MARTIAL RAYSSE (NÉ EN 1936)
MARTIAL RAYSSE (NÉ EN 1936)

Le Rêve

Details
MARTIAL RAYSSE (NÉ EN 1936)
Le Rêve
signé, daté, titré et inscrit 'MARTIAL RAYSSE 63 Rêve France' (au dos)
peinture à la bombe et acrylique sur xérographie contrecollée sur panneau, éléments en plastique (une rose avec pétales peints, trois lettres, une araignée) et néon blanc
47 x 97 x 14 cm. (18 ½ x 38 ¼ x 5 ½ in.)
Réalisé en 1963.
Provenance
Galerie Alexander Iolas, Paris
Galerie Samy Kinge, Paris
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel en 1979
        
Exhibited
Amsterdam, Stedelijk Museum, Martial Raysse, mai^tre et esclave de l’imagination, octobre-novembre 1965.
Antibes, Château Grimaldi – Musée Picasso, Martial Raysse à Antibes, été 1982 (illustré en couleurs au catalogue d’exposition p. 11).
Paris, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1960 - Les Nouveaux Réalistes, mai-septembre 1986 (illustré en couleurs au catalogue d’exposition p. 173).
Paris, Galerie nationale du Jeu de Paume (novembre 1992 - janvier 1993); Vienne, Museum Moderner Kunst, Stiftung Ludwig (février-avril 1993); Valence, Centro Julio Gonzalez (juin-août 1993); Nîmes, Carré d’art, Musée d’art contemporain (septembre-décembre 1993), Martial Raysse, No. 19 (illustré en couleurs au catalogue d’exposition p. 12; vue de l'atelier illustré p. 53).
Post lot text
'LE RÊVE'; SIGNED, TITLED, DATED AND INSCRIBED ON THE REVERSE; SPRAY PAINT AND ACRYLIC ON XEROGRAPHY MOUNTED ON BOARD, PLASTIC ELEMENTS (A ROSE WITH PAINTED PETALS, THREE LETTERS, A SPIDER) AND WHITE NEON.

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Valentine Legris
Valentine Legris

Lot Essay

Cette oeuvre est inscrite à l'inventaire de l'Oeuvre de Martial Raysse sous le numéro IMR-0136.
Un certificat de l'inventaire de l'Oeuvre de Martial Raysse sera remis à l'acquéreur.


«La beauté, c’est le mauvais goût. Il faut pousser la fausseté jusqu’au bout. Le mauvais goût, c’est le rêve d’une beauté trop voulue.»

Un visage à l’ovale parfait, des lèvres douces et ce teint uniformément rose vif – devant Le Rêve de Martial Raysse, nous ne pouvons qu’être saisis, happés par cette inconnue, que le hasard d’un accroc chanceux a prénommée Ève. Doté d’un sens inné de l’image et témoin d’une société de consommation en plein essor, Raysse délivre ici le symbole d'un idéal féminin qui s'affiche dans la publicité et les magazines au tournant des années soixante. En effet, à partir de 1961, il délaisse la technique d’assemblage d’objets trouvés propre au Nouveau Réalisme et développe son esthétique singulière de la figuration, en déclinant d’une manière obsessionnelle et systématique le thème de la femme et des outils de sa toilette ; ces mêmes outils qui ressemblent à bien des égards à ceux de la peinture.

Œuvre emblématique de cette période cruciale, Le Rêve reflète la volonté de Raysse d’exalter la joie de vivre et l’évasion de son époque dont il interroge l’identité. D’où le rôle primordial d’une photographie publicitaire d’une jeune femme qui lui permet de témoigner de la société des loisirs dans ce qu’elle a de plus standardisé et triomphant. Raysse recouvre l’image d’une couleur éclatante répandue à la bombe, en accentuant son intensité par le néon, le brillant artificiel de la civilisation urbaine. L’engagement de Raysse du côté du présent est absolu: «Je suis un peintre qui utilise les techniques modernes pour exprimer un monde moderne», déclare-t-il lors d'un entretien avec Jean-Jacques Lévêque.

Parmi les artistes du Nouveau Réalisme, Raysse est le seul à partager les techniques du Pop Art, ce qui favorise un rapprochement précoce avec ce mouvement. A partir du 1961, sa reconnaissance rapide aux Etats-Unis le situe du côté des initiateurs du pop art: Andy Warhol, Roy Lichtenstein ou Tom Wesselmann, avec lesquels il se lie d’amitié. En 1962, Alexander Iolas organise sa première exposition personnelle aux Etats-Unis, en présentant Raysse Beach. L’année suivante Raysse s’installe à Los Angeles, qui lui rappelle sa Riviera niçoise natale. La même année, l’exposition de sa série des portraits féminins à la Dwan Gallery obtient un grand succès et Ileana Sonnabend l’invite à participer à la première exposition consacrée au Pop Art américain à Paris.

Réalisé en 1963, Le Rêve apparaît donc comme une réponse aux icônes du cinéma que célèbre au même moment le Pop Art américain, notamment à une autre femme présentant elle aussi une mouche au-dessus de la lèvre – Marilyn, que Warhol crée seulement quelques mois auparavant. À la différence de Warhol qui joue sur la force visuelle du visage de la célébrité, Raysse rend le modèle anonyme en ne présentant qu’un fragment du visage. Derrière sa joyeuse et apparente exubérance se trouvent une distance critique et une volonté´ de Raysse de perturber l’image: la mouche devient une araignée et se fige aux commissures de l’héroïne; une fleur plastique mortuaire décore le cou ingresque. En réanimant ici les codes du Surréalisme, Raysse mène l’exploration de l’artifice et des rêves de la société de consommation, de ce fameux « rêve d’une beauté trop voulue», à la frontière de l’éloge et de la dénonciation, de la fascination et du trouble.



"Beauty is bad taste. We must push falsehood to its limit. Bad taste is the dream of a beauty too much longed for.”

The perfect oval of the face, soft lips, a uniform tan of vivid pink – in front of Martial Raysse’s Le Rêve, one cannot help being enthralled, enraptured by this unknown girl, who a twist of fortunate tear happens to have named Eve. Endowed with an innate sense of the image and witness to the consumer culture in full swing, Raysse presents here the symbol of the ideal woman commonly seen in advertising and magazines of the early 1960s. Since 1961, the artist moves away from the New Realism and its’ technique of assembling found objects in order to develop his own figurative aesthetic, by adapting, obsessively and systematically, the theme of the woman and her toiletries; the latter being equivalent, in his eyes, to the painting tools.

An emblematic work from the crucial period of his career, Le Rêve reflects Raysse’s desire to extol the joie de vivre and escapism of his epoch, which identity he aspires to explore. An advertising photograph of a young woman therefore plays here a fundamental role, allowing him to reflect the most standardised and triumphant aspect of the leisure society. Raysse covers it with a dazzling layer of spray paint and highlights its intensity with a neon light, the perfect incarnation of the artificiality of the urban civilisation. Raysse’s commitment to the present is absolute: "I am a painter who uses modern techniques to express the modern world,” he declares in an interview with Jean-Jacques Lévêque.

Raysse turns out to be the only member of the New Realists to share techniques with the Pop Art artists, what encouraged his early identification with this movement. Since 1961, his rapid rise to fame in the United States puts him on a par with such Pop Art pioneers as Andy Warhol, Roy Lichtenstein and Tom Wesselmann, who also become his friends. In 1962, Alexander Iolas organises his first solo show in the United States, presenting to the American public Raysse Beach. The following year Raysse moves to Los Angeles, which reminds him of his native French Riviera. This same year his exhibition of female portraits at the Dwan Gallery there is a great success and as a result Ileana Sonnabend invites him to take part in the first exhibition in Paris dedicated to American Pop Art. 

Executed in 1963, Le Rêve therefore appears to be a response to the cinema icons promoted in the works of the American Pop artists at that time and in particular to another woman with a beauty spot over the lips – the famous Marilyn, the first version of which Warhol creates only few months earlier. Unlike Warhol, who plays on the visual impact of the immediately recognizable face of the star, Raysse renders his model anonymous by revealing only a fragment of her face. Behind this joyful and apparent exuberance lie a critical distance and a desire to disrupt the image: the beauty spot becomes a spider in the corner of the girl’s voluptuous mouth; the plastic flower decorating her Ingresque neck gives a morbid aspect to the whole. By reactivating the Surrealist codes here, Raysse takes his exploration of the artifice and the consumerist dream, this "dream of a beauty too much longed for, to the boundary between approbation and opprobrium, fascination and unease.

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