Picasso 1908' (en bas à gauche) et signé à nouveau, daté et inscrit 'Dessin fait par moi l'année 1903 Picasso' (le long du bord inférieur)
encre sur papier
36.2 x 26.3 cm.
Exécuté en 1903

signed and dedicated 'A mon tres cher ami Olin Picasso 1908' (lower left) and signed again, dated and inscribed 'Dessin fait par moi l'année 1903 Picasso' (lower edge)
pen and ink on paper
14 ¼ x 10 3⁄8 in.
Executed in 1903
Provenance
Marcel Olin (don de l'artiste).
Dora Maar, Paris; sa vente, Piasa, Paris, 27 octobre 1998, lot 3.
Acquis au cours de cette vente par les propriétaires actuels.
Further details
Exécuté à la plume et à l’encre, L’Aveugle à genoux fait émerger, dans un jeu subtil d’ombres et de lignes, la silhouette fragile d’une figure masculine repliée sur elle-même. Réalisé en 1903 lors de la Période bleue de l’artiste, ce dessin rare appartient à l’un des moments les plus déterminants de la carrière de Picasso. L’artiste exécute cette œuvre sur papier peu après son retour à Barcelone depuis Paris. Au cours de ce séjour d’environ quinze mois dans sa ville natale, Picasso produit certaines des œuvres les plus marquantes de cette période, explorant les profondeurs de la psyché humaine et s’attachant aux thèmes de la solitude, de la misère et de la souffrance.
Picasso était revenu à Barcelone en janvier 1903, après avoir vécu à Paris depuis octobre de l’année précédente. Ce second séjour parisien s’était cependant révélé particulièrement difficile. Marquée par l’échec et par une grande pauvreté, cette période fut décrite comme l’une des plus sombres de l’existence de l’artiste. À Paris, il tenta sans succès de vendre ses œuvres à des marchands tels que Durand-Ruel et Ambroise Vollard, qui refusèrent d’en acquérir. Contraint de changer fréquemment de logement et rapidement privé de ressources, Picasso se retrouva bientôt incapable d’acheter du matériel de peinture, ni même des bougies ou de l’huile pour s’éclairer. Avec l’arrivée de l’hiver, la situation devint intenable : transi de froid et affamé, il n’eut d’autre choix que de rentrer à Barcelone. Comme l’écrit John Richardson : « Après être revenu à Barcelone vers le milieu de janvier, il y resta plus d’un an, mais ce serait son dernier séjour prolongé sur le sol espagnol. La défaite l’avait rendu plus que jamais déterminé à retourner à Paris et à y triompher. Où ailleurs un artiste moderne pouvait-il mesurer l’étendue de ses propres forces ? » (J. Richardson, A Life of Picasso, vol. I, 1881–1906, Londres, 1991, p. 267).
De retour dans la capitale catalane, Picasso réintégra la maison familiale tout en louant une pièce à proximité pour y installer son atelier. Bien que Paris demeurât son horizon artistique, il se plongea avec une intensité renouvelée dans le travail. Entre 1903 et le début de 1904, il réalisa plusieurs œuvres majeures qui comptent aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre fondateurs de sa carrière, dont La Vie, La Célestine et L’Ascète. Comme le souligne Richardson : « Pendant les quinze mois suivants, Picasso s’attela à perfectionner la synthèse vers laquelle il travaillait depuis l’exposition Vollard dix-huit mois plus tôt. En quelques mois seulement, il était parvenu à une vision romantiquement tourmentée de la vie et à un style à la fois éloquent, stylisé et, malgré ses multiples influences, profondément original » (J. Richardson, ibid., p. 269). C’est dans ce contexte de maturation artistique que fut exécuté L’Aveugle à genoux.
La figure de l’aveugle constitue l’un des motifs les plus poignants et les plus emblématiques de la période bleue. Chez Picasso, l’aveugle dépasse la simple représentation d’un marginal : il devient une métaphore de la vulnérabilité humaine, de l’isolement social et d’une forme d’introspection spirituelle. Dans L’Aveugle à genoux, le corps du personnage semble se donner aux passants, accentuant l’impression de fragilité, de solitude et de desespoir. Dépouillée de tout décor ou contexte narratif, la figure acquiert une dimension presque intemporelle. Par sa posture agenouillée et son intensité expressive, l’œuvre s’inscrit dans un groupe important de compositions consacrées aux figures d’aveugles que Picasso développa à cette époque, parmi lesquelles La Famille de l’aveugle (1903) et Le Repas de l’aveugle (1903) ou Le Vieux Guitariste aveugle (1903). Ces images traduisent l’attention que l’artiste porte aux exclus de la société — mendiants, prisonniers, prostituées ou aveugles — dont la dignité silencieuse devient le sujet central de son art.
La provenance de cette œuvre renforce encore son intérêt historique. Le dessin appartint d’abord à Marcel Olin, proche de Picasso et collectionneur de son œuvre, à qui l’artiste offrit ou céda plusieurs travaux de cette période. Il entra par la suite dans la collection de Dora Maar, figure majeure de l’avant-garde parisienne et compagne de Picasso dans les années 1930. Photographe et artiste elle-même, Dora Maar conserva un ensemble important d’œuvres de Picasso qui témoignaient de la profondeur de leur relation artistique et personnelle. Après être resté dans sa collection pendant plusieurs décennies, L’Aveugle à genoux fut présenté lors de la dispersion de sa succession à Paris, en 1998, où il fut acquis par ses propriétaires actuelsl.

Executed in pen and ink, L’Aveugle à genoux reveals, through a subtle interplay of shadow and line, the fragile silhouette of a man turned upon himself. Created in 1903 during the artist’s Blue Period, this rare drawing belongs to one of the most decisive moments in Pablo Picasso’s career. The artist executed the work on paper shortly after his return to Barcelona from Paris. During this fifteen-month stay in his native city, Picasso produced some of the most striking works from this period, exploring the depths of the human psyche and engaging with themes of solitude, poverty, and human suffering.
Picasso had returned to Barcelona in January 1903 after living in Paris since October of the previous year. This second Parisian sojourn had proved particularly difficult. Marked by failure and severe deprivation, the period was later described as one of the darkest moments of the artist’s life. In Paris, he had unsuccessfully attempted to sell his works to dealers such as Durand-Ruel and Ambroise Vollard, both of whom declined to purchase anything. Forced to move frequently from one lodging to another and quickly deprived of resources, Picasso soon found himself unable to buy painting materials, or even candles or oil for light. As winter set in, the situation became unbearable: freezing and starving, he had little choice but to return home to Barcelona. As John Richardson writes: “After returning to Barcelona around the middle of January, he remained for well over a year, but this would be his last prolonged stay on Spanish soil. Defeat had made him more than ever determined to go back to Paris and prevail. Where else could a modern artist get a measure of his own powers?” (J. Richardson, A Life of Picasso, vol. I, 1881–1906, London, 1991, p. 267).
Back in the Catalan capital, Picasso moved back into the family home while renting a room nearby to use as a studio. Although Paris remained his artistic center, he threw himself into his work with renewed intensity. Between 1903 and early 1904, he created several major works now considered foundational masterpieces of his early career, including La Vie, La Célestine, and L’Ascète. As Richardson notes: “For the next fifteen months, Picasso set about perfecting the synthesis towards which he had been working ever since the Vollard show eighteen months earlier. And within a short few months he arrived at a romantically agonised view of life and a style that was appropriately eloquent, mannered and, for all its derivations, original” (J. Richardson, ibid., p. 269). It was within this context of artistic maturation that L’Aveugle à genoux was executed.
The figure of the blind man is among the most poignant and emblematic motifs of Picasso’s Blue Period. In Picasso’s work, the blind figure transcends the simple depiction of a social outcast and becomes a metaphor for human vulnerability, social isolation, and a form of spiritual introspection. In L’Aveugle à genoux, the body of the figure appears almost offered to passers-by, intensifying the impression of fragility, solitude, and despair. Stripped of any setting or narrative context, the figure acquires an almost timeless dimension. Through its kneeling posture and powerful expressive intensity, the work belongs to an important group of compositions devoted to blind figures that Picasso developed at this time, including La Famille de l’aveugle (1903), Le Repas de l’aveugle (1903), and Le Vieux Guitariste aveugle (1903). These images reflect the artist’s profound attention to society’s marginalized figures—beggars, prisoners, prostitutes, and the blind—whose silent dignity became a central subject of his art.
The provenance of the present work further underlines its historical significance. The drawing was first owned by Marcel Olin, a friend of Picasso and an early collector of his work, to whom the artist offered or sold several pieces from this period. It later entered the collection of Dora Maar, a major figure of the Parisian avant-garde and Picasso’s companion during the 1930s. A photographer and artist in her own right, Dora Maar preserved an important group of works by Picasso that testified to the depth of their artistic and personal relationship. After remaining in her collection for several decades, L’Aveugle à genoux was presented during the sale of her estate in Paris in 1998, where it was acquired by its present owners.

Brought to you by

Antoine Lebouteiller
Antoine Lebouteiller International Specialist

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