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LOUISE BOURGEOIS (1911-2010)
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LOUISE BOURGEOIS (1911-2010)

Spider

Details
LOUISE BOURGEOIS (1911-2010)
Spider
signé des initiales 'LB' (au-dessous)
acier, pièce murale
47 x 155 x 102 cm. (18½ x 61 x 40 in.)
Réalisée en 1995, cette oeuvre est unique.
Provenance
Robert Miller Gallery, New York
Galerie Karsten Greve, Paris
Collection particulière, France
Special notice

" f " : In addition to the regular Buyer’s premium, a commission of 7% (i.e. 7.49% inclusive of VAT for books, 8.372% inclusive of VAT for the other lots) of the hammer price will be charged to the buyer. It will be refunded to the Buyer upon proof of export of the lot outside the European Union within the legal time limit.(Please refer to section VAT refunds)
Post lot text
'SPIDER'; INCISED WITH THE ARTIST'S INITIALS BELOW; STEEL, UNIQUE WALL PIECE.

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Eloïse Peyre
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Lot Essay

Cette oeuvre est enregistrée dans les archives Louise Bourgeois sous le No. BOUR-2331.

Oeuvre emblématique de Louise Bourgeois, Spider est une pièce unique. Aucune édition n'en a jamais été faite. Elle est donc en tous points exceptionnelle. Déployant ses formes arachnéennes sur la paroi du mur où elle s'est installée, ses traits tranchants contrastant avec la délicatesse de sa patine, elle offre au spectateur la vision simultanée d'une présence à la fois puissante et aérienne, prédatrice et protectrice.
L'araignée est une figure omniprésente dans l'oeuvre de Louise Bourgeois, qui apparaît dès ses premiers dessins des années 1940, à l'image de Sans titre (1947), et jusque dans ses oeuvres sur papier plus tardives à l'image de Spider (l'indispensable) (1994). On la retrouve dans la série des sculptures en acier et en bronze réalises cinquante ans plus tard, et dont la monumentale Maman, exposée à la Tate Modern de Londres, au musée Guggenheim de Bilbao ou encore dans le jardin des Tuileries, offre l'exemple le plus célèbre. Le motif de l'araignée revêt chez Louise Bourgeois une dimension éminemment autobiographique. Elle fait écho à l'enfance de l'artiste, passée auprès de ses parents propriétaires d'un atelier de restauration de tapisseries en banlieue parisienne. 'Je viens d'une famille de réparateurs. L'araignée est une réparatrice. Si on abîme sa toile, l'araignée ne s'énerve pas. Elle la tisse et la répare.' (Louise Bourgeois, entretien avec Cecilia Blomberg, 16 octobre 1998, repris in M.-L. Bernadac et J. Storsve (dir.), Louise Bourgeois, Paris, 2008, p. 47). Plus précisment, l'araignée renvoie à l'adoration que voue Louise Bourgeois à sa mère, d'autant plus forte qu'elle s'établit par opposition au rejet de la figure du père infidèle, qu'elle n'aura de cesse de déconstruire tout au long de son oeuvre.
Au sentiment de répulsion et d'effroi auquel est généralement associée l'araignée dans la culture populaire, l'artiste oppose alors, au contraire, un être investi d'une valeur positive, rendant hommage aux qualités maternelles. Ainsi, lorsqu'on l'interroge sur la récurrence du motif de l'araignée dans son oeuvre, Louise Bourgeois explique : 'parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu'elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu'une araignée. Elle pouvait se défendre elle-même' (citée in S. Pagé et B. Parent (dir.), Louise Bourgeois. Sculptures, environnements, dessins 1938-1995, Paris, 1995, p. 15). Figure protectrice et rassurante, l'araignée n'en est pas moins une incarnation vulnérable : 'l'araignée c'est ma mère, toutes les deux victimes de leur fragilité et de leur petite taille, la coquetterie de la dentelle faisant pendant à la toile' (ibid., p. 118). Cette nature duale s'observe particulièrement dans Spider: l'arrêt sur la paroi, l'araignée est comme saisie dans son mouvement, se découvrant de façon temporaire pour vraisemblablement mieux se dérober plus tard, exhibant pour quelques instants sa fragilité mais, ce faisant, affirmant sa présence forte et majestueuse au regard du spectateur.
À de nombreux égards, la figure de l'araignée chez Louise Bourgeois peut être rapprochée du mythe grec d'Arachné, tisserande hors pair qui affirma un jour qu'elle était la meilleure des couturières, plus habile encore qu'Athéna elle-même. Courroucée, la déesse proposa un concours à la jeune femme ; concours que cette dernière remporta. Folle de rage, Athéna déchira l'ouvrage de la jeune femme et celle-ci, humiliée, alla se pendre. Athéna, regrettant son geste, offrit alors une seconde vie à Arachné en la transformant en araignée, suspendue à son fil et pouvant dès lors tisser sa toile pour toujours. En ce qu'elle ose affirmer l'excellence de son art et se pose par là-même en rivale des dieux, Arachné peut être vue, avec une lecture contemporaine, comme l'image de l'artiste créateur. Punie par les dieux, elle incarne les difficultés liées à la condition d'artiste - et celle d'artiste femme a fortiori. Le mythe d'Arachné trouve un écho sensible dans la vie de Louise Bourgeois : en 1932, au décès de sa mère, l'artiste tente de se suicider en se jetant dans la Bièvre, oùx elle est rattrapée in extremis par son pre. Ce suicide raté, coïncidant avec la dispersion de sa mère, est un acte fondateur pour Louise Bourgeois : c'est à ce moment-là qu'elle décide d'embrasser la carrière artistique. On notera qu'en s'appropriant un médium - la sculpture - traditionnellement réservée aux hommes, et en l'utilisant précisément pour explorer les ressorts de la maternité nature de la féminité, l'artiste reprend à son compte la revendication du statut d'artiste féminine, conférant à Spider une dimension politique supplémentaire.
La figure de l'araignée s'inscrit dans la métaphore plus large du fil qui traverse l'oeuvre de Louise Bourgeois dans son intégralité, et que l'on retrouve par exemple dans l'oeuvre autobiographique Spiral Woman (1984) - rappelant là encore Arachné, encore humaine mais pendue à son fil, en train de se muer en araignée - ainsi que, de façon plus générale, dans l'emploi récurrent du tissu par l'artiste, et dont on trouve la trace jusque dans les broderies tardives réalisées dans les années 2000. Chez Louise Bourgeois, le fil se fait conducteur de l'identité féminine et s'inscrit en ce sens dans la constellation des utilisations et réinterprtations qu'en ont fait plusieurs artistes femmes du XXème siècle, À l'exemple d'Annette Messager et ses Chimères ou des broderies de Ghada Amer.
Spider apparaît in fine pour Louise Bourgeois comme le support d'une introspection en même temps que d'une réécriture de son passé. 'Je suis, affirme-t-elle, une femme sans secret. Simplement parce que ma vie de tous les jours est l'anéantissement de mon passé.' (Louise Bourgeois, Sculptures, environnements, dessins 1938-1995, op. cit., p. 210).
À travers l'araignée, Louise Bourgeois se contemple elle-même autant qu'elle contemple sa mère, perpétuant la relation fusionnelle qu'elles entretenaient. Prêtant ses mots à Louise Bourgeois, l'écrivain Marie Darrieussecq résume ainsi avec beaucoup de poésie ce que représente l'araignée pour l'artiste : 'J'ai devant l'araignée le sentiment d'un reflet, la certitude de voir mon visage beaucoup plus clairement que devant les nombreux miroirs de mes chambres' (M. Darrieussecq, Dans la maison
de Louise Bourgeois
, texte publié à l'occasion de l'exposition Louise Bourgeois, CAPC, Musée d'art contemporain de Bordeaux, février-avril
1998, p. 12).
À mi-chemin entre références intimes et thématiques universelles, Louise Bourgeois revisite ainsi grce à Spider ses propres mythes, en même temps qu'elle nous invite à réécrire les nôtres.

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