Dora Maar (1907-1997)
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Sans titre (Jambes), vers 1935

Details
Dora Maar (1907-1997)
Sans titre (Jambes), vers 1935
ensemble de deux tirages argentiques formant un diptyque, encadrés séparément
première image : annotée "Dora Maar (?) par elle-même attention photo originale Prêt Eluard", numérotée "16" et "172" au crayon (montage, verso)
deuxième image : annotée "Dora Maar (?) attention photo originale Prêt Eluard", numérotée "15" et "172" au crayon (montage, verso)
première feuille/montage : 28.6 x 22.5 cm. (11 ¼ x 8 7⁄8 in.)
deuxième feuille/montage : 28.8 x 21.2 cm. (11 3⁄8 x 8 3⁄8 in.)

set of two gelatin silver prints forming a diptych, framed separately
first image: annotated "Dora Maar (?) par elle-même attention photo originale Prêt Eluard", numbered "16" and "172" in pencil (mount, verso)
second image: annotated "Dora Maar (?) attention photo originale Prêt Eluard", numbered "15" and "172" in pencil (mount, verso)
Provenance
Julian Barran Ltd., Londres
Collection Roger Therond, Paris (acquis auprès de celui-ci en 1994)
Literature
M. A. Caws, Les vies de Dora Maar : Bataille, Picasso et les surréalistes, Thames and Hudson, Paris, 2000, p. 52 et p. 53 (ces tirages)
V. Combalia Dexeus, Dora Maar : Bataille, Picasso et les surréalistes, Musées de Marseille, Marseille, 2002, ill. 59 et ill. 60, p. 187 (ces tirages)
L. Baring, Dora Maar : Paris in the time of Man Ray, Jean Cocteau, and Picasso, Rizzoli, New York, 2017, p. 189 (ce tirage)
Exhibited
Valence, Centre Cultural Bancaixa, Dora Maar, fotógrafa, janvier-mars 1995, n° 69 et n° 70 (reproduit au catalogue d'exposition p. 128 et p. 129)
Madrid, Fundación "la Caixa", Los cuerpos perdidos : fotografía y surrealistas, novembre 1995-janvier 1996, n° 120 et n° 121 (reproduit au catalogue d'exposition p. 144 et p. 145)
Paris, Maison européenne de la photographie, Une passion française : photographies de la collection Roger Therond, octobre 1999-janvier 2000, n° 198 et n° 199 (reproduit au catalogue d'exposition pp. 258-259 et p. 354)
Londres, Tate Modern (septembre-janvier) et New York, The Metropolitan Museum of Art (février-mai), Surrealism: desire unbound, 2001-2002, fig. 216 (reproduit au catalogue d'exposition p. 220)
Hambourg, Kunsthalle, Begierde im Blick. Surrealistische Photographie, mars-mai 2005 (reproduit au catalogue d'exposition pp. 122-123)
Paris, Centre Pompidou (septembre-janvier), Winterthur, Fotomuseum (février-mai) et Madrid, Institute de Cultura/Fundación Mapfre (juin-septembre), La Subversion des images. Surréalisme, photographie, film, 2009-2010 (l'une reproduite au catalogue d'exposition p. 362)
Ludwigshafen, Wilhelm-Hack-Museum, Gegen jede Vernunft : Surrealismus Paris-Prag, novembre 2009-février 2010, n° 209 (l'une reproduite au catalogue d'exposition p. 257)
Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza, El surrealismo y el sueño, octobre 2013-janvier 2014, n° 115 et n° 116 (reproduit au catalogue d'exposition pp. 246-247 et p. 341)
Paris, Centre Pompidou (juin-juillet), Londres, Tate Modern (novembre-mars) et Los Angeles, J. Paul Getty Museum (avril-juillet), Dora Maar, 2019-2020 (reproduit au catalogue d'exposition p. 113)

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Elodie Morel-Bazin
Elodie Morel-Bazin Head of Department, Europe

Lot Essay

En 1934, Dora Maar rencontre Man Ray et André Breton, marquant un tournant décisif dans son parcours, tandis que son association avec Pierre Kéfer prend fin. Elle s’installe alors dans son studio du 29, rue d’Astorg, où elle réalise, au cours des deux années suivantes, l’essentiel de son œuvre surréaliste.
 
Ce diptyque, iconique des montages surréalistes, s’inscrit dans le prolongement d’images inaugurées par la Dadaphoto (1920) de Man Ray, où le corps féminin, privé de ses membres, est recomposé à l’aide d’éléments de mannequin articulé. Dans la deuxième image, Dora Maar poursuit la déconstruction du corps. La mèche solarisée qui évoque une chevelure, introduit un élément troublant : elle vient à la fois réaffirmer la présence humaine et en perturber la lisibilité. Par ce jeu d’ambiguïté, l’image oscille entre érotisme et abstraction, entre matérialité et apparition, en renforçant la présence réelle de la femme. 

La fragmentation du corps rappelle les poupées articulées d’Hans Bellmer ; mais alors que celui-ci pousse la dislocation jusqu’à une forme d’inquiétante étrangeté, Dora Maar privilégie une ambiguïté plus retenue, où l’érotisation s’inscrit dans une recherche formelle et poétique.

À travers cette œuvre, Dora Maar affirme une vision singulière du corps féminin, envisagé non plus comme un motif, mais comme un espace d’expérimentation, à la croisée de la photographie du surréalisme et des recherches de l’avant-garde.

In 1934, Dora Maar met Man Ray and André Breton, a decisive turning point in her career, while her partnership with Pierre Kéfer came to an end. She then established herself in her studio at 29 rue d’Astorg, where, over the following two years, she produced the greater part of her Surrealist work. 

This diptych, emblematic of Surrealist montage, extends the line of inquiry initiated by Man Ray’s Dadaphoto (1920), in which the female body, deprived of its limbs, is recomposed through the use of articulated mannequin parts. In the second image, Dora Maar pursues this process of bodily deconstruction. The solarised lock of hair, suggestive of a coiffure, introduces a disturbing element: it both reasserts a human presence and disrupts its legibility. Through this play of ambiguity, the image oscillates between eroticism and abstraction, between materiality and apparition, while simultaneously reinforcing the woman's tangible presence.


The fragmentation of the body recalls Hans Bellmer’s articulated dolls; yet whereas Bellmer pushes dislocation toward a form of uncanny estrangement, Dora Maar favours a more restrained ambiguity, in which eroticisation is embedded within a formal and poetic investigation.


Through this work, Dora Maar asserts a singular vision of the female body, conceived no longer as a motif but as a site of experimentation, at the intersection of photography, Surrealism, and the explorations of the avant-garde.

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