JEAN DUBUFFET (1901-1985)
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Jardin de blèche grignote

Details
JEAN DUBUFFET (1901-1985)
Jardin de blèche grignote
signé et daté 'J. Dubuffet 56' (en haut, à droite); signé, titré et daté '''Jardin de Blèche Grignotte'' J. Dubuffet avril 56' (au dos)
huile sur collages de toiles découpées sur toile marouflée sur toile
44 x 58,2 cm (17 3⁄8 x 22 7⁄8 in.)
Exécuté en 1956.
Provenance
Galerie Daniel Cordier, Paris.
Literature
M. Ragon, Dubuffet, Paris, 1958 (illustré en couleurs p. 49).
M. Ragon, Dubuffet, New York, 1959 (illustré en couleurs p. 49).
M. Loreau, Catalogue des travaux de Jean Dubuffet, fascicule XII, Tableaux d'assemblages, Lausanne, 1969, pp. 128 et 130, No. 44 (illustré en couleurs p. 48 et en couverture).
M. Loreau, Jean Dubuffet: délits, déportements, lieux de haut jeu, Paris, 1971 (illustré en couleurs p. 206).
G. Picon, Le travail de Jean Dubuffet, Genève, 1973, p. 230 (illustré pp. 102-103).
A. Vialatte, À propos de Jean Dubuffet, Cahiers Alexandre Vialatte, No. 3, Paris, 1976, p. 51 (illustré pp. 38-39).
E. Gribaudo, La Fiat invita all’incontro con Jean Dubuffet, Turin, 1978 (illustré en couleurs p. 56).
Exhibited
Paris, Galerie Rive Droite, Jean Dubuffet, Tableaux d'assemblages, avril-mai 1957, No. 9 (un détail illustré en couleurs en frontispice; illustré au catalogue d'exposition n.p.).
Francfort-sur-le-Main, Galerie Daniel Cordier, Jean Dubuffet: Lob der Erde, décembre 1958-janvier 1959, No. 18.
Further details
JEAN DUBUFFET (1901-1985), JARDIN DE BLÈCHE GRIGNOTE, OIL ON COLLAGE OF CUT CANVASES ON CANVAS LAID ON CANVAS, SIGNED AND DATED (UPPER RIGHT); SIGNED, TITLED AND DATED (ON THE REVERSE), 1956

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Camille de Foresta
Camille de Foresta Senior Specialist, Deputy Chairman of Christie's France

Lot Essay

« Dès le début de ces toiles découpées, j'ai senti que j'allais y trouver ce que j'avais vainement cherché par d'autres moyens... Par cette utilisation entièrement différente de la couleur, en lui ôtant toute qualité décorative et en visant uniquement à obtenir un effet saisissant de vie intense, il m'a semblé que j'ouvrais un champ très vaste d'explorations nouvelles. »
Jean Dubuffet
Lorsqu'il réalise Jardin de blèche grignote en 1956, Jean Dubuffet séjourne depuis près d'un an à Vence, où sa compagne Émilie, dite Lili, poursuit sa convalescence à la suite de lésions pulmonaires. C’est au pied des remparts de la ville qu’il fait édifier son nouvel atelier, L’Ubac. La période qu’il y passe correspond à un moment décisif de sa recherche. Dans le prolongement de ses Assemblages d’empreintes, collages composites sur papier, Dubuffet s’est lancé dans des Tableaux d’assemblages, qui sont le fruit d’un processus d’abandon, d’hasards heureux, d’oublis et de retour entre les œuvres et lui.  Une telle pratique exige autant une entière liberté de geste qu’un espace suffisamment vaste pour mener de front plusieurs compositions.
La réalisation de ces œuvres obéit à une méthode qui fait de l'aléatoire un véritable principe de création. Dubuffet peint d'abord des grands rouleaux de toile directement au sol, avant d'en travailler la surface : il brosse, gratte, essuie ou érode la peinture au moyen d'objets usuels — chiffons, journaux ou outils improvisés — jusqu'à dissoudre toute intention initiale. Ces surfaces sont ensuite découpées en une multitude de fragments aléatoires, dictées par la seule envie de l’instant. De leur assemblage naît finalement une image nouvelle, construite autant qu'elle est découverte. Dubuffet éprouve dans ce processus un plaisir certain, dont il parle avec délectation : « Cette technique, pour qui voudrait la considérer au moins comme un facteur d'improvisation et d'imagination, comme une gymnastique de libération des conventions reçues et préjugés inhibiteurs, comme une excitation à l'invention en tous domaines (…) est de toute manière extrêmement excitante et féconde » (« Mémoire sur le développement de mes travaux à partir de 1952 », in J. Dubuffet, Prospectus et tous écrits suivants, t. II, Paris, Gallimard, 1967, p. 116). Les Tableaux d'assemblages prolongent ainsi sa quête d'un langage plastique capable de donner forme aux cheminements de la pensée, affranchie de toute logique préméditée et livrée aux vertus du hasard.
Jardin de blèche grignote fut exposée à la Galerie Daniel Cordier entre décembre 1958 et janvier 1959 à l’occasion de l’exposition Jean Dubuffet: Lob der Erde. Cette œuvre s'inscrit pleinement dans les recherches que Dubuffet mène tout au long des années 1950. La composition des fragments colorés crée une vibration à la surface de l’œuvre qui fait écho à la série Petits travaux d’ailes de papillons réalisée dès 1952. Plus largement, la toile appartient au vaste ensemble des recherches matiéristes, botaniques et naturalistes qui relient les Sols et terrains et les Terres radieuses aux Matériologies de la fin de la décennie. Dubuffet se passionne pour les menus détails du cadre pastoral de Vence : les herbes folles, les brindilles, les fleurs sauvages, les pierres ou les cailloux qui l’entourent sont une véritable source d’inspiration.
Dans Jardin de blèche grignote, cette expérience sensible ne se traduit pas seulement par la représentation d'un lieu, mais par la recréation de son énergie vitale. Sur une trame aux tonalités minérales, brunes et ocreuses, surgissent une constellation de cellules roses, vertes et jaunes qui semblent éclore librement à la surface de la toile. Le jardin y apparaît comme une matière vivante, en perpétuelle prolifération, où la peinture épouse le rythme même de la croissance organique.

“From the very outset of these cut-up canvases, I felt that I was about to find in them what I had vainly sought through other means... By using colour in this entirely different way, stripping it of all decorative function and aiming solely to achieve a striking effect of intense vitality, it seemed to me that I was opening up a vast field of new explorations.”
Jean Dubuffet
When Jean Dubuffet created Jardin de blèche grignote in 1956, he had been living in Vence for nearly a year, where his companion Émilie, known as Lili, was recovering from pulmonary injuries. At the foot of the town’s medieval ramparts, he had a new studio built, L’Ubac. This period marked a decisive turning point in his artistic research. Following his Assemblages d’empreintes —composite paper collages—Dubuffet embarked on his Tableaux d’assemblages, works born of a process of relinquishment, happy accidents, forgetting, and continual back-and-forth between the artist and his works. Such a practice demanded not only complete freedom of gesture but also a sufficiently large studio in which several compositions could be developed simultaneously.
These works were produced according to a method that elevated chance to a genuine creative principle. Dubuffet first painted large rolls of canvas laid directly on the floor before working their surfaces: he brushed, scraped, wiped, or abraded the paint using everyday objects—rags, newspapers, or improvised tools—until every trace of initial intention had dissolved. The painted surfaces were then cut into a multitude of randomly determined fragments, guided solely by the impulse of the moment. From their reassembly emerged an entirely new image, as much discovered as constructed. Dubuffet took evident delight in this process, describing it with characteristic enthusiasm: “This technique, for anyone willing to regard it at least as a means of improvisation and imagination, as an exercise in freeing oneself from accepted conventions and inhibiting prejudices, as a stimulus to invention in every field (...) is, in any case, extraordinarily exciting and fertile” (“Memoir on the Development of My Work since 1952,” in Jean Dubuffet, Prospectus et tous écrits suivants, vol. II, Paris: Gallimard, 1967, p. 116). The Tableaux d’assemblages thus extended his search for a visual language capable of giving form to the workings of thought, liberated from preconceived logic and entrusted instead to the generative powers of chance.
Jardin de blèche grignote was exhibited at Galerie Daniel Cordier between December 1958 and January 1959 as part of the exhibition Jean Dubuffet: Lob der Erde. The work belongs fully within the investigations Dubuffet pursued throughout the 1950s. The arrangement of coloured fragments creates a vibrant pulsation across the surface, recalling the Petits travaux d’ailes de papillons series begun in 1952. More broadly, the painting forms part of the extensive body of material, botanical, and naturalistic explorations linking the Sols et terrains and Terres radieuses series with the Matériologies of the late decade. Dubuffet became fascinated by the smallest details of the pastoral landscape surrounding Vence: the wild grasses, twigs, wildflowers, stones, and pebbles that surrounded him became an inexhaustible source of inspiration.
In Jardin de blèche grignote, this sensory experience is expressed not simply through the depiction of a place but through the recreation of its vital energy. Against a ground of mineral, brown, and ochre tones, a constellation of pink, green, and yellow cellular forms seems to burst freely across the canvas. The garden emerges as a living substance in perpetual proliferation, where the very material of painting follows the rhythm of organic growth.

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