Claude Monet (1840-1926)
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Bord des falaises à Pourville

Details
Claude Monet (1840-1926)
Bord des falaises à Pourville
signé et daté ‘Claude Monet 82’ (en bas à gauche)
huile sur toile
60.2 x 100.5 cm.
Peint en 1882

signed and dated ‘Claude Monet 82’ (lower left)
oil on canvas
23 ¾ x 39 ½ in.
Painted in 1882
Provenance
Galerie Durand-Ruel, Paris (acquis auprès de l’artiste le 31 octobre 1882).
Léon Clapisson, Paris (acquis auprès de celles-ci le 31 août 1883).
Galerie Durand-Ruel, Paris (acquis auprès de celui-ci le 19 mai 1891).
Par descendance au propriétaire actuel.
Literature
H. Marriott, 'Exposition des œuvres de Monet' in Le Journal des Arts, Paris, 6 mars 1883, p. 2.
C. Dargenty, 'Exposition des œuvres de Monet' in Courrier de l’Art, Paris, 15 mars 1883.
L. de Saint-Valéry, 'Paysages de Claude Monet et de Renoir' in La Revue des Beaux-Arts, Paris, 31 mai 1908, p. 2.
G. Geffroy, Claude Monet: sa vie, son temps, son œuvre, Paris, 1922, p. 107.
J.L. Vaudoyer, Les impressionnistes de Manet à Cezanne, Paris, 1948, p. 40 (illustré).
D. Wildenstein, Claude Monet: Biographie et catalogue raisonné, Lausanne, 1979, vol. II, p. 76, no. 751 (illustré, p. 77).
Claude Monet-Auguste Rodin. Centenaire de l'exposition de 1889, cat. exp., Musée Rodin, Paris, 1989, p. 135, no. 58 (illustré, p. 83; titré 'Pourville').
D. Wildenstein, Monet: Catalogue raisonné, Cologne, 1996, vol. II, p. 281, no. 751 (illustré).
A. Distel, 'Appendix II: The Notebooks of Léon Clapisson', in Renoir's Portraits: Impressions of an Age, cat. exp., New Haven et Londres, 1997, p. 352.
Exhibited
Paris, Galerie Durand-Ruel, Monet, mars 1883, no. 10.
Londres, Dowdeswell and Dowdeswell, Catalogue of Paintings, Drawings and Pastel by Members of "La Sociéte des Impressionnistes", 1883, no. 1 (titré 'Bord des falaises à Tourville [sic]').
Paris, Galerie Georges Petit, Claude Monet-A. Rodin, juin-août 1889, no. 58 (titré 'Pourville').
Paris, Galerie Durand-Ruel, Exposition de tableaux de Monet, Pissarro, Renoir et Sisley, avril 1899, p. 6, no. 20 (titré 'Falaises de Pourville').
Londres, Grafton Galleries, Pictures by Boudin, Cezanne, Degas, Manet, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley: Exhibited by Messrs. Durand-Ruel & Sons, janvier-février 1905, no. 141 (titré 'The Cliffs-Pourville').
Manchester, City Art Gallery, Modern French Painting, décembre 1907-mars 1908, p. 19, no. 82 (titré 'Cliffs at Pourville').
Paris, Galerie Durand-Ruel, Exposition de Paysages de Claude Monet et de Renoir, mai-juin 1908, no. 36.
Toronto, Arts Gallery, Canadian National Exhibition, Canadian National Exhibition, août-septembre 1910, no. 62 (titré 'The Cliffs at Varengeville, Near Dieppe') .
Londres, Grosvenor House, Art français : Exposition d'art décoratif contemporain, 1800-1885, juin-juillet 1914, no. 43 (titré 'Falaises de Pourville').
Paris, Galerie Durand-Ruel, Tableaux par Claude Monet, janvier 1928, no. 34 (titré 'La côte à Pourville').
Paris, Galerie Durand-Ruel, Quelques œuvres importantes de Manet à van Gogh: Exposition organisée au profit de l'œuvre "les Amis des Enfants", février-mars 1932, no. 25 (titré 'Falaises de Pourville').
Paris, Galerie Durand-Ruel, Exposition de tableaux de Claude Monet de 1865 à 1888, novembre-décembre, 1935, no. 38 (titré 'Falaises de Pourville').
Paris, Musée de l'Orangerie, Exposition du centenaire Monet-Rodin au profit de l'entr'aide des artistes, décembre1940-mars 1941, p. 6, no. 31 (titré 'Falaises de Pourville').
London, Royal Academy of Arts, Landscape in French Art, 1550–1900, décembre-mars 1950, no. 245 (titré 'Cliffs at Varengeville').
Paris, Galerie Durand-Ruel, Claude Monet, janvier-mars 1970, no. 30 (titré 'Falaises à Varengeville').
Tokyo, Galeries Seibu; Kyoto Municipal Museum of Art et Fukuoka Cultural Center, Claude Monet, mars-juillet 1973 (titré 'Falaises à Varengeville').
Paris, Galerie Durand-Ruel, Cent ans d'impressionnisme: Hommage à Paul Durand-Ruel, janvier-mars 1974, no. 32 (illusté; titré 'Falaises à Varengeville').
New York, Wildenstein & Co., Inc., Claude Monet : A Tribute to Daniel Wildenstein and Katia Granoff, avril-juin 2007, p. 308-310 (illustré en couleurs, p. 246).
Paris, Musée Marmottan Monet, Les Impressionnistes en privé, février-juillet 2014, p. 198, no. 92 (illustré en couleurs; illustré à nouveau en couleurs sur la couverture du catalogue).
Rome, Palazzo Bonaparte, Impressionisti Segreti, octobre 2019-mars 2020, p. 78 (illustré en couleurs, p. 79).
Further Details
Cette œuvre sera incluse au catalogue raisonné en ligne de l'œuvre de Claude Monet actuellement en préparation par le Wildenstein Plattner Institute.

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Antoine Lebouteiller
Antoine Lebouteiller International Specialist

Lot Essay

Giverny, Étretat, Fécamp, Dieppe, Londres, Venise, Rouen, Argenteuil : autant de lieux où Claude Monet a laissé une empreinte indélébile au fil de ses différents séjours, immortalisant chacun d’entre eux dans sa peinture. Pourville - petit village de pêcheurs aux environs de Dieppe, voisin de Varengeville, sur la « Côte d’Albâtre » en Normandie - fut également l’une des destinations privilégiées de Monet et donna lieu à une importante série de tableaux. Monet effectua quatre séjours à Pourville : en février-mars 1882, de juin à octobre 1882, de février à avril 1896 et, enfin, de janvier à mars 1897. Il y réalisa environ cent tableaux lors de ses deux séjours de 1882, puis quelque quarante-cinq œuvres au cours de ceux de 1896 et 1897. Nombre de ces toiles de Pourville sont aujourd’hui conservées dans de grandes institutions à travers le monde, parmi lesquelles le Musée Marmottan Monet à Paris, le Metropolitan Museum of Art à New York, l’Art Institute of Chicago, le Cleveland Museum of Art, le Kreeger Museum à Washington D.C., le Brooklyn Museum, le Musée national de Poznań en Pologne, le Museum Barberini à Potsdam ou encore le Tokyo Fuji Art Museum, pour n’en citer que quelques-unes.
Une trentaine de tableaux de Pourville sont passés en vente aux enchères ; toutefois, Bord des falaises à Pourville, peint lors du second séjour de 1882, constitue la plus grande oeuvre consacrée à Pourville apparue sur le marché depuis le milieu des années 1980. La plupart des tableaux de Pourville de Monet furent acquis par Paul Durand-Ruel, à la suite du succès rencontré par les paysages de Pourville présentés à la septième exposition impressionniste (1er-31 mars 1882), organisée à Paris entre les deux premiers séjours de l’artiste à Pourville. Monet y présenta trente-cinq tableaux au total, dont un tiers étaient des paysages normands, qui lui valurent les éloges du public. Le critique Ernest Chesneau écrivit dans le Paris-Journal : « Je m’arrête devant ces admirables marines, où, pour la première fois, je vois rendus - et avec quelle extraordinaire puissance d’illusion - les soulèvements et les longues retombées de l’océan, les filets des vagues tourbillonnantes, la surface glauque des eaux profondes et les tons violets de la marée basse sur son lit de sable ». (cité dans D. Wildenstein, Monet or The Triumph of Impressionism, Cologne, 1999, p. 178).
Les tableaux de Pourville et Varengeville peints par Monet se répartissent principalement en trois grands groupes : de vastes vues prises depuis la plage de Pourville en direction de l’ouest, le long de ses falaises caractéristiques, entaillées de valleuses, qui se prolongent vers Varengeville ; des vues depuis les plages voisines, tournées vers l’est en direction de Pourville ; enfin, de spectaculaires panoramas sur la mer depuis le sommet des falaises. De ces différents points de vue, le premier - montrant, sur la gauche, la masse en forme de coin des falaises échancrées, telle qu’elle apparaît dans la présente œuvre, Bord des falaises à Pourville - était celui que Monet affectionnait le plus.
Enthousiaste à l’idée de cette nouvelle campagne de peinture, et peut-être désireux d’échapper à sa nouvelle demeure de Poissy qu’il appréciait peu, Claude Monet partit au début du mois de février 1882 avec l’intention de peindre les paysages de Dieppe et de ses environs. Ce séjour lui offrait également un répit face aux pressions personnelles et professionnelles. Son épouse Camille (1847-1879) était morte trois ans auparavant et Monet partageait désormais sa vie avec Alice Hoschedé (1844-1911), qu’il épouserait en 1892, après la mort de son mari. La France traversait alors une longue récession économique qui affectait les ventes de Monet, mais aussi les finances de son marchand, Paul Durand-Ruel. Par ailleurs, l’artiste se montrait peu enthousiaste à l’idée de la septième exposition impressionniste qui devait ouvrir en mars 1882 - les divisions au sein du groupe s’étaient alors considérablement accentuées - et il confia à Durand-Ruel le soin d’organiser sa participation. Monet avait rencontré Durand-Ruel à Londres en 1870, par l’intermédiaire du peintre de l’école de Barbizon Charles-François Daubigny (1817-1878), alors qu’il avait fui la guerre franco-prussienne avec Camille Pissarro. À partir de 1880, Durand-Ruel commença à acheter les tableaux de Monet et l’encouragea à exposer au Salon officiel plutôt qu’aux expositions impressionnistes de 1880 et 1881. Il joua toutefois un rôle déterminant dans le retour des principaux maîtres impressionnistes - Renoir, Monet et Sisley - à la septième exposition impressionniste, qu’il soutint financièrement et contribua à organiser en mars 1882.
Bien que Monet reconnût que Dieppe offrait son lot de motifs intéressants à peindre - « La mer est superbe, mais les falaises par leur disposition sont moins belles qu’à Fécamp » -, la ville elle-même lui parut plus développée qu’il ne l’avait imaginé et il s’y ennuya rapidement, comme il s’en plaignit à Alice Hoschedé : « Je marche, je rôde, je regarde tout, et pourtant rien ne saisit vraiment mon imagination. Si j’avais de l’argent, je n’hésiterais pas à retourner à Fécamp ». À peine une semaine après son arrivée, il décida de quitter l’Hôtel Victoria de Dieppe pour gagner le petit village de pêcheurs et station balnéaire pittoresque de Pourville, situé à environ cinq kilomètres à l’ouest : « Le pays est très beau et je regrette bien de n’y être pas venu plus tôt plutôt que de perdre mon temps à Dieppe. On ne peut être plus près de la mer que je ne suis, sur le galet même, et les vagues battent le pied de la maison », écrivit Monet à Alice Hoschedé (Monet, lettre à A. Hoschedé, 15 février 1882, dans D. Wildenstein, Claude Monet, Biographie et catalogue raisonné, vol. II, Lausanne, 1979, no 242, p. 214). Deux jours auparavant, Monet lui avait indiqué sa nouvelle adresse à Pourville : « Mr Monet, chez Mr Paul à Pourville par Offranville, Seine Inférieure ».
Ce « Mr Paul » était Paul Antoine Graff (mort en 1893), chef alsacien qui dirigeait avec son épouse Eugénie (1819-1891) le Casino-Hôtel de Pourville. Le restaurant de leur établissement, À la renommée des galettes, jouissait d’une grande popularité et était réputé pour les délicieuses galettes que l’on y préparait - immortalisées par Monet dans Les Galettes (1882 ; The National Gallery, Londres). Monet surnommait l’aubergiste « Le Père Paul » et lui consacra en 1882 un saisissant portrait, aujourd’hui conservé à l’Österreichische Galerie Belvedere de Vienne. Il rendit également hommage à Eugénie en représentant l’épouse de l’aubergiste tenant dans ses bras son petit terrier, Follette (1882 ; Fogg Art Museum, Harvard University). Monet trouva à Pourville un environnement chaleureux et accueillant, et fit part de sa sérénité et de sa satisfaction à Durand-Ruel dans une lettre datée du 21 février 1882 : « Je suis disparu quelques jours dans un délicieux petit pays aux environs de Dieppe. J’ai trouvé là beaucoup de jolies choses, aussi je travaille sans relâche, quoique je ne sois pas toujours favorisé par le temps. Enfin, je suis assez content et je crois que vous me trouverez en progrès. »
Il regagna Paris pour la septième exposition impressionniste, puis Poissy afin de retrouver Alice et les enfants. Encouragé par les éloges que lui avaient valu à cette occasion ses tableaux de mer aux couleurs éclatantes, Monet projeta bientôt de retourner à Pourville durant l’été pour poursuivre sa campagne de peinture, cette fois accompagné de toute sa
famille : ses deux fils Michel et Jean, Alice Hoschedé et les six enfants de celle-ci, Marthe, Blanche, Suzanne, Jacques, Germaine et Jean-Pierre. L’été 1882 à Pourville fut dans l’ensemble une période heureuse pour Monet, sa relation avec Alice - dont le mari, Ernest Hoschedé (1837-1891), avait été l’un des amis et mécènes de l’artiste - étant désormais vécue au grand jour. De juin au début d’octobre 1882, il loua une maison appelée la Villa Juliette - aujourd’hui Villa Mon Coin -, à laquelle l’auteur Philippe Clochepin a récemment consacré un ouvrage entier, La Villa Juliette, une muse normande à Pourville-sur-mer (Éditions du Palio, 2025). Perchée sur les falaises occidentales de Pourville, la Villa Juliette offre, sur la droite, une vaste vue sur la plage de Pourville et la ligne ininterrompue des falaises de craie qui s’étire vers Dieppe et Le Tréport. Sur la gauche, les falaises se déploient en direction de Varengeville, à commencer par la vallée encaissée de Mordal. La Villa Juliette apparaît à droite, à l’arrière-plan du tableau Pourville peint par Monet en 1882 et vendu chez Christie’s à Londres le 4 février 2008 (lot 76). Durand-Ruel tint à rendre visite à son protégé à Pourville et trouva à se loger à Dieppe, où il accueillit également Pierre-Auguste Renoir ce même été. Travaillant dans cette atmosphère heureuse, entouré des siens, Monet revint aux falaises et aux plages qu’il avait découvertes quelques mois plus tôt et en tira plusieurs nouvelles toiles. De fait, si l’on excepte ses représentations des Nymphéas à Giverny vers la fin de sa vie, les séjours de Monet sur la côte normande en 1882 comptent sans doute parmi les périodes les plus fécondes de sa carrière. C’est également là que Blanche Hoschedé (1865-1947), alors âgée de dix-sept ans, commença pour la première fois à peindre aux côtés de Monet.
Dans la présente œuvre, Bord des falaises à Pourville, Monet installa son chevalet sur la falaise occidentale de Pourville, à proximité de la Villa Juliette, face aux majestueuses et emblématiques falaises de Varengeville, à l’ouest. Bien que légèrement plus petite (60 x 81 cm), une œuvre apparentée portant le même titre appartint autrefois aux collections du Metropolitan Museum of Art de New York (1956-2014), avant d’être acquise aux enchères en 2014 par le Museum Barberini de Potsdam. A la manière d’une photographie, le bord herbeux de la falaise apparaît avec une grande netteté, tandis que la surface de la mer, le ciel et les falaises de la baie, au loin, semblent estompés. Grâce à une riche gamme de touches légères de vert, de rose, de blanc, de jaune et d’ocre, Monet parvient à restituer la lumière estivale scintillante au premier plan de Bord des falaises à Pourville. Il saisit les spectaculaires falaises de craie, si caractéristiques de la Côte d’Albâtre, par de vibrantes stries de différents tons de bleu et blanc, reflétant la mer turquoise relativement calme. La présence humaine n’est qu’à peine suggérée : trois ou quatre maisons sont regroupées à l’arrière-plan, tout à gauche, tandis que quatre ou cinq touches blanches sur la mer évoquent des voiliers.
Bien que ses célèbres séries des Meules (1890-1891) et de la Cathédrale de Rouen (1892-1894), dans lesquelles il chercha à explorer les variations de la lumière, soient postérieures, il apparaît clairement que Monet était déjà fasciné, dans ses tableaux de Pourville et Varengeville de 1882, par les effets fugitifs de la lumière et les transformations de la nature. Dans une lettre adressée à Durand-Ruel au printemps 1882, Monet écrivait ainsi: « Je deviens de plus en plus difficile à contenter : rien ne me satisfait plus et la nature subit en ce moment des changements considérables ». Dans la plupart des cas, Monet achevait un tableau après dix à vingt séances de travail en plein air ; son travail était donc largement soumis aux aléas de la météo normande, à l’origine de ces « changements considérables » de la nature. Le mauvais temps perturbait fortement son travail et, par conséquent, son humeur et sa confiance en lui, comme le révèlent plusieurs lettres adressées à Durand-Ruel. Il est toutefois évident qu’au milieu de l’année 1882, Durand-Ruel croyait fermement en Monet et en son talent, l’encourageant sans cesse à poursuivre son travail. En septembre 1882, il lui écrivit : « Jamais vous n’avez été en meilleure voie et en meilleure veine ».
Il n’est donc guère surprenant que Monet ait décidé de revenir à Pourville plus de dix ans plus tard, en février 1896, expliquant à Durand-Ruel : « Je suis installé ici depuis quelques jours, j’avais besoin de revoir la mer et suis enchanté de revoir tant de choses que j’ai faites il y a quinze années. Aussi me suis-je mis à l’ouvrage avec ardeur. » Monet entendait ainsi peindre à nouveau les mêmes plages, les mêmes points de vue et les mêmes paysages marins, cherchant vraisemblablement à saisir ces motifs familiers sous une lumière ou dans une atmosphère différentes. Malgré le mauvais temps et sa déception devant l’hôtel des Graff, passé entre de nouvelles mains après la mort d’Eugénie et de Paul Graff, respectivement en 1891 et 1893, Monet resta plusieurs mois. Il repartit même avec l’intention de revenir l’hiver suivant et effectua son dernier séjour à Pourville en janvier 1897. Un changement radical de palette, du naturalisme éblouissant à des harmonies d’une audace presque aveuglante, est nettement perceptible dans Falaise de Pourville, le matin (1897), conservé au Musée national des beaux-arts du Québec (Montréal) comme dans Falaises de Pourville, mer agitée (1897), au High Museum of Art d’Atlanta. Comme l’a parfaitement résumé Steven Z. Levine dans son ouvrage fondateur consacré à « Monet et ses critiques » (New York : Garland Publishing, 1976), « l’art de Monet était ainsi tout à la fois la conséquence inévitable d’une évolution historique vers une traduction toujours plus précise des effets fugitifs de la lumière » (p. 39).

Giverny, Étretat, Fécamp, Dieppe, London, Venice, Rouen, Argenteuil are all places where Claude Monet left an indelible mark through his various stays there, immortalizing each location in his paintings. Pourville – a small fishing village on the outskirts of Dieppe located next to Varengeville on the so-called ‘Alabaster Coast’ in Normandy – was also one of Monet’s key destinations, that triggered the production of an important series of paintings. Monet did four trips to Pourville: February-March 1882, June-October 1882, February-April 1896 and finally in January-March 1897. He produced around 100 paintings during the two 1882 trips, and around 45 paintings during the 1896 and 1897 trips. Many of these Pourville canvases are held in major institutions around the world such as the Musée Marmottan (Paris), the Metropolitan Museum of Art (New York), the Art Institute of Chicago, the Cleveland Museum of Art, the Kreeger Museum (Washington D.C.), the Brooklyn Museum, the National Museum of Poznan (Poland), the Barberini Museum (Potsdam) or the Tokyo Fuji Art Museum, to name a few.
Around 30 Pourville paintings have been up at auction yet Bord des falaises à Pourville, painted during the second 1882 expedition, is the largest to come to the market since the mid-1980s. Most of Monet’s Pourville paintings were purchased by Paul Durand-Ruel, following the success of the Pourville landscapes presented at the 7th Impressionist Exhibition (1-31 March 1882) that was held in Paris between the two first Pourville journeys. Monet contributed a total of 35 paintings on that occasion, a third of which where Normandy landscapes, owing him the audience’s praises. Critic Ernest Chesneau wrote in Paris-Journal, ‘I stop before these admirable seascapes, in which, for the first time, I see rendered—and with such extraordinary power of illusion—the upswells and long descending sighs of the ocean, the rivulets of the eddying waves, the glaucous surface of deep water, and the violet hues of the low tide above its bed of sand’ (quoted in D. Wildenstein, Monet or The Triumph of Impressionism, Cologne, 1999, p. 178).

Monet's paintings of Pourville/Varengeville fall largely into three main groups: sweeping views from Pourville beach looking westwards along its distinctive clefted-cliffs which continue on to those of Varengeville; views from neighbouring beaches looking eastwards towards Pourville, and dramatic views looking out over the sea from the cliff-tops. Of these views, the first perspective, showing the wedge-shaped indented mass of the cliffs to the left, as depicted in the present work, Bord de falaises à Pourville, was Monet's favorite.
Full of enthusiasm and perhaps keen to escape from his new home in Poissy which he did not much like, Claude Monet set off in early February 1882 with the intention of painting the landscapes in and around the town of Dieppe. This was also a retreat from personal and professional pressures. His wife, Camille (1847-1879), had died three years earlier, and Monet had entered into a domestic arrangement with Alice Hoschedé (1844-1911; whom he would marry in 1892, after her husband’s death). France at that time was in the midst of a lengthy economic recession that affected Monet’s sales but also the finances of his dealer, Paul Durand-Ruel. In addition, the artist was unenthusiastic about the upcoming seventh Impressionist exhibition opening in March 1882—divisions within the group had become pronounced by this time—and he delegated the responsibility for his contribution to Durand-Ruel. Monet had met Durand-Ruel through the Barbizon School painter Charles-François Daubigny (1817-1878) in London in 1870, where he had fled the Prussian War in France along with Camille Pissarro. By 1880, Durand-Ruel started buying Monet’s paintings and encouraged him to exhibit at the official Salon, rather than the Impressionist Exhibitions of 1880 and 1881. Yet Durand-Ruel was instrumental in bringing back the core Impressionist masters – Renoir, Monet, Sisley - to the 7th Impressionist Exhibition, that he financially supported and that he helped to organize in March 1882.
Although Monet admitted that Dieppe offered its fair share of interesting motifs to paint – ‘a superb sea but the cliffs are not as beautiful as those of Fécamp’[1] - he found the town itself to be more developed than he had anticipated and soon became bored, as he complained to Alice Hoschédé, ‘I walk about, I wander, I look at everything, yet nothing really seizes my imagination. If I had the money, I wouldn't hesitate to return to Fécamp.’[2] He decided barely a week after arriving there to check out from l’Hôtel Victoria in Dieppe and to move on to the small, picturesque fishing village-resort of Pourville located about five kilometres to the west: 'the countryside is very beautiful and I only regret not having come here sooner rather than wasting my time in Dieppe... one could not be closer to the sea than I am; the waves beat against the foundations of the house'[3], Monet wrote to his partner, Alice Hoschédé, back in Poissy (Monet, letter to A. Hoschedé, 15 February 1882, in D. Wildenstein, Claude Monet, Biographie et catalogue raisonné, vol. II, Lausanne, 1979, no. 242, p. 214). Two days earlier, Monet had indicated to his partner the new address where he was staying in Pourville: : ‘Mr Monet, chez Mr Paul à Pourville par Offranville, Seine Inférieure’.
‘Mr Paul’ was Paul Antoine Graff (died 1893), an Alsacian chef, who headed the Casino-Hôtel in Pourville with his wife Eugénie (1819-1891). Their inn’s restaurant, A la renommée des galettes was widely popular and was renowned for the delicious ‘galettes’ they baked – eternalized in Monet’s painting Les Galettes (1882; The National Gallery, London). Monet referred to the innkeeper as ‘Le Père Paul’ and incarnated him in a striking portrait of 1882 today housed at the Österreichische Galerie Belvedere, Vienna. Monet also paid tribute to Eugénie in his representation of the innkeeper’s wife holding her pet terrier, Follette (1882; Fogg Art Museum, Harvard University). Monet found himself in a warm and welcoming environment, transcribing his serenity and satisfaction to Durand-Ruel in a letter dated 21 February 1882: ‘I disappeared for a few days into a delightful little village in the vicinity of Dieppe. I have found many beautiful things there, so I am working tirelessly, although the weather has not always been on my side. In the end, I am quite pleased, and I believe you will find that I have made progress’[4].
He returned to Paris for the 7th Impressionist Exhibition and to Poissy to see Alice and the children. Buoyed by the praise he received on that occasion for his vividly-colored paintings of the sea, Monet soon planned to return to Pourville that summer to continue his painting campaign, but this time with his entire family: his two children Michel and Jean, Alice Hoschédé and her six children (Marthe, Blanche, Suzanne, Jacques, Germaine et Jean Pierre). Summer of 1882 in Pourville was overall a time of happiness for Monet, as his relationship with Alice, whose husband Ernest Hoschédé (1837-1891) had been one of the artist's friends and patrons, was now in the open. From June to early October 1882, he rented a house called La Villa Juliette - today Villa Mon Coin - to which author Philippe Clochepin recently dedicated an entire book: La Villa Juliette, une muse normande à Pourville-sur-mer (Editions du Palio, 2025). Villa Juliette was perched high upon the western cliffs of Pourville. It commands, to the right, a sweeping view over the beach at Pourville and the unbroken line of chalk cliffs stretching away towards Dieppe and Le Tréport. To the left, the cliffs unfold in the direction of Varengeville, beginning with the secluded valley of Mordal. La Villa Juliette is visible on the right in the background of Monet’s painting Pourville of 1882, sold by Christie’s London on 4 February 2008 (lot 76). Durand-Ruel insisted on coming to visit his protégé in Pourville, finding a place to stay in Dieppe where he also greeted Pierre-Auguste Renoir that same summer. Working in this blissful climate surrounded by his loved ones, Monet revisited the cliffs and beaches that he had discovered earlier that year to paint several further canvases. Indeed, aside from his depictions of waterlilies at Giverny at the end of his life, Monet’s excursions along the Normandy coast in 1882 arguably represent one of the most productive stages of his career. It is also there that Blanche Hoschédé (1865-1947), aged seventeen, started painting for the first time alongside Monet.
In the present work, Bord des falaises à Pourville, Monet situated his easel on the western cliff of Pourville, close to Villa Juliette, oriented towards the majestic and iconic cliffs of Varengeville to the west. Although slightly smaller (60 x 81 cm.), its sister piece with the same title used to be part of the collections of the Metropolitan Museum of Art, New York (1956-2014) before it was purchased at auction by the Barberini Museum, Potsdam in 2014. Similar to a photograph, the grassy edge of the cliff is in sharp focus, while the surface of the sea, the sky, and the cliffs of the bay in the distance are blurred. With a rich array of feathery brushstrokes of greens, pinks, whites, yellows and ochres, Monet succeeds in conveying the shimmering summer light in the foreground of Bord des falaises à Pourville. He captures the dramatic chalk cliffs that are so characteristic of the Alabaster Coast with vibrant streaks of different blues and whites, reflecting the relatively calm turquoise sea. Monet barely hints to human life, with three or four houses squeezed in the background on the far left, and suggests sailboats through the four or five white flecks in the sea. Although his famous series of the Haystacks (1890-1891) or Rouen Cathedral (1892-1894), in which he sought to explore the shifting effects of light, came later, it is clear that he was already fascinated by the transient aspect of light and nature in the Pourville/Varengeville paintings of 1882, writing to Durand-Ruel: ‘I am becoming increasingly difficult to please: nothing satisfies me anymore, and nature is undergoing tremendous changes at this very moment…’[5] In most cases, Monet completed a painting after working on it in ‘plein-air’ between 10 and 20 sessions and was very much dictated by the unpredictable Norman weather causing the ‘tremendous changes’ of nature. Bad weather considerably impacted Monet’s painting and consequently, his mood and self-confidence, as revealed in several letters to Durand-Ruel. Yet it is clear that by mid-1882, Durand-Ruel adamantly believed in Monet and his talent, always encouraging him and pushing him to pursue his paintings, writing in September 1882, ‘never have you been on a surer course or in finer creative form’[6].
It is not surprising that Monet decided to return to Pourville over a decade later in February 1896, explaining to Durand-Ruel that ‘I longed to see the sea again, and I am delighted to revisit so many of the places I painted fifteen years ago’[7]. Monet therefore intended to paint again the same beaches, viewpoints and seascapes, but most likely sought to capture familiar scenes with a different light or atmosphere. Despite the bad weather and his disappointment with the Graff’s hotel that was newly owned following the couple’s respective deaths in 1891 and 1893, Monet stayed a couple of months. He even left with the aim to come back the following winter, making his last excursion to Pourville in January 1897. A radical shift in his palette, from being dazzlingly naturalistic to blindingly unconventional, is clearly noticeable in A Cliff at Pourville in the morning painted (1897), from the Museum of Fine Arts of Quebec (Montreal) as in The Cliffs of Pourville, Rough Sea (1897) from the High Museum of Art (Atlanta). As best summed up by Steven Z. Levine in his seminal book on ‘Monet and his critics’ (New York : Garland Publishing, 1976), ‘Monet's art was therefore at once the inevitable consequence of a historical evolution towards an ever more precise rendition of light in its ephemeral effects’ (p. 39)[8].


[1] « une mer superbe mais les falaises moins belles qu’à Fécamp » (lettre du 5 février 1882)
[2]« je marche, je tourne, je regarde tout et rien ne m’empoigne. Si j’avais de l’argent, je n’hésiterais pas à retourner à Fécamp”.
[3] « Le pays est très beau et je regrette bien de n’y être pas venu plus tôt plutôt que de perdre mon temps à Dieppe. On ne peut être plus près de la mer que je ne suis, sur le galet même, et les vagues battent le pied de la maison ».
[4] « Je suis disparu quelques jours dans un délicieux petit pays aux environs de Dieppe. J’ai trouvé là, beaucoup de jolies choses, aussi je travaille sans relâche, quoique je ne suis pas toujours favorisé par le temps. Enfin, je suis assez content et je crois que vous me trouverez en progrès ».
[5] ‘Je deviens décidément de plus en plus difficile : rien ne me satisfait et la nature change terriblement en ce moment… ‘
[6] ‘Jamais vous n’avez été en meilleure voie et en meilleure veine’.
[7] ‘j’avais besoin de revoir la mer et suis enchanté de revoir tant de choses que j’ai faites il y a quinze années’.
[8] ‘L’art de Monet est la conséquence inévitable d’une évolution historique vers un rendu toujours plus précis de la lumière dans ses effets éphémères’.

[1] « une mer superbe mais les falaises moins belles qu’à Fécamp » (lettre du 5 février 1882)
[2]« je marche, je tourne, je regarde tout et rien ne m’empoigne. Si j’avais de l’argent, je n’hésiterais pas à retourner à Fécamp”.
[3] « Le pays est très beau et je regrette bien de n’y être pas venu plus tôt plutôt que de perdre mon temps à Dieppe. On ne peut être plus près de la mer que je ne suis, sur le galet même, et les vagues battent le pied de la maison ».
[4] « Je suis disparu quelques jours dans un délicieux petit pays aux environs de Dieppe. J’ai trouvé là, beaucoup de jolies choses, aussi je travaille sans relâche, quoique je ne suis pas toujours favorisé par le temps. Enfin, je suis assez content et je crois que vous me trouverez en progrès ».
[5] ‘Je deviens décidément de plus en plus difficile : rien ne me satisfait et la nature change terriblement en ce moment… ‘
[6] ‘Jamais vous n’avez été en meilleure voie et en meilleure veine’.
[7] ‘j’avais besoin de revoir la mer et suis enchanté de revoir tant de choses que j’ai faites il y a quinze années’.
[8] ‘L’art de Monet est la conséquence inévitable d’une évolution historique vers un rendu toujours plus précis de la lumière dans ses effets éphémères’.

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