Lot Essay
Cette commode exceptionnelle en laque du Japon, estampillée Bernard II Van Risenburgh, dit BVRB, constitue un remarquable témoignage des premières années de la production de ce célèbre ébéniste parisien. Fils d’un ébéniste hollandais spécialisé dans la fabrication de caisses d’horloge, Bernard II Van Risenburgh s’établit au faubourg Saint-Antoine dans les années 1730 où il fonde son propre atelier. Les meubles qu’il marque de son estampille "BVRB" se distinguent dès le début de sa carrière par la qualité exceptionnelle de leur exécution et de leur ornementation.
UNE ŒUVRE REPRÉSENTATIVE DE SA PRODUCTION DES ANNÉES 1740
Par plusieurs caractéristiques, cette commode peut être rapprochée des réalisations de Bernard II Van Risenburgh documentées à partir de 1737. En effet, l’étude des bronzes et de l’emploi des panneaux de laque constituent un outil précieux pour appréhender l’évolution de sa production. BVRB ayant fréquemment réemployé certains modèles de monture, la récurrence de certains ornements permet ainsi de distinguer différentes phases au sein de son œuvre. En particulier, les sabots de bronze présents sur notre commode figurent parmi les modèles du répertoire ornemental de BVRB fréquents à cette période.
Le 26 septembre 1737, Thomas Joachim Hébert livre pour le cabinet de retraite de la reine à Fontainebleau la célèbre commode dite de Marie Leszczyńska, réalisée par Bernard II Van Risenburgh et actuellement conservée au Louvre (inv. OA 11193). Après l’ensemble de commodes exécuté entre 1730 et 1733 pour Charles-Albert de Bavière (1697-1745), électeur de Bavière, et exposé à la Résidence de Munich (inv. ResMü. M. 22, inv. ResMü 18, 19), ce meuble constitue l’un des premiers exemples de mobilier de la couronne française intégrant des panneaux de laque du Japon. Sur cette dernière, les pieds cambrés se terminent par d’élégants sabots ornés d’un cartouche, identiques à ceux qui ornent notre présente commode. Ces sabots caractéristiques se retrouvent par ailleurs sur une autre commode, estampillée BVRB et datée vers 1740-1745, vendue chez Sotheby’s New York, le 8 novembre 1985, lot 370 (ill. dans T. Wolvesperges, op. cit., Paris, 2000, p. 250, fig. 122).
Toutefois, Bernard II Van Risenburgh est soucieux de préserver la parfaite lisibilité du décor. Certaines de ses réalisations présentent des ornementations de bronze doré extrêmement réduites. Cela apparaît sur une commode comparable, estampillée BVRB et datée vers 1740-1745, vendue chez Sotheby’s Monaco, le 13 février 1983, lot 512. Sa façade est habillée d’un important panneau de laque du Japon et, comme sur notre commode, le décor est mis en valeur par un délicat filet doré exécuté en vernis. Bernard II Van Risenburgh est attentif à l’équilibre entre l’ornementation de bronze et la place accordée aux panneaux de laque.
UN MATÉRIAU DE PRÉDILECTION PRESTIGIEUX : LES LAQUES DU JAPON
Tel que nous pouvons l’observer sur notre commode ornée de cinq panneaux de laque japonais d’une remarquable qualité, Bernard II Van Risenburgh bénéficie tout au long de sa carrière de matériaux de premier choix pour la confection de ses meubles. Ce privilège s’explique par les liens qu’il entretient avec les plus importants marchand-merciers du XVIIIe siècle, parmi lesquels Thomas-Joachim Hébert, Lazare Duvaux, François Darnaud, Henry Lebrun ou encore Simon Poirier. Au-delà de fournir certaines matières nécessaires à la confection des meubles, ces "faiseurs de rien, vendeurs de tout" permettent également à BVRB de travailler pour un réseau de clients importants, contribuant ainsi à l’affirmation de sa réputation.
C’est à partir du XVIIe siècle que la France importe des laques provenant du Japon via la Hollande – le royaume de Louis XIV n’ayant pas encore de compagnie orientale commerçant sous son pavillon. L’importante collection de coffres et cabinets en laque du Cardinal Mazarin (1602-1661) – elle en compte une soixantaine – atteste ce commerce avant les années 1660, et l’inventaire après décès dressé en 1661 par l’expert Pierre Lescot la décrit précisément. Sous le numéro 790, le décor d’un panneau est dépeint comme "une espèce de table carrée sur laquelle est un grand vase duquel sortent des branches de feuilles et de fleurs […]". La description réalisée alors n’est pas sans rappeler le vase fleuri sur le panneau central qui occupe notre présent meuble. Comme la majorité des laques, ces panneaux proviennent de coffres ou de cabinets réemployés par les ébénistes parisiens. Le commerce européen avec le Japon diminuant fortement à la fin du XVIIe siècle, il est fort probable que les panneaux de cette commode datent du XVIIe siècle.
En concevant des meubles dont la structure se met au service des panneaux qui lui sont confiés, BVRB parvient à exceller dans la réalisation de meubles plaqués de laques d’Extrême-Orient. Il maîtrise parfaitement leur découpe et leur placage, tout en préservant l’intégrité et la subtilité de leur décor. La commode de Marie Leszczyńska, déjà évoquée, en constitue une démonstration particulièrement éloquente. L’ébéniste y exploite l’horizontalité du panneau central, inscrit dans un cartouche, afin de mettre en valeur la verticalité des panneaux latéraux. Cette même science de la composition se retrouve sur la présente commode, dont la façade est rythmée par trois panneaux verticaux. De fines réserves de vernis européen façon aventurine à l'imitation du laque nashiji assurent la transition entre ces derniers. Les paysages montagneux, caractéristiques des productions japonaises, encadrent l’imposant vase fleuri au centre, créant un équilibre visuel particulièrement harmonieux. Vers 1745, alors que BVRB est au sommet de sa carrière, il réalise une paire d’encoignures (ill. dans T. Wolvesperges, op. cit., Paris, 2000, p. 12, fig. 4) ornée de panneaux de laque comparables et augmentée d’une riche ornementation de bronze de style rocaille. Ces encoignures illustrent parfaitement l’aboutissement de cette recherche d’équilibre décoratif que BVRB introduit avec notre commode et qui guide son œuvre tout au long de sa carrière.
UNE ŒUVRE REPRÉSENTATIVE DE SA PRODUCTION DES ANNÉES 1740
Par plusieurs caractéristiques, cette commode peut être rapprochée des réalisations de Bernard II Van Risenburgh documentées à partir de 1737. En effet, l’étude des bronzes et de l’emploi des panneaux de laque constituent un outil précieux pour appréhender l’évolution de sa production. BVRB ayant fréquemment réemployé certains modèles de monture, la récurrence de certains ornements permet ainsi de distinguer différentes phases au sein de son œuvre. En particulier, les sabots de bronze présents sur notre commode figurent parmi les modèles du répertoire ornemental de BVRB fréquents à cette période.
Le 26 septembre 1737, Thomas Joachim Hébert livre pour le cabinet de retraite de la reine à Fontainebleau la célèbre commode dite de Marie Leszczyńska, réalisée par Bernard II Van Risenburgh et actuellement conservée au Louvre (inv. OA 11193). Après l’ensemble de commodes exécuté entre 1730 et 1733 pour Charles-Albert de Bavière (1697-1745), électeur de Bavière, et exposé à la Résidence de Munich (inv. ResMü. M. 22, inv. ResMü 18, 19), ce meuble constitue l’un des premiers exemples de mobilier de la couronne française intégrant des panneaux de laque du Japon. Sur cette dernière, les pieds cambrés se terminent par d’élégants sabots ornés d’un cartouche, identiques à ceux qui ornent notre présente commode. Ces sabots caractéristiques se retrouvent par ailleurs sur une autre commode, estampillée BVRB et datée vers 1740-1745, vendue chez Sotheby’s New York, le 8 novembre 1985, lot 370 (ill. dans T. Wolvesperges, op. cit., Paris, 2000, p. 250, fig. 122).
Toutefois, Bernard II Van Risenburgh est soucieux de préserver la parfaite lisibilité du décor. Certaines de ses réalisations présentent des ornementations de bronze doré extrêmement réduites. Cela apparaît sur une commode comparable, estampillée BVRB et datée vers 1740-1745, vendue chez Sotheby’s Monaco, le 13 février 1983, lot 512. Sa façade est habillée d’un important panneau de laque du Japon et, comme sur notre commode, le décor est mis en valeur par un délicat filet doré exécuté en vernis. Bernard II Van Risenburgh est attentif à l’équilibre entre l’ornementation de bronze et la place accordée aux panneaux de laque.
UN MATÉRIAU DE PRÉDILECTION PRESTIGIEUX : LES LAQUES DU JAPON
Tel que nous pouvons l’observer sur notre commode ornée de cinq panneaux de laque japonais d’une remarquable qualité, Bernard II Van Risenburgh bénéficie tout au long de sa carrière de matériaux de premier choix pour la confection de ses meubles. Ce privilège s’explique par les liens qu’il entretient avec les plus importants marchand-merciers du XVIIIe siècle, parmi lesquels Thomas-Joachim Hébert, Lazare Duvaux, François Darnaud, Henry Lebrun ou encore Simon Poirier. Au-delà de fournir certaines matières nécessaires à la confection des meubles, ces "faiseurs de rien, vendeurs de tout" permettent également à BVRB de travailler pour un réseau de clients importants, contribuant ainsi à l’affirmation de sa réputation.
C’est à partir du XVIIe siècle que la France importe des laques provenant du Japon via la Hollande – le royaume de Louis XIV n’ayant pas encore de compagnie orientale commerçant sous son pavillon. L’importante collection de coffres et cabinets en laque du Cardinal Mazarin (1602-1661) – elle en compte une soixantaine – atteste ce commerce avant les années 1660, et l’inventaire après décès dressé en 1661 par l’expert Pierre Lescot la décrit précisément. Sous le numéro 790, le décor d’un panneau est dépeint comme "une espèce de table carrée sur laquelle est un grand vase duquel sortent des branches de feuilles et de fleurs […]". La description réalisée alors n’est pas sans rappeler le vase fleuri sur le panneau central qui occupe notre présent meuble. Comme la majorité des laques, ces panneaux proviennent de coffres ou de cabinets réemployés par les ébénistes parisiens. Le commerce européen avec le Japon diminuant fortement à la fin du XVIIe siècle, il est fort probable que les panneaux de cette commode datent du XVIIe siècle.
En concevant des meubles dont la structure se met au service des panneaux qui lui sont confiés, BVRB parvient à exceller dans la réalisation de meubles plaqués de laques d’Extrême-Orient. Il maîtrise parfaitement leur découpe et leur placage, tout en préservant l’intégrité et la subtilité de leur décor. La commode de Marie Leszczyńska, déjà évoquée, en constitue une démonstration particulièrement éloquente. L’ébéniste y exploite l’horizontalité du panneau central, inscrit dans un cartouche, afin de mettre en valeur la verticalité des panneaux latéraux. Cette même science de la composition se retrouve sur la présente commode, dont la façade est rythmée par trois panneaux verticaux. De fines réserves de vernis européen façon aventurine à l'imitation du laque nashiji assurent la transition entre ces derniers. Les paysages montagneux, caractéristiques des productions japonaises, encadrent l’imposant vase fleuri au centre, créant un équilibre visuel particulièrement harmonieux. Vers 1745, alors que BVRB est au sommet de sa carrière, il réalise une paire d’encoignures (ill. dans T. Wolvesperges, op. cit., Paris, 2000, p. 12, fig. 4) ornée de panneaux de laque comparables et augmentée d’une riche ornementation de bronze de style rocaille. Ces encoignures illustrent parfaitement l’aboutissement de cette recherche d’équilibre décoratif que BVRB introduit avec notre commode et qui guide son œuvre tout au long de sa carrière.
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