Lot Essay
« Ce nu est si vrai qu’il pourrait paraître aujourd’hui dans Play Boy ! » – Roger Therond dans Le Nu, Éditions du Chêne, 2000.
Les daguerréotypes de nus réalisés par Bruno Braquehais, avec la collaboration de son épouse Laure, comptent parmi les premiers témoignages de la représentation photographique du corps humain. Leur approche privilégie un travail sur la forme, dans la continuité des études académiques issues du dessin et de la sculpture. Formée à la colorisation par sa mère Marie Gouin et initiée à la photographie auprès de son père, Laure Braquehais participe activement aux séances de pose et assure la mise en couleur d'une large part des nus produits par l'atelier, faisant d'elle l'une des très rares femmes de son époque, sinon la seule, à avoir dirigé des séances de nu.
S'inscrivant dans la tradition ingresque, ces images évoquent La Grande Odalisque (1814, Paris, musée du Louvre) par la pose, le décor et le traitement de la lumière. Là où Ingres compose par le dessin, Braquehais révèle par la lumière. Cette œuvre s’affirme dans la continuité de la tradition picturale ; elle en prolonge les principes dans un médium nouveau.
La pose immobile, imposée par la technique du daguerréotype, la peau presque minérale et la frontalité du sujet confèrent au corps une qualité quasi statuaire ; ici, le corps, traité comme surface, permet d’accrocher la lumière. L’absence de narration explicite, de toute expressivité psychologique ou de regard adressé invite le spectateur à la contemplation ; le modèle devient surface, volume et matière, le dépouillant d’une lecture purement érotique. À travers cette œuvre, la photographie affirme sa puissance descriptive tout en faisant émerger une modernité troublante du regard. Les nus de Bruno Braquehais, comme ceux de Horst P. Horst ou de Robert Mapplethorpe, bien que séparés par un siècle, se rejoignent dans une conception du corps comme forme sculpturale, détachée de l’individualité et de la narration. La photographie affirme alors une capacité de construction formelle plutôt que de projection expressive.
“Such a true nude that it could appear in Playboy today!” – Roger Therond in Le Nu, Éditions du Chêne, 2000.
The nude daguerreotypes produced by Bruno Braquehais, in collaboration with his wife Laure Braquehais, rank among the earliest examples of the photographic representation of the human body. Their approach privileges a study of form, in continuity with the academic traditions of drawing and sculpture. Trained in hand-coloring by her mother, Marie Gouin, and introduced to photography by her father, Laure Braquehais played an active role in the posing sessions and was responsible for the coloring of a large proportion of the nudes produced by the studio, making her one of the very few women of her time, if not the only one, to have directed nude sittings.
Rooted in the Ingresque tradition, these images evoke La Grande Odalisque (1814, Paris, Musée du Louvre) through their pose, setting, and treatment of light. Where Ingres composes through drawing, Braquehais reveals through light. This work asserts itself in continuity with the pictorial tradition; it extends its principles into a new medium.
The immobile pose imposed by the daguerreotype process, the almost mineral quality of the skin, and the frontal presentation of the subject confer upon the body an almost sculptural quality; here, the body, treated as a surface, serves to catch the light. The absence of explicit narrative, psychological expressiveness, or direct gaze invites contemplation; the model becomes surface, volume, and material, stripping the image of a purely erotic reading. Through this work, photography asserts its descriptive power while giving rise to a troubling modernity of vision. The nudes of Bruno Braquehais, like those of Horst P. Horst or Robert Mapplethorpe, although separated by a century, converge in their conception of the body as a sculptural form, detached from individuality and narrative. Photography thus asserts a capacity for formal construction rather than expressive projection.
Les daguerréotypes de nus réalisés par Bruno Braquehais, avec la collaboration de son épouse Laure, comptent parmi les premiers témoignages de la représentation photographique du corps humain. Leur approche privilégie un travail sur la forme, dans la continuité des études académiques issues du dessin et de la sculpture. Formée à la colorisation par sa mère Marie Gouin et initiée à la photographie auprès de son père, Laure Braquehais participe activement aux séances de pose et assure la mise en couleur d'une large part des nus produits par l'atelier, faisant d'elle l'une des très rares femmes de son époque, sinon la seule, à avoir dirigé des séances de nu.
S'inscrivant dans la tradition ingresque, ces images évoquent La Grande Odalisque (1814, Paris, musée du Louvre) par la pose, le décor et le traitement de la lumière. Là où Ingres compose par le dessin, Braquehais révèle par la lumière. Cette œuvre s’affirme dans la continuité de la tradition picturale ; elle en prolonge les principes dans un médium nouveau.
La pose immobile, imposée par la technique du daguerréotype, la peau presque minérale et la frontalité du sujet confèrent au corps une qualité quasi statuaire ; ici, le corps, traité comme surface, permet d’accrocher la lumière. L’absence de narration explicite, de toute expressivité psychologique ou de regard adressé invite le spectateur à la contemplation ; le modèle devient surface, volume et matière, le dépouillant d’une lecture purement érotique. À travers cette œuvre, la photographie affirme sa puissance descriptive tout en faisant émerger une modernité troublante du regard. Les nus de Bruno Braquehais, comme ceux de Horst P. Horst ou de Robert Mapplethorpe, bien que séparés par un siècle, se rejoignent dans une conception du corps comme forme sculpturale, détachée de l’individualité et de la narration. La photographie affirme alors une capacité de construction formelle plutôt que de projection expressive.
“Such a true nude that it could appear in Playboy today!” – Roger Therond in Le Nu, Éditions du Chêne, 2000.
The nude daguerreotypes produced by Bruno Braquehais, in collaboration with his wife Laure Braquehais, rank among the earliest examples of the photographic representation of the human body. Their approach privileges a study of form, in continuity with the academic traditions of drawing and sculpture. Trained in hand-coloring by her mother, Marie Gouin, and introduced to photography by her father, Laure Braquehais played an active role in the posing sessions and was responsible for the coloring of a large proportion of the nudes produced by the studio, making her one of the very few women of her time, if not the only one, to have directed nude sittings.
Rooted in the Ingresque tradition, these images evoke La Grande Odalisque (1814, Paris, Musée du Louvre) through their pose, setting, and treatment of light. Where Ingres composes through drawing, Braquehais reveals through light. This work asserts itself in continuity with the pictorial tradition; it extends its principles into a new medium.
The immobile pose imposed by the daguerreotype process, the almost mineral quality of the skin, and the frontal presentation of the subject confer upon the body an almost sculptural quality; here, the body, treated as a surface, serves to catch the light. The absence of explicit narrative, psychological expressiveness, or direct gaze invites contemplation; the model becomes surface, volume, and material, stripping the image of a purely erotic reading. Through this work, photography asserts its descriptive power while giving rise to a troubling modernity of vision. The nudes of Bruno Braquehais, like those of Horst P. Horst or Robert Mapplethorpe, although separated by a century, converge in their conception of the body as a sculptural form, detached from individuality and narrative. Photography thus asserts a capacity for formal construction rather than expressive projection.
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