Lot Essay
LE MODÈLE
Ce modèle fut créé par l’horloger du Roi Jean-André Lepaute (1720-1789) afin de commémorer la quasi-éclipse totale de soleil du 1er avril 1764, prédite dès 1762 par son épouse, la mathématicienne Nicole-Reine Lepaute (1723-1788). Au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, aucune théorie satisfaisante ne permettait encore de prédire avec précision le mouvement de la Lune. Parmi les mathématiciens qui cherchèrent à résoudre ce problème figurait le français Alexis-Claude Clairaut (1713-1765), dont la Théorie de la Lune (1752) remporta cette même année un prix de l’Académie impériale des sciences. Les travaux de Nicole-Reine Lepaute, tout comme ceux de ses contemporains Tobias Mayer (1723-1762) et Leonhard Euler (1707-1783), furent importants non seulement pour le progrès de la science théorique, mais également pour la résolution du problème très concret de la détermination de la longitude en mer.
À cette même époque, l’astronome français Joseph-Jérôme Lalande (1732-1807) devint rédacteur de l’almanach scientifique Connaissance des Temps, dans lequel furent publiés certains travaux de Madame Lepaute. Aux côtés de Lalande, elle assista Clairaut dans les longs calculs ayant conduit à la prédiction du retour de la comète de Halley en 1761. Elle aida également Lalande lors de l’observation du passage de Vénus devant le soleil en 1769.
Les instructions qu’elle rédigea pour la construction des pendules furent intégrées au traité d’horlogerie de son époux (Traité d’horlogerie, 1755). Son calcul prévisionnel de l’éclipse solaire de 1764 fut publié en 1762 sous son propre nom, et c’est précisément ce diagramme de l’éclipse qui figure sur la base de notre pendule.
En 1766, Jean-André Lepaute publia le catalogue d’une partie de sa production, dans lequel figure la description suivante :
« Pendule Uranie d’après Houdon. Elle est représentée debout, appuyée sur la pendule, regardée comme le symbole de la sphère du monde. Elle porte une ceinture d’étoiles et tient à la main l’usage du zodiaque. De l’autre côté, un enfant représentant le Génie de l’Astronomie ouvre avec peine un compas pour indiquer les difficultés de l’étude de la nature. Il est assis sur les volumes de l’Histoire Céleste et entouré des instruments astronomiques en usage. La pendule est placée sur un piédestal assez élevé sur lequel est inscrit, en grec ou en latin, “Sciences et Vertus”. Le pendule compense 18 pouces de long avec un balancier lourd. Bien dorée : 2 500 livres. Couleur bronze antique : 2 000 livres. » (cité dans Tardy, Dictionnaire des horlogers français, 1971, p. 378)
En 1789, lors de la vente du fonds de commerce de l’horloger, une pendule de ce modèle est encore mentionnée dans le stock. Parmi les vingt et une pendules retirées de la vente figure :
« N° 10. Grande pendule toute en bronze, d’un côté Uranie debout et de l’autre un Génie ; les ornements dorés d’or moulu et les figures en couleur rouge. Cette pendule est entièrement finie. »
Conservée par Jean-André Lepaute, elle demeura en magasin et devait, puisqu’elle était entièrement achevée, porter sur son cadran la mention « Horloger du Roi ».
Le prix très élevé de ce modèle limita sa diffusion. Il connut toutefois un regain de faveur à la fin du XVIIIe siècle avec l’engouement pour l’égyptomanie et le goût étrusque. Les Lepaute parvinrent alors à vendre deux exemplaires en les modernisant légèrement. De nouveaux socles, probablement réalisés selon les souhaits des acquéreurs, furent conçus en marbre noir : l’un orné de plaques de lapis-lazuli, l’autre décoré de bucranes, de dauphins et d’arabesques en bronze doré.
Quant au cadran, l’acte de vente du fonds de commerce de 1789 précisait qu’il ne devait plus porter la mention « Horloger du Roi ». Cette indication, conjuguée à l’installation du collectionneur à Paris en 1795, permet de dater l’acquisition de la présente pendule de l’extrême fin du XVIIIe siècle. Cette datation est confirmée tant par la graphie du cadran que par la signature « Lepaute à Paris ».
PIERRE NICOLAS HOORN VAN VLOOSSWYCK
Issu d’une riche famille d’Amsterdam, Pierre Nicolas Hoorn van Vloosswyck naquit en 1743. Resté célibataire et sans descendance, il mourut le 5 janvier 1809 dans son hôtel particulier parisien, couramment appelé « hôtel de Vendôme ». Revenu d’Italie après la Terreur en 1795, il s’installa d’abord à l’hôtel Molé puis, à partir de février 1808, dans l’ancien hôtel des Prieurs de Vendôme, rue d’Enfer.
Ses neveux et nièces furent ses héritiers. Lors de l’inventaire après décès, la très certainement présente pendule fut estimée à 600 francs, tandis qu’une seconde pendule de Lepaute, reposant sur un socle de marbre noir orné de lapis-lazuli, était évaluée à 720 francs (vente Sotheby’s Paris, 6 avril 2011, lot 144).
Dans son testament daté du 23 janvier 1808, le collectionneur demandait que son « cabinet universel soit vendu à Paris, dans ma maison, sans y ajouter ni en retrancher d’autres choses qui ne m’ont pas appartenu ». Le baron Van Hoorn exprimait ainsi une préoccupation fréquente au XVIIIe siècle : éviter que les experts n’intègrent à la dispersion d’une collection des objets étrangers à celle-ci.
Une pendule comparable d'un modèle approchant est conservée au Metropolitan Museum of Arts de New York (inv. 29.180.2).
Ce modèle fut créé par l’horloger du Roi Jean-André Lepaute (1720-1789) afin de commémorer la quasi-éclipse totale de soleil du 1er avril 1764, prédite dès 1762 par son épouse, la mathématicienne Nicole-Reine Lepaute (1723-1788). Au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, aucune théorie satisfaisante ne permettait encore de prédire avec précision le mouvement de la Lune. Parmi les mathématiciens qui cherchèrent à résoudre ce problème figurait le français Alexis-Claude Clairaut (1713-1765), dont la Théorie de la Lune (1752) remporta cette même année un prix de l’Académie impériale des sciences. Les travaux de Nicole-Reine Lepaute, tout comme ceux de ses contemporains Tobias Mayer (1723-1762) et Leonhard Euler (1707-1783), furent importants non seulement pour le progrès de la science théorique, mais également pour la résolution du problème très concret de la détermination de la longitude en mer.
À cette même époque, l’astronome français Joseph-Jérôme Lalande (1732-1807) devint rédacteur de l’almanach scientifique Connaissance des Temps, dans lequel furent publiés certains travaux de Madame Lepaute. Aux côtés de Lalande, elle assista Clairaut dans les longs calculs ayant conduit à la prédiction du retour de la comète de Halley en 1761. Elle aida également Lalande lors de l’observation du passage de Vénus devant le soleil en 1769.
Les instructions qu’elle rédigea pour la construction des pendules furent intégrées au traité d’horlogerie de son époux (Traité d’horlogerie, 1755). Son calcul prévisionnel de l’éclipse solaire de 1764 fut publié en 1762 sous son propre nom, et c’est précisément ce diagramme de l’éclipse qui figure sur la base de notre pendule.
En 1766, Jean-André Lepaute publia le catalogue d’une partie de sa production, dans lequel figure la description suivante :
« Pendule Uranie d’après Houdon. Elle est représentée debout, appuyée sur la pendule, regardée comme le symbole de la sphère du monde. Elle porte une ceinture d’étoiles et tient à la main l’usage du zodiaque. De l’autre côté, un enfant représentant le Génie de l’Astronomie ouvre avec peine un compas pour indiquer les difficultés de l’étude de la nature. Il est assis sur les volumes de l’Histoire Céleste et entouré des instruments astronomiques en usage. La pendule est placée sur un piédestal assez élevé sur lequel est inscrit, en grec ou en latin, “Sciences et Vertus”. Le pendule compense 18 pouces de long avec un balancier lourd. Bien dorée : 2 500 livres. Couleur bronze antique : 2 000 livres. » (cité dans Tardy, Dictionnaire des horlogers français, 1971, p. 378)
En 1789, lors de la vente du fonds de commerce de l’horloger, une pendule de ce modèle est encore mentionnée dans le stock. Parmi les vingt et une pendules retirées de la vente figure :
« N° 10. Grande pendule toute en bronze, d’un côté Uranie debout et de l’autre un Génie ; les ornements dorés d’or moulu et les figures en couleur rouge. Cette pendule est entièrement finie. »
Conservée par Jean-André Lepaute, elle demeura en magasin et devait, puisqu’elle était entièrement achevée, porter sur son cadran la mention « Horloger du Roi ».
Le prix très élevé de ce modèle limita sa diffusion. Il connut toutefois un regain de faveur à la fin du XVIIIe siècle avec l’engouement pour l’égyptomanie et le goût étrusque. Les Lepaute parvinrent alors à vendre deux exemplaires en les modernisant légèrement. De nouveaux socles, probablement réalisés selon les souhaits des acquéreurs, furent conçus en marbre noir : l’un orné de plaques de lapis-lazuli, l’autre décoré de bucranes, de dauphins et d’arabesques en bronze doré.
Quant au cadran, l’acte de vente du fonds de commerce de 1789 précisait qu’il ne devait plus porter la mention « Horloger du Roi ». Cette indication, conjuguée à l’installation du collectionneur à Paris en 1795, permet de dater l’acquisition de la présente pendule de l’extrême fin du XVIIIe siècle. Cette datation est confirmée tant par la graphie du cadran que par la signature « Lepaute à Paris ».
PIERRE NICOLAS HOORN VAN VLOOSSWYCK
Issu d’une riche famille d’Amsterdam, Pierre Nicolas Hoorn van Vloosswyck naquit en 1743. Resté célibataire et sans descendance, il mourut le 5 janvier 1809 dans son hôtel particulier parisien, couramment appelé « hôtel de Vendôme ». Revenu d’Italie après la Terreur en 1795, il s’installa d’abord à l’hôtel Molé puis, à partir de février 1808, dans l’ancien hôtel des Prieurs de Vendôme, rue d’Enfer.
Ses neveux et nièces furent ses héritiers. Lors de l’inventaire après décès, la très certainement présente pendule fut estimée à 600 francs, tandis qu’une seconde pendule de Lepaute, reposant sur un socle de marbre noir orné de lapis-lazuli, était évaluée à 720 francs (vente Sotheby’s Paris, 6 avril 2011, lot 144).
Dans son testament daté du 23 janvier 1808, le collectionneur demandait que son « cabinet universel soit vendu à Paris, dans ma maison, sans y ajouter ni en retrancher d’autres choses qui ne m’ont pas appartenu ». Le baron Van Hoorn exprimait ainsi une préoccupation fréquente au XVIIIe siècle : éviter que les experts n’intègrent à la dispersion d’une collection des objets étrangers à celle-ci.
Une pendule comparable d'un modèle approchant est conservée au Metropolitan Museum of Arts de New York (inv. 29.180.2).
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