Lot Essay
Ce rare chiffonnier s’inscrit dans ce goût pour les meubles habillés de vernis européens polychromes en vogue tout au long du XVIIIe siècle. Plus précisément, ce meuble est caractéristique d’un type de décor néoclassique, dont les quelques exemplaires connus semblent trouver leur origine dans les commandes de Nicolas Beaujon, célèbre financier et banquier de la Cour dans les années 1770. Suite à l’achat de l’hôtel d’Évreux, ancienne résidence de Madame de Pompadour et actuel palais de l’Élysée, il fait appel à l’architecte Nicolas Boullée pour en superviser la réfection et penser la décoration. À l’initiative du commanditaire et de l’architecte, une série de meubles ornés d’un décor peint à l’huile sur fond d’érable sycomore voit ainsi le jour.
Plusieurs meubles correspondant à ce type ont donc été répertoriés, dont :
- Ce présent chiffonnier ;
- Une commode, estampillée Joseph Baumhauer, vente collection Beaujon, 25 avril-4 mai 1787, lot 509, ancienne collection Terruzzi ;
- Un secrétaire en armoire, attribué à Joseph Baumhauer, à Waddesdon Manor (inv. W2/38/6*) ;
- Deux paires de bas d'armoire, ancienne collection de l'architecte Théodore-Alexandre Brongniart, vente le 22 mars 1792, lots 166-167 ;
- Une paire de cabinets, ancienne collection du comte de Rosebery ;
- Une autre paire de cabinets, de la même provenance, mais dont l’une est à cinq tiroirs et l’autre à deux vantaux, ancienne collection d’Hannah Primrose, née Rothschild, à Mentmore Towers, vente Sotheby’s, 18 mai 1977, lot 451-452 ;
- Une commode demi-lune, estampillée Jacques Laurent Cosson, ancienne collection Seligmann ;
- Une paire de tables consoles d’époque Consulat, collection de la Banque de France.
Ce corpus extrêmement restreint témoigne de la rareté de cette production et permet d'en situer le développement entre les années 1770 et 1800. Le catalogue de vente de 1787 renseigne la manière dont les meubles de la collection Beaujon ont été réalisés. Notamment, la commode de Joseph Baumhauer (ancienne collection Terruzzi), comme le secrétaire conservé à Waddesdon Manor, tous deux provenant de l’ancienne collection Beaujon, ont été exécutés par « le même ouvrier » ainsi que le même peintre, « Prévot le jeune ». Par ailleurs, Beaujon en a lui-même « ordonné le goût et la distribution ».
Le présent chiffonnier et le secrétaire en armoire conservé à Waddesdon Manor présentent tous deux des décors très proches, composés d’un guéridon tripode orné de guirlandes et de lambrequins, permettant d’attribuer avec assurance le décor de notre chiffonnier à Jean-Louis Prévot le jeune.
Si dans le cas de Beaujon, Boullée a très probablement fait le lien entre l’ébéniste, Joseph Baumhauer, avec le peintre de chevalet, Prévot le jeune, on ne peut ignorer la présence d’un coordinateur ayant joué le même rôle pour ce chiffonnier. Jean-Baptiste II Tuart, ébéniste et marchand-mercier, a pu avoir ce rôle, justifiant ainsi la présence d’une seconde estampille, celle de l’ébéniste Ferdinand Bury, en sus de celle de Tuart. À ce titre, ce meuble reflète le goût d’une élite parisienne du dernier quart du XVIIIe siècle, particulièrement sensible à l’innovation dans le domaine des arts décoratifs.
JEAN DAVRAY (1914-1985)
Grand collectionneur français de l'après-guerre, Jean Davray réunit un ensemble remarquable de peintures, d'antiquités et d'arts décoratifs. Son goût, résolument tourné vers les formes classiques, s'étendait du mobilier français du XVIIIe siècle aux arts de l'Antiquité et de la Perse ancienne. En quelques années, il a rassemblé une fabuleuse collection d'objets iraniens en or et autres matériaux précieux, allant des Mèdes aux Sassanides, une collection sans équivalent en dehors des musées de Téhéran et de New York. Centrée sur la Méditerranée, sa collection retraçait ainsi un parcours allant des civilisations pré-sumériennes jusqu’à Picasso. Cette même exigence semble avoir guidé ses choix en matière de mobilier et d’objets d’art, comme en témoigne ce chiffonnier, conservé dans sa collection jusqu’à sa dispersion lors de la vente du 14 avril 1986.
Plusieurs meubles correspondant à ce type ont donc été répertoriés, dont :
- Ce présent chiffonnier ;
- Une commode, estampillée Joseph Baumhauer, vente collection Beaujon, 25 avril-4 mai 1787, lot 509, ancienne collection Terruzzi ;
- Un secrétaire en armoire, attribué à Joseph Baumhauer, à Waddesdon Manor (inv. W2/38/6*) ;
- Deux paires de bas d'armoire, ancienne collection de l'architecte Théodore-Alexandre Brongniart, vente le 22 mars 1792, lots 166-167 ;
- Une paire de cabinets, ancienne collection du comte de Rosebery ;
- Une autre paire de cabinets, de la même provenance, mais dont l’une est à cinq tiroirs et l’autre à deux vantaux, ancienne collection d’Hannah Primrose, née Rothschild, à Mentmore Towers, vente Sotheby’s, 18 mai 1977, lot 451-452 ;
- Une commode demi-lune, estampillée Jacques Laurent Cosson, ancienne collection Seligmann ;
- Une paire de tables consoles d’époque Consulat, collection de la Banque de France.
Ce corpus extrêmement restreint témoigne de la rareté de cette production et permet d'en situer le développement entre les années 1770 et 1800. Le catalogue de vente de 1787 renseigne la manière dont les meubles de la collection Beaujon ont été réalisés. Notamment, la commode de Joseph Baumhauer (ancienne collection Terruzzi), comme le secrétaire conservé à Waddesdon Manor, tous deux provenant de l’ancienne collection Beaujon, ont été exécutés par « le même ouvrier » ainsi que le même peintre, « Prévot le jeune ». Par ailleurs, Beaujon en a lui-même « ordonné le goût et la distribution ».
Le présent chiffonnier et le secrétaire en armoire conservé à Waddesdon Manor présentent tous deux des décors très proches, composés d’un guéridon tripode orné de guirlandes et de lambrequins, permettant d’attribuer avec assurance le décor de notre chiffonnier à Jean-Louis Prévot le jeune.
Si dans le cas de Beaujon, Boullée a très probablement fait le lien entre l’ébéniste, Joseph Baumhauer, avec le peintre de chevalet, Prévot le jeune, on ne peut ignorer la présence d’un coordinateur ayant joué le même rôle pour ce chiffonnier. Jean-Baptiste II Tuart, ébéniste et marchand-mercier, a pu avoir ce rôle, justifiant ainsi la présence d’une seconde estampille, celle de l’ébéniste Ferdinand Bury, en sus de celle de Tuart. À ce titre, ce meuble reflète le goût d’une élite parisienne du dernier quart du XVIIIe siècle, particulièrement sensible à l’innovation dans le domaine des arts décoratifs.
JEAN DAVRAY (1914-1985)
Grand collectionneur français de l'après-guerre, Jean Davray réunit un ensemble remarquable de peintures, d'antiquités et d'arts décoratifs. Son goût, résolument tourné vers les formes classiques, s'étendait du mobilier français du XVIIIe siècle aux arts de l'Antiquité et de la Perse ancienne. En quelques années, il a rassemblé une fabuleuse collection d'objets iraniens en or et autres matériaux précieux, allant des Mèdes aux Sassanides, une collection sans équivalent en dehors des musées de Téhéran et de New York. Centrée sur la Méditerranée, sa collection retraçait ainsi un parcours allant des civilisations pré-sumériennes jusqu’à Picasso. Cette même exigence semble avoir guidé ses choix en matière de mobilier et d’objets d’art, comme en témoigne ce chiffonnier, conservé dans sa collection jusqu’à sa dispersion lors de la vente du 14 avril 1986.
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