CHIFFONNIER D'ÉPOQUE LOUIS XVI
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IMPORTANTE COLLECTION PRIVÉE
CHIFFONNIER D'ÉPOQUE LOUIS XVI

ESTAMPILLES DE JEAN-BAPTISTE II TUART ET FERDINAND BURY, LE DÉCOR ATTRIBUÉ À JEAN-LOUIS PRÉVOT, VERS 1770-1775

Details
CHIFFONNIER D'ÉPOQUE LOUIS XVI
ESTAMPILLES DE JEAN-BAPTISTE II TUART ET FERDINAND BURY, LE DÉCOR ATTRIBUÉ À JEAN-LOUIS PRÉVOT, VERS 1770-1775
En placage de sycomore partiellement teint fond tabac et vert, à décor peint polychrome et bois teinté, ornementation de bronze ciselé et doré, ouvrant par cinq tiroirs en façade, ceint en partie supérieure d'une frise d'oves, les tiroirs encadrés d'une frise de rais-de-coeur et ornés d'un décor peint figurant des guirlandes de fleurs entrelacées et un guéridon surmonté d'un carquois et d'un arc pris dans un vase fleuri, les montants à pans coupés ornés d'une frise de rais-de-coeur, reposant sur une plinthe associée, estampillé 'TUART', 'JB. TUART' sur le montant avant droit et la traverse droite, et 'BURY' sur le montant avant gauche, marque à l'encre noire 'Sel 234 au dos en haut à droite' ; transformé en armoire au XIXe siècle puis réhabilité en chiffonnier, d'où certains replacages en bordure
H. 177 cm. (69 ¾ in.) ; L. 118 cm. (46 ½ in.) ; P. 43 cm. (17 in.)
Jean-Baptiste Tuart, reçu maître en 1741.
Ferdinand Bury, reçu maître in 1744.
Provenance
Collection Jean A. Seligmann, Paris ;
Confisqué à la personne susmentionnée à la suite de l’occupation nazie de Paris par l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR) après mai 1940, puis entreposé à l’ambassade d’Allemagne à Paris durant l’été 1940 (ERR n° SEL 234) ;
Transféré au musée du Louvre en août 1940 ;
Transféré au dépôt nazi de Neuschwanstein en novembre 1940 ;
Retrouvé par la section Monuments, Fine Arts and Archives dans les mines de sel de « Lager Peter », à Altaussee, puis rapatrié en France le 18 octobre 1945 ;
Restitué à la famille Seligmann, le 12 février 1946 ;
Collection Jean Davray ;
Sa vente, Me Poulain, Hôtel Drouot, Paris, 14 avril 1986, lot 114 (lorsque le meuble avait été transformé en armoire).
Chez Jean Gismondi, Paris (qui a restauré le meuble dans sa forme d'origine avec tiroirs) ;
Collection Roberto Polo ;
Sa vente Ader-Picard-Tajan, Paris, 7 novembre 1991, lot 143 ;
Collection Pierrette Cordier, Paris ;
Vente Sotheby's Paris, 16 décembre 2004, lot 173 ;
Importante collection privée.
Literature
D. Cooper, Great Private Collections, Londres, 1963, p. 260. (ill.)
B. Pallot, 'Les meubles peints sur fond d'érable sycomore', Connaissance des Arts, février 1987, pp. 98-107. (ill.)
A. Pradère, Les Ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, 1989, p. 273. (ill.)
Cat expo. Le XVIIIe siècle aux sources du design. Chefs-d’œuvre du mobilier de 1650-1790, 2015, n°60, pp. 206-207. (ill.)

Bibliographie comparative :
G. de Bellaigue, Furniture Clocks and Gilt Bronzes : The James A de Rothschild Collection at Waddesdon Manor, Fribourg, 1974, pp. 358-360, cat. 70.
F. de Salverte, Les Ebénistes du XVIIIe siècle, leurs œuvres et leurs marques, Paris, 1985, p. 320.
A. Scarpa, M. Lupo, La collezione Terruzzi. I Capolavori, Rome, 2007, p. 347.
Exhibited
Château de Versailles, Le XVIIIe siècle aux sources du design. Chefs-d’œuvre du mobilier, 1650-1790, exposition du 28 octobre 2014 au 22 février 2015, n°60.
Further details
A LOUIS XVI ORMOLU-MOUNTED, POLYCHROME-PAINTED SYCAMORE CHIFFONNIER BY JEAN-BAPTISTE TUART AND FERDINAND BURY, THE PAINTING ATTRIBUTED TO JEAN LOUIS PRÉVOT, CIRCA 1770-1775

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Hippolyte de la Féronnière
Hippolyte de la Féronnière Head of European Furniture Department

Lot Essay

Ce rare chiffonnier s’inscrit dans ce goût pour les meubles habillés de vernis européens polychromes en vogue tout au long du XVIIIe siècle. Plus précisément, ce meuble est caractéristique d’un type de décor néoclassique, dont les quelques exemplaires connus semblent trouver leur origine dans les commandes de Nicolas Beaujon, célèbre financier et banquier de la Cour dans les années 1770. Suite à l’achat de l’hôtel d’Évreux, ancienne résidence de Madame de Pompadour et actuel palais de l’Élysée, il fait appel à l’architecte Nicolas Boullée pour en superviser la réfection et penser la décoration. À l’initiative du commanditaire et de l’architecte, une série de meubles ornés d’un décor peint à l’huile sur fond d’érable sycomore voit ainsi le jour.

Plusieurs meubles correspondant à ce type ont donc été répertoriés, dont :
- Ce présent chiffonnier ;
- Une commode, estampillée Joseph Baumhauer, vente collection Beaujon, 25 avril-4 mai 1787, lot 509, ancienne collection Terruzzi ;
- Un secrétaire en armoire, attribué à Joseph Baumhauer, à Waddesdon Manor (inv. W2/38/6*) ;
- Deux paires de bas d'armoire, ancienne collection de l'architecte Théodore-Alexandre Brongniart, vente le 22 mars 1792, lots 166-167 ;
- Une paire de cabinets, ancienne collection du comte de Rosebery ;
- Une autre paire de cabinets, de la même provenance, mais dont l’une est à cinq tiroirs et l’autre à deux vantaux, ancienne collection d’Hannah Primrose, née Rothschild, à Mentmore Towers, vente Sotheby’s, 18 mai 1977, lot 451-452 ;
- Une commode demi-lune, estampillée Jacques Laurent Cosson, ancienne collection Seligmann ;
- Une paire de tables consoles d’époque Consulat, collection de la Banque de France.

Ce corpus extrêmement restreint témoigne de la rareté de cette production et permet d'en situer le développement entre les années 1770 et 1800. Le catalogue de vente de 1787 renseigne la manière dont les meubles de la collection Beaujon ont été réalisés. Notamment, la commode de Joseph Baumhauer (ancienne collection Terruzzi), comme le secrétaire conservé à Waddesdon Manor, tous deux provenant de l’ancienne collection Beaujon, ont été exécutés par « le même ouvrier » ainsi que le même peintre, « Prévot le jeune ». Par ailleurs, Beaujon en a lui-même « ordonné le goût et la distribution ».

Le présent chiffonnier et le secrétaire en armoire conservé à Waddesdon Manor présentent tous deux des décors très proches, composés d’un guéridon tripode orné de guirlandes et de lambrequins, permettant d’attribuer avec assurance le décor de notre chiffonnier à Jean-Louis Prévot le jeune.
Si dans le cas de Beaujon, Boullée a très probablement fait le lien entre l’ébéniste, Joseph Baumhauer, avec le peintre de chevalet, Prévot le jeune, on ne peut ignorer la présence d’un coordinateur ayant joué le même rôle pour ce chiffonnier. Jean-Baptiste II Tuart, ébéniste et marchand-mercier, a pu avoir ce rôle, justifiant ainsi la présence d’une seconde estampille, celle de l’ébéniste Ferdinand Bury, en sus de celle de Tuart. À ce titre, ce meuble reflète le goût d’une élite parisienne du dernier quart du XVIIIe siècle, particulièrement sensible à l’innovation dans le domaine des arts décoratifs.

JEAN DAVRAY (1914-1985)

Grand collectionneur français de l'après-guerre, Jean Davray réunit un ensemble remarquable de peintures, d'antiquités et d'arts décoratifs. Son goût, résolument tourné vers les formes classiques, s'étendait du mobilier français du XVIIIe siècle aux arts de l'Antiquité et de la Perse ancienne. En quelques années, il a rassemblé une fabuleuse collection d'objets iraniens en or et autres matériaux précieux, allant des Mèdes aux Sassanides, une collection sans équivalent en dehors des musées de Téhéran et de New York. Centrée sur la Méditerranée, sa collection retraçait ainsi un parcours allant des civilisations pré-sumériennes jusqu’à Picasso. Cette même exigence semble avoir guidé ses choix en matière de mobilier et d’objets d’art, comme en témoigne ce chiffonnier, conservé dans sa collection jusqu’à sa dispersion lors de la vente du 14 avril 1986.

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