TABLE DE MILIEU D'EPOQUE CONSULAT
TABLE DE MILIEU D'EPOQUE CONSULAT

ATTRIBUEE A PIERRE-PHILIPPE THOMIRE, FIN DU XVIIIEME-DEBUT DU XIXEME SIECLE

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TABLE DE MILIEU D'EPOQUE CONSULAT
ATTRIBUEE A PIERRE-PHILIPPE THOMIRE, FIN DU XVIIIEME-DEBUT DU XIXEME SIECLE
En bronze ciselé, patiné et doré, dessus de granit rose rectangulaire ceint d'une moulure à motif de palmettes stylisées, la ceinture centrée d'un masque d'Apollon flanqué d'une frise à motif de dauphins surmontés de putti, de chevaux marins ailés, d'oiseaux et de serpents, reposant sur des montants en monopode de sphinge ailée et réunis par une entretoise en X
Hauteur: 90 cm. (35½ in.) ; Largeur: 137 cm. (54 in.) ; Profondeur: 77 cm. (30¼ in.)
Literature
Paul Guth, "Le Palais Abbatial de Royaumont ", in Connaissance des Arts, Février 1957, p. 25.
Axelle de Gaigneron, "L'inconnu de Royaumont", in Connaissance des Arts, Décembre 1982, p. 113.
Souren Melikian et. al., La Décoration. Vol. I, Hachette, Paris, 1963, p. 245.

BIBLIOGRAPHIE COMPARATIVE :
Ernest Dumonthier, Mobilier National de France. Les Tables. Styles Louis XVI et Empire, Editions Albert Morancé, Paris, 1924, pl. 38.
Hedvig Szabolcsi, Meubles français en Hongrie, Corvina, Budapest, 1964, ill. 47.
Hedvig Szabolcsi, "M. E. Lignereux, ébéniste illustre sous le Consulat. Un meuble signé de Lignereux au musée des Arts Dé coratifs de Budapest", in Acta Historiae Artium, T. VIII, 1962, p. 279-297.
Denise Ledoux-Lebard, Le Grand Trianon, Meubles et objets d'art, Editions des Musées Nationaux, Paris, 1975, Tome I, p. 77-79 et 86-87. Patricia Lemonnier, Weisweiler, Editions Monelle Hayot, Paris, 1983, p. 95 et 138.
Cat. Expo., La Reine Hortense, une femme artiste, Musée national du château de Malmaison, Editions de la Réunion des Muses Nationaux, Paris, 1993, p. 93.
Jean-Pierre Samoyault, Fontainebleau. Musée national du Château. Meubles entrés sous le Premier Empire, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 2004, p. 23.
Pierre Arizzoli-Clmentel, Jean-Pierre Samoyault, Le mobilier de Versailles, chefs-d'oeuvre du XIXe sicle, Editions Faton, Dijon, 2009, p. 108 et 128.
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A CONSULAT ORMOLU AND PATINATED BRONZE CENTER TABLE, ATTRIBUTED TO PIERRE-PHILIPPE THOMIRE, LATE 18TH-EARLY 19TH CENTURY

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Lot Essay

Oeuvre emblématique de la collection du baron Fould-Springer, cette exceptionnelle et spectaculaire table de milieu illustre un moment charnière de l'histoire des arts décoratifs français des XVIIIe et XIXe siècles français. Elle est une des plus beaux exemples de ce qu'on appellera l'Egyptomanie dans le mobilier du tournant des deux siècles.

Elle fait partie d'un groupe très réduit de meubles présentant des montants en sphinges comparables.

Parmi eux, nous pouvons citer en premier lieu le guéridon du château de Versailles. Il est le fruit de la collaboration entre Adam Weisweiler et très probablement Feuchère. Réalisé vers 1800 et portant l'estampille de Weisweiler, il a été consigné et cédé par Feuchère en 1811. En effet, ce dernier profite du décret impérial du 27 mars 1807 instituant des " prêts faits sur consignation aux manufactures en souffrance ". En 1811, afin de " terminer de suite la liquidation avec la caisse d'amortissement des objets déposés en consignation, et dont l'administration a été autorisée à faire l'acquisition ", Feuchère cède le guéridon.
Mentionnons aussi le guéridon du musée Correr à Venise. En placage d'acajou, il est surmonté d'un remarquable plateau en biscuit de Sèvres. Son piètement est identique à celui du guéridon de Versailles (à l'exception des pastilles sur la poitrine). L'historique de ce meuble est en partie connu grâce à la correspondance entretenue entre le ministre de l'Intérieur et le marchand-mercier Martin-Eloy Lignereux. Il s'agit d'un cadeau diplomatique offert à Louis Ier de Bourbon, en visite à Paris en mai et juin 1801. En effet, le ministre exigea de Lignereux un nouveau piètement au goât du jour pour le fameux plateau en biscuit, remplaçant ainsi le précédent piètement néoclassique. La commande est répertoriée dans le mémoire de Lignereux à la date du 9 octobre 1801.

Citons également la console du musée des Arts Décoratifs de Budapest. En placage de loupe d'amboine, elle a un dessus de marbre noir. Elément majeur, elle porte l'étiquette de Lignereux : ?Lignereux, Successeur de Daguerre, Rue Vivienne, N 11, en face celle Colbert, Magasin de Meuble d'Ebénisterie ornés de Bronzes, Pendules, Girandoles, Lustres, Bron[zes], Porcelaine, Vases et Curiosités. Dépôt général des Porcelaines de Sevres a Paris ?. Il s'agit aujourd'hui du seul meuble portant une étiquette de Lignereux. Elle a été livrée entre 1789 et 1803 pour le réaménagement du château de Kismarton appartenant au prince Miklos Esterhazy (1765-1833), passionné d'art français. Hedvig Szabolcsi (cf. Bibliographie comparative) évoquait l'idée que la console ait été apportée de France par Charles Moreau, grand architecte français, qui avait reconstruit le château pour le prince.

Le dernier meuble jouissant d'une paternité attestée est la table du Palazzo Reale de Naples. En placage d'acajou et au dessus de marbre vert antique, elle est estampillée de Weisweiler. Elle est mise en garantie par la maison Thomire Duterme et Cie en 1807. Le fonds de commerce Lignereux ayant été acheté par la maison Thomire Duterme et Cie en 1804, la table pouvait vraisemblablement en faire partie.

Indépendamment de ces quatre meubles mentionnés précédemment, il en existe d'autres présentant des figures égyptiennes très proches de la présente table.

Citons la paire de consoles conservées au Grand Trianon. Elles présentent des monopodes de sphinge sans ailes très proches de celles de la console du musée des Arts Décoratifs de Budapest. Elles font partie d'une livraison de 1802 de quatre consoles pour le grand salon de réception de Joséphine à Saint-Cloud. Parmi les principaux fournisseurs de Saint-Cloud - dont Jacob, Molitor et Vassou - choisis par l'intentant Pfister figure Lignereux dont on sait que la même année, il livre pour 4.800 francs des meubles pour les palais impériaux. Weisweiler a très bien pu réaliser ces quatre consoles en raison de ses collaborations fréquentes avec Lignereux. Quant au bronzier, l'attribution entre Feuchère et Thomire n'a pas encore été tranchée. Les quatre consoles restent à Saint-Cloud jusqu'en 1853. Trois sont envoyées aux Tuileries, la dernière à l'Ecole militaire ; cette dernière sera transférée à Versailles en 1882 avec l'une des trois consoles des Tuileries.

Par ailleurs, Lignereux a livré vers 1797-1798 pour la reine Hortense deux cheminées pour son hôtel Saint-Julien, rue Cerutti à Paris. En marbre et pietra dura, le dessus de marbre vert antique, elles présentent des montants en monopode de sphinge. La console de l'une d'elles est passée en vente, Sotheby's Monaco, Meubles et objets d'art provenant de l'hôtel Lambert et du château de Ferrières appartenant au baron de Rédé et au baron Guy de Rothschild, 25 et 26 mai 1975, lot 266. On peut établir des ressemblances avec le piètement de la présente table au niveau du némès et du plastron sur le thorax. Notons cependant que les sphinges de la console de cheminée ne sont pas ailées et que le monopode est dépourvu de rinceaux.

Une autre console, en placage d'acajou, est conservée au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. Lors de l'exposition de 2003 Paris - Saint-Pétersbourg (1800-1830). Quand la Russie parlait français, les bronzes ont été attribués à Thomire et datées des années 1790-1800. La console présente des similarités avec la présente table dont le némès et le plastron sur le thorax. Les ailes sont cependant moins déployées et le monopode est à décor uni, sans rinceaux.

Le musée du Louvre conserve quant à lui une console de Thomire en placage d'if. Le bronzier l'a consignée grâce au décret de 1807 puis cédée en 1812 pour 6.500 francs. Les figures de sphinges sont plus éloignées de celles qui figurent sur la présente table de milieu. Cependant, nous pouvons noter la grande similitude de la frise en ceinture de guirlandes alternées de motifs de candélabres avec un piètement tripode en jarret entre la console du Louvre et celle du musée des Arts Décoratifs de Budapest.

Hedvig Szabolcsi a consacré une étude très intéressante sur Martin-Eloy Lignereux (1750 ou 1752 - 1809) qui était marchand et très certainement ébéniste. Il est une figure incontournable du marché parisien sous l'Ancien Régime jusqu'au début du XIXe siècle. Il entretient des relations étroites avec les autres artisans comme l'illustre le mariage de sa fille unique Adélade Anne avec Jacob-Desmalter en 1798. Thomire, Percier, Fontaine et Duterme sont témoins de cette union.

Sa clientèle prestigieuse (royale, consulaire et aristocrate pour l'Angleterre) est très certainement due à son association fructueuse avec Daguerre - qui perdure à Londres lorsque ce dernier fuit la France en 1793. Comme le rapporte Frochot, préfet de la Seine, au ministre de l'Intérieur le 8 juin 1807 : " La maison Daguerre et Lignereux en temps de paix faisait avec l'étranger de 1.500.000 à 200.000.000 d'affaires ". Lignereux n'est nullement inquiété par la Révolution, probablement grâce à la remise " entre les mains de l'Etat le 30 Brumaire An II [d']une précieuse collection d'objets d'art et de curiosités, comprenant notamment des laques de Chine que la reine Marie-Antoinette avait confiées, le 10 aoât 1789, à Daguerre ". Il obtient, ex-aequo avec les frères Jacob, la médaille d'or à l'Exposition des Produits de l'Industrie de 1800. Comme le rapporte Denise Ledoux-Lebard, la boutique de Lignereux était réputée pour la haute qualité des objets proposés et de fait, des prix pratiqués : " le 8 mars 1803 nous avons été voir le beau magasin de meubles de Lignereux. C'est une réunion des choses du meilleur goât, des pendules délicieuses, beaucoup de glaces à la Psyché, des tables, des garnitures de salon. (Journal de Madame de Cazenove d'Arlens) ". A la fin du XVIIIe siècle, Lignereux est établi au 85 rue Saint-Honoré, puis au 11 rue Vivienne (comme indiqué sur l'étiquette de la console du musée des Arts Décoratifs de Budapest) et enfin au 41 rue Taitbout.
Le 12 novembre 1804, Lignereux vend à Thomire pour 15.000 francs son fonds de commerce, l'ébénisterie, les meubles et marchandises les constituant. Thomire garde son atelier au 7 rue Boucherat dans le quartier du Marais. Il s'associe à Duterme et ses deux gendres Beauvisage et Carbonnelle sous l'appellation Maison Thomire Duterme et Cie. Thomire et Carbonnelle se chargent de la fabrication, Duterme de la comptabilité en partie aidé de Beauvisage, qui lui, tient la boutique. Il récupère ainsi l'un des magasins les plus en vue de Paris avec la clientèle prestigieuse de Lignereux.

Thomire connaît une période fastueuse jusqu'en 1806 lorsque le blocus continental et les guerres freinent considérablement l'économie de l'Empire. Il choisit alors le système de prêts mis en place par le décret du 27 mars 1807 par la mise en garantie d'une partie de son stock, comme vingt-quatre autres de ses paires - parmi lesquels on compte Jacob-Desmalter et Feuchère. " Ce fabricant succède au sieur Lignereux et a entrepris tout à la fois avec succès les meubles et les bronzes (médaille d'or à la dernière Exposition de l'industrie). La maison Lignereux faisait autrefois 150.000 à 200.000 francs d'affaires annuellement. Le nouvel établissement en fait pour 500.000 en 1806, mais une année de produits sont invendus dans les magasins. Cette fabrique est susceptible d'employer en temps de paix 7 à 800 ouvrier, elle en a maintenant 211. Elle souffre du défaut de débouché extérieur et de l'impossibilité de faire rentrer les fonds qu'elle a au dehors. Le préfet du département a proposé un prêt de 140.000 frs ; 140.000 frs sont accordés par arrêté du 9 juin sur gage de 186.666 frs. " Thomire verra par la suite sa situation s'améliorer. En 1809, il a remboursé 16.500 francs, obtient à nouveau une médaille d'or puis est nommé fournisseur de Leurs Majestés.

L'étiquette de Lignereux figurant sur la console du musée des Arts Décoratifs de Budapest et le guéridon de Versailles au plateau en biscuit de Sèvres soutiennent la thèse selon laquelle la diffusion du modèle des " figures égyptiennes monopodes à jarret et griffe de lion ", voire même sa création, revient à Lignereux. Dans le cas présent, en l'absence de tout renseignement quant à l'historique de la table, il est difficile de l'attribuer avec certitude. Cependant, après réunion et comparaison des meubles précédemment exposés, il paraît probable que la table soit issue de l'atelier soit de Lignereux, soit de Thomire ; ce dernier ayant acheté en 1804 les meubles et les modèles de Lignereux.

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