Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
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Jeunes filles au bord de la mer

Details
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
Jeunes filles au bord de la mer
signé ‘Renoir.’ (en bas à droite)
huile sur toile
56 x 46.2 cm.
Peint en 1894

signed ‘Renoir.’ (lower right)
oil on canvas
22 x 18 1⁄8 in.
Painted in 1894
Provenance
Abbé Ferdinand Gaugain, Paris; sa vente, Hôtel Drouot, Paris, 6 mai 1901, lot 13.
Galerie Durand-Ruel, Paris (acquis au cours de cette vente).
Par descendance au propriétaire actuel.
Literature
G. Coquiot, Renoir, Paris, 1925, p. 230 (titré ‘Au bord de la mer’ et daté ‘1896’).
T. Duret, Histoire des peintres impressionnistes, Paris, 1939, p. 112 (illustré en couleurs).
C. Kunstler, Renoir, peintre fou de couleurs, Paris, 1941, pl. V (illustré en couleurs).
M. Drucker, Renoir, Paris, 1944, p. 237, no. 188 (illustré, pl. 115).
Elites française, juin 1945, no. 2, p. 40 (illustré en couleurs; titré 'Enfants au bord de la mer' et daté '1895').
E. Hoffmann, « Le paysage français à Londres » in Art Plastique, 1950 (illustré, p. 68).
D. Rouart, Renoir, Genève, 1954, p. 78 et 119 (illustré en couleurs, p. 77).
D. Rouart, Renoir, Paris, 1985, p. 91 (illustrée en couleurs).
G.-P. et M. Dauberville, Renoir. Catalogue raisonné des tableaux, pastels, dessins et aquarelles, Paris, 2009, vol. II, p. 164, no. 956 (illustré).
Exhibited
Londres, Grafton Galleries, Pictures by Boudin, Cezanne, Degas, Manet, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley: Exhibited by Messrs. Durand-Ruel, janvier-février 1905, no. 252.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Tableaux, pastels, dessins par Renoir, novembre-décembre 1920, no. 30.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Quelques œuvres importantes de Corot à van Gogh, mai-juin 1934, no. 48.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Quelques toiles importantes de collections particulières des XIXe et XXe siècles, avril-mai 1945, p. 11, no. 39.
Londres, The Royal Academy of Arts, An Exhibition of Landscape in French Art, 1550-1900, décembre 1949-mars 1950, p. 69, no. 274.
Amsterdam, Rijksmuseum, Het Franse Landschap: van Poussin tot Cezanne, mars-juin 1951, p. 59, no. 115 (illustré, pl. 19).
Lyon, Musée des Beaux-Arts, Palais Saint-Pierre, Renoir, juin-août 1952, no. 30.
Arles, Musée Reattu, Renoir, août-septembre 1952, p. 28, no. 14.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Hommage à Renoir, mai-octobre 1958, p. 23, no. 38 (illustré).
Munich, Städtische Galerie, Auguste Renoir, novembre-décembre 1958, p. 33, no. 31 (illustré, p. 40).
Munich, Haus der Kunst, Französische Malerei des 19. Jahrhunderts, von David bis Cezanne, octobre 1964-janvier 1965, p. 468, no. 219 (illustré, p. 469).
Tokyo, Isetan Museum of Art et Kyoto, Kyoto Municipal Museum, Renoir, septembre-décembre 1979, no. 50 (illustré en couleurs).
Wuppertal, Von der Heydt Museum, Renoir und die Landschaft des Impressionismus, octobre 2007-janvier 2008 (illustré, p. 101).
Séoul, Seoul Museum of Art, Renoir, Promise of Happiness, mai-septembre 2009, p. 1 et 2 (illustré en couleurs).
Paris, Musée Marmottan Monet, Les impressionnistes en privé, Cent chefs-d’œuvre de collections particulières, février-juillet 2014, p. 198, no. 92 (illustré en couleurs, p. 199 et illustré de nouveau sur la couverture).
Sendai, Miyagi-ken Bijutsukan; Kyoto, Municipal Museum of Art et Séoul, Seoul Museum of Art, Renoir, Images of Women, janvier 2016-mars 2017, p. 75 (illustré).
Rome, Palazzo Bonaparte, Impressionisti Segreti, octobre 2019-mars 2020, p. 108 (illustré en couleurs, p. 109).
Further Details
Cette œuvre sera incluse au catalogue raisonné en ligne de l'œuvre de Pierre-Auguste Renoir actuellement en préparation par le Wildenstein Plattner Institute.

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Antoine Lebouteiller
Antoine Lebouteiller International Specialist

Lot Essay

Les propos du critique Gustave Geffroy sur la peinture de Renoir, en 1894, auraient fort bien pu faire allusion aux Jeunes filles au bord de la mer, peintes au début des années 1890 : « L’œuvre de Renoir est une source d’enchantement pour l’œil. Elle est aussi une consolation, un baume pour l’esprit [...] ses observations de peintre paysagiste à Guernesey, à Toulon, en Algérie, revêtent l’harmonie du bleu et de l’or, une extraordinaire apparence de scintillement flamboyant ; ce sont des embrasements de lumière, des mirages de clarté » (cité dans N. Wadley, Renoir, 1841-1919, cat. exp., p. 188-189). La lumière éclatante, presque irréelle, qui émane des Jeunes filles au bord de la mer, ainsi que la fluidité des touches de bleu, de rose, de blanc, de vert et de jaune qui estompent la composition, en font véritablement « un enchantement pour l’œil » et un « mirage de clarté ». Cette composition fait écho à la peinture française du XVIIIe siècle et à ses scènes enjouées de galanterie, de musique et d’amour — les fameuses « fêtes galantes » —, dont Antoine Watteau, Jean-Honoré Fragonard, Jean-Baptiste Pater et Nicolas Lancret furent les maîtres. À leur instar, Renoir célèbre la vie et la beauté de la nature, comme l’illustre avec évidence la présente œuvre. Dans une composition claire, structurée en trois registres — les figures au premier plan, la mer et le ciel —, Renoir attire le regard vers les deux jeunes filles étendues au sol : l’une, vue de dos, contemple le paisible paysage marin, tandis que l’autre regarde deux autres jeunes filles cueillir des fleurs sur la gauche.

Ces deux jeunes filles emblématiques — la blonde aux cheveux dorés, coiffée d’un chapeau de paille orné d’un ruban rouge, et la brune, coiffée d’un chapeau blanc noué d’un ruban rose — apparaissent dans plusieurs tableaux de Renoir datant de la même période. Différents historiens de l’art ont tenté de les identifier, tantôt comme les sœurs Lerolle, Yvonne Lerolle (1877-1944) et Christine Lerolle (1879-1941), filles du collectionneur Henry Lerolle, tantôt comme Julie Manet (1878- 1966), fille unique de Berthe Morisot, et sa cousine Paule Gobillard (1867-1946). Ces quatre jeunes femmes ont en effet souvent posé pour Renoir et figurent dans plusieurs de ses tableaux. Toutefois, dans le cas de la présente œuvre, comme dans celui d’autres scènes apparentées telles que les Baigneuses, il semble que ni les figures ni le lieu représenté ne renvoient à une personne ou à un endroit précisément définis. Cette distinction est importante : plutôt que de relever du portrait au sens strict, la présente œuvre se situe dans cet espace fécond entre le portrait et la scène de genre, où Renoir pouvait recourir à des modèles récurrents pour explorer la beauté de jeunes figures au sein d’un paysage. Dans Jeunes filles au bord de la mer, il cherche à créer un cadre éphémère baigné d’une lumière éblouissante, qui évoque peut-être les paysages tant admirés lors de son voyage à Guernesey en 1883. Il semble également y mêler le souvenir de la lumière du Midi de la France, découverte à Aix-en-Provence en 1881, et de celle de l’Afrique du Nord, observée au cours de ses voyages en Algérie au printemps 1881 puis en mars 1882.
La manière dont Renoir représente les deux figures principales, vues de dos, confère néanmoins à la scène une impression à la fois d’immédiateté et d’intimité. On retrouve cette même impression dans Dans la prairie (1888-1892), aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum of Art de New York, où les jeunes filles dont représentées tête nue et assises, plutôt qu’allongées, comme dans Jeunes filles au bord de la mer. Renoir inverse également la disposition des modèles : la brune, à gauche, porte une robe rose pâle, tandis que la blonde, à droite, est vêtue d’une robe blanche ceinturée d’un ruban bleu. Ici, les deux protagonistes contemplent une mer bleue et paisible, alors que le tableau du Metropolitan Museum les inscrit dans un cadre champêtre. Dans d’autres œuvres, Renoir s’attache davantage aux traits du visage et à la dimension psychologique des deux jeunes filles, comme dans leur double portrait en gros plan, Deux jeunes filles lisant (1890-1891), aujourd’hui conservé au Los Angeles County Museum of Art. Renoir y livre un portrait intime de la blonde et de la brune reconnaissables dans Jeunes filles au bord de la mer, invitant le spectateur à prendre part à leur conversation ou à leur séance de lecture. Une fois encore, cependant, Renoir intervertit les attributs et les modèles : le chapeau blanc au ruban rouge que porte la brune dans le tableau Durand-Ruel est ici passé à la blonde, tandis que le chapeau de paille de cette dernière est désormais porté par la brune dans le tableau de Los Angeles. La composition de Jeunes filles au bord de la mer, pour laquelle il semble exister une étude préparatoire à l’huile resserrant le cadrage sur les deux figures centrales, rappelle également celle des Baigneuses, tableau daté vers 1892 et vendu il y a plus de quinze ans pour plus de 3 millions de dollars. On y reconnaît aisément les deux mêmes jeunes filles, bien qu’elles contemplent cette fois une scène de baigneuses presque mythologique et irréelle. Dans une certaine mesure, il semble que Renoir ait créé cette série de tableaux représentant de jeunes filles dans des décors idylliques et arcadiens pour le simple plaisir de peindre de beaux paysages et des figures pleines de charme, ainsi que pour le plaisir visuel qu’ils procuraient au spectateur.

Pourtant, la simplicité apparente de la scène dissimule la sophistication de la manière de Renoir. Plutôt que de cerner ses figures d’un contour ferme, il les laisse émerger d’un réseau de touches de couleur librement posées. Les ocres et les roses chauds des robes et des chapeaux des jeunes filles se détachent sur les bleus froids de la mer et les verts profonds de la végétation du premier plan. Le ruban rouge de la figure principale constitue un accent coloré particulièrement intense, discrètement repris par les tonalités chaudes disséminées dans la composition. Au loin, les figures se réduisent presque à de simples touches de peinture ; leur petite échelle et leur indétermination renforcent la sensation d’espace.
Tout en incarnant l’essence même de l’œuvre de Renoir — celle d’une peinture du plaisir, du bonheur et de la sensualité —, Jeunes filles au bord de la mer se distingue également par sa provenance singulière. L’œuvre appartint à l’abbé Paul-Octave Gaugain (1850-1904), prêtre français, pédagogue et collectionneur averti, qui fut très tôt amateur d’art moderne. Né dans une modeste famille d’agriculteurs à Boulon, dans le Calvados, il poursuivit des études supérieures avant de devenir enseignant, puis de prendre la direction du Cours Saint-Augustin à Paris. Il demeura étroitement attaché à son village natal, dont il fut le maire et le bienfaiteur. Gaugain fut un défenseur particulièrement précoce et indépendant de l’impressionnisme, réunissant une importante collection qui comprenait des chefs-d’œuvre de Boudin, Cézanne, Degas, Guillaumin, Lépine, Monet, Pissarro, Renoir et Sisley. Composée de seulement vingt et un lots, sa collection fut dispersée à l’Hôtel Drouot le 6 mai 1901. Elle comprenait plusieurs tableaux aujourd’hui conservés dans de grands musées, notamment trois œuvres de Monet : La Charrette. Route sous la neige à Honfleur (vers 1867 ; musée d’Orsay, Paris), Printemps, bords de rivière (1882 ; musée des Beaux-Arts de Lyon) et Printemps à Giverny (1886 ; The Kreeger Museum, Washington D.C.), ainsi que Les Coteaux de Bougival (1875 ; Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa) de Sisley. Son intérêt pour l’art contemporain se distinguait tout particulièrement par sa remarquable prescience : il acquit dès 1894 une œuvre de Cézanne, Pommes et serviette (1879-1880 ; Seiji Togo Memorial Museum of Art, Tokyo), avant même qu’Ambroise Vollard n’organise la première exposition personnelle de l’artiste, en 1895.
Gaugain entretenait une relation personnelle avec Pierre-Auguste Renoir et possédait au moins six œuvres de l’artiste, certaines acquises directement auprès de lui, d’autres par l’intermédiaire de Paul Durand-Ruel. Parmi celles-ci figuraient La Lecture (1888), achetée à Durand-Ruel par Gaugain le 3 février 1892 (vendue par Christie’s New York en novembre 2004 ; prix réalisé : 2 415 500 dollars) ; Portrait de deux fillettes, aujourd’hui conservé au musée de l’Orangerie à Paris ; Vue du Palais des Papes, Avignon ; ainsi que la présente œuvre, Jeunes filles au bord de la mer, très probablement acquise directement auprès de l’artiste. Les relations directes de Gaugain avec Renoir étaient suffisamment étroites pour susciter les reproches amusés de Durand-Ruel, qui plaisantait en accusant le peintre d’être « infidèle » à son marchand. Dans l’une des lettres adressées à Durand- Ruel, Renoir s’explique en ces termes : « J’ai été assez faible pour vous être quelque peu infidèle avec l’abbé, bien que ce que je lui ai donné ait été refusé et considéré comme horrible par vous — ce qui, du reste, est vrai. Mais si je ne vendais que de bonnes choses, je mourrais de faim. Je pensais qu’il garderait ces horreurs plus longtemps. Depuis quatre ans, il me demandait une vue du Midi. C’était une commande que j’avais longtemps refusée. Finalement, j’ai bâclé une vue du Palais des Papes » (cité dans Anne Distel, « Un collectionneur mystérieux de Renoir, l’abbé Paul Gaugain », La Gazette des Amis de la Maison Fournaise, Chatou, no 9, 2013, p. 14).7 Durand-Ruel protesta alors, affirmant que les tableaux étaient très beaux et qu’il n’en tiendrait nullement rigueur au peintre !


The comments of the critic Gustave Geffroy writing about Renoir's paintings in 1894 could have very well be alluding to Jeunes filles au bord de la mer painted in the early 1894: ‘the work of Renoir is a source of enchantment for the eye. It is also a consolation, a balm for the spirit [...] his observations as a landscape painter in Guernsey, in Toulon, in Algeria, wear the harmony of blue and gold, an extraordinary appearance of flamelike glimmering, they are conflagrations of brightness, mirages of light’ (quoted in N. Wadley, Renoir, 1841-1919, pp. 188-189). The almost surreal bright light emanating from Jeunes filles au bord de la mer and its smooth brushstrokes of charming blues, pinks, whites, greens and yellows blurring the composition truly make it ‘an enchantment for the eye’ and a ‘mirage of light’. This composition echoes 18th century French painting of frolicking scenes of gallantry, music and love - the so-called “fêtes galantes” - best captured by masters such as Antoine Watteau, Jean-Honoré Fragonard, Jean-Baptiste Pater or Nicolas Lancret. Like his peers, Renoir celebrates life and the beauty of nature, as so evidently illustrated in the present painting. With a clean composition divided in three – the figures in the foreground, the sea and the sky – Renoir draws the attention to the two young girls lying on the ground, one seen from the back contemplating the tranquil seascape and the other gazing out towards two other young girls picking up flowers on the left.

Those two emblematic young girls – the golden-haired one wearing a straw hat with a red bow and the brown-haired one with her pink-ribboned white hat – appear in several of Renoir’s paintings dating from the same period. Attempts have been made by different art historians to identify these two sitters, sometimes as the Lerolle sisters - Yvonne Lerolle and Christine Lerolle, daughters of the collector Henry Lerolle – and other times as Julie Manet, Berthe Morisot’s only daughter, and her cousin, Paule Gobillard. These four young ladies indeed often posed for Renoir and figure in some of his paintings, but it seems that for this particular painting, and other similar scenes such as Baigneuses, neither the figures nor the location of the scene correspond to a defined person or place. This distinction is significant: rather than functioning as a formal portrait, the present work occupies the fertile territory between portraiture and the genre scene, where Renoir could use recurring models to explore the beauty of youthful figures within a landscape. What Renoir sought in Jeunes filles au bord de la mer was to create an ephemeral setting in a blinding light, possibly remembering the landscapes he had admired so much during his trip to Guernsey in 1883 but also possibly blending in the light from the South of France (first discovered in Aix-en-Provence in 1881) or from North Africa (following his trips to Algeria in Spring 1881 and in March 1882).
Yet at the same time, the way in which Renoir portrays the two main figures, observing them from behind, conveys a sense of immediacy but also intimacy. This is also the case in Renoir’s painting In the meadow, 1888-1892, today housed in the Metropolitan Museum of Art, New York, in which the painter omitted the girls’ hats and opted to have them seated rather than laying down as in Jeunes filles au bord de la mer. Furthermore, Renoir put the brunette this time on the left, wearing a light pink dress and the blonde girl on the right with her white dress and blue ribbon belt, inverting the two same models from Jeunes filles au bord de la mer. In the latter, Renoir’s two protagonists gaze out to a calm blue sea, as opposed to the meadow setting chosen for the Metropolitan Museum painting. In other paintings, Renoir focuses on these two young girls’ facial features and psychological dimension, as seen their close-up double portrait, Two Girls Reading (1890-91), today housed in the Los Angeles County Museum of Art. Here, Renoir offers an intimate portrait of the recognizable blonde girl and brunette from Jeunes filles au bord de la mer, inviting the viewer to participate in their conversation or reading session. Yet Renoir once again interchanges attributes and models, as the brunette’s red-ribboned white hat seen in the Durand-Ruel painting has been passed on to the blonde girl, and the blonde’s straw hat is now being worn by the brunette in the Los Angeles painting. The composition of Jeunes filles au bord de la mer, for which there appears to exist a preparatory oil painting zooming in onto the two central figures, recalls also that of Baigneuses, a painting dated circa 1892 which was sold more than fifteen years ago, in which the two same young girls can easily be identified although they gaze out to an almost mythological and surreal scene of frolicking bathers. To some extent, it seems that Renoir created this series of paintings of young girls in idyllic, Arcadian settings simply for the pleasure of painting beautiful landscapes and charming figures, as well as for the visual pleasure they provided to the viewer.

Nonetheless, the apparent simplicity of the scene belies the sophistication of Renoir's handling. Rather than defining his figures with a firm contour, he allows them to emerge from a network of freely applied touches of colour. The ochres and warm pinks of the women's dresses and hats are set against the cool blues of the sea and the dense greens of the foreground vegetation. The red ribbon of the principal figure provides a particularly concentrated accent of colour, echoed subtly in the warm tones scattered throughout the composition. In the distance, figures are reduced almost to touches of paint, their scale and indistinctness reinforcing the sensation of space.
In addition to epitomizing the essence of Renoir’s oeuvre, as being a painting of pleasure, happiness and sensuality, Jeunes filles au bord de la mer also stands out for its unique provenance. It belonged to Abbé Paul-Octave Gaugain, a French priest, educator and discerning early collector of modern art. Born into a modest farming family in Boulon, Calvados, he pursued higher education and became a teacher, later directing the Cours Saint-Augustin in Paris. He remained closely connected to his native village, where he served as mayor and benefactor. Gaugain was an unusually early and independent champion of Impressionism, assembling an impressive collection that included masterpieces by Boudin, Cézanne, Degas, Guillaumin, Lépine, Monet, Pissarro, Renoir and Sisley. His collection, comprising just twenty-one lots, was dispersed at the Hôtel Drouot on 6 May 1901, and included several paintings that are now in major museums, such as three works by Monet, La Charrette. Route sous la neige à Honfleur, circa 1867 (Musée d’Orsay, Paris), Printemps, bords de rivière, 1882 (Musée des Beaux-Arts, Lyon) and Printemps à Giverny, 1886 (The Kreeger Museum, Washington D.C.), and by Sisley, Les Coteaux de Bougival, 1875 (National Gallery of Canada, Ottawa). His interest in contemporary art was particularly notable for its prescience: he acquired a work by Cézanne as early as 1894 (Pommes et serviette, 1879-1880, Seiji Togo Memorial Museum of Art, Tokyo), before Ambroise Vollard mounted the artist’s first solo exhibition in 1895.
Gaugain maintained a personal relationship with Pierre-Auguste Renoir and owned at least six works by the artist, some acquired directly from Renoir and others through Paul Durand-Ruel. Among them were La Lecture, 1888, purchased from Durand-Ruel by Gaugain on 3 February 1892; Portrait de deux fillettes, now in the Musée de l’Orangerie, Paris; Vue du Palais des Papes, Avignon, and the present work Jeunes filles au bord de la mer, most likely acquired directly from the artist. His direct dealings with Renoir were sufficiently close to occasion playful reproaches from Durand-Ruel, who jokingly accused the artist of being ‘unfaithful’ to his dealer. In one of the letters addressed to Durand-Ruel, Renoir explains himself: ‘I was weak enough to be somewhat unfaithful to you with the Abbé, although what I gave him was rejected and considered horrible by you—which, incidentally, is true. But if I only sold good things, I would starve to death. I thought he would keep these horrors for longer. For four years, he had been asking me for a view of the South. It was a commission that I had long refused to undertake. In the end, I dashed off a view of the Palais des Papes.’ (cited in Anne Distel, ‘Un collectionneur mystérieux de Renoir, l’abbé Paul Gaugain’ in La Gazette des Amis de la Maison Fournaise, Chatou, no. 9, 2013, p. 14). To which Durand-Ruel protested, saying that the paintings are very beautiful and he will not hold this against the painter!

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