André-Adolphe-Eugène Disdéri (1819-1889)
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Details
André-Adolphe-Eugène Disdéri (1819-1889)
Album en soie matelassée, contenant cinq épreuves imprimées sur soie et cousues, représentant l'intérieur du château de Windsor et deux épreuves sur soie, non montées, représentant Hortense Schlosser et Eugénie Fiocre, vers 1870.
Cinq grandes épreuves, chacune mesurant environ : 21.5 x 26.5 cm.
Deux petites épreuves, chacune mesurant environ : 9 x 5.5 cm.
L'ensemble de l'album est gansé d'un galon et les planches de soie sont cousues à la main. Chaque épreuve porte la signature imprimée dorée "DISDERI".

Quilted silk album containing five prints on silk, sewn, depicting the interior of a Windsor Castle and two unmounted silk prints depicting Hortense Schlosser et Eugénie Fiocre.
Five large prints, each measuring approximately: 8 ½ × 10 3⁄8 in.
Two small prints, each measuring approximately: 3 ½ × 2 1⁄8 in.
The album is entirely trimmed with braid and the silk plates are hand-sewn. Each print bears the printed gilt signature "DISDERI".
Provenance
Collection Roger Therond, Paris

Brought to you by

Elodie Morel-Bazin
Elodie Morel-Bazin Head of Department, Europe

Lot Essay

André-Adolphe-Eugène Disdéri est l'une des figures majeures de la photographie française du Second Empire. Après avoir ouvert son atelier à Paris en 1854, il dépose la même année un brevet pour un procédé permettant de réaliser plusieurs portraits sur une même plaque de verre. Tiré sur papier albuminé et monté sur carton, le portrait-carte de visite connaît un succès considérable : grâce à une production rapide et peu coûteuse, Disdéri démocratise le portrait et bâtit une véritable industrie commerciale de l'image, faisant de son atelier l'un des plus importants de son temps.

Cet album de la collection Therond tranche pourtant avec cette production qui fit sa renommée. Sa reliure soignée et ses tirages sur soie, support aussi rare que précieux, en font un objet très éloigné de la logique de diffusion du portrait-carte. Sa réalisation laisse supposer qu’il s’agit d’une pièce destinée à un usage privé ou à un cercle restreint d'amateurs. L’impression sur soie demeure en effet d’une extrême rareté au XIXe siècle. Dès 1853, un opuscule de la maison Gaudin, Photographie : épreuves positives directes obtenues par le collodion sur toile, soie, porcelaine, pierre, ivoire, etc., documente ce procédé ouvrant à de nouvelles expérimentations sur des supports variés. L’historien de l’art Jean-Luc Daval note que « certains, comme Disdéri, iront jusqu’à développer leurs négatifs sur des supports plus nobles comme la soie ou la toile ». Ces essais traduisent une ambition : élever la photographie au rang d’objet d’art, dans l’univers du luxe et des arts décoratifs.

La composition de l'album surprend par l'association de sujets qui ne présentent, à première vue, aucun lien direct : cinq vues du château de Windsor y voisinent avec deux portraits de danseuses de l'Opéra de Paris, Hortense Schlosser et Eugénie Fiocre. Vers 1867, Disdéri réalise une importante série de vues du château de Windsor, résidence favorite de la reine Victoria, qui en acquiert elle-même plusieurs. La Royal Collection Trust conserve aujourd’hui l’ouvrage Windsor Castle, Picturesque and Descriptive de Bernard Bolingbroke Woodward, illustré de trente photographies, pour la plupart attribuées à Disdéri et reproduites selon le procédé d’impression permanente d’Ernest Edwards, ainsi que plusieurs tirages de ces vues, réalisés principalement sur papier albuminé. Cette commande témoigne de la reconnaissance dont jouit alors le photographe auprès des plus hautes cours européennes.Les portraits d’Hortense Schlosser et d’Eugénie Fiocre renvoient à un tout autre univers, celui de l’Opéra de Paris, vitrine mondaine du Second Empire. Les danseuses y occupent une position paradoxale : artistes célébrées, elles sont aussi des figures de la vie élégante. Le foyer de la danse, accessible aux abonnés fortunés, favorise les rencontres entre ballerines et membres de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie. Beaucoup entretiennent des liens avec de riches protecteurs, certaines accédant ainsi au statut de demi-mondaines, féminité à la fois admirée, convoitée et parfois scandaleuse. La photographie, qui diffuse leur image auprès des collectionneurs comme du grand public, prolonge leur rayonnement bien au-delà de la scène. Eugénie Fiocre, en particulier, compte parmi les plus célèbres de son époque, et sa renommée franchit les frontières françaises.
Cette juxtaposition, s’éclaire alors : les vues royales de Windsor et les portraits de danseuses relèvent d’une même culture de l’image propre au Second Empire, celle des personnalités, des lieux, des symboles du pouvoir et de la distinction sociale. L’album les réunit dans un écrin selon une logique de collection d’images prestigieuses. Reliés avec soin et imprimés sur un support aussi exceptionnel que la soie, ces tirages cessent d’être de simples photographies pour devenir des objets de représentation destinés à une clientèle d’élite.

Aucune commande privée de cette nature n’est documentée dans l’œuvre de Disdéri. Loin de la production industrielle qui fit sa fortune, cet album révèle une facette confidentielle de son activité, où se conjuguent innovation technique, raffinement des matériaux et exclusivité. Probablement réalisé au début des années 1870, il a pu constituer un présent diplomatique, un gage de prestige, ou le souvenir offert à un cercle restreint de collectionneurs.

André-Adolphe-Eugène Disdéri ranks among the major figures of French photography under the Second Empire. After opening his Paris studio in 1854, he patented that same year a process allowing multiple portraits to be made on a single glass plate. Printed on albumen paper and mounted on card stock, the carte de visite portrait achieved extraordinary success. Through rapid, low-cost production, Disdéri democratized portraiture and built a veritable commercial image industry, making his studio one of the most important of its time.This album from the Roger Therond Collection, however, stands apart from the production that brought him fame. Its refined binding and silk prints, a support as rare as it is precious, make it an object far removed from the mass-distribution logic of the carte de visite. Its execution suggests a work intended for private use or for a select circle of connoisseurs.Printing on silk was exceptionally rare in the nineteenth century. As early as 1853, a pamphlet published by the house of Gaudin, Photographie: épreuves positives directes obtenues par le collodion sur toile, soie, porcelaine, pierre, ivoire, etc. (Photography: Direct Positive Prints Obtained by the Collodion Process on Canvas, Silk, Porcelain, Stone, Ivory, etc.), documented a process that opened the way to new experiments on a variety of supports. Art historian Jean-Luc Daval notes that “some photographers, such as Disdéri, went so far as to develop their negatives on more noble materials such as silk or canvas.” These experiments reflected a broader ambition: to elevate photography to the status of an art object within the realms of luxury and the decorative arts.

The album’s contents are striking for the juxtaposition of subjects that, at first glance, appear to bear no direct relation to one another. Five views of Windsor Castle are presented alongside two portraits of dancers from the Paris Opéra, Hortense Schlosser and Eugénie Fiocre. Around 1867, Disdéri produced an important series of views of Windsor Castle, Queen Victoria’s favorite residence, several examples of which she acquired herself. Today, the Royal Collection Trust preserves a copy of Windsor Castle, Picturesque and Descriptive by Bernard Bolingbroke Woodward, illustrated with thirty photographs, most of them attributed to Disdéri and reproduced using Ernest Edwards’s permanent printing process, as well as several individual prints of these views, produced primarily on albumen paper. This commission attests to the esteem the photographer enjoyed among Europe’s highest royal courts.The portraits of Hortense Schlosser and Eugénie Fiocre belong to a very different world: that of the Paris Opéra, one of the foremost social showcases of the Second Empire. Opera dancers occupied a paradoxical position, celebrated as artists yet also prominent figures of fashionable society. The foyer de la danse, accessible to wealthy subscribers, encouraged encounters between ballerinas and members of the aristocracy or upper bourgeoisie. Many maintained relationships with affluent patrons, and some attained the status of demi-mondaines, embodying a form of femininity that was at once admired, desired, and occasionally scandalous. Photography, which disseminated their likenesses among collectors and the broader public alike, extended their fame far beyond the stage. Eugénie Fiocre in particular was among the most celebrated dancers of her generation, and her reputation extended well beyond France.Viewed in this light, the juxtaposition becomes meaningful: the royal views of Windsor and the portraits of dancers belong to the same image culture characteristic of the Second Empire, one centered on celebrated personalities, prestigious places, and symbols of power and social distinction. The album brings them together within an elegant setting according to a collector’s logic of assembling prestigious images. Carefully bound and printed on a support as exceptional as silk, these works cease to be mere photographs and become objects of representation intended for an elite clientele.

No private commission of this nature has been documented within Disdéri’s oeuvre. Far removed from the industrial production that made his fortune, this album reveals a more confidential aspect of his activity, where technical innovation, refined materials, and exclusivity converge. Probably produced in the early 1870s, it may have served as a diplomatic gift, a token of prestige, or a keepsake intended for a select circle of collectors.

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