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Antoine de SAINT-EXUPÉRY (1900-1944). 31 lettres et billets autographes dont 15 signés « Antoine » ou « A » à son épouse Consuelo. Non datés, [1931-1944]. 52 pages in-4 (270 x 210 mm), un feuillet à en-tête de la Société anonyme des Grands Cafés de Toulouse. À l’encre ou au crayon, la plupart sur papier pelure, certains feuillets avec traces de perforation, quatre avec petites déchirures ou découpures sans atteinte au texte, avec des numéros de différentes collations portés au crayon ou à l’encre. Une lettre de 10 pages, une autre de 8 et 3 lettres incomplètes.
« Petite fille, tu m’as dit un jour ‘vous êtes comme une grande nébuleuse, tout embrouillée… et il faudrait vous condenser en quelque chose…’ Et j’ai commencé mon grand livre. […] Consuelo pourquoi vous taisez-vous quand je ne supporte pas l’angoisse ? Souvenez-vous ma Consuelo, que j’ai joué ma vie sur vous »
Antoine de SAINT-EXUPÉRY (1900-1944). 31 lettres et billets autographes dont 15 signés « Antoine » ou « A » à son épouse Consuelo. Non datés, [1931-1944]. 52 pages in-4 (270 x 210 mm), un feuillet à en-tête de la Société anonyme des Grands Cafés de Toulouse. À l’encre ou au crayon, la plupart sur papier pelure, certains feuillets avec traces de perforation, quatre avec petites déchirures ou découpures sans atteinte au texte, avec des numéros de différentes collations portés au crayon ou à l’encre. Une lettre de 10 pages, une autre de 8 et 3 lettres incomplètes.

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Antoine de SAINT-EXUPÉRY (1900-1944). 31 lettres et billets autographes dont 15 signés « Antoine » ou « A » à son épouse Consuelo. Non datés, [1931-1944]. 52 pages in-4 (270 x 210 mm), un feuillet à en-tête de la Société anonyme des Grands Cafés de Toulouse. À l’encre ou au crayon, la plupart sur papier pelure, certains feuillets avec traces de perforation, quatre avec petites déchirures ou découpures sans atteinte au texte, avec des numéros de différentes collations portés au crayon ou à l’encre. Une lettre de 10 pages, une autre de 8 et 3 lettres incomplètes.
Provenance: SMAF (acquisition à l'hôtel Drouot, 6 juillet 1984, n° 1 à 19).

EXTRAORDINAIRE CORRESPONDANCE AMOUREUSE, OÙ S’EXPRIMENT AUTANT LA PASSION QUE LES REPROCHES, PARFOIS AMERS, QUE SAINT-EXUPÉRY ADRESSAIT À SA « ROSE », SON « PETIT GARS CHÉRI »...

Un grand nombre de ces lettres sont écrites durant les années de guerre, alors que Saint-Exupéry cherche à reprendre du service comme pilote à bord d’un Lightning, l’avion le plus rapide du monde. À travers ses malheurs conjugaux et l’époque bouleversée qu’il traverse, il évoque un intense désir de paix qu’il pourrait trouver dans la mort…
C’est en 1930, à Buenos Aires, qu’Antoine de Saint-Exupéry a fait la connaissance de Consuelo Suncin, salvadorienne et veuve de Gomez Carillo, écrivain et journaliste célèbre, consul d’Argentine à Paris. Ils se sont mariés à Nice le 22 avril 1931.

La première lettre, sur papier à en-tête des Grands Cafés de Toulouse, date des tout premiers temps de leur union : « Je ne puis plus vivre sans vous. Je viendrai vous chercher. Plume d’or vous êtes la plus adorable des femmes du monde. Une fée. […] Il faut être un Ketzal, plume d’or, pour vous comprendre bien. Pour s’émerveiller de cette petite âme sauvage. […] Venez dans ma maison, plume d'or, et remplissez la de votre merveilleux désordre. Ecrivez sur toutes les tables. Elles sont à vous. Et mettez beaucoup de désordre dans mon cœur »…

Les désordres justement, ainsi que les brouilles et les scènes conjugales, émaillent la plupart des lettres suivantes, écrites de Paris, de New-York ou d’Alger (d’où Saint-Exupéry s’envolera pour des missions militaires à partir de 1943). Au contraire de la première missive, elles reflètent les difficultés sentimentales du couple, Saint-Exupéry reprochant à Consuelo son égoïsme, ses façons procédurières (« on ne bâtit pas le bonheur sur des papiers d’huissiers »), son manque de franchise et son incapacité à l’aider et à le soutenir, lui qui affirme avoir fait tant de sacrifices pour elle et l’avoir sauvée à plusieurs reprises. Mais il redit toujours son amour indéfectible et son grand besoin d’elle.

Une série de lettres et de billets, s’égrenant au fil des heures de toute une nuit passée à attendre le retour de sa femme, illustre de façon poignante son anxiété et son attachement : « Je m’épouvante Consuelo. Je vous imagine blessée, écrasée. Je tourne en rond comme dans une cage. Je ne sais plus que devenir. C’est par ma tendresse que vous me blessez – c’est ça qui est si mal ! ». Et comme une litanie désespérante, reproches et regrets se succèdent : dépenses inconsidérées, mensonges non avoués (Consuelo aurait fouillé ses tiroirs selon lui), fausses « gentillesses » qui durent depuis sept ans… Mêlant le tutoiement au vouvoiement, Saint-Exupéry passe de l’amertume à l’espoir, réclamant le calme et la paix dont il besoin, notamment pour écrire, attendant en vain une main rassurante et maternelle sur son front…

« Consuelo je vous écrirai ce soir une lettre d’amour - parce qu’il arrive que malgré tant de blessures, de mots pas entendus de vous, d’appels qui meurent contre la vitre de votre petite âme fermée - il arrive que je n’en puisse plus d’un amour qui jamais n’a trouvé son chemin. Il est en vous quelqu’un que j’aime et dont la joie est fraîche comme une luzerne d’avril… »

Installé à New York à partir de 1941, le couple fréquente les Lazareff, l’ingénieur Robert Boname, Jacques Maritain, « une espère de saint aux cheveux blancs », mais angoisses et désespoir tenaillent sans cesse Saint Exupéry : « Le mieux c’est que je fasse la guerre. J’ai fini mon rouleau. Il n’est peu pour moi espoir de paix. Je ne puis espérer la paix ni par vous ni contre vous ». Désireux d’obtenir l’autorisation de piloter à nouveau sur un avion de chasse, malgré son âge, il attend en Afrique du Nord sa mobilisation.

LES DERNIÈRES LETTRES, ALORS QU’IL EST REDEVENU PILOTE DE LIGHTNING ET QUIL EFFECTUE DES MISSIONS DE RECONNAISSANCE PHOTOGRAPHIQUE, SONT COMME NOURRIES D’UN SINISTRE PRESSENTIMENT ET INVOQUENT CETTE PAIX TANT RECHERCHÉE.

« J’ai si fort le besoin de ne pas vivre cette époque en spectateur intellectuel. Je hais si fort tous leurs grands mots, toutes leurs polémiques, tout leur fanatisme prétentieux. Ils ne mêlent rien de leur chair à leurs problèmes. Consuelo, petite fille chérie, je ne sais rien penser que je ne paie de tout moi-même. Et d’être mêlé à la guerre réelle, ça me permet de me sentir absolument pur et ça me dispense tout à fait d’avoir à prouver quoi que ce soit de ce que je pense par des formules de haine et des condamnations. Je suis ce que je pense, tout simplement. Je n’en veux à personne dans cette époque de nuit. Les hommes ne savent rien penser qui soit clair. Ils tâtonnent. Ils sont malheureux. Etre tout simplement ça me dispense de trop me perdre dans les mots. Consuelo chérie mon amour si jamais il m’arrive malheur ne m’en veuillez pas de la décision que j’ai prise. Je suis certainement le seul ‘vieux’ pilote du monde qui fasse la guerre sur avions rapides (le Lightning est le plus rapide avion du monde). Et je tiens bien le coup. Mais je puis recevoir un croc-en-jambe de Dieu, quelque part en France. Sachez qu’alors je ne regretterai rien, absolument rien, sinon de vous faire pleurer ou de ne plus pouvoir protéger ma bien aimée petite fille […] Consuelo, ma bien aimée, soyez un jardin. Il faut que je sente fort en moi, chaque jour plus fort, le besoin de vous protéger, de vous faire fleurir et aussi de me promener à pas lents dans votre merveilleuse poésie. J’ai besoin de votre réveil auprès de moi comme d’oiseaux et de rosée et de vent frais – et de tout ce qui chante au lever du jour. »

« Je pense que vous serez plus heureuse sans moi et moi je pense que je trouverai enfin la paix dans la mort. Je ne désire ni ne souhaite rien que la paix. Je ne vous fais aucun reproche. A côté de ce qui m’attend rien n’a d’importance. Vous m’avez fait perdre mon pauvre peu de confiance en moi, petite fille. Au moins, soyez heureuse ».

Le 31 juillet 1944, Saint-Exupéry disparaît lors d'une mission de reconnaissance, à bord de son Lockheed P-38 Lightning. Consuelo lui survivra jusqu’en 1979, laissant des souvenirs publiés à titre posthume sous le titre Mémoires de la rose (Plon, 2000).

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Victorine d'Arcangues
Victorine d'Arcangues

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