Details
Marc Chagall (1887-1985)
Le Toit ou La Maison rouge
signé 'chAgAll' (en haut à gauche)
huile et grattage sur toile
21.5 x 25.7 cm.
Peint en 1947

signed 'chAgAll' (upper left)
oil and grattage on canvas
8 ½ x 10 1⁄8 in.
Painted in 1947
Provenance
Atelier de l'artiste.
Collection particulière, France (acquis auprès de celui-ci dans les années 1980).
Collection particulière, France (par descendance).
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel.
Further details
Le comité Chagall a confirmé l’authenticité de cette œuvre.

Présenté par

Lou Clinton-Celini
Lou Clinton-Celini Junior Specialist, Acting Head of Day Sale

Descriptif du lot

Dans ce tableau, la maison est la seule à rester en place. Petite, rouge, presque comme une cabane, elle repose sur le sol alors que tout autour d'elle semble avoir perdu son poids. Au-dessus du toit dans un ciel rose une figure entourée d’un halo tient un enfant contre elle. Plus à gauche, une autre silhouette vêtue de jaune et de vert flotte elle aussi. Une chèvre blanche se détache sur la clôture, un arbre aux branches nues dresse ses quelques fleurs. Les rouges et les roses dominent, à peine troublés par des touches de bleu, de jaune et de brun et le grattage, lui, fait courir dans la couleur des lignes claires faisant ressortir la matière de la peinture.
La maison de bois, le toit et l'animal familier : tout renvoie à Vitebsk, la ville natale de Chagall dont les rues et les maisons n'ont jamais quitté sa peinture. Toutefois, il ne s'agit pas d'un lieu qu'on pourrait situer sur une carte. À mesure que Vitebsk s'éloigne dans le temps, Chagall la représente moins qu'il ne la retrouve. Quelques architectures, des figures familières et des couleurs suffisent à la faire réapparaître.
En 1947, ce monde est loin. Chagall vit encore aux États-Unis où il s'est réfugié en 1941 avec Bella et leur fille Ida. Bella est morte en septembre 1944 et pendant neuf mois, il ne peut plus peindre. Quand il reprend, le souvenir devient l'un des ressorts de son travail et le monde de son enfance y occupe une place nouvelle. Il rentrera en France l'année suivante. La Maison rouge appartient à ces années où le passé, devenu inaccessible, trouve dans la peinture une nouvelle manière de revenir.
Dans ce format intime, l'équilibre tient à peu de chose : une maison qui demeure, des figures qui s'élèvent et une couleur qui déborde des formes. Chagall ne peint pas Vitebsk, il peint ce qu'on en garde quand on l'emporte avec soi. Ici, le souvenir ne se fige pas : il flotte au-dessus du toit, pendant que la maison, elle, ne bouge pas.


In this painting, the house is the only thing that remains firmly in place. Small, red, almost like a little cabin, it rests on the ground while everything around it seems to have lost its weight. Above the roof, against a pink sky, a figure surrounded by a halo holds a child close. Further to the left, another figure, dressed in yellow and green, floats beside them. A white goat stands out against the fence, while a bare-branched tree raises its few flowers. Reds and pinks dominate, barely interrupted by touches of blue, yellow and brown, while the scraping creates light lines across the paint, bringing out its texture.
The wooden house, the roof and the familiar animal all evoke Vitebsk, Chagall's native city, whose streets and houses never left his painting. Yet this is not a place that could be located on a map. As Vitebsk recedes into the past, Chagall depicts it less than he recalls it. A few buildings, familiar figures and colours are enough to make it reappear.
In 1947, this world was far away. Chagall was still living in the United States, where he had sought refuge in 1941 with Bella and their daughter Ida. Bella died in September 1944, and for nine months Chagall was unable to paint. When he returned to his work, memory became one of the driving forces of his art, and the world of his childhood took on a new importance. He would return to France the following year. La Maison rouge belongs to these years, when the past, now beyond reach, found a new way of returning through painting.
In this intimate format, the composition depends on very little: a house that remains, figures that rise into the air, and colour extending beyond the forms. Chagall does not paint Vitebsk; he paints what one keeps of it when carrying it away. Here, memory does not stand still: it floats above the roof, while the house itself remains where it is.

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