Lot Essay
Préparatoire au grand chef-d’œuvre poétique de Rossetti, The Blessed Damozel, daté vers 1875-1878 et aujourd’hui conservé au Fogg Art Museum de l’Université Harvard (fig. 1; inv. 1943.202), la présente feuille constitue une étude d’une grande finesse pour l’un des onze couples célestes apparaissant derrière la tête de la Damozel. Contrairement au tableau achevé, les figures y sont inversées : le personnage masculin enlace sa compagne depuis la droite plutôt que depuis la gauche, preuve que Rossetti poursuivait ses recherches et ajustements au fur et à mesure de l’élaboration de la composition définitive. Ce dessin s’inscrit dans une remarquable série d’études consacrées aux groupes d’amants qui peuplent la sphère céleste et témoigne de la préparation minutieuse de l’artiste pour l’une de ses œuvres tardives les plus ambitieuses.
Rossetti composa pour la première fois son poème The Blessed Damozel en 1847, alors qu’il n’était âgé que de dix-neuf ans. Il ne cesse d’en remanier le texte tout au long de sa vie, jusqu’à peu avant sa mort. En 1871, William Graham, riche négociant écossais, député libéral et l’un des mécènes les plus fidèles de Rossetti, commande à l’artiste une traduction picturale de ce poème célèbre. La toile principale, achevée en 1877, représente la Damozel penchée depuis la ‘barre d’or du Paradis’, aspirant à retrouver son amant demeuré sur terre. À la suggestion de Graham, Rossetti ajoute ensuite une prédelle figurant l’amant éploré levant les yeux vers le ciel, évoquant délibérément la structure d’un retable italien de la Renaissance, un format qui séduit profondément tant le commanditaire que l’artiste en raison de leur admiration commune pour la peinture primitive italienne.
Les couples enlacés qui entourent la Damozel illustrent l’un des passages les plus évocateurs du poème : ‘Around her, lovers, newly met […]’ (Autour d’elle, des amants tout juste réunis […]). Leur union bienheureuse constitue un poignant contrepoint au thème central de la séparation, soulignant la distance affective qui sépare la Damozel de son bien-aimé. Dans la présente étude, Rossetti concentre toute son attention sur l’intimité d’une seule étreinte ; au moyen d’un délicat dessin au crayon rehaussé de craie, il explore l’entrelacement des formes avant de les intégrer à l’ensemble décoratif. L’inversion de la position des figures dans la version finale offre un aperçu fascinant de son processus créatif : ces études n’étaient pas de simples relevés préparatoires, mais de véritables outils de conception à travers lesquels gestes, équilibre de la composition et expression des sentiments pouvaient être continuellement affinés.
Les études de cette qualité éclairent la méthode de travail extrêmement réfléchie de Rossetti au sommet de sa carrière. Bien que célébré comme l’un des fondateurs de la Confrérie préraphaélite, son art avait évolué, dans les années 1870, vers une synthèse profondément personnelle de poésie, de symbolisme et de formes inspirées de la Renaissance, où chaque figure contribuait à l’unité émotionnelle et décorative de l’ensemble. À la fois œuvre autonome sur papier et rare témoignage du processus créatif de l’artiste, la présente étude offre un éclairage précieux sur la genèse de l’un des chefs-d’œuvre tardifs les plus célèbres de Rossetti.
Fig. 1 Dante Gabriel Rossetti, The Blessed Damozel, oil on canvas, Cambridge, Harvard Art Museums/Fogg Museum.
Rossetti composa pour la première fois son poème The Blessed Damozel en 1847, alors qu’il n’était âgé que de dix-neuf ans. Il ne cesse d’en remanier le texte tout au long de sa vie, jusqu’à peu avant sa mort. En 1871, William Graham, riche négociant écossais, député libéral et l’un des mécènes les plus fidèles de Rossetti, commande à l’artiste une traduction picturale de ce poème célèbre. La toile principale, achevée en 1877, représente la Damozel penchée depuis la ‘barre d’or du Paradis’, aspirant à retrouver son amant demeuré sur terre. À la suggestion de Graham, Rossetti ajoute ensuite une prédelle figurant l’amant éploré levant les yeux vers le ciel, évoquant délibérément la structure d’un retable italien de la Renaissance, un format qui séduit profondément tant le commanditaire que l’artiste en raison de leur admiration commune pour la peinture primitive italienne.
Les couples enlacés qui entourent la Damozel illustrent l’un des passages les plus évocateurs du poème : ‘Around her, lovers, newly met […]’ (Autour d’elle, des amants tout juste réunis […]). Leur union bienheureuse constitue un poignant contrepoint au thème central de la séparation, soulignant la distance affective qui sépare la Damozel de son bien-aimé. Dans la présente étude, Rossetti concentre toute son attention sur l’intimité d’une seule étreinte ; au moyen d’un délicat dessin au crayon rehaussé de craie, il explore l’entrelacement des formes avant de les intégrer à l’ensemble décoratif. L’inversion de la position des figures dans la version finale offre un aperçu fascinant de son processus créatif : ces études n’étaient pas de simples relevés préparatoires, mais de véritables outils de conception à travers lesquels gestes, équilibre de la composition et expression des sentiments pouvaient être continuellement affinés.
Les études de cette qualité éclairent la méthode de travail extrêmement réfléchie de Rossetti au sommet de sa carrière. Bien que célébré comme l’un des fondateurs de la Confrérie préraphaélite, son art avait évolué, dans les années 1870, vers une synthèse profondément personnelle de poésie, de symbolisme et de formes inspirées de la Renaissance, où chaque figure contribuait à l’unité émotionnelle et décorative de l’ensemble. À la fois œuvre autonome sur papier et rare témoignage du processus créatif de l’artiste, la présente étude offre un éclairage précieux sur la genèse de l’un des chefs-d’œuvre tardifs les plus célèbres de Rossetti.
Fig. 1 Dante Gabriel Rossetti, The Blessed Damozel, oil on canvas, Cambridge, Harvard Art Museums/Fogg Museum.
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