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Félix Vallotton (1865-1925)
Félix Vallotton (1865-1925)

Environs de Cagnes le soir

Details
Félix Vallotton (1865-1925)
Environs de Cagnes le soir
signé et daté 'F. VALLOTTON. 24' (en bas à droite)
huile sur toile
81.2 x 65.4 cm. (32 x 25 ¾ in.)
Peint en 1924
Provenance
Galerie Druet, Paris (acquis auprès de l'artiste en 1924, no. 10616).
Collection Georges Simon, Paris (acquis auprès de celle-ci en 1929).
Collection particulière, France.
Doutrebente, Paris, 7 avril 2004, lot 44.
Literature
F. Vallotton, Livre de Raison, no. 1487 reproduit in H. Hahnloser-Bühler, Félix Vallotton et ses amis, Paris, 1936, p. 331.
P. du Colombier, 'Félix Vallotton', in Art et Décoration, janvier - juin 1926, vol. XLIX, p. 71 (illustré; titré 'Paysage: Cagnes).
C. Fegdal, 'Félix Vallotton', in L'Amour de l'art, janvier 1933, p. 95 (illustré, fig. 111; titré 'La prairie').
M. Ducrey et K. Poletti, Félix Vallotton, L'œuvre peint, Catalogue raisonné, Zurich, 2005, vol. III, p. 818-819, no. 1563 (illustré en couleurs, p. 819).
Exhibited
Paris, Galerie E. Druet, Cinquante tableaux de Félix Vallotton, mai 1926, no. 45.
Bruxelles, Galerie Georges Giroux, Exposition A. Marquet et VIeme Salon annuel d'art français, 1928, no. 138 (titré 'Environs de Cagnes').
Post lot text
‘ENVIRONS DE CAGNES LE SOIR’; OIL ON CANVAS; SIGNED AND DATED; PAINTED IN 1924.
菲力克斯‧瓦洛頓(1865-1925)-《晚上的卡涅》,油彩、畫布,簽名及日期,1924年作

"Que la force créatrice se répande par tout mon être, qu'une forme substantielle jaillisse de mon coeur! Je ne fais que trembler et tâtonner. Mais je te connais nature, il faut que je te saisisse. Qu'il me tarde de te sentir aimante et fidèle, alors tu éclaireras toutes les forces de mon être, et mon étroite existence prendra des dimensions d'éternité" (notes de l'artiste sur un carnet de croquis, vers 1885-87, in M. Ducrey, Félix Vallotton, L'œuvre peint, Le peintre, Lausanne, 2005, vol. I, p. 165). Par ces quelques phrases écrites à tout juste vingt ans, Félix Vallotton résume toute la fascination qu'exercent sur lui la nature et sa représentation, sous-jacente dans chacun des innombrables paysages peints tout au long de sa carrière. Ce parisien d'adoption, éternel nostalgique de son enfance à la campagne, gardera toute sa vie un attachement et un respect profond pour la nature dans toute sa grandeur. Depuis ces jeunes années, il se livre ainsi à une véritable quête: celle de lui rendre hommage par sa peinture.
C'est à partir de 1920 qu'il semble toucher au but. En combinant les enseignements tirés de ses explorations artistiques passées, il accède enfin à la réalisation de ce qu'il pressent et appelle de ses vœux dès 1918 dans son Livre de raison: le paysage composé. Comme il l'explique dans son journal: "Je rêve d'une peinture dégagée de tout respect littéral de la nature, je voudrais reconstituer des paysages sur le seul secours de l'émotion qu'ils m'ont causée, quelques grandes lignes évocatrices, un ou deux détails, choisis, sans superstition d'exactitude d'heure ou d'éclairage. Au fond, ce serait une sorte de retour au fameux "paysage historique". Pourquoi pas ?" (cité in op. cit., p. 178). Vallotton est alors fortement influencé par Nicolas Poussin, dont certaines compositions inspirent directement ses toiles. De celui-ci, il hérite la technique du paysage recomposé en atelier mais aussi la volonté de reconstituer une nature somptueuse et impassible, par opposition à une condition humaine fragile et éphémère. De façon significative et à l'exemple du présent tableau, les rares personnages présents dans les paysages du peintre suisse semblent, comme dans les compositions tardives de Poussin, ne pas être le sujet principal du tableau, mais au contraire de simples faire-valoir de la nature luxuriante qui les entoure.
Une série offrant une nature particulièrement dense et majestueuse voit ainsi le jour dans les années 1920, dont fait partie Environs de Cagnes le soir. Si l'usage des aplats cher au peintre est conservé pour la représentation des personnages et de la rive en premier plan, il procède par petites touches d'une variété infinie de verts pour traiter les feuillages, alors que la perspective se contracte. Ceci accentue le sentiment d'isolation des personnages dominés par une nature toute-puissante qui les enserre étroitement, bien que rien ne semble troubler leur quiétude. La langue de terre sur laquelle ils se trouvent comme prisonniers paraît bien mince, encadrée par les eaux agitées d'une part et par les buissons frémissants en surplomb de l'autre. Le ciel, dont seule une étroite bande est visible, est obstrué par les silhouettes sombres et menaçantes des arbres, qui semblent compromettre le retour des protagonistes à la civilisation. Comme l'écrivit Paul-Elie Gernez dans un article consacré aux paysages du peintre évoquant ce sentiment d'ascendant de la nature sur l'homme: "Spectateur, nous participons devant eux à leur métaphysique figurée et nous nous inclinons à notre insu sous leur emprise de choses muettes [...] Les paysages de Vallotton, comme ceux de Vigny, nous attendent dans un silence austère. Ils nous ramènent à la nature des choses et ils nous y incorporent" (cité in op. cit., p. 193).

"May creative strength penetrate all my being, may substantial form spring from my heart! I can only tremble and stumble around. But I know you nature, I must hold you. How I long to feel you loving and faithful, you will then illuminate all the strengths within me and my narrow life shall take the dimensions of eternity" (artist's notes on a sketchbook, around 1885-1887, in M. Ducrey, Félix Vallotton, L'oeuvre peint, Le peintre, Lausanne, 2005, vol. I, p. 165). With these few lines, written at just twenty years old, Félix Vallotton expresses all the fascination which nature and its representation hold for him, underlying each of the numerous landscapes painted all along his career. A Parisian by adoption, eternally longing for the country of his childhood, he retained throughout his life a deep attachment and respect for nature in all its grandeur. From his early years, he set off on a single quest: paying tribute to nature through his painting.
Around 1920, he seemed to attain his goal. Combining what he had learnt from his past artistic investigations, he finally reached the fulfillment of what he had sensed and wished for since 1918 in his Livre de raison: the composed landscape. As he explained in his diary: "I dream of painting free from any literal respect of nature, I would like to reconstruct landscape, only with the help of the emotion it aroused in me, a few evocative lines, one or two details, selected without any superstition regarding exactness of time or light. It would be in fact a return to the "historical landscape". Why not?" (quoted in op. cit., p. 178). Vallotton was at the time strongly influenced by Nicolas Poussin, some of the latter's compositions directly inspiring Vallotton's paintings. He inherited from this master the technique of the landscape recomposed in the studio but also the will to recreate nature as sumptuous and impassive nature, in its opposition to the fragility and transience of human existence. Significantly, as in this painting, the rare figures in the Swiss painter's landscapes seem not to be the main subjects of the painting, but rather there only to highlight the lush nature surrounding them, as in Poussin's later works.
In the 1920s, Vallotton initiated a series depicting nature in a particularly rich and majestic manner, which included Environs de Cagnes le soir. He employed his prefered technique of solid colours to represent the figures and the bank on the foreground, but for the leaves and foliage, he used short strokes in infinite hues of green, and with these communicated a forshortening of persperctive. This increases the feeling of isolation of the figures dominated by an all-powerful nature, which encroaches on them, even though nothing seems to disturb their peace. The spit of land of which they seem prisoners appears very narrow, framed by troubled waters to one side and trembling overhanging bushes to the other. The sky, of which only a thin band is visible, is obstructed by the dark and threatening profiles of the trees, which seem to threaten the figures' return to civilisation. Paul-Elie Gernez wrote in an article about the painter's landscapes, evoking this feeling of domination of nature over man: "We take part in the figurative metaphysics of these mute elements and we bend unknowingly under their power [...] Vallotton's landscapes, as Vigny's, wait for us in austere silence. They bring us back to the nature of things and integrate us into it" (quoted in op. cit., p. 193).
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Nathalie Honnay
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