Fernand Léger (1881-1955)
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Provenant de la collection d’un amateur parisien
Fernand Léger (1881-1955)

Paysage

Details
Fernand Léger (1881-1955)
Paysage
signé et daté ‘F. LEGER. 31’ (en bas à droite); signé et inscrit ‘à Douvet son ami F. LEGER’ (au revers)
huile sur toile
33.1 x 46 cm.
Peint en 1931

signed and dated ‘F. LEGER. 31’ (lower right); signed and inscribed ‘à Douvet son ami F. LEGER’ (on the reverse)
oil on canvas
13 x 18 1⁄8 in.
Painted in 1931
Provenance
Collection Douvet (don de l’artiste).
Collection Goldschmidt.
Collection Jacobsen, Montréal.
Galerie de l’Elysée (Alex Maguy), Paris (en 1958).
Collection particulière, Paris.
Galerie Philippe Samuel, Paris.
Collection particulière, Paris, acquis auprès de celle-ci en avril 1996.
Literature
G. Bauquier, Fernand Léger, Catalogue raisonné de l’œuvre peint, 1929-1931, Paris, p. 302, no. 785 (illustré).
Exhibited
Montréal, Dominion Gallery, Exposition de vingt-cinq peintures par Fernand Léger, mai-juin 1943.

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Lot Essay

Les années 1930 furent une décennie à la fois expérimentale et extrêmement productive pour Fernand Léger, le légendaire « post-cubiste » idiosyncrasique et multidisciplinaire. En 1931, Léger effectua le premier de ses trois voyages aux États-Unis, Nelson Rockefeller lui ayant passé commande pour la décoration de son appartement. Il s’y rendra de nouveau en 1935 et en 1938 afin de réaliser un projet similaire pour le Consolidated Edison Building de Wallace K Harrison à l’occasion de l’exposition universelle de 1939-40. En 1932, il reprit son enseignement à l’Académie Moderne, une école libre qu’il avait cofondée avec le puriste Amédée Ozenfant en 1924, et, en 1935, quatre ans seulement après sa première visite, une grande exposition lui fut consacrée au musée d’art moderne de New York. La seconde partie de la décennie vit l’achèvement des oeuvres monumentales Adam et Ève (1935-39) et Composition aux deux perroquets (1935-39) — qu’il considérait comme l’une de ses toiles les plus importantes—, la réalisation de peintures murales pour des expositions à Bruxelles et Paris, et la conception de costumes et de décors pour l’opéra de Paris.

Paysage, de 1931 est un exemple fascinant de ces énigmatiques expérimentations, à la frontière entre le « nouveau réalisme » et l’abstraction. Il décrit une sorte d’«objet-spectacle » inclassable, une poésie sibylline faite de formes à la fois réelles et imaginaires, organiques et inorganiques. Léger disait de son approche : « j’ai mis l’objet dans l’espace, sans la perspective. Sans rien pour l’y maintenir. » Paysage est une combinaison intrigante d’objets interactifs et isolés dans l’espace. Il existe des tensions visibles entre les formes plates et celles à trois dimensions, de même qu’entre les formes curvilignes et rectilignes choisies. Ce sont en fait des systèmes à la fois de comparaison et d’opposition qui sont ici à l’œuvre, chacun étant conçu pour suggérer des affinités thématiques et formelles inattendues. Le tronc d’arbre à gauche, une autre forme s’en approchant au centre, et à droite la forme verte qui évoque une feuille, semblent constituer ses pôles statiques, étrangement séparés de l’activité abstraite et du dynamisme manifeste du centre. Pourtant, il émane aussi de ces objets une incroyable suggestivité sexuelle; loin d’être neutres, ou « volontairement inexpressifs », ils dégagent une énergie érotique. Les lettres écrites à sa maîtresse ente 1931 et 1935 confirment que la sexualisation explicite de son répertoire pictural n’était pas pour déplaire à Léger. Dans une lettre datée du 16 septembre 1932, il réfléchit sur « Mes deux points d’intensité : travail- amour » ; on se demande à quel point ils étaient réellement séparés, malgré sa véhémence sur la nécessité, pour l’art moderne, de se débarrasser de l’extra-esthétique.

Entre 1929 et 1933, il privilégia de plus en plus dans ses peintures les formes naturelles des règnes animal, végétal et minéral, par rapport aux formes mécaniques et industrielles, et fut profondément influencé par l’examen minutieux du monde microscopique du cinéaste-scientifique-inventeur français Jean Painlevé. Il semble dès lors concevable de voir dans les formes circulaires/rectangulaires peintes par Léger, en haut au centre, au milieu et dans le quart inférieur droit, une évocation originale de la vie à son stade cellulaire.


The 1930s were both an experimental and extremely productive decade for the legendary post-‘tubist’ and idiosyncratic Fernand Léger. In 1931, Léger made the first of three trips to the United States having been commissioned to decorate the New York apartment of Nelson Rockefeller, returning in 1935 and 1938 in order to complete a similar project for Wallace K Harrison’s Consolidated Edison Building at the 1939-1940 World’s Fair. In 1932, he resumed teaching at the Académie Moderne, a free school he had co-founded with Purist Amédée Ozenfant in 1924. In 1935, a mere four years after his initial visit, he was given a major show at New York’s Museum of Modern Art. The latter half of the decade saw the completion of the monumental Adam and Eve (1935-1939) and Composition aux deux perroquets (1935-3199), a painting he considered to be one of his most important, as well as murals for expositions in Brussels and Paris and set costume designs for the Paris Opera.

Paysage, painted in 1931, is a fascinating example of the artist’s enigmatic experimentations at the border between new realism and abstraction. The result is a curiously unclassifiable kind of 'object-spectacle', a cryptic poetry made up of both real and imagined, organic and inorganic forms. Léger said of his approach, ‘I put the object in space, minus perspective. Minus anything to hold it there’ (Fernand Léger, quoted in P. de Francia, Fernand Léger, 1983, p. 111). Paysage is an intriguing combination of interactive and isolated objects in space. There are tensions visible between the flat and three dimensional forms used as well as between the curvilinear and rectilinear shapes chosen, indeed there are systems of both comparison and opposition at work here, each designed to suggest unexpected thematic and formal affinities. The biomorphic forms on either side of the painting, the trunk on the left and the green leaf-like form on the right seem its static poles, strangely separate from the abstract activity and unmistakable dynamism at its centre. And yet there is a sense too in which these objects appear incredibly sexually suggestive, indeed, far from neutral, or ‘voluntairement inexpressives’ they positively bristle with erotic energy. Letters written to his mistress, Simone Herman between 1931 and 1935 confirm that Leger too delighted in the explicit sexualisation of his pictorial repertoire. In a letter dated 16th September 1932 Leger muses on ‘Mes deux points d’intensité- travail- amour’; one wonders how clearly separated from one another they really were despite the vehemence with which he spoke of the fact that modern art must rid itself of the extra-aesthetic.

Between 1929 and 1933, Léger began increasingly in his paintings to privilege natural forms found in the animal, vegetable and mineral kingdoms over mechanical and industrial ones and was strongly influenced by French filmmaker-scientist-inventor Jean Painlevé’s scrutiny of the microscopic world. It seems conceivable then that the three rounded rectangular shapes at the upper centre, at centre and to the lower right quadrant, represent Leger’s original evocation of life at the cellular level.

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