August Macke (1887-1914)
Provenant d'une collection privée
August Macke (1887-1914)

Segelboot am Morgen

Details
August Macke (1887-1914)
Segelboot am Morgen
signé et daté 'Macke 1910' (en bas à droite)
huile sur toile
55.6 x 49.7 cm.
Peint à Tegernsee en novembre-décembre 1910

signed and dated 'Macke 1910' (lower right)
oil on canvas
21 7/8 x 19½ in.
Painted in Tegernsee in November-December 1910
Provenance
Collection particulière (avant 1957).
Aenne Abels, Cologne (avant 1965).
Acquis par la famille du propriétaire actuel avant 1980.
Literature
G. Vriesen, August Macke, Stuttgart, 1957, p. 316, no. 167 (illustré).
W. Macke (éd.), August Macke, Franz Marc, Briefwechsel, Cologne, 1964 (illustré, p. 12).
D.E. Gordon, Modern Art Exhibitions, 1900-1916, Munich, 1974, vol. II, p. 538, no. 148.
J.M. McCullagh, August Macke and the vision of paradise: an iconographic analysis, Austin, 1980, p. 215 (illustré, pl. 64).
P. Dering, 'August Mackes "Tegernseer Phase, Das malerische Werk 1909/10: Auf dem Weg zum Individualistil"', in August Macke in Tegernsee, cat. exp., Bonn, 1998, p. 53.
U. Heiderich, August Macke, Gemälde Werkverzeichnis, Ostfildern, 2008, p. 376, no. 252 (illustré, p. 377).
Exhibited
Moscou, Quartier militaire de Moscou, Société économique des officiers, Exposition de l'Association des artistes de Moscou "Bubnowy Valet" (Karo-Bube), janvier-février 1912, no. 148.
Düsseldorf, 1920 (détails inconnus).
Braunschweig, Kunstverein, August Macke, octobre 1954, no. 21.
Munich, Haus der Kunst, München 1869-1958, Aufbruch zur modernen Kunst, juin-octobre 1958, no. 1059.
Munich, Städtische Galerie im Lenbachhaus, August Macke, juillet-septembre 1962, no. 57.
Hambourg, Kunstverein et Francfort, Kunstverein, August Macke, Gemälde, Aquarelle, Zeichnungen, décembre 1968-mars 1969, no. 26 (illustré, p. 47).
Recklinghausen, Städtische Kunsthalle, Trume vom Frieden: Begrabene Hoffnungen, mai-juillet 1982, no. 79.
Post lot text
«Nous autres peintres savons que sans ses harmonies, des octaves entières de couleurs vont disparaître de l’art allemand, et le son des couleurs restantes deviendra plus sourd et plus aigu. La sonorité qu’il donnait à la couleur était plus pure et plus vive qu’aucune des nôtres ; il lui donnait la limpidité et l’éclat de tout son être».

"We painters know that without his harmonies, whole octaves of colour will disappear from German art, and the sounds of the colours remaining will become duller and sharper. He gave a brighter and purer sound to colour than any of us; he gave it the clarity and brightness of his whole being".

F. Marc, Eulogy to Macke, 1914, cité in A. Meseure, August Macke, Cologne, 2000, p. 92.

August Macke peint Segelboot am Morgen au tournant de sa carrière, en 1910, alors qu’il séjourne à Tegernsee, charmant lieu de villégiature niché au bord d’un lac de Bavière, près des Alpes allemandes. Tegernsee représente pour Macke ce que Giverny avait été pour Monet : ses paysages et son atmosphère, ajoutés à l’état d’esprit du peintre au moment de son séjour, en font un terreau fécond d’inspiration et d’innovation artistique. Avec ses aplats de couleurs vives, ses amples coups de pinceaux et ses éléments figuratifs qui tendent vers la simplification voire l’abstraction, la présente œuvre réunit les composantes essentielles d’une approche d’avant-garde. Segelboot am Morgen semble tiraillée entre la patte sauvage des Fauves et le lyrisme du Blaue Reiter, entre le coloris et le tracé d’un Matisse et la poésie pleine de couleurs et de pureté spirituelle d’un Franz Marc. À contre-courant de Segelboot auf dem Tegernsee (Musée Albertina, Vienne), une autre scène de voilier sur le lac Tegernsee peinte elle aussi en 1910, Macke prend ici davantage de libertés avec la forme, qu’il simplifie de manière significative, allant jusqu’à faire glisser son Segelboot am Morgen vers l’abstrait.
C’est en juin 1907 que l’artiste allemand avait découvert Paris et sa magie, avant d’y retourner avec son épouse Elisabeth Gerhardt en juillet 1908 puis en octobre 1909. Il prend soin de faire coïncider ce troisième voyage, étape de leur lune de miel, avec le Salon d’Automne. La visite de l’exposition éveille chez Macke une fascination plus profonde encore pour l'œuvre de Paul Cézanne et des Fauves, posant les jalons de son approche toute particulière de l’expressionnisme.
Macke et son épouse avaient été invités à Tegernsee par l’écrivain Wilhelm Schmidtbonn, avec lequel le peintre s’était lié d’amitié à Düsseldorf en 1906, alors qu’il travaillait sur des décors de théâtre. Les jeunes mariés posent leurs valises à Tegernsee le 31 octobre 1909. Ils y resteront près d’un an. D’un point de vue artistique, l’un des instants décisifs de cette longue parenthèse bavaroise survient à Munich, lorsque Macke, accompagné de son cousin Helmut et de son neveu Bernard Koehler, visite la toute récente Moderne Galerie, fondée par Heinrich Thannhauser le 1er novembre 1909. C’est ce jour-là, dans cette ville-là, entre les murs de cette exposition, qu’August Macke rencontre un autre peintre expressionniste allemand, Franz Marc (1880-1916). Une grande amitié naît presque immédiatement entre les deux artistes, tant et si bien que Macke et sa femme invitent Marc à passer quelques jours à Tegernsee en janvier 1910. Les deux peintres se croisent à nouveau à Munich en septembre 1910 pour parcourir ensemble l’exposition-charnière que la galerie de Thannhauser consacre alors à des expressionnistes russes et allemands comme Jawlensky ou Kandinsky, entrecoupés de quelques oeuvres de Braque, Picasso, Vlaminck ou encore van Dongen. Si les œuvres que Macke voit à Munich lui laissent une empreinte profonde, l’impact de Paris reste plus fort encore; notamment celui du Fauvisme, Matisse demeurant, sans aucun doute, l’une de ses influences les plus notables (à cette époque, Macke avait d’ailleurs très probablement lu les Notes d’un peintre de Matisse, récemment traduites en allemand et publiées dans la revue Kunst und Künstler de Bruno Cassirer en 1909). Sur le plan personnel, enfin, Tegernsee est le théâtre d’un autre événement marquant : la naissance du premier enfant de Macke, Walter Carl August Macke, le 13 avril 1910. Rayonnant de tendresse, les portraits qu’il réalise cette année-là d’Elisabeth et de leur fils témoignent de l’euphorie du jeune peintre devenu père.
Segelboot im Morgen revêt le climat idyllique dans lequel baignent Macke et sa femme à Tegernsee. La lumière rosée de l’aube semble rutiler sur la toile, intensifiée par le bleu brut et vif qui figure en arrière-plan et sur le lac, le tout encadré par un pigment vert acidulé. La simplification presque schématique des formes, des volumes et des couleurs, à laquelle vient s’ajouter une bi-dimensionnalité traitée avec emphase, traduit parfaitement l’avancée audacieuse de Macke vers ce que revendiquera un an plus tard le manifeste du Blaue Reiter, mouvement qu’il co-fonde en 1911 : formuler par la peinture une réponse sincère, directe et personnelle à la nature. Segelboot im Morgen est présentée lors de la deuxième exposition du Valet de Carreau - «Bubnovyi Valet» - à Moscou en janvier 1912. Instauré par des artistes russes refusés par l’École de peinture, de sculpture et d’architecture de Moscou, ce mouvement accueille aussi des artistes d’avant-garde issus d’autres pays. Alors qu’il vient de co-créer le Blaue Reiter en 1911 avec des émigrés russes de la trempe de Wassily Kandinsky ou Alexej von Jawlensky, et des artistes allemands comme Gabriele Münter et Franz Marc, la participation de Macke à cette exposition moscovite entérine sa place au premier plan de l’avant-garde allemande. Moins de deux années se sont écoulées depuis l’aube de Segelboot im Morgen.

Segelboot am Morgen was painted at the turning point of Macke’s artistic career, during his stay in 1910 in Tegernsee, a charming resort town on a lake located by the Bavarian Alps in Germany. For Macke, Tegernsee was what Giverny had been for Monet: Tegernsee’s landscapes, atmosphere and the trip’s timing provided an effervescent cradle for inspiration and innovation in Macke’s OEuvre. The figurative elements’ tendency towards simplification and abstraction, the broad brushstrokes and the flat areas of bold colours in the present work are the core elements of a quintessentially avant-garde approach. Segelboot am Morgen appears to be caught between Fauvism’s wildness and the Blaue Reiter’s lyricism, between Henri Matisse’s use of colour and lines and Franz Marc’s colourful poetry and spiritual purity. In comparison to another painting of sail boats on Tegernsee also painted in 1910, Segelboot auf dem Tegernsee (Albertina Museum, Vienna), Macke has taken a significant step towards simplification of form, and to some extent, leans more towards abstraction in Segelboot am Morgen.
August Macke had travelled to Paris with his wife Elisabeth Gerhardt first in July 1908 and then in October 1909, although Macke had discovered this city’s magic back in June 1907. The third time he went during the fall in 1909 was actually part of his honeymoon with Elisabeth and the trip had been timed so as to visit the Salon d’Automne on that occasion. That exhibition triggered an even deeper fascination with Paul Cézanne’s OEuvre and that of the Fauvist artists, planting the pillars for Macke’s own form of Expressionism.
Macke and his wife were invited to Tegernsee by the writer Wilhelm Schmidtbonn whom Macke had befriended in Düsseldorf in 1906, when working on his theatre designs. The recently married couple reached Tegernsee on 31 October 1909, living there for almost a year. One of the pivotal events of the Tegernsee months from an artistic point of view was when Macke, his cousin Helmuth and his nephew Bernhard Koehler travelled to Munich on 6 January 1910 to tour the recently inaugurated gallery Moderne Galerie founded by Heinrich Thannhauser on 1st november 1909. It was in that city, at that date and during that show that fellow German Expressionist painter Franz Marc (1880-1916) met August Macke. A true friendship almost immediately emerged between the two artists resulting in Macke inviting Marc to come spend a few days with him and his wife in Tegernsee in January 1910. They met again in Munich in September 1910 to attend a seminal exhibition at Thannhauser’s gallery dedicated to Russian and German Expressionists, such as Jawlensky and Kandinsky, but also featuring a few works by Braque, Picasso, Vlaminck and van Dongen. Although influenced by what he saw in Munich, Paris had a much stronger impact through Fauvism and Matisse was without doubt one of Macke’s main sources of influence – most probably the German painter had read Matisse’s Notes d’un peintre which had just been translated into German and published in Bruno Cassirer’s periodical Kunst und Künstler in 1909. Finally, one of the most impactful events that occurred in Tegernsee from a personal point of view was the birth of Macke’s first son, Walter Carl August Macke, on 13 April 1910. Tenderness glows in Macke’s portraits of Elisabeth and their son from that year, confirming the artist’s state of euphoria upon becoming a father for the first time.
Segelboot am Morgen emanates the idyllic atmosphere in which Macke and his wife found themselves in Tegernsee, and the dawn’s pink luminosity seems to glow in the composition, heightened by a bright coarse blue in the background and in the lake, and framed by a lime-green pigment. The almost schematic simplification of shape, volume and colour combined with the emphasis on the composition’s two-dimensionality incarnate Macke’s daring move towards what would be advocated by the Blaue Reiter group, which he joined a year later in 1911 upon its creation: to foster in painting a genuine, direct and personal response to nature. Segelboot am Morgen was exhibited at the second show of the so-called “Knave of Diamonds” group - Bubnovyi Valet - in Moscow in January 1912. This Russian avant-garde group brought together Russian artists who had been rejected from the Moscow School of Painting, Sculpture and Architecture, inviting also avant-garde artists from other countries. Macke’s participation to this exhibition confirmed his position at the forefront of German avant-gardism after co-founding with Russian emigrants, such as Wassily Kandisnky and Alexej von Jawlensky, and German artists such as Gabriele Münter and Franz Marc The Blaue Reiter in 1911, barely a year after painting the present work.

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Anika Guntrum
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