MANOLO MILLARES (1926-1972)
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MANOLO MILLARES (1926-1972)

Cuadro 95

Details
MANOLO MILLARES (1926-1972)
Cuadro 95
signé 'MILLARES' (en bas à droite); signé, titré et daté 'MILLARES-"CUADRO 95" (1960)' (sur le châssis)
huile et ficelle sur toile de jute
200 x 151 cm. (78 ¾ x 59 ½ in.)
Réalisé en 1960.
Provenance
Galleria L'Attico, Rome
Collection Jean Paul Ledeur, Paris
Galerie Jan Krugier, Genève
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel
Literature
J-A França, "L'anti-peinture, l'ordre, l'ambiguité", Aujourd'hui, art et architecture V, Paris, 1963, No. 41 (illustré p. 11).
A. De La Torre, Manolo Millares Pinturas - Catalogo Razonado, Madrid, 2004, No. 183 (illustré en couleur p. 215).
Special notice

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Post lot text
'CUADRO 95'; SIGNED LOWER RIGHT; SIGNED, TITLED AND DATED ON THE STRETCHER; OIL AND TWINE ON BURLAP.

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Valentine Legris
Valentine Legris

Lot Essay

La confrontation avec Cuadro 95 se révèle pour le spectateur une expérience éminemment tactile : sur deux mètres de hauteur, la surface de la toile de jute apparaît lacérée, scarifée, transpercée, ligaturée dans une tension qui est palpable à chaque instant. La verticalité de la toile est accentuée par les deux failles qui fendent la surface dans la partie haute du tableau, à la façon de deux cicatrices ouvrant la membrane de la toile comme l’aurait fait une secousse sismique sur l’écorce de la terre. Au centre, la toile comme enroulée sur elle-même présente des épaisseurs soulignées par les contrastes de couleurs : le blanc laissé en réserve, le noir et le rouge sang. La violence avec laquelle l’œuvre a été réalisée est accentuée par les coulures de peinture noire qui apparaissent çà et là, comme des saignements. L’ensemble évoque un champ de bataille ou la relique burinée par le temps de quelque civilisation disparue. L’aspect primitif des oeuvres de Manolo Millares trouve sa source dans la fascination exercée sur l’artiste par les Guanches, une population qui occupait les îles Canaries (d’où l’artiste est originaire) avant leur assimilation au XVe siècle par les Espagnols. Plus particulièrement, c’est en découvrant les cadavres embaumés des Guanches au musée de Las Palmas que Millares décide de réaliser ses premières toiles de jute lacérées. « Au musée, j’ai découvert ce qu’est l’homme et, surtout, ce qu’est la ‘fnitude’ de l’homme. J’ai réalisé que ce que je voyais, l’extermination d’une race, avait été une injustice. C’est le point de départ de mes toiles de jute. C’est quelque chose qui appartient au passé, bien sûr, mais quelque chose qui permet d’entrer dans le présent et d’en prendre conscience » (M. Millares cité in J.-A. França, Millares, Barcelone, 1978, p. 94).
Réalisant ses premiers collages dès 1954, c’est lorsqu’il s’installe à Madrid en 1955 que l’artiste commence à utiliser les toiles brulées et trouées, infuencé en cela par le travail de l’Italien Alberto Burri. Associé à l’arte povera comme à l’art informel de Fautrier ou Tàpies, Millares a contribué à redéfnir l’approche classique de la peinture : la toile n’est plus l’écran sur lequel vient s’exprimer le peintre, mais devient une matière première à part entière, que l’artiste lacère, pétrit, perfore et modèle comme pourrait le faire un sculpteur. Par cette approche radicale, Millares, à l’instar de ses pairs du groupe Zero en Allemagne ou de Gutaï au Japon, a cherché à jeter les bases d’un art totalement nouveau, né sur les ruines d’un monde dévasté par les horreurs de la guerre civile espagnole et, plus largement, de la Seconde Guerre mondiale.


Coming face to face with Cuadro 95 proves for the viewer to be an eminently tactile experience: the surface of the two meter high hessian canvas appears lacerated, scarified, pierced, tied up in a tension that is constantly palpable. The verticality of the canvas is accentuated by the two splits in the surface in the upper part of the picture, like two scars opening the membrane of the canvas as if it were made by a seismic shock on the earth’s crust. In the center, the canvas, as if rolled up on itself, has layers emphasised by the contrasts of colours: white kept in reserve, black and blood red. The runs of black paint that appear here and there like trickles of blood accentuate the violence with which the work has been made. The whole is reminiscent of battlefeld or a time-weathered relic of some vanished civilisation. The primitive aspect of Manolo Millares’ works has its source in the artist’s fascination with the Guanches, a population that inhabited the Canary Islands (from where the artist comes) before their assimilation by the Spanish in the 15th century. More particularly, it was on discovering the embalmed bodies of in the Las Palmas museum that Millares decided to make his frst lacerated hessian canvases. “At the museum I discovered what Man is and, especially, Man’s ‘finitude’. I made what I was seeing, the extermination of a race, had been an injustice. This is the starting point of my hessian canvases. This is something that belongs to the past, of course, but something that makes it possible to enter the present and become aware of “(M. Millares quoted in J.-A. França, Millares, Barcelona, 1978, p. 94).
Making his first collages from 1954, when he moved to Madrid in 1955 the artist started to use burned canvases full of holes, influenced in this by the work of the Italian artist Alberto Burri. Associated with both arte povera and the Art informel of Fautrier or Tàpies, Millares helped redefine the classic approach to painting: the canvas was no longer the screen on which the painter came to express himself, but became an entirely different raw material that the artist lacerates, shapes, pierces and models as a sculptor might do. Through this radical approach, Millares, like his counterparts of the Zero group in Germany or the Gutaï in Japan, sought to lay the foundations of a totally new art, born out of the ruins of a world devastated by the horrors of the Spanish Civil War and, more broadly, of the Second World War.

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