MARTIAL RAYSSE (NÉ EN 1936)
MARTIAL RAYSSE (NÉ EN 1936)

Verte

Details
MARTIAL RAYSSE (NÉ EN 1936)
Verte
signé, titré et daté 'Martial Raysse -VERTE- 63' (sur le châssis)
huile, collage, xerographie, lunette et houpette sur toile
32 x 22.5 cm. (12 5/8 x 8 7/8 in.)
Réalsé en 1963.
Provenance
Collection Geert Jan Visser, Pays-Bas, acquis par celui-ci directement auprès de l'artiste
Puis par descendance au propritaire actuel
Post lot text
'VERTE'; SIGNED, TITLED AND DATED ON THE STRETCHER; OIL, PHOTOGRAPH PRINT, SUNGLASSES AND PUFF ON CANVAS.

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Eloïse Peyre
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Lot Essay

Cette oeuvre est inscrite à l'inventaire de l'Oeuvre de Martial Raysse sous le No. IMR-0173.

Au cours des années 1960, le visage de la femme traverse l'oeuvre de Martial Raysse de manière récurrente. Cette thématique est conue par l'artiste comme l'axe principal de son approche de l'art, particulièrement entre les années 1962 et 1966. Verte, réalisé en 1963, s'inscrit en plein dans cette esthétique si caractéristique élaborée par Raysse. Cette oeuvre est également concomitante des débuts du peintre sur la scène internationale. En effet, il s'installe cette année-là à Los Angeles, où il restera jusqu'en 1968, faisant de réguliers aller-retours avec la France. Il a déjà vécu une année à New York et s'est progressivement imprégné de la culture visuelle américaine qui gagne progressivement le quotidien des foyers français.

Verte apparaît ainsi comme une réflexion sur cette question de l'image de la femme véhiculée tant par la presse, la publicité et la télévision. Raysse confronte ici sa propre perception de cette exploitation des stéréotypes visuels qui nourrit alors le Pop Art américain. C'est d'ailleurs en 1963 qu'a lieu la toute première exposition de ses plus grands représentants à Paris, chez Ileana Sonnabend, qui regroupe entre autre Warhol, Wesselmann et Oldenburg. Raysse a déjà eu l'occasion d'exposer à leurs côtés à New York l'année précédente chez Sidney Janis pour l'exposition The New Realists.

Néanmoins, la position de l'artiste se veut indépendante, personnelle, au regard des mouvements qu'il fréquente et Verte en offre un parfait exemple. En effet, s'il conserve une démarche de récupération d'objets du quotidien partagée avec les 'Nouveaux Réalistes', il se détache néanmoins du groupe pour poursuivre seul ses propres recherches plastiques. Par ailleurs, il partage une certaine approche " pop " de l'image de la femme avec Warhol, mais à la différence de ce dernier, les figures féminines chez Raysse sont presque toujours anonymes et conues davantage comme des symboles d'un idéal que comme des portraits à part entière.

Avec Verte, l'artiste dresse en négatif l'inventaire éclatant des emblèmes de la femme véhiculés par la société de consommation. Il intègre directement lunettes de soleil et houpette de maquillage sur la toile comme les instruments d'une nouvelle modernité féminine. Prenant le parti de nier le dessin, Raysse utilise comme point de départ des photographies de femmes provenant de la publicité ou de magazines : 'La photo a joué chez moi le rôle d'un relais qui, à ses débuts, a pris la forme de ces visages stéréotypés des jeunes femmes des réclames, leitmotiv de notre culture visuelle' explique-t-il (cité in Martial Raysse, catalogue d'exposition, Paris, Galerie Nationale du Jeu de Paume, 1992, p. 48). Ici, le visage est laissé intact et n'est souligné que par ce bleu électrique et le percutant vert du rouge à lèvres qui vient saisir le regard du spectateur par cette couleur provocante.

Raysse, dans cette évocation de la femme, prend le parti pris d'une
image volontairement belle et désincarnée mettant en avant une
forme d'archétype construit tout autant par le cinéma que la publicité. Néanmoins, si son travail prend sa source dans l'univers visuel qui l'entoure, l'artiste n'entend pas délivrer une critique à charge d'une industrie commerciale de l'image, mais bien en récupérer les stéréotypes pour les soustraire à leur contexte initial et leur donner une valeur esthétique propre o l'idée du beau prend tout son essor : 'La tristesse humaine était à la mode et Buffet du dernier chic avec ses figures tragiques et ses cernes sous les yeux. Je voulais exalter le monde
moderne, l'optimisme et le soleil. Peindre la tristesse ne peut être que le jeu snob d'une inconscience maladive ! La mort est bien assez affreuse, suffisamment inquiétante... Disons que mes tableaux sont peut-être un exorcisme. Il faut chasser l'idée de mort, se rassurer. Par le travail, par la beauté' (cité in 'Martial Raysse, Première partie : l'esthétique', Zoom,
Paris, 1971, pp. 63 et 67).




During the 1960s, the female face appeared repeatedly throughout Martial Raysse's work. The artist used this theme as the main focus for his approach to art, particularly between the years 1962 and 1966. Verte, produced in 1963, is a perfect example of this characteristic aesthetic developed by Raysse. This work was also produced at the same time the painter was making his debut on the international stage. This was the year he moved to Los Angeles, where he would remain until 1968, making regular trips back and forth to France. He had already lived in New York for a year and gradually became impregnated by American visual culture, which was progressively seeping into everyday French life.
In this context, Verte appears to be a reflection on this question of the female image, as promoted by the press, advertising and television. Here Raysse confronts his own perception of this exploitation of visual stereotypes which was feeding into American Pop Art during that period. It was also in 1963 that the first exhibition of its greatest proponents was held in Paris, at Ileana Sonnabend's gallery, featuring Warhol, Wesselmann and Oldenburg, among others. Raysse had already had an opportunity to exhibit alongside them in New York the previous year as part of the New Realists exhibition organised by Sidney Janis. Nevertheless, the artist's position was intended to be personal, independent of the movements he mingled with, and Verte is a perfect example of this. Since although his approach involved salvaging everyday objects, in common with the New Realists, he broke away from the group to pursue his own artistic research. He also shared a certain 'pop' approach to the female image with Warhol, although, unlike Warhol, Raysse's female figures are almost always anonymous and intended more as symbols of an ideal than as portraits in their own right.
With Verte, the artist presents in a negative form a dazzling inventory of the emblems of femininity promoted by consumer society. He incorporates sunglasses and a powder puff directly into the canvas as instruments of a new feminine modernity. As a way of repudiating his work, Raysse uses as a starting point photographs of women taken from advertising and magazines: 'For me, the photograph has been the relay which, at first, took the form of stereotyped faces of young women from advertisements, a leitmotiv of our visual culture,' he explained (quoted in Martial Raysse, exhibition catalogue, Paris, Galerie Nationale du Jeu de Paume, 1992, p. 48). Here, the face is left intact and is only emphasised by this electric blue and striking green of the lipstick which grabs the spectator's attention with its provocative colour.
In this evocation of womanhood, Raysse takes the approach of a deliberately beautiful and disembodied image, emphasising a kind of archetype constructed by both cinema and advertising. Nevertheless, while his work draws its inspiration from the visual work surrounding him, the artist's intention is not to criticise the commercial image industry, but rather to draw out stereotypes to remove them from their original context and five them their own aesthetic value in which the idea of beauty could truly flourish: 'Human sadness was Buffet's way, the last word in chic with its tragic figures with dark rings under their eyes. I wanted to exalt the modern world, optimism and sunshine. To paint sadness can only be a snobbish game of a pathological unconsciousness! Death is quite horrible and sufficiently upsetting What I really mean is that my paintings are an exorcism of this. One needs to drive away the idea of death, to reassure one's self. Through work, through beauty' (quoted in 'Martial Raysse, Première Partie: l'esthétique', Zoom, Paris, 1971, pp. 63 et 67).

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